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mardi 18 novembre 2025

Budget : la recette grecque – Chronique du 19 novembre

Bonjour-bonjour

 

Je lis dans la presse de ce matin ceci : « La Grèce connait un taux de croissance élevé et elle a conduit une rigueur budgétaire très stricte, grâce auxquelles la République hellénique compte des milliards d’euros de solde budgétaire primaire, ce qui lui permet de rembourser ses créanciers par anticipation » (lire ici)

- Bien : on est content pour elle, mais nous voulons savoir à quel prix cette rigueur a permis de revenir dans des limites budgétaires applaudies par les marchés ? Car nous qui sommes dans une situation aussi peu brillante que la Grèce il y a quelques, années, nous risquons de devoir emprunter le même chemin pour revenir dans les limites de la bonne gestion des finances publiques.

Alors, tenez-vous bien : voici la recette grecque : 

« Les impôts ont été augmentés, et de nouveaux ont été créés, rappelle Joëlle Dalègre spécialiste du pays méditerranéen. De plus, de nombreuses privatisations ont eu lieu. 

De l’autre côté, les dépenses publiques ont fortement diminué » (Art. cité)

– Cela s’est traduit par : 

* une baisse des salaires des fonctionnaires de 30 %, leur 13e mois a été supprimé, ainsi que leur prime à Pâques. 

* Tous les droits sociaux, relevant du travail ou de la grève, ont été revus au nom de la flexibilité. 

* Du côté des retraites, elles ont diminué entre 20 % et 40 %, avec un départ à la retraite à 67 ans pour avoir toutes ses cotisations. 

* La Sécurité sociale a diminué de près de trois quarts depuis 2010. 

* Les Grecs gagnent toujours moins qu’avant 2010 alors que l’inflation a bondi

* Le pouvoir d’achat des Grecs est, dans les faits, proche de celui des Bulgares, le plus bas d’Europe. 

* Une génération de Grecs ne connaît que l’austérité, et « une partie de la jeunesse, de ses cerveaux, a fui » selon Joëlle Dalègre (Art. cité)

 

Vous comprenez peut-être mieux pourquoi nos élus ont tant de difficultés à voter le budget 2023 ?





dimanche 19 octobre 2025

On nous prend pour des quiches – Chronique du 20 octobre

Bonjour-bonjour

 

« Passée du convoité « triple A », qu’elle détenait jusqu’en janvier 2012, à un simple A+, depuis le 17 octobre 2025, la France a vu sa note financière dégradée à quatre reprises par Standard & Poor’s (S&P), la principale des agences de notation qui évaluent la capacité des pays à rembourser leurs dettes. »

Lue ici, cette info-Libé est particulièrement éprouvante : depuis 13 années, régulièrement, la France voit son évaluation financière dégradée, et à chaque fois, le gouvernement s’est voulu rassurant : « Ça ne change rien, puisque les marchés ont anticipé ». Autrement dit, oui, c’est grave, mais pas pour vous puisque le choc a déjà été absorbé et que vous ne vous êtes rendu compte de rien.

- Bref : pour parler comme dans les faubourgs, ça fait 13 ans qu’on nous prend pour des quiches, et on voudrait que ça ne soit pas grave ? Il y a quand même de quoi s’étouffer d’indignation, vous ne croyez pas ?

 

D’ailleurs, le commentaire de l’Agence Standard & Poor’s rapporté par Libé est éloquent : depuis 2012 elle pointe régulièrement l’inefficacité des mesures prises par la France pour endiguer son déficit ; et puis voilà que depuis 2023 elle stigmatise l’aggravation du déficit des comptes publics : avant on faisait et ça ne servait à rien ; maintenant on fait toujours et ça s’accompagne d’une dégringolade.

- Bravo les gars ! Évitez quand même de continuer comme ça !

vendredi 4 juillet 2025

Déficit : qui va payer ? – Chronique du 5 juillet

Bonjour-bonjour

 

Ces jours-ci les chroniques concernant la rentrée politique de septembre tournent autour d’une question : comment établir un budget 2026 – à 40 milliards d’économies – sans tomber sous le coup d’une censure ?

