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dimanche 22 mars 2026

Et maintenant, 6 ans sans dessouler – Chronique du 23 mars

Bonjour-bonjour

Regardez un peu cette « Une » de l’Hebdo Hara-kiri en date de juin 1969, pour saluer l’entrée de Georges Pompidou à l’Élysée, suite à son élection à la Présidence.

 


Ça a fait rire, parce que Pompidou n’a pas tenu un septennat entier à la Présidence. Mais en même temps on avait là une vision simplement un peu radicale du mandat présidentiel qu’on pourrait comparer à celui de maire en ce matin d’élection.

Nous autres démocrates rigoureux, nous qui avons été nourris aux diatribes de Robespierre, nous ne pouvons croire que les abus des individus puissent subsister dans le comportement de celui qui a reçu délégation de pouvoir de la part du peuple souverain. Les Principes républicains supposent que le Bien soit la seule mire de l’avenir sur laquelle le chef de l’exécutif puisse régler son action. Et cela, même Donald Trump l’affirme malgré les fantaisies de ses décisions – du moins il le dit : il sait ce qu’il doit faire parce qu’il sait que c’est le « Bien », qu’il le ressent jusque dans ses os.

- Un peu plus cynique, Hara-Kiri conclut : le chef élu a le pouvoir de faire ce qu’il veut même si on voit bien clairement qu’il s’agit-là de sa fantaisie personnelle. Et d’ailleurs, ce pouvoir n’est pas seulement de choisir ce qu’il aime faire, mais de surcroît il peut le définir comme la valeur devant laquelle chacun devra s’incliner.

On croyait que c’était une fiction et que le peuple, ou les mécanismes démocratiques prévus, arrêteraient un tel comportement. Les Gilets-Jaunes français avaient clamé que le peuple reste à tout moment en état de retirer le pouvoir à celui qui en abuse.

Peut-être… ou pas.

En tout cas à la Maison-Blanche, on ne dessaoule pas.

mercredi 24 septembre 2025

« Je ne suis pas content ! » - Chronique du 25 septembre

Bonjour-bonjour

 

Le discours du Président Trump à la tribune de l’ONU a sidéré les observateurs : personne jusqu’à présent n’avait tenu un pareil langage, si menaçant tout en étant en même temps si dysfonctionnel. Car ne croirait-on pas, en l’entendant, entendre un gamin de 8 ans, colérique et boudeur ? Allant jusqu’à nier ses bévues d’hier pour en affirmer avec ostentation de nouvelles ?

 


Et pourtant chacun frisonne et louvoie, baisse la tête, courbe l’échine… Bref, il semble qu’un tel langage, au lieu d’affaiblir son auteur, ne fasse que souligner sa puissance.

« Le verbe n’est rien, les canons sont tout. » : c’est cette réalité qui s’impose à nous, nous obligeant à admettre que notre belle rhétorique, nos analyses subtiles primées par les grands concours de l’Administration publique, n’ont en réalité aucune valeur – sans quoi Trump n’aurait pas tenue 30 minutes dans le bureau ovale.

Mais nous - nous les élites, nous les QI à plus de 140 : que devons-nous en penser ?

- C’est comme ça – Résignons-nous devant la bassesse humaine et renfrognons-nous dans une misanthropie bien tenace.

- Utilisons notre intelligence et notre art de prévoir l’avenir pour subtiliser aux puissants, devenus des benêts, leurs armes afin de réinstaller l’intelligence là où elle devrait être : au sommet de l’État.

- Devenons les complices du pouvoir, soyons les valets des puissants, leur éminence grise afin de détourner en notre faveur les surplus de la puissance.

 

… Choisis ton camp, camarade.

lundi 15 septembre 2025

Des nouvelles du Président du MEDEF – Chronique du 16 septembre

Bonjour-bonjour

 

Patrick Martin, Président de l’organisation patronale va bien. Certes il déplore les menaces d’imposition des entreprises, mais qu’en est-il vraiment ? 

Pour le savoir, nous avons voulu tester son sourire en le comparant à celui de l’animal le plus proche du patron des patron : le requin.

Pas de doute : ça matche. Voyez plutôt :

 

 

Si je me permets une telle comparaison, c’est parce qu’il apparait de plus en plus que notre époque va sélectionner prioritairement des hommes et des femmes capables de jouer de leur force pour s’imposer au premières places de la société. Finies les personnalités pacifiques, celles qui règlent les conflits par des concessions mutuelles. Place aux requins qui avalent d’abord et qui rejettent après ce qui ne leur convient pas.

Et chez nos gouvernants ?

Hélas ! Notre nouveau 1er Ministre semble avoir des soucis avec ses grosses molaires du fond de la bouche.

 

 

Problème de dent… de sagesse ?

samedi 2 août 2025

Les femmes accèdent à l’homo « potens » – Chronique du 3 aout

Bonjour-bonjour

 

Que faire un 2 aout quand on reste chez soi au lieu d’aller croupir dans les bouchons de la vallée du Rhône ? Se mettre devant sa télé et regarder cette l’étape du Tour de France qui arrive au sommet du col de la Madeleine – étape qu’on a vue il y a une semaine, sauf qu’alors c’étaient des hommes sur les vélos alors qu’hier c’étaient des femmes. 

- Occasion de constater que les images de ces coureuses cycliste ne différaient guère des images venues une semaine avant avec des hommes : même vision de l’énergie dans la grimpée des cols, même apparence de projectile profilé pour la vitesse, dans la descente ; même manifestation de la gloire au passage victorieux de la ligne d’arrivée.

 


 Pauline Ferrand-Prévot à l'arrivée au col de la Madeleine


Le 21ème siècle a vu l’épanouissement des sports jusqu’ici réservés aux hommes, tels que certains sports d’équipe comme le football et le rugby ; mais aussi le sport cycliste. C’est l’occasion de le constater : il y a des sports genrés et des sports non-genrés. Les sports genrés nous montrent qu’avec exactement les même règles sportives la pratique des hommes et des femmes diffèrent. Par exemple, il n’y a aucun doute quant au sexe des joueurs de rugby quand c’est un gros quintal de muscle qui percute un autre quintal dressé devant lui, et quand c’est une femme (80 kilos quand même ! – voir ici). C’est le même sport mais ce n’est pas le même spectacle.

Certains papy-bougons voudront en conclure qu’il y a des sports réservés aux hommes et d’autres ouverts aux femmes : « Du basket, pourquoi pas ? – mais du rugby non ! » Mais ce ne sont que des radotages de vieillards moisis. La vérité c’est qu’il y a de la place pour plusieurs manières de faire vivre ces règles qu’on a pourtant crues valables uniquement pour la force physique – domaine où la nature a tracé une ligne de démarcation entre les hommes et les femmes. Autant le dire : aujourd’hui, même si la différence hommes-femmes est restée dans l’effort physique (la production de watts pour parler comme les spécialistes du cyclisme), elle n’a plus du tout la même valeur. Il fut un temps où conduire un 38 tonnes demandait du biceps ; aujourd’hui il y a des femmes camionneuse (sic), même si ça déplait à certains.

 

Je ne sais pas si quelqu’un a fait une analyse sérieuse des femmes-de-pouvoir comparées aux hommes-de-pouvoir. Dans la meute animale, les femelles « alpha » se distinguent des autres par le fait qu’elles forment couple avec un mâle « alpha ». On a longtemps cru qu’il en allait de même chez les humains : les femmes qui atteignaient au pouvoir ne pouvaient le faire que soutenues par l’autorité du mâle, comme Catherine de Médicis, reine de France par la grâce de son mariage avec le futur Henri II. 

En tout cas après s’être emparées du pouvoir symbolique les voici que les femmes font main basse sur toutes les gloires que les hommes croyaient leur être réservées.

 

- Voilà sans doute la tendance qui définit le mieux l’espèce humaine : l’être humain est un « homo potens ». 

- Maintenant que les femmes ont investi ce domaine dans toutes ses dimensions, on se demande ce qu’elles vont y apporter de nouveau. – La sagesse ?

dimanche 20 juillet 2025

Pétition contre la loi Duplomb – Chronique du 21 juillet

Bonjour-bonjour

 

Nous assistons en ce moment à un retour du conflit entre démocratie représentative et démocratie directe. Autrement dit entre la loi Duplomb, adoptée par la représentation nationale le 8 juillet et la pétition qui demande son abrogation et qui a recueilli à ce jour plus d’un million de signatures. Or, une telle pétition ne peut selon la Constitution obtenir un telle annulation, mais seulement un débat à l’Assemblée nationale.

- Selon cet article, Madame Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée a déclaré que, si « Un débat ne pourra en aucun cas revenir sur la loi votée », en revanche « on ne peut que constater les chiffres qui montrent qu’une partie des Français veut que l’on débatte ». C’est là que madame Braun-Pivet se trompe : les signataires ne vont pas se contenter d’un débat en estimant très probablement que leur nombre prouve que le peuple français rejette cette loi « écocidaire », et que, par ailleurs, aucune loi, même votée par la représentation nationale n’a de légitimité dans ce cas. Je suppose qu’on est revenu à l’époque des Gilets-jaunes (mais l’avons-nous jamais quittée ?) où les ronds-points clamaient « Nous sommes le peuple ! » et réclamaient les pleins-pouvoirs.

On pourrait comparer les chiffres : 1 million de pétitionnaires versus 49 millions d’électeurs représentés par les députés. Mais on a mieux à faire : mettre sur la table les lois auxquelles nous avons tous souscrits implicitement depuis le vote de 1958 et qui, en décidant de choisir la constitution de la 5ème République, fixe les lois qui s’imposent dans tous les cas sur tout autre expression de la volonté populaire.

- On dira « Depuis 1958, que de choses ont changé ! Qui nous dit qu’un nouveau scrutin constitutionnel donnerait le même résultat ? »

En effet. Sans mettre en cause l’adoption d’une nouvelle constitution (comme LFI) pourquoi ne pas introduire un vote de confirmation constitutionnel qui redonnerait de la vigueur à notre République – un peu comme la « Fête-sed » au temps de Pharaons ? Rappelons que, selon les historiens, les fêtes-sed consistaient à l’origine dans les sacrifice du chef de clan devenu trop vieux et à son remplacement par un nouveau chef (voir ici).

On comprend que nos dirigeants ne soient pas trop pressés qu’on ressuscite ce rituel. 

Et pourtant…

mardi 29 avril 2025

Aux armes citoyennes ! – Chronique du 30 avril

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin cet article analysant un fait peu contestable : quatre-vingt ans après les premières élues, « la politique française ne considère toujours pas les femmes comme légitimes à exercer le pouvoir ».

Si les femmes sont toujours minoritaires sur les bancs de l’assemblée, elles le sont encore plus si on considère la nature du pouvoir qui leur est accordé et qui est le plus souvent subalterne.

Deux raisons sont évoquées : selon l’une, le capital politique des femmes est moindre que celui des hommes. Raison pour laquelle ce sont eux et non elles qui ont le plus de ressources pour gagner les postes à pouvoir important. Mécanisme courant et qui pourrait sans scandale s’inverser : « Les femmes ne sont pas forcément discriminées en tant que femmes, mais parce qu'elles ont moins de ressources politiques. »

 Mais on ne doit pas oublier le poids d’une certaine tradition pour laquelle les femmes ne sont pas légitimes à exercer le pouvoir.

--> S’agit-il pour les femmes de revendiquer le partage du pouvoir au nom de leur féminité ? 

Pas du tout ! « Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. Il faut donc que les femmes se battent, qu'elles investissent les partis politiques et qu'elles conquièrent des postes. » Tel est la conclusion de l’article cité.

Rappelons-nous le discours d’Elisabeth Borne lors de son investiture comme 1ère Ministre : « Ma nomination est la preuve qu’il faut que les femmes croient en la possibilité de conquérir le pouvoir. »

-  Allez-y les copines ! Continuez à toquer à la porte. Elle finira par s’ouvrir. Et si elle ne s'ouvre encore pas, enfoncez-la !

mercredi 16 avril 2025

L’heure des prédateurs – Chronique du 17 avril

Bonjour-bonjour

 

Cet article du journal l'Opinion se fait l’écho de « L’heure des prédateurs », un livre récemment publié par l’écrivain Giuliano da Empoli, conseiller politique italo-suisse qui, entre autres, enseigne à Sciences-Po Paris.

Bien que ce livre (tel que résumé par l’article cité) paraisse exclusivement axé sur le comportement de Donald Trump donné comme l’archétype de ces hommes politiques qu’il définit comme étant des prédateurs, la généralisation qu’il opère peut donner lieu à quelques réflexions importantes. 

En particulier : 

- La primauté de l’action : « la première loi du comportement stratégique du prédateur, c’est l’action, qui assoit la légitimité du pouvoir. »

 Avant de préciser : « l’action résolue du Prince constitue l’antidote de l’empêchement, de l’entrave, ce grand mal des démocraties modernes. » Il est intéressant de constater que l’inaction est réciproquement l’un des reproches en incompétence à l’encontre des gouvernements français privés de majorité.

- La nécessité de l’action sidérante : ce caractère semble issu d’une observation de la « méthode » Trump : l’action résolue ne suffit pas. Elle doit aussi être irréfléchie, donc imprévisible, seule caractéristique à même de produire l’effet de sidération sur lequel se fonde le pouvoir du prédateur.

 

 ==> Cette double singularité produit inévitablement le chaos, là encore simple observation de ce qui se passe en cet instant dans le monde du commerce et de la diplomatie, du fait de l’Amérique. Le chaos est en effet nécessaire pour justifier les rapports de force généralisés imposant un monde fait « d’inattendu, d’instable et de belliqueux ». Car sans cela,  l’action qui répondrait simplement à la nécessité « serait proche de l’acte d’un technocrate qui agirait au nom de contraintes supérieures ».

-  Faire jaillir l’ordre du désordre, tel est la gageure des gouvernements populistes (proposés comme forme propice aux prédateurs). Pour eux, on ne peut parvenir à un résultat qu'en transgressant les règles formelles et contre le système, rendu inefficace par ses procédures et ses hiérarchies.

 

Il faut se méfier de ces résumés forcément flous qui permettent de lire les nouveaux évènements à travers de projections subjectives ; toutefois – et quoiqu’il en soit de la compétence de l’auteur – on doit admettre que c’est une grille de lecture capable de relier de manière fort éclairante des évènements politiques.

dimanche 6 avril 2025

Le Ministre qui se prenait pour le Président – Chronique du 7 avril

Bonjour-bonjour

 

En ce moment une palanquée de Ministres français est en visite en Algérie et annonce le retour à une relation diplomatique et apaisée entre les deux pays. Exit donc la ligne Retailleau, du nom du ministre de l’Intérieur – qui du reste ne fait pas partie de la phalange ministérielle française actuellement sur le sol algérien.

« La sagesse, l’évidence l’a emportée sur les rodomontades » précise l’article consulté, rappelant ainsi que Bruno Retailleau est comparé à ces personnes fanfaronnes et ridicules dont les propos sont qualifiés de « rodomontades »

« On perçoit de plus en plus nettement qu’une brouille serait trop coûteuse de part et d’autre », assure Bertrand Badie (spécialiste des relations internationales), pour qui « la stratégie prônée par monsieur Retailleau avec son “rapport de force” était irrationnelle pour ne pas dire stupide. /…/ ses propos ne servaient qu’à flatter un électorat, tout en exprimant une impasse et dévoilant une nature totalement irréaliste, irréalisable et inconsistante. » (Article cité)

 

On n’oublie pas que Abdelmadjid Tebboune, le Président de l’Algérie, avait affirmé, il y a peu de temps et avec un accent définitif, que son seul interlocuteur était le Président Macron, laissant supposer qu’un simple Ministre de l’Intérieur français n’avait pas le poids suffisant pour imposer ses décisions.

Et c’est ça que je retiendrai ce matin : l’humiliation infligée à Bruno Retailleau consiste à le renvoyer à son rang dont il avait eu la prétention de sortir « Sache que tu n’es qu’un ministre ! »

On n’est pas loin du « Connais-toi toi-même » de Socrate, injonction gravée sur la porte du temple d’Appolon à Delphes pour rappeler aux hommes qu’ils ne doivent pas se prendre pour des Dieux.

 


Malheur au Ministre qui se prend pour un Président.

mercredi 2 avril 2025

Donald Trump soumis à son hubris ? – Chronique du 3 avril

Bonjour-bonjour

 

Quand vous lisez (ici) que le CEO de Lehman Brothers ou encore de Vivendi Universal ont entrainé par leur hubris déraisonnable la faillite de leur entreprise, vous avez peut-être écarquillé les yeux : CEO : c’est quoi ? Hubris – Quésaco ?


Après avoir consulté les sites bien informés, vous avez trouvé la traduction «  CEO : Chief Executive Officer (=PDG) » et vous vous êtes senti rassuré. Pourtant arrivé à la notion d’hubris, ça n’a pas été la même chanson. A la question : « Pourquoi certains CEO paient trop cher certaines acquisitions », Richard Roll, professeur de finance, après avoir épuisé toutes les explications habituelles, finit par conclure qu’une partie du surcoût peut être imputée à l’égo du dirigeant et à la perte, par celui-ci, du sens de la mesure : c’est ce que Roll nomme l’hypothèse d’hubris. (Art. cité)

- Et c’est là que ça se complique, car il faut définir ce que signifie ce mot grec « hubris ».

Lisons encore l’article cité : « Ce terme fait moins référence à un concept qu’à un ensemble de mythes mettant en scène l’arrogance et l’insolence funestes de l’homme face aux dieux ». 

Et de citer trois sources :

- Le mythe d’Icare selon lequel ce fils de Dédale, méprisant les conseils de son père, vole trop près du soleil pour finir dans la mer. On pense également à Phaéton, qui, tenant à conduire le char du dieu Soleil à la place de son père Apollon, met le feu aux nuages.

- Pour Platon : « Quand déraisonnablement, un désir nous entraîne vers les plaisirs et nous gouverne, ce gouvernement reçoit le nom d’hybris ». (Phèdre)

- Et Aristote de préciser « La cause du plaisir ainsi ressenti par l’individu faisant preuve d’hybris est qu’il se considère lui-même très supérieur aux autres lorsqu’il les maltraite. »

 

L’avantage de ce détour est de fixer les moments essentiels du concept dans un cadre très précis : d’abord, l’hubris est synonyme d’excès. La raison qui connait le cadre à ne pas dépasser est mise hors circuit par le désir et la recherche de plaisir qui lui est associée. Chez les grecs, les cadres en question sont établis par les Dieux et vouloir les outrepasser est un crime qu’ils châtient sévèrement.

Mais chez nous pour qui les dieux grecs n’existent pas ? 

-Écoutez Kant : le désir a la faculté de nous faire croire à la possibilité d’atteindre un but inaccessible. Les dérives les plus invraisemblables deviennent le chemin que des gens guidés par leurs chimères vont emprunter pour peu qu’ils en aient le pouvoir.

- Mais là ne s’arrête pas la faute caractérisée par l’hubris. Comme Aristote le souligne, le plaisir est le but ultime de la démarche désirante. Or être gouverné par la recherche de plaisir est source des pires crimes, car le plaisir de s'éprouver supérieur aux autres implique de les considérer comme des objets purement et simplement.

 

L’hubris est non seulement déraisonnable, elle est aussi immorale. Ce que vérifie l’exemple cité pour commencer de Donald Trump

mercredi 15 janvier 2025

Le Ministre aux poches vides – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

C’était un homme fatigué, blanchi sous le harnais, mais qui conservait une petite flamme au fond de ses yeux, une flamme qui disait son plaisir de gouverner. Il venait d’être désigné 1er ministre – du moins pressenti pour l’être et ce jour-là il allait présenter son programme devant les députés réunis pour voter pour ou contre lui.

Et pourtant cette petite flamme vacillait dangereusement, sur le point à tout moment de s’éteindre, car… comment promettre une vie meilleure si les caisses sont vides – et même pire que cela : car il était contraint d’annoncer que non seulement il ne les remplirait pas, mais encore qu’il allait ponctionner les maigres ressources du peuple. 

 


François Bayrou, le 14 janvier au Palais Bourbon

 

Vous le voyez ici, à la tribune, en train de jongler avec les chiffres : il ne baisserait pas le nombre des professeurs ? Oui, bien sûr. Mais à quoi faudra-t-il renoncer pour les maintenir ? Et puis, à quel âge la retraite ? Maintenu à 62 ans, c’est le déficit assuré qu’il faudra un jour prochain compenser par une augmentation des cotisations : ce sont les actifs qui vont vider leurs poches pour assurer les pensions des retraités – ils ne vont pas aimer, et ils vont le faire savoir.

Et voilà notre pauvre ministre qui ploie sous le joug de plus puissant que lui : l’argent. Dans le même temps, Elon Musk, un odieux multimilliardaire américain faisait savoir que son argent lui donnait tous les pouvoirs, du moins tous ceux qu’un pays pouvait consentir suivant la Constitution. L’argent autorise au pouvoir de se déployer parce qu’il apporte la capacité de faire. Ici, point de politique, point de question de légitimité : ce que je peux faire, je le fais si je veux.

Pourtant, notre (éventuel) futur 1er Ministre ne désarme pas : sa fatigue, son découragement, il va les oublier en se livrant à une séance de questions/réponses avec ses compagnons d’Hémicycle, ceux avec qui il partage, non pas forcément des convictions communes, mais une pratique régulière des débats de l’Assemblée Nationale. Évoquer des discussions passées, croiser le fer avec l’opposition sur la question de savoir si le Général de Gaulle était pour ou contre le scrutin proportionnel : voilà qui lui permet de se sentir moins seul, même si au terme de la journée il se sent abattu de n’avoir pu changer les choses.

Ce soir, en se déshabillant pour se mettre au lit, s’il fait tomber de son pantalon quelques piécettes, il va les ramasser en soupirant : un peu de pouvoir au creux de sa main.

vendredi 13 décembre 2024

Enfin, les ennuis commencent ! – Chronique du 14 décembre

Bonjour-bonjour

 

François Bayrou nommé hier premier ministre, a rappelé cette citation de François Mitterrand au lendemain de son élection de mai 1981 : « Enfin, les ennuis commencent ». On aura reconnu une allusion à l’opiniâtre lutte pour le pouvoir qui prend fin avec la victoire… et qui débute avec d’autres luttes pour le conserver.

- Il s’agit d’un rappel du Prince de Machiavel pour qui la conquête et la conservation du pouvoir résument l’essentiel de l’art du Prince, dont même le talent pour bien gouverner et pour faire le bonheur de son peuple est subordonné à l’utilité pour bénéficier du pouvoir.

Et on se prend à s’interroger à propos de François Bayrou : à supposer que son acharnement depuis 50 ans à occuper la première place en politique soit avérée, s’agit-il d’une disposition naturelle dont on ne peut rendre compte parce qu'elle ne dépend de rien, étant elle-même une passion fondamentalement inscrite dans la nature de cet homme ?

Ou, si l’on veut, y a-t-il des personnes qui, de naissance, possèdent le talent et la volonté de dominer les autres non pour les détruire, mais pour obtenir qu’ils le suivent dans leur volonté de dominer ? Si c’est le cas, alors soyons bien attentifs : on doit trouver de gens comme ceux-là non seulement parmi les jeunes loups de la politique, mais encore dans les compétiteurs de tous genres, que ce soit en sport ou dans le monde de l’entreprise – voire même dans les familles ?

- Pourquoi pas ? Mais n’oublions pas l’essentiel : si la gouvernance dont nous parlons doit être reconnue comme une tendance fondamentale, il faut bien la discerner de la violence qui conduit certains à détruire tous ceux qu’ils dominent. L’autorité politique, et toutes les formes de pouvoir dont elle est une variété, exerce cette domination dans le but de démultiplier sa volonté par la volonté de tous. Par contre, le dictateur finit toujours soit par détruire son peuple, soit par être détruit par lui. La politique ce n’est pas cela.

Ça ne suffit pas pour être rassuré.

dimanche 30 juin 2024

La France plus forte que les hommes qui la dirigent – Chronique du 1er juillet

Bonjour-bonjour

 

Souvenez-vous : nous étions en mai 1981 et le pouvoir était passé aux socialistes. Certains Français imaginaient déjà les chars soviétiques sur les Champs-Élysées et l’armée rouge à chaque carrefour.

Pourtant le dessinateur du journal le Monde, un certain Plantu, publiait ceci :

 

 

Tous ces effrois paraissent avec le recul un peu ridicule.

Et aujourd’hui ? Craignons-nous voir apparaitre un ministère de l’Ordre moral ainsi que des gestapistes à la française qui vont demander aux passants leurs papiers à chaque coin de rue. Ce n’est vraisemblablement pas pour demain, pas plus que la Tour Eiffel ne sera démontée pour construire à sa place une nouvelle Basilique destinée à « expier les péchés » d’une France en pleine déshérence spirituelle.

 

Oui-oui… Maintenant, imaginez que vous êtes barbu avec le teint basané, ou une femme voilée. Vous ne vous demandez pas ce matin, 1er juillet 2024 si la Tour Eifel est toujours à sa place – vous n’en avez rien à faire – mais si votre mosquée ne va pas être fermée par décision préfectorale pour insalubrité ; quant à vos papiers vous n’avez pas intérêt à les oublier à la maison, même si vous êtes français.

Quant à moi, je me demande combien de temps encore je vais pouvoir publier librement tout ce que je pense sur ce blog.

Et si la France était plus forte que les hommes qui prétendent la diriger ?

lundi 10 juin 2024

Dissolution : une régénération du pouvoir – Chronique du 11 juin

Bonjour-bonjour

 

L’annonce de la dissolution de la chambre des députés reste aujourd’hui encore un évènement dont l’émotion n’est pas retombée : n’avons-nous pas là un jeu dangereux choisi par un jeune et irréfléchi Président dont le but serait de satisfaire l’orgueil d’un homme qui s’est défini lui-même comme le « maitre des horloges » ? 

Pourtant et indépendamment de ces opinions circonstancielles, on peut apprécier les mécanismes de la Constitution qui jouent là, sous nos yeux, avec des situations imaginées il y a maintenant plus de 60 ans :

            - Et principalement le fait que cette dissolution soit prévue comme un ressourcement du pouvoir par les élections. Quelque chose comme une régénération du pouvoir par le peuple dépositaire de la souveraineté.

Un exemple d’une telle pratique est fourni par l’Égypte antique sous le noms de « fête-sed » :

- Les historiens spécialistes de l’Égypte ancienne parlent des célébrations rituelles qui accompagnent les 30 ans de règne du Pharaon appelées « fête-sed » :

« L’origine du rituel serait à rechercher dans une antique chasse de qualification destinée à désigner le nouveau chef de clan, après avoir sacrifié l'ancien, devenu trop âgé pour assurer son rôle de chef de chasse.

Le sacrifice, théoriquement pratiqué au bout de trente ans de chefferie, se serait transformé en rite de régénération royal, succédant à une cérémonie d'inhumation d'une statue du pharaon, substitut symbolique du corps du vieux chef sacrifié. » 

La fête-Sed était donc une cérémonie régénératrice que le pharaon pouvait organiser pour montrer à son peuple qu'il était capable de gouverner le pays. À certaines époques, et selon le pharaon, ces fêtes étaient l'occasion de démonstration physique du souverain (course à pied, capture de taureau, chasse au lion ou à l'hippopotame, etc.). » (Lire ici)

 

Bref : on aurait ici la volonté de montrer que le chef est encore assez puissant pour dominer ses adversaires qui briguent sa place, sans quoi il est mis à mort et remplacé par son « challenger » victorieux. Passée inaperçue dans nos démocraties cette régénération du pouvoir est restée présente : personne ne peut conquérir ou conserver le pouvoir sans une démonstration de force.

C’est ainsi que Raphaël Glucksmann reproche à Emmanuel Macron de pratiquer un jeu de roulette russe avec 5 balles dans le barillet.

Ce reproche serait alors non de dissoudre pour redonner la parole au peuple, mais de le faire en prenant des risques insensés. Les westerns nous ont montré que cet affrontement devait s’opérer selon des règles un peu plus équilibrées. Comme le duel final de ce western de série B :


Young Jesse James (1960)


dimanche 9 juin 2024

L’alternative – Chronique du 10 juin

Bonjour-bonjour

 

L’essentiel à retenir ce matin, c’est que nous n’avons plus de députés. La démocratie est appelée à jouer son rôle, celui d’instaurer l’alternative au pouvoir politique en place.

Ce jeu si naturel est pourtant quelque chose qui nous sidère : les députés et les ministres ne sont donc pas dépositaires par naissance du pouvoir : ils l’ont acquis par les urnes et ils le perdront également par les urnes. Cet étonnement de constater ce matin que personne n’est par nature ni chef ni maitre du pouvoir, mais seulement dépositaire, c’est ce que nous voyons contesté violemment là où la démocratie est refusée par les Présidents sortants qui veulent devenir Président-à-vie.

 

Cette remarque de psychologie politique étant faite, la question est : « Et maintenant ? Quelle est alternative ? » Question qui devait être précédée de : « Y a-t-il une alternative ? »

- La majorité sortante prétend que non : rien ne peut améliorer la gouvernance actuelle, sinon de persévérer. On souffre, mais c’est peut-être le signe que les remèdes mis en place agissent et donc qu’ils devraient nous guérir.

- Les oppositions radicales prétendent quant à elles que tout doit changer, parce que nos souffrances sont le résultat des abus perpétrés par le clan au pouvoir ; si quelqu’un doit en souffrir ce sera désormais ceux qui ont abusé de leur position dominante.

- Les modérés diront, comme d’habitude « In medio stat virtus ». Faisons de tout un peu et on verra les choses se remettre en place.

 

Le rôle que je peux jouer ici n’est pas de vous aider à choisir entre toutes ces possibilités, mais simplement de vous faire admettre que vous ne pouvez pas être un citoyen sans accepter de jouer le rôle de défenseur du bien public. Le malheur est que de nos jours, chacun veut tirer la couverture à soi : on est citoyens à condition de voir ses intérêts pris en compte et satisfaits : les retraités ne voteront que pour le parti qui augmentera les retraites ; les profs pour ceux qui augmenteront les traitements des fonctionnaires ; les milliardaires voteront pour ceux qui ne rétabliront pas l’ISF, etc.

Attention : je n’ai pas dit que telle ou telle mesure ne serait pas bonne. Ce que je dis, c’est que voter pour telle ou telle mesure ne peut être un choix démocratique qu’à condition d’être reconnu comme mesure bonne pour tous. Que tous aient intérêt à avoir des retraités bien secourus, des profs bien payés ou des milliardaires florissants dont la fortune peut servir d’appât pour d’autres fortunes.

L’alternative est entre le « Bon pour tous » et le « Tous pour moi » : choisis ton camp, camarade.

jeudi 30 mai 2024

« Nul n’est au-dessus des lois » - Chronique du 31 mai 2024

Bonjour-bonjour

 

La condamnation au pénal de Donald Trump, l’ex-président des États-Unis d’Amérique le rappelle : la loi s’applique à tous les citoyens américains, quelque soient leur fonctions ou leur fortune. 

 


Cette condamnation est si forte juridiquement que D. Trump n’a pu l’attaquer qu’en niant la légitimité des juges qui l’ont condamné : « juges corrompus, procès politique, la honte d’un pays démocratique ». Pour nous, français, la sentence qui rappelle que « Nul n’est au-dessus des lois » est particulièrement importante, puisqu’elle a porté la condamnation des privilèges d’ancien régime. 

Car la démocratie n’est pas seulement un pouvoir réparti également entre tous les citoyens, elle est aussi le refus de voir la volonté particulière d’un souverain, fût-il légalement élu, l’emporter sur la volonté générale. Les rois de France avaient ce pouvoir qu’ils exerçaient par les « lettres de cachet » leur permettant de faire enfermer leurs sujets selon leur « bon plaisir ».

Cette particularité de la démocratie ne déroge cependant pas à la logique du pouvoir souverain qui est de formuler des lois absolument universelles – et donc s’appliquant à tous les citoyens selon la volonté de celui qui détient le pouvoir suprême. La différence, on l’aura compris, tenant dans le fait que d’un côté il s’agit de la volonté despotique d’une seul individu et de l’autre de celle d'un peuple entier.

 

Toutefois si personne n’est au-dessus des lois, même celui qui a le pouvoir de les édicter, il n’en reste pas moins que ce pouvoir est quant à lui au-dessus de celles-ci. Car si le peuple de citoyens doit obéir aux lois, ces mêmes citoyens ont aussi le pouvoir de défaire la loi pour en édicter une autre éventuellement opposée. Sinon la souveraineté serait freinée par la volonté des juridictions antérieures. On l’a bien vu chez nous avec cette inscription du droit à l’avortement dans la constitution, empêchant son abrogation sans passer par une modification de la constitution qui réclame une majorité des 3/5ème des suffrages exprimés.

lundi 22 avril 2024

Not in my backyard – Chronique du 23 avril

Bonjour-bonjour

 

En France toute réforme un peu contraignante est acceptée… à condition de n’affecter que le voisin. Les anglais ont une formule pour cela : « Not in my backyard », c’est à dire « Pas dans mon jardin ». 

Voilà qui est clair. Appliquons : le déficit des comptes public ne déroge pas à ce principe. Qui doit payer ? Les chômeurs ? Les grosses fortunes ? Les retraités ?

Oui, les retraités qui, par le biais de l’indexation sur l’inflation ont vu leur niveau de vie protégé l’an dernier alors que les actifs, eux, le voyaient chuter. De plus le niveau des économies réalisables sur leur dos boucherait facilement le trou financier. « L'indexation de 5,3 % des pensions, ce sont les 15 milliards d'euros qui manquent dans le budget 2023 », estime François Ecalle, ancien conseiller à la Cour des comptes. (A lire ici)

L’idée a germé et s’est répandue au sein de l’exécutif : Thomas Cazenave, le ministre délégué chargé des Comptes publics, a suggéré, pour limiter les dépenses, de sous-indexer les retraites dans le futur budget 2025. Colère du chef de l’État : « Arrêtez de sortir des mesures qui n'ont même pas été évoquées, sauf si vous voulez à coup sûr perdre les élections ! ». (Art. référencé)

 

La question est triple : quelle mesure choisir : celle qui serait juste ; celle serait efficace ? Et enfin, la quelle assurerait un bon rendement électoral ?

La réponse est : ça dépend. Vérifions selon les trois critères que nous venons de dégager à propos des retraités :

1° L’efficacité : Plumer les retraités serait certes efficace mais ruineux politiquement. Colbert le disait « L'art de l'imposition consiste à plumer l'oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris. »

2° La justice : Il ne suffit pas qu’une mesure soit efficace, encore faut-il qu’elle ne contredise pas nos valeurs fondamentales. Supposé que l’assassinat de certains citoyens soit la condition du redressement des comptes publics, ces crimes ne pourraient être commis sans faire basculer le pays dans la barbarie.

3° La popularité : on voit bien en quoi consistent le soucis des hommes et des femmes qui nous gouvernent : qu’importe l’efficacité ou la justice des mesures envisagées ; en termes d’importance, la seule efficacité significative est électorale : permettre de rester au pouvoir. Machiavel n’a jamais dit autre chose.

 

Maintenant supposez qu’on dise : surtaxons les travailleurs immigrés, et nous boucherons le trou des comptes publics. Là tout le monde applaudirait, car personne n’a de migrant dans sa « backyard »

vendredi 23 février 2024

Deux mains dégueulasses sur mes seins de 15 ans – Chronique du 24 février

Bonjour-bonjour

 

Où sont les femmes ? chantait Patrick Juvet en 1977. Hier soir, lors de la cérémonie de remise des Césars, on a entendu « Où sont les hommes ? », aussi bien dans le discours de Judith Godrèche que dans les commentaires qui l’ont entourée. Aucune parole masculine pour répondre aux plaintes des femmes qui ont souffert – non pas des hommes – mais de ces hommes qui ont abusé de leur pouvoir dans le cadre de leur profession de cinéaste.

 

- Les Césars sont une cérémonie fortement genrée, dont on a souligné depuis (presque) toujours le privilège qu’elle accordait aux hommes tant pour leur rôle de réalisateur que pour leurs rémunérations d’acteurs. Les nominations aux Césars ont été durant fort longtemps spécialement dévolus aux films masculins et ce n’est que depuis peu que les femmes sont entrées dans le sérail, mais sur la pointe des pieds et s’excusant presque de prendre quelques places aux messieurs.

Pourtant depuis 4 années les choses ont changé avec le clash d’Adèle Haenel à propos de la récompense attribuée à Roman Polanski accusé de viol commis il y a 50 ans. Non seulement en matière de violence faite aux femmes il n’y a pas prescription, mais hier, l’actrice Judith Godrèche a fait changer la peur de camp. « Deux mains dégueulasses sur mes seins de 15 ans » : voilà comment Judith Godrèche décrit les gestes par les quels Jacques Doillon prétendait lui apprendre à jouer une scène du film « La fille de 15 ans » - 45 reprises avec 45 fois le tripotage en question. 

--> Prenons garde à cette circonstance : il ne s’agit pas là de l’emprise exercée sur elle par Benoît Jacquot, contre lequel elle a par ailleurs porté plainte ; il s’agit de l’abus commis par un metteur en scène qui sort hypocritement de son rôle de metteur en scène pour jouir de l’actrice, non en tant qu’artiste mais en tant que « gros dégueulasse ».

Voilà ce qui désacralise les gestes abusifs liés aux professions du cinéma : rien que de très ordinaire, comme les mains baladeuses de Depardieu, gestes qui pourraient avoir été commis à la machine à café de n'importe quelle entreprise ; quant aux viols hâtifs de Harvey Weinstein, ça aurait pu arriver n’importe où, n’importe quand.

Hier les victimes ont juste demandé que les hommes en question viennent s’expliquer et demander pardon pour le mal qu’ils ont fait.

jeudi 15 février 2024

Le château de cartes sénégalais – Chronique du 16 février

 


Bonjour-bonjour

 

La crise constitutionnelle sénégalaise déclenchée par la décision du Président, appuyée par un vote législatif (dont l’opposition avait été exclue manu militari) de reporter les élections législatives, rebondi aujourd’hui après l’annulation de cette décision par le Conseil constitutionnel.

On voudrait croire que cet épisode clôt le débat, le Conseil constitutionnel étant la plus haute juridiction en la matière. Sauf que sa légitimité est sérieusement mise en doute après que deux des sept juges de ce conseil aient été soupçonnés de corruption pour avoir manipulé les élections en éliminant de la course électorale l’un des principaux candidats (lire ici).


On aurait tort de croire qu’il ne s’agit-là que de péripéties concernant exclusivement le Sénégal. Car nous y voyons la preuve que la démocratie en général dépend d’un équilibre fragile entre les pouvoirs qui se contrôlent et se limitent réciproquement. Comme dans une cathédrale gothique dont l’élancement prodigieux est maintenu par les arcs-boutants qui contrebalancent la poussée de la voute, il suffit qu’un pouvoir soit délégitimé pour que l’équilibre de l’ensemble de la démocratie soit menacé.

Au Sénégal est-il encore temps de bloquer l’effondrement qui menace la paix civile ? Peut-on encore espérer une médiation ? Rien n’est écrit d’avance, sauf que cet effondrement était bien prévisible et qu’il doit nous servir de leçons : politiquement notre démocratie si robuste en apparence, a des pieds en argile.

dimanche 7 janvier 2024

Pauvre Elisabeth ! – Chronique du 8 janvier



Bonjour-bonjour

 

Vous l’avez deviné : l’apitoiement présent dans ce titre évoque le sort d’Elisabeth Borne, supposée congédiée dès que les inondations du Pas-de-Calais seront maitrisées.

A l’heure où j’écris ces lignes, rien n’est fait – du moins rien n’est dit – et même les spéculateurs professionnels en sont à écrire des billets remplis de points d’interrogation. Inutile de le dire, je n’en sais pas plus qu’eux, sauf que moi, je peux me contenter d’évoquer mes états d’âme.

Je vois madame Borne comme une fonctionnaire supérieure hyper-compétente, mais dénuée de volonté politique personnelle. Je ne veux surtout pas dire qu’elle soit dénuée d’un horizon de valeurs qui la rattache à un courant de pensées politiques (sans doute de gauche). Mais je crois qu’elle n’a pas d’ambition politique personnelle qui mettrait la préservation de son pouvoir dans la balance dès lors qu’il s’agit de prendre des décisions importantes.

De ce fait je vois madame Borne comme dévouée à sa fonction beaucoup plus que bien d’autres premiers ministres avant elle. En tout cas les noms qui circulent pour son remplacement proviennent de milieux où l’ambition personnelle n’est pas un tabou : après tout, qu’y aurait-il de honteux à chercher sa réussite propre si elle passe par le succès d’une mission de service public ?

Rien de honteux dans la mesure où chacun le sait, si on s’engage en politique avec l’ambition exclusive de servir son pays, on risque de rester éternellement dans l’ombre, un peu comme l’ami de la prima donna qui s’efface au profit des amants qui captent toute la lumière.

Madame Borne n’a sûrement pas d’états d’âme quant à son sort personnel, sinon elle n’aurait pas accepté cette charge. Mais elle doit quand même penser qu’elle a d’autres missions à remplir dans sa fonction de première ministre – mission qu’on ne lui permettra pas d’accomplir, sans doute faute d’incarner une force politique significative.