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dimanche 31 mai 2026

Netanyahou contre Saladin – Chronique du 1er juin

Bonjour-bonjour

 

On apprend que l’armée israélienne s’est emparées de forteresse de Beaufort au Liban (voir ici), et cette information n’est pas passée inaperçue. L’Histoire (avec un grand « H ») nous rappelle en effet le rôle de cette place forte dans les luttes que les croisés soutinrent contre Saladin.

- Je ne développe pas l’histoire de cette forteresse qui plonge ses racines jusque dans la période biblique et dont la dernière restauration remonte au 20ème siècle – on en lira un exposé par exemple ici.

 


Le fort transformé en avant-poste de l'armée israélienne (photo de 1995).

 

Cet épisode nous rappelle que, vu d’Israël, le conflit avec les palestinien rencontre à chaque pas des racines bibliques. Selon la Bible en effet, bien que « donnée » aux Israéliens, la terre en question fut plus « promise » que « donnée », et ses premiers occupants durent en être chassés pour que s’accomplisse la volonté de Dieu. On pourra lire ici cet exposé très documenté récapitulant les récits bibliques. L’important est de noter que pour les juifs, il n’y a aucune rupture entre le passé mythique et la présence historique, puisqu’il existe des monument qui, tout au long des temps, assurent la continuité entre cette origine et la réalité actuelle. Ils sont là comme pour conforter leur réalité objective : 

- Oui, le Seigneur donna bien cette Terre au Peuple israélien, et la preuve en est que ceux qui luttèrent pour accomplir la volonté divine le firent dans des murs qui résonnent encore des échos de ces premiers combats.

Bien entendu, les Palestiniens ne se sentent pas concernés par cette mythologie : pour eux l’histoire actuelle commence en 1948 avec la « Nakba » (« catastrophe ») qui désigne les événements de 1948, marqués par la création de l'État d'Israël et l'exode ou l'expulsion de nombreux Palestiniens. 

Le temps de la Bible contre celui des guerres de terrain : c’est cette rupture dans le temps de l’histoire qui alimente l’impossible réconciliation des Juifs et des palestinien.

mardi 24 mars 2026

L’histoire est-elle tragique ? – Chronique du 25 mars

Bonjour-bonjour

 

Suite à Hegel, Nietzche ou Camus les philosophes ont décrit l’histoire comme ce qui confronte les hommes à leur liberté face a des forces qui les dépassent. Dans ce cadre le cynisme du Président américain (« Donnez-moi des dollars et je vous donne la paix ») n’est qu’une formulation parmi d’autres, ni pire ni bien sûr meilleure de ce que nous pouvons faire de notre avenir. Devons-nous y voir un affront à la nature humaine, ou bien le constat qu’il n’y a pas de place particulière pour les hommes dans la nature ?


Cette hypothèse, qui interroge les hommes en les mesurant à l'Humanité nous propose trois possibilités :

- soit effectivement l’Humanité porte en elle des valeurs éthiques qu’elle a mission de réaliser dans l’existence et sans lesquelles elle n’a plus de sens.

- mais cette « présence en creux » peut signifier illusion idéologique (par exemple religieuse) qui fait de l’âme humaine cette étincelle venue du feu divin imaginé couvant sous l’épaisse couche du péché

Comment ! Devons-nous croire que les ridicules fanfaronnades du Président américain valent autant que le dévouement des associations humanitaires ? 



Que comme le croyait Kierkegaard, devant Dieu, l’Humanité (à supposer que soit sortie de ses mains) n’a rien dont elle puisse tirer la fierté ?

--> Notre fierté serait alors de reconnaitre que nous ne vallons pas mieux que le Président américain. 

- A moins de repousser ce nihilisme comme une épouvantable corruption de la pensée.

mardi 6 janvier 2026

Sortie de route ou bifurcation ? – Chronique du 7 janvier

Bonjour-bonjour

 

On le sait : le siècle considéré comme une période formant une unité de base pour l’Histoire et qui dure environ 100 ans, ne coïncide pas forcément avec le calendrier. On admet généralement que le 20ème siècle a débuté en 1914 avec la Grand guerre, mais qu’en est-il pour le 21ème siècle ?

 


La présence de ruptures dans l’histoire est caractérisée par l’imprévisibilité de l’avenir. Il s’agit de périodes de basculement tellement marqué qu’on ne voit pas clairement de quoi demain sera fait.

A présent deux évènements nous signalent l’existence d’une pareille révolution :

- D’abord trois révolutions technologiques qui bouleversent déjà notre monde et qui se sont accélérées depuis peu : il s’agit * de l’Intelligence artificielle à laquelle est associée Chat GPT, * des énergies renouvelables avec les éoliennes et les panneaux solaires, * et de la bio-technologie rendue possible par la récente découverte de l’outil CRISPR-Cas9. Le fait que l’avenir de nos sociétés soit devenu imprévisible du fait de ces changements montre qu’il s’agit bien de révolution.

 

- En suite, cette imprévisibilité est à son maximum avec les décisions du Président américain d’imposer par la force la volonté de l’État Américain au mépris du droit international. Cette actualité ne devient compréhensible qu’à condition de renoncer à la lire comme une péripétie de l’histoire initiée depuis 1945. On parle aujourd’hui d’un « néocolonialisme » en référence à la colonisation du monde par l’Europe dont le 19ème siècle nous a donné un exemple.

… Néanmoins nous ne sommes pas si sûrs de notre lecture : le cas Trump en particulier nous interpelle : s’agit-il d’une sortie de route (avec réintégration de la trajectoire habituelle suite à de nouvelles élections) ou d’une bifurcation irréversible de l’histoire ?

samedi 3 janvier 2026

Après la doctrine Monroe, voici la doctrine « Donroe » - Chronique du 4 janvier

Bonjour-bonjour

 

On s’était demandé à quoi pouvaient servir les forces navales formidables concentrées par les Etats-Unis au large du Venezuela :

 

 

Hier, l’attaque sur Caracas a répondu à cette question. Mais nous avons en outre eu un complément d’information : la prise de contrôle de ce pays par les Etats-Unis devait être mise en perspective avec la doctrine Monroe (du nom du 5ème Président des Etats-Unis) qui, rejetant l’ingérence des nations lointaines, affirmait le leadership des États-Unis sur l’hémisphère occidental. 

Le Président Trump a souligné son intention d’actualiser cette doctrine en la complétant par le « corollaire Trump ». Il s’agit de la « doctrine Donroe » du nom de l’actuel Président : « C’est le peuple américain et non les nations étrangères ou les institutions mondialistes, qui contrôlera toujours son propre destin dans notre hémisphère. ». On devine que pour en arriver là, les américains devront dominer également le monde.

Nous voici rassurés : depuis la fin de la guerre froide, l’histoire mondiale avait perdu son axe. Certes la Chine est venue nous dire que le monde allait passer sous sa domination, mais on manquait alors d’un second pôle pour donner à l’Historie sa véritable signification. C’est désormais chose faite : l’Histoire du siècle à venir sera celle de la lutte des Etats-Unis d’Amérique contre l’Empire chinois pour asservir et exploiter le monde.

On peut alors insérer cette prévision dans la continuité du passé : l’histoire de l’humanité est et restera celle de « l’exploitation de l’homme par l’homme ».

Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me rappelle quelque chose…

dimanche 14 décembre 2025

Ahmed al Ahmed, le « héros » - Chronique du 15 décembre

Bonjour-bonjour

 

Après l'attaque sur la célèbre plage de Bondi à Sydney, des images ont émergé sur les réseaux sociaux, montrant un homme attraper l'un des tireurs alors qu'il ouvre le feu sur des civils non armés. L'homme réussit ensuite à lui arracher l'arme des mains, avant de pointer l'arme sur l'assaillant tandis que celui-ci recule.

 


 

Vidéo vue ici

 

Une fois encore, l’image a fait son office : donner en temps réel sa dimension instantanée à un évènement qui bouleverse un pays entier. Je veux parler de la fusillade antisémite qui a eu lieu sur la plage de Sidney et qui a horrifié l’Australie. (article cité ci-dessu)

- Voici donc qu’on trouve à présent une vidéo prise sur les faits où l’on voit un passant désarmer un des assaillants en lui arrachant son fusil d’assaut et en l’utilisant pour le menacer et l’éloigner. Selon les autorités, cet homme aurait été blessé par balle à deux reprises : ce qu’on ne voit pas sur ces images, et qui peut-être a eu lieu par la suite.

Restons pour le moment au niveau du spectateur « naïf » qui visionne ces images sans avoir la moindre information du contexte. Celui qui ne serait pas averti de l’importance de l’évènement verrait une scène de rue presque banale : c’est vrai que l’arme est menaçante, mais le courageux passant saute par derrière sur le criminel et avec sa carrure imposante il n’éprouve guère de difficultés pour le dominer. On est même plutôt étonné de voir ce héros embarrassé par le fusil après avoir éloigné l’assaillant : il le pose contre un tronc d’arbre et puis il s’en va : plus rien à voir ! 

- En réalité, on ne sait pas trop comment comprendre ces images qui ne sont qu’une partie de la scène. Car, dans le même temps des milliers de gens fuient dans tous les sens sous le coup de la panique. C’est donc le calme et la maitrise du passant qui affronte le tueur qui est à remarquer. En vérité nous interprétons à présent ces images avec la connaissance de la totalité de l’évènement, que personne n’avait au moment où il s’est déroulé. Un peu comme nous comprenons la bataille de Waterloo à chaque étape après avoir lu son récit entier dans nos livres d’histoire.

La connaissance historique ne consiste pas à exhumer un savoir, une conscience présente sur le moment et ensevelie par le temps. En réalité, l’histoire en fabriquant cette conscience et ce savoir crée une objectivité qui a échappé aux acteurs de l’évènement. Si cette objectivité décrit bien la réalité, disons que ce n’est pas dans la conscience des protagonistes de l’action qu’elle était présente – et qu’elle n’a donc pas grand-chose à voir avec les causes déterminantes de l’action.

lundi 11 août 2025

Le citoyen corvéable à merci ! – Chronique du 12 aout

 Bonjour-bonjour

 

Le projet de faire travailler les français durant deux jours fériées habituellement chômés et, au lieu de les rétribuer, de reverser leur « salaire » dans les caisses de l’État, fait une quasi-unanimité contre lui, mobilisant tous ceux qui ont gardé le souvenir des corvées seigneuriales du moyen-âge.

« Au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, les corvées seigneuriales sont des journées de travail dues par les paysans (serfs ou tenanciers) à leur seigneur, afin de permettre à ce dernier d'entretenir et d'exploiter gratuitement ses domaines.

La corvée est une sorte d’impôt en nature imposé d’abord là où la monnaie est trop rare pour servir à l’échange. Elle persiste jusqu’au 18ème siècle lorsqu’elle est remplacée par l’impôt. » (Lire ici)

Mais surtout, la corvée conserve aujourd’hui encore cette particularité d’être un travail imposé non rémunéré, dont le souvenir a été réactivée en 2004 par l’institution d’un jour férié travaillé et non rémunéré.

Bref on l’aura compris, cette idée de travail obligatoire non rémunéré coïncide parfaitement avec la définition de l’esclavage, au point que certains considèrent que mieux vaudrait créer des journées supplémentaires de travail rémunéré même si le salaire devait obligatoirement être reversé dans les caisses de l’État.

- Pourquoi une telle résistance ? Le salaire n’est-il pas une contrainte dès lors qu’on n’a pas la liberté de se soustraire à l’obligation de réaliser le travail ?

Je suis enclin à considérer le salaire comme le premier droit conquis par les travailleurs qui ont avec lui conquis le droit de grève, la droit à revendiquer un meilleur salaire – sans oublier les vacances. Le citoyen corvéable n’a aucun droit, il ressuscite le serf médiéval avec la malédiction du servage issu de l’antiquité.

A côté de l’histoire « de l’historien » bâtie grâce à l’étude scientifique de documents, il existe une histoire non-écrite transmise par tradition de génération en génération ; c’est une histoire populaire, dont le contenu n’a pas besoin d’école pour prospérer. Et malheur à qui s’en prend à elle !

vendredi 2 mai 2025

Publication des cahier de doléance des Gilets-jaunes – Chronique du 3 mai

Bonjour-bonjour

 

Le Président Macron annonce l’ouverture des « cahiers de doléances » rédigés après les « gilets jaunes » dès le vendredi 2 mai.

« L’ouverture aussi rapide d’archives à tous, sans dérogation, « est exceptionnelle mais se justifie par le sens de l’intérêt général qui a entouré le Grand Débat national et par le caractère public des contributions à l’époque », a précisé le ministère de la Culture à l’AFP. (Le délai légal pour des archives de ce type étant normalement de 50 ans).

Petit rappel : les cahiers de doléances sont des écrits émanant du peuple et destinés à éclairer les États généraux convoqués par le Roi. Après près de 200 ans sans convocation des états généraux, Louis XVI a recours aux cahiers de doléances qui sont rédigés entre mars et mai 1789. – On connait la suite (voir ici)

- Ceux d’aujourd’hui ont « ressurgi en 2018, avec le mouvement des Gilets jaunes, lorsque plusieurs mairies dans toute la France ouvrent des cahiers de doléance, … afin de pouvoir analyser et faire remonter au gouvernement les revendications, les idées et les critiques des participants à ce mouvement. » Le reste de ces cahiers a été rédigé dans la foulée du « Grand débat national » voulu par le Président en 2019. (compte-rendu ici)

 


« Cahiers de doléances » rédigés après les gilets jaunes

- ouverts à tous, dès ce vendredi 2 mai.

 

Avec un tel passé, il n’est pas possible que les citoyens d'aujourd’hui présents lors de la rédaction du cahier de doléance de leur agglomération n’aient pas eu en tête cette référence historique. 

--> La lourdeur des impôts d’aujourd’hui n’est rien d’autre que la continuation de la spoliation des familles paysannes privées de leur ressource pour alimenter les fêtes du seigneur ; 

--> les violences policières sont le reflet de celle commises par les archets du rois venus rétablir l’ordre dans les campagnes ; 

--> les jacqueries, avec ces paysans qui brandissent leurs fourches, sont les ancêtres des manifestants qui affrontent aujourd’hui la police, casque de moto sur la tête.

 

En arrière-plan de l’histoire des historiens, avec son passé qui défile de façon irréversible, il existe une histoire immobile, celle de la conscience populaire qui n’oublie rien et qui sait lire un passé d’injustices et de souffrances dans un présent de spoliation et d’inégalité.

jeudi 27 mars 2025

Pourquoi tant de haine ? – Chronique du 28 mars

Bonjour-bonjour

 

Les propagandistes du Kremlin le chantent sur tous les tons : la réconciliation avec les américains se fait sur le dos des européens. Certains d’entre eux vont même jusqu’à dire qu’il n’est pas invraisemblable qu’un jour ils s’entendent tous les deux pour faire « quelque chose » contre les européens.

Fiction pour affoler les ennemis de la Russie ? Peut-être, mais quand même – il y a quelque chose de vrai là-dedans : russes et les américains sont d’accord pour nous en vouloir. Notre chance c’est que les deux nous détestent pour des raisons différentes : les américains nous détestent pour avoir profité de la protection du « parapluie » nucléaire et de l’OTAN sans en payer la juste contrepartie ; tandis que pour les Russes nous sommes depuis Napoléon des ennemis historiques qui de surcroit donnent l’exemple de la décadence à leur jeunesse.

 

- Et nous, les européens ? Ne sommes-nous pas en train de réaliser que le monde entier nous déteste et qu’à défaut de nous envahir pour nous détruire, une hostilité générale contre nos belles valeurs est en train de se développer : Ah… Les droits de l’Homme ! Ah … La démocratie ! Ah … Les droits des femmes ! Ah … Etc… Soyons-en sûrs : si nos ennemis nous vainquent ils ne feront pas comme les romains qui ont adopté le panthéon des grecs quand ils leur ont ravi la domination du monde. Les européens comprennent que pour le reste du monde, leur civilisation n’est absolument pas le terme de l’histoire – tout juste est-elle une parenthèse qui va bientôt se refermer.

--> Une parenthèse qu’hors de nos frontières on considère non pas comme un enchantement mais comme le cauchemar de la décadence.

Et ce n’est pas parce que ça ne nous plait pas que ce n’est pas ce qui est en train de se passer.

lundi 17 mars 2025

Le brav’général Bugeaud – Chronique du 18 mars (1)

Bonjour-bonjour

Le « journaliste » Jean-Michel Aphatie, qui agit à la télévision plus comme chroniqueur que comme journaliste, m’indispose par ses considérations politiques qui tiennent plus par un phrasé qui lui est propre que par son argumentation. Pourtant je voudrais le soutenir aujourd’hui dans la polémique qui l’oppose à l’extrême-droite – mais pas seulement. 

 

« On signale aujourd’hui le concert de voix outrées … contre le journaliste Jean-Michel Aphatie qui vient de déclarer que la France a fait, pendant la colonisation, « des centaines d’Oradour-sur-Glane en Algérie ». (Lire ici) Car il ne fait que reprendre ce qui est documenté et largement connu, à savoir que durant la conquête de l’Algérie, l’armée française sous le commandement du général Bugeaud et de ses subordonnés a commis des massacres, les plus cruels consistant à asphyxier par des fumées les villageois – hommes, femmes et enfants – réfugiés dans des grottes. Pour ma part, je l’avais découvert dans le livre de François Maspero consacré au « pacificateur » de l’Algérie durant les années 1840, intitulé « L’Honneur de Saint-Arnaud » (1993). Mais on peut aussi lire l’article de Wikipédia intitulé « Les enfumades d’Algérie ». On verra que les SS d’Oradour n’ont rien inventé.

L’histoire (celle des historiens) ne fait qu’enregistrer les évènements du passé : à quoi bon s’en soucier, sauf si on veut parvenir à l’érudition ? Mais il y a du passé qui ne passe pas : c’est celui des origines qui déterminent ce qui arrive au présent. Comment faire que la France, qui s’est imposée par de tels procédés, soit considérée autrement que comme un ennemi féroce ? D’autant que d’autres violences commises régulièrement au cours du temps ont pu servir de « piqûres de rappel »

Nier les enfumades d’Algérie relève du révisionnisme.

jeudi 6 mars 2025

Araignée ! Quel drôle de nom… – Chronique du 7 mars

Bonjour-bonjour

 

« Le Pape est mort. Un nouveau Pape est appelé à régner. – Araignée ? Quel drôle de nom ! Pourquoi pas libellule ou papillon ? » 

- Cette jolie comptine attribuée à Jacques Prévert permet d’évoquer la succession du pape François qui devra sans doute très prochainement avoir un successeur. Car en effet, même si Dieu veut le maintenir en vie, le Souverain Pontife risque bien de ne plus jamais avoir la force d’exercer son pontificat.

Les pronostics vont bon train avec comme à chaque fois des prévisions toutes absolument péremptoires – mais ne dit-on pas que « Qui entre pape au conclave, en ressort cardinal » ?

- Reste que l’essentiel est bien dans le pouvoir que possèdera ce futur élu d’orienter de façon significative l’action de l’Église dans le monde. Et de rapprocher le rôle de cet homme solitaire à la tête de l’Église de celui du Président des Etats-Unis d’Amérique, dont on voit qu’à lui seul il possède le pouvoir effectif de bouleverser la vie de chaque homme (ou presque) sur cette terre.


- De quoi faire réfléchir ceux qui, comme moi, bouffis de matérialisme historique affirment tranquillement que ce sont les masses qui font l’histoire, que les individus jouent au maximum le rôle d’aléa dans son cours inflexible. 

Que dit cette thèse ? Que si un homme seul est capable de dévier le cours de l'histoire, c’est simplement qu’un point de rupture a été atteint, l’action des individus n'étant que des hasards qui pèsent sur les tensions qui sont déjà à l'oeuvre. D'où une comparaison avec les tremblements de terre, ou comme le propose Bergson, avec la détente du pistolet chargé qui s’actionne d’un simple frôlement.

Faut-il rejeter ces thèses, ou bien plus prudemment, faut-il examiner scrupuleusement le contexte pour évaluer à cet éclairage le rôle de l’action d’un Donald Trump, ou d’un futur maitre du Vatican ?

jeudi 30 janvier 2025

Macron-bâtisseur – Chronique du 31 janvier (1)

Bonjour-bonjour

 

On s’étripe à l’Élysée : il ne s’agit pas du budget de la France mais de vitraux de Notre-Dame. Alors que les architectes veulent remettre en place deux verrières en parfait état, issues de la rénovation de Viollet-Le-Duc, le Président Macron a lancé un concours pour les remplacer par des verrières contemporaines et il entend bien mettre en place ces nouveautés.

 

Vitraux de Notre-Dame en cours de restauration


On peut lire ici : « Les gardiens de « l’architecture en France » affirment que le changement des vitraux du XIXe siècle imposé par le président produirait un remplacement qui détruirait la sombre harmonie de la cathédrale – ces verrières étant d’ailleurs protégées par la loi. Un recours doit être déposé devant le tribunal administratif de Paris ; une pétition a recueilli 278 000 signatures. »

Mais l’essentiel n’est pas là ; devant l’acharnement du Président à imposer son projet personnel on se dit que l’enjeu est plus personnel qu’esthétique. Il s’agirait de laisser une trace derrière lui dans ce monument qui défie les siècles. Que pour toujours (ou presque) il y ait, associé à Notre-Dame de Paris, le nom du « Président Macron », comme l’est encore celui de Viollet-le-Duc. Après tout Mitterrand a bien sa Grande Bibliothèque et Jacques-Chirac le Musée du quai de Branly-– pourquoi pas la « Verrière Macron » ? D’ailleurs cette interprétation s’entend de Paris jusqu’en Australie, si on en croit notre article. 

S’entrecroisent alors deux éléments : 

- d’une part cette vocation des présidents français à graver dans le marbre leur nom au palmarès des héros qui ont fait la France 

- et d’autre part cet autoritarisme qui est la marque de fabrique des décisions du Président français et la source systématique des contestations que les accompagne.

mardi 2 juillet 2024

Gaaaarde à vous ! – Chronique du 3 juillet

Bonjour-bonjour

 

Fin du suspens. Nous avons le privilège de vous présenter le futur uniforme scolaire (alias : « la tenue unique ») qui va être porté par les écoliers rémois à la rentrée prochaine.

 


Plus modestement il s’agit en réalité d’un test qui durera pendant deux ans, auprès des 850 élèves de cinq écoles de l’agglomération : « Nous avons pour objectif de réduire les inégalités, et d’améliorer la cohésion entre les élèves », a redit Arnaud Robinet, maire de Reims, lors de cette présentation.

Bien. Pas de quoi en faire une chronique de la qualité de celle-ci.

C’est ce que moi aussi je pensais avant de regarder de plus près cette photo, découvrant alors l’écusson qui orne chacun de ces vêtements – voici ce qu’on y voit :

 

 

La devise républicaine « Liberté – Égalité – Fraternité » qui entoure un champ de fleurs de lys où l’on déchiffre immédiatement un symbole de la royauté (raison pour laquelle d’ailleurs il figure dans le blason de la « ville des sacres »).

Dans la période actuelle où nous sentons fortement les remugles rappelant que les antiques périodes ne sont pas si mortes, on ne peut s’empêcher de penser que des royalistes attardés, des religieux intégristes et tout ce que la France compte encore comme partisans de la soumission à un chef charismatique sont entrain de reprendre vie. Moyennant quoi, il ne serait pas si étonnant qu’on fasse de nos gentils bambins les porte-drapeaux de partis extrémistes.

On dira que je perds les pédales et que je me laisse entrainer dans des fantasmes alarmistes.

Soit. Mais il n’empêche : ce cauchemar pourrait bien être partagé par nombre de français pour les quels il est un joli rêve et non une hallucination morbide.

dimanche 30 juin 2024

La France plus forte que les hommes qui la dirigent – Chronique du 1er juillet

Bonjour-bonjour

 

Souvenez-vous : nous étions en mai 1981 et le pouvoir était passé aux socialistes. Certains Français imaginaient déjà les chars soviétiques sur les Champs-Élysées et l’armée rouge à chaque carrefour.

Pourtant le dessinateur du journal le Monde, un certain Plantu, publiait ceci :

 

 

Tous ces effrois paraissent avec le recul un peu ridicule.

Et aujourd’hui ? Craignons-nous voir apparaitre un ministère de l’Ordre moral ainsi que des gestapistes à la française qui vont demander aux passants leurs papiers à chaque coin de rue. Ce n’est vraisemblablement pas pour demain, pas plus que la Tour Eiffel ne sera démontée pour construire à sa place une nouvelle Basilique destinée à « expier les péchés » d’une France en pleine déshérence spirituelle.

 

Oui-oui… Maintenant, imaginez que vous êtes barbu avec le teint basané, ou une femme voilée. Vous ne vous demandez pas ce matin, 1er juillet 2024 si la Tour Eifel est toujours à sa place – vous n’en avez rien à faire – mais si votre mosquée ne va pas être fermée par décision préfectorale pour insalubrité ; quant à vos papiers vous n’avez pas intérêt à les oublier à la maison, même si vous êtes français.

Quant à moi, je me demande combien de temps encore je vais pouvoir publier librement tout ce que je pense sur ce blog.

Et si la France était plus forte que les hommes qui prétendent la diriger ?

mercredi 12 juin 2024

Voltaire : sa statue en résine type « Versailles » - Chronique du 13 juin

Bonjour-bonjour

 

"Placée square Honoré-Champion, cette parcelle de verdure située dans le VIe arrondissement de Paris, cette statue en résine replace l’ancienne en pierre abimée après les dégradations dont elle avait été victime en 2018 lorsque la personne de Voltaire était attaquée à cause de sa fortune constituée en partie grâce au commerce avec les colonies françaises." (Lire ici)


Le monument est fait de « résine marbre, type Versailles », explique Béatrice Salmon, directrice du Centre national des arts plastiques (Cnap), « Il y a plus de marbre, c’est un gage de qualité réelle, de résistance au temps, ça garantit la durabilité. » Le précédent, en pierre, n’avait pas supporté les faits de vandalisme, son nez avait même été cassé. On appréciera cette conception de la dignité de la matière des œuvres d’art : être résistantes aux intempéries… et au vandalisme.

 

Au sujet des condamnations que la « cancel culture » a prononcées à l’encontre de Voltaire,  Karen Taïeb, adjointe d’Anne Hidalgo en charge du patrimoine a répondu ceci : « Honorer Voltaire ne veut pas dire être en accord avec lui sur toute la ligne mais c’est reconnaître l’héritage littéraire, philosophique, épistolaire et théâtral, l’intelligence fine, la richesse de l’œuvre et l’écriture particulièrement talentueuse » ajoute 

Commentaire bien frileux alors que le piédestal de la statue de Voltaire à Ferney énumère aujourd’hui encore ses générosité dont le souvenir est toujours présent dans ce village où il s’était réfugié à la frontière suisse :



- Alors, c’est vrai l’origine de la fortune de Voltaire reste encore aujourd’hui assez brumeuse : on a pourtant acquis la certitude qu’elle provient de placements financiers particulièrement fructueux suite à son exil londonien après avoir été embastillé en 1726 en raison d’une altercation avec le chevalier de Rohan. On reste pourtant confondu par la sottise du mouvement qui veut condamner les actes du passé à la lumière des principes actuels. Nous ne voulons pas voir que nos principes intemporel ont pourtant été inventés dans des circonstances historiques.

mercredi 5 juin 2024

Les 80 ans du D-day : eux, c’est nous ; et réciproquement – Chronique du 6 juin

Bonjour-bonjour

 

6 juin 1944 – 6 juin 2024 : 80 ans. Que signifie cet intérêt pour les dates anniversaires ?

 

- D’abord le jour anniversaire signifie que la date marquant l’origine d’un évènement est arrivée. Ces dates sont comme des point fixes sur un processus mobile, ce qui rend évident l’existence d’un cycle. C’est ainsi que le mouvement apparent des étoiles dans le ciel ramène  à date fixe la même configuration.

De la même façon, célébrer un anniversaire c’est reconnaitre que rien n’a changé depuis le jour initial ; il atteste même l’existence de cette fixité. Les vétérans du débarquement sont même déguisés avec leur uniformes d’époque pour nous dire : « Oui j’étais là et je peux vous dire qu’aujourd’hui c’est comme alors (les morts en moins) »

- La tradition historique le confirme avec les jubilés, fêtes célébrées depuis l’antiquité. Cette fixité du jubilé répond d'ailleurs à leur définition : « Le jubilé est une fête marquant (…) l'anniversaire joyeux d'un événement dont les effets se prolongent dans le temps (règne, mariage, etc.) » (def. Wiki.)

 

- Fêter aujourd’hui le 6 juin 1944 c’est dire : « Rien n’a changé depuis ce jour, ni l’héroïsme des combattants, ni l’union des alliés, ni la ferme détermination à sauvegarder les valeurs du monde libre ».

Et comme en 80 ans les générations se sont quand même succédées, le discours implicite est le suivant : « Depuis 80 ans l’héroïsme des vétérans s’est transmis, génération après génération, intégralement à nous. Eux, c’est nous – et réciproquement. »

On comprend pourquoi les anniversaires historiques ne peuvent être que joyeux, puis qu’il s’agit d’identifier notre époque à un passé heureux dont nous ne voulons pas qu’il soit passé.

Le 25 décembre, fêter Noël signifie que l’espérance liée à la naissance du Sauveur est toute entière revenue, comme pour l’an zéro.

On comprend que le 18 juin que nous célébrons soit celui de 1940 et non celui de 1815 (18 juin 1815 : Bataille de Waterloo)

lundi 15 avril 2024

À couper le souffle – Chronique du 16 avril

Bonjour-bonjour

 

Un religieux a été poignardé en pleine messe, et quatre autres personnes ont été blessées ce lundi lors d’une attaque dans l'église du Bon Pasteur, une église assyrienne de Wakeley, dans l’ouest de Sydney.

Le service religieux était retransmis en direct sur internet. La vidéo montre un homme s'approchant de l'autel, levant le bras droit et frappant le prédicateur avec un couteau.

 


Le suspect âgé de 15 ans est soigné pour des blessures à la main et a été conduit dans un endroit sûr, l'attaque ayant provoqué la fureur parmi les fidèles. 

 

L’omniprésence de la vidéo nous donne à voir des évènements les plus fugaces et les plus imprévus, allant du simple fait divers à l’évènement historique.

Imaginez un peu. Nous sommes en 1610, le 14 mai précisément. Le roi Henri IV décide de rendre visite à son Ministre Sully qui est malade, mais son carrosse est bloqué, rue de la Ferronnerie, près des Halles et du cimetière des Saints-Innocents, par une charrette de foin qui barre la rue. « Ravaillac, qui n'attendait que cela, se hisse sur un rayon de la roue. Passant le bras par-dessus le duc d'Épernon, il frappe le roi à la poitrine de plusieurs coups de couteau. Il est aussitôt maîtrisé et traîné dans un hôtel voisin puis à la prison de la Conciergerie. Trop tard. Henri IV meurt tandis que le carrosse rebrousse chemin jusqu'au Louvre. » (Lu ici)

Et si, en 1610 comme à présent il y avait eu une caméra de surveillance rue de la Ferronnerie : qu’est-ce que ça aurait changé ? On aurait tout vu, et nous aurions vécu une émotion sans pareil, quelque chose « à couper le souffle » comme on dit aujourd’hui et que nous aurions pu nous repasser en boucle des dizaines de fois. 

Alors bien sûr, dans le même temps nous n’aurions pas eu le loisir de nous demander qu’est-ce que ça a eu comme conséquence pour la France ? Le règne d’Henri IV, bien éprouvé par les guerres de religion et leur conclusion avec l’Édit de Nantes promulgué en 1598 aurait-il pu pacifier la France et lui éviter des déchirements ultérieurs ?

Oui, nous n’aurions pas aujourd’hui le temps de nous intéresser à des questions pareilles : ce que nous voulons, c’est du sang, du sperme et des larmes.

Et pour ça, on peut compter sur les vidéos youtube.

samedi 3 février 2024

80 ans de paix : que de grands hommes perdus ! – Chronique du 4 février


 

Bonjour-bonjour

 

Les occasions de philosopher son rares ces jours-ci : raison pour être vigilant par exemple à propos des noms des nouveaux héros panthéonisés durant cette période.

« Aux Grands hommes la Patrie reconnaissante » peut-on lire sur le fronton du Panthéon : après Maurice Genevoix, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Joséphine Baker, voici Missak Manouchian qu’on s’apprête à accueillir dans ce Haut lieu de l’héroïsme français. 

--> Rien que des personnages dont le renom est issu de la guerre, en particulier de la résistance à l’occupant : la Patrie leur est reconnaissante d’avoir su lutter pour que la France reste la France.

 

Et nous ? Nous voilà en panne, nous autres qui sommes venus après la guerre. - Hélas ! Rien n’est à notre disposition pour montrer notre valeur, dès lors qu’il ne s’agit plus de défendre la Patrie les armes à la main.

Je sais bien que certains ont été admis dans l’époque récente qui n’ont pas défendu la Patrie, en particulier Simone Veil. Reste qu’elle fut distinguée pour sa défense du droit des femmes : sans armes, mais non sans bravoure.

 

- Et le philosophe, qu’est-ce qu’il a à dire ici ? 

Éh bien que ce sont les circonstances qui font les hommes – du moins leur histoire. Le général de Gaulle, que serait-il devenu s’il était né en 1945 et qu’il se fut prénommé Jean-Marie ou Jackie ? Aurait-il eu un seul gène différent ? Bien sûr que non. Aurait-il sauvé la France ? Sûrement pas : elle n’en avait pas besoin.

Il serait devenu chef d’entreprise du CAC40 ou directement politicien ; épris de sa « chère vieille France », aurait-il fricotté avec l’extrême-droite nationaliste ? Sans doute pas : il aurait su imprimer sa marque à ce projet de faire triompher le renom de la France dans le monde entier, grâce à une politique étrangère ambitieuse ou par des actions touristiques efficaces. Pas de quoi le panthéoniser.

 

… Mais quoi ? je m’égare : la Personne du Général est si immense que, de toute façon, il ne peut pas être panthéonisé. La porte serait trop étroite pour lui.

lundi 7 août 2023

Un monde sans voisinage – Chronique du 8 aout

Bonjour-bonjour

 

C’est une émission entendue sur France-culture hier et relayée par cet article : on y trouve des analyses de Jean-Michel Geneste Archéologue du Paléolithique.

Comparant la grotte Chauvet ornée il y a 36000 ans à celle de Lascaux datant d’il y a 18000 ans, Jean-Michel Geneste explique la difficulté de saisir les changements qui se sont opérés entre ces deux dates.

« Ce sont des temps tellement lointains que l’on a du mal à identifier les changements de ces sociétés, de ces cultures parce que les changements se sont faits à un rythme moins important. La vitesse du progrès matériellement sensible, se fait au prorata de l'interaction des intérêts individuels dans des contextes où la démographie nous dit qu'il y avait des quantités d'humains bien plus basses. Le nombre du million d'individus a été atteint aux alentours de 40 000 ans. Avant la grotte Chauvet, il y avait très peu d'interactions et d'évolution, le changement était rare. » (Article cité)

 

Cette thèse affirme que les mécanismes du progrès des cultures étaient les mêmes qu’aujourd’hui, mais qu’à l’époque paléolithique ces changements se faisaient à des rythmes beaucoup plus lents en raison du faible nombre d’humains vivants sur terre. En effet, 1 million d’humains vivaient sur terre à l’époque de la grotte Chauvet, ce qui implique qu’on devait rarement rencontrer des étrangers pour leur emprunter leurs inventions. On pourrait comparer de façon plaisante cette situation à celle qui serait la vôtre si vous viviez dans le bush australien : à supposer qu’il vous manque un tire-bouchon vous devriez prendre votre avion et parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour trouver une porte à la quelle frapper. Les innovations devaient déjà exister lors du paléolithique, mais elles ne pouvaient se rencontrer ni s’additionner 

 