Cette question fort vague est immédiatement doublée d’une autre : Va-t-on vers une taxation des retraites ? Sachant en effet que les retraités sortent de la crises financière moins pénalisés que les salariés, on se dit qu’il serait pensable de faire sauter certains avantages dont ils bénéficient, comme l’abattement forfaitaire de 10% sur les pensions de retraite.

Déjà, il est amusant de constater que la plupart du temps on ne sait pas pour quelle raison cet abattement est consenti. On prétend qu’il s’agit de couvrir des « frais professionnels » qui pourtant n’existent pas. En réalité cet abattement « a été instauré en 1978 pour compenser le fait qu’ils avaient moins la possibilité de dissimuler leurs revenus au fisc que d’autres catégories de contribuables. Il a été maintenu par la suite pour neutraliser certaines réformes du mode de calcul de l’impôt sur le revenu. »

--> Oui, vous avez bien lu : en France on doit dédommager ceux qui ne peuvent frauder le fisc, activité largement ouverte aux autres contribuables. J’ai lu ça ici, et j’ai été tellement stupéfait que j’ai cherché à recouper l’information, par exemple ici – où je trouve l’indication qu’il s’agit d’alléger la charge fiscale pour : « Empêcher la fraude, car les pensions sont déclarées directement par les caisses de retraite. » Dire qu’on doit empêcher une fraude qu’on ne peut commettre, c’est simplement absurde.

 Il suffirait pourtant de prendre un peu d’altitude pour avoir une compréhension des faits raccord avec le bon sens. Car en matière fiscale, c’est en élargissant l’assiette de l’impôt qu’on parvient au meilleur résultat, du moins celui qui assure la meilleurs acceptation.

D’où l’adage suivant :

« Déficit : Ne demande pas pour qui sonne le glas / Il sonne pour toi. »

Ce qui nous permet de savoir de quoi la rentrée budgétaire sera faite.

lundi 22 avril 2024

Not in my backyard – Chronique du 23 avril

Bonjour-bonjour

 

En France toute réforme un peu contraignante est acceptée… à condition de n’affecter que le voisin. Les anglais ont une formule pour cela : « Not in my backyard », c’est à dire « Pas dans mon jardin ». 

Voilà qui est clair. Appliquons : le déficit des comptes public ne déroge pas à ce principe. Qui doit payer ? Les chômeurs ? Les grosses fortunes ? Les retraités ?

Oui, les retraités qui, par le biais de l’indexation sur l’inflation ont vu leur niveau de vie protégé l’an dernier alors que les actifs, eux, le voyaient chuter. De plus le niveau des économies réalisables sur leur dos boucherait facilement le trou financier. « L'indexation de 5,3 % des pensions, ce sont les 15 milliards d'euros qui manquent dans le budget 2023 », estime François Ecalle, ancien conseiller à la Cour des comptes. (A lire ici)

L’idée a germé et s’est répandue au sein de l’exécutif : Thomas Cazenave, le ministre délégué chargé des Comptes publics, a suggéré, pour limiter les dépenses, de sous-indexer les retraites dans le futur budget 2025. Colère du chef de l’État : « Arrêtez de sortir des mesures qui n'ont même pas été évoquées, sauf si vous voulez à coup sûr perdre les élections ! ». (Art. référencé)

 

La question est triple : quelle mesure choisir : celle qui serait juste ; celle serait efficace ? Et enfin, la quelle assurerait un bon rendement électoral ?

La réponse est : ça dépend. Vérifions selon les trois critères que nous venons de dégager à propos des retraités :

1° L’efficacité : Plumer les retraités serait certes efficace mais ruineux politiquement. Colbert le disait « L'art de l'imposition consiste à plumer l'oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris. »

2° La justice : Il ne suffit pas qu’une mesure soit efficace, encore faut-il qu’elle ne contredise pas nos valeurs fondamentales. Supposé que l’assassinat de certains citoyens soit la condition du redressement des comptes publics, ces crimes ne pourraient être commis sans faire basculer le pays dans la barbarie.

3° La popularité : on voit bien en quoi consistent le soucis des hommes et des femmes qui nous gouvernent : qu’importe l’efficacité ou la justice des mesures envisagées ; en termes d’importance, la seule efficacité significative est électorale : permettre de rester au pouvoir. Machiavel n’a jamais dