jeudi 21 juillet 2022

A quand des députés payés 800 euros par mois ? – Chronique du 22 juillet

Bonjour-bonjour

 

Rachel Keke ancienne femme de ménage, député de La France Insoumise a interpellé les élus de la majorité présidentielle lors du débat consacré au pouvoir d’achat : « J’aimerais savoir, qui, dans cet Hémicycle, a déjà touché 800 euros ? 900 euros, 1000 euros ? »

Lorsque certains députés sur les bancs de la majorité ont répondu « Moi ! Moi !», Rachel Keke a précisé son propos avec une pointe de sarcasme et beaucoup de colère : « Je dis 800 euros par mois, pas par jour ! Qui a déjà touché 800 euros, 900 euros par mois ? Personne ! Vous ne savez pas ce que c’est. Vous ne connaissez pas la souffrance des métiers essentiels ». (Lire ici)

- La pauvreté et la précarité sont d’abord des expériences vécues, et toutes les étude savantes qui leur sont consacrées ne font que brasser des abstractions. On a déjà souligné que cette expérience intime de la misère était exigée des bénévoles d’ATD-Quart monde : ce n’est pas sans raison. Mais on devrait être attentif à cette autre question : « D’où vient la pauvreté ? » et plus particulièrement « Pourquoi y a-t-il des travailleurs pauvres ? »

On sait que la juste rémunération du travail était pour Marx une des aspirations de la révolution, au point qu’il définit cet objectif pour la révolution prolétarienne : « De chacun selon ses capacité, à chacun selon ses besoins » (1). Que la définition des besoins change selon le cours de l’histoire ne doit pas nous faire oublier la question centrale : à quoi mesurer la valeur du travail ? 

Le bon sens voudrait qu’on rémunère les travailleurs selon leur utilité sociale : Rachel Keke parle de « métiers essentiels » pour dire qu’il s’agit peut-être bien de gens qui exercent des fonctions dépréciées, mal payés et sur-exploités – mais que ce sont quand même des personnes dont on ne saurait se passer, comme l’a montré le confinement durant la pandémie. Mais la réalité est qu’on n’est jamais rémunéré en fonction des services que l’on rend. Avec leur études de l’utilité sociale, les sciences économiques sont moins pertinentes que les études ethnologiques qui montrent que l’influence exercée par certaines corporations est variable selon les cultures.


N'y aurait-il donc aucun critère ? Non certes.

Mais plutôt parce que ces critères sont très différents : durée des études ? Capacité à franchir les obstacles des concours ?  

- La vérité est beaucoup plus simple - et plus cynique: la valeur d'un travailleur est fixée par la demande du marché pour lequel il n’est pas inconcevable que chaque jours (chaque heure ?) un PDG du CAQ-40 gagne autant que sa femme de ménage pendant tout un mois.

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(1) « Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » (Marx – Critique du programme de Gotha)

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