J’aimerais dire que cette façon de considérer le passé lointain en refusant toute coupure entre le lointain passé et notre présent (puisqu’entre les deux il s’est simplement produit une densification de l’humanité) est en totale opposition avec ce qu’on enseignait à l’époque du structuralisme – du temps de Lévi-Strauss. Il se disait alors que l’histoire suppose une accumulation du passé dans le présent et donc que c’est avec ce phénomène que les cultures humaines sont entrées dans la voie du changement historique. Lorsque toute innovation disparait avec son auteur et que la tradition reprend à chaque génération là où elle en était restée, nulle évolution n’est possible et il serait oiseux de s’interroger sur les progrès réalisés entre Lascaux et Chauvet.

samedi 17 juin 2023

Le choc des symboles – Chronique du 18 juin

 

Epave de l'Admiral Graf Spee

 

Bonjour-bonjour

 

Ce que vous voyez là, c’est un aigle nazi en bronze repéché sur l’épave d’un destroyer allemand coulé au début de la guerre en 1939. Repéché il y a 17 ans, il attendait depuis une affectation nouvelle – elle vient d’être trouvée : cette figure de la violence et de la guerre va être fondu et servira à produire une nouvelle sculpture représentant... une colombe, le symbole de paix que chacun connait. (Lire le détail ici)

 

L’avantage avec cette histoire, c’est qu’elle correspond à une période historique ancienne dont le détail est bien connu : on sait qui sont les méchants, les violents, les barbares. Et on sait aussi qui sont les gentils, les victimes, les civilisés. Il n’y a donc aucun inconvénient à détruire (symboliquement) la représentation des premiers et à produire un nouveau symbole des seconds. Tout est bien classé, en ordre, connu.

Mais serions-nous capables de faire la même démarche pour des conflits plus récents ? Pour la guerre d’Algérie par exemple ? Ou pour celle du Vietnam ? Et pour l’Ukraine ? 

On voit alors que nos certitudes changent de nature : là où régnait la culture scientifique des historiens on ne retrouve que les clameurs des idéologies, des propagandistes et des politiques.

 

- Et encore : notre science, même historique est bien peu de chose pour évaluer chaque acte, chaque séquence chaque opération de ces guerres. Et puis avec quel étalon évaluer tout ça ? A ce compte-là, même les barbares nazis pourraient avoir leur chance au tribunal de l’incompétence humaine.

 

Mais il en va de l’histoire comme de toutes les choses humaines : jamais entièrement blanches comme la colombe, jamais tout à fait noires comme l’aigle (?), nous devons forcer la nature pour juger. Mais même au Jugement dernier la balance de saint Michel ne peut rester en équilibre : elle doit pencher d’un côté ou de l’autre.

jeudi 15 juin 2023

Les uns pensent, les autres agissent – Chronique du 16 juin

Bonjour-bonjour

 

Faisant allusion aux rumeurs de remaniement ministériel, Élisabeth Borne a déclaré : « Je ne suis pas dans le commentaire, mais dans l’action. Il y a une feuille de route que je mets en œuvre pour répondre concrètement aux préoccupations des Français. Sur le pouvoir d’achat, le plein-emploi, la transition écologique, l’éducation, la santé, la sécurité et la justice, on avance » (Lu ici)

 

C’est l’occasion de réfléchir au travail des commentateurs de la vie politique qui occupent les plateaux télé-24/24 : on ne doit pas confondre leurs commentaires avec les actions ministérielles sans laquelle d’ailleurs ils n’existeraient pas. Les uns agissent ; les autres pensent.

Toutefois, à séparer ainsi l’action de la pensée on risque de ranger l’exécutif dans la catégorie des impulsifs qui ne font que ré-agir. C’est que j’ai à dessein flouté la formule de la pensée ainsi soustraite à l’action ministérielle : laissant croire que l’administration ne faisait qu’exécuter, j’ai laissé dans l’ombre le moment de la réflexion destiné à définir le projet. Car alors, il y a forcément un moment de commentaire, même dans le cas de l’action ministérielle : c’est celui de l’évaluation

- A qui donc revient-elle ? Et comment se distingue-t-elle des commentaires de « commentateurs » professionnels ?

On pourrait envisager de comparer les commentaires effectués par ces derniers avec ceux qui accompagnent l’évaluation des ministres eux-mêmes.

--> Qui donc est le mieux placé pour faire un commentaire objectif ? 

            * On peut penser que les acteurs proprement dits ayant une connaissance objective des circonstances de l’action sont supérieurs dans cet exercice aux « spécialistes » des plateaux télé qui doivent se contenter de sources plus ou moins bien informées.

            * Toutefois on ne peut écarter le rôle de la subjectivité dans ce travail : les acteurs ne sont-ils pas impliqués de trop près de façon trop personnelle dans ces actions pour que leur évaluation ne soit pas entachée de partialité ?

            * Le commentateur de son côté pourrait être motivé par la recherche de l’exactitude de son commentaire : sa réputation serait grandement enrichie s’il était confirmé par le déroulement des faits.

 

Reste à savoir si le moment du commentaire n’est pas superflu ? Après tout qu’importe ce qu’on pense des actions ? Dès lors qu’elles ont été accomplies, il n’y a plus à revenir dessus (1).

Toutefois, rappelons-nous le jugement de Hegel : « Ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve (= la philosophie) prend son envol »

 

Certes la philosophie ne peut saisir le présent car elle n’a de prise que sur l’accompli. Mais comment saurions-nous dans quelle direction nous sommes orientés si nous n’avions pas cette façon de penser ?

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(1) C'est ce que semble penser le Président suite à la réforme des retraites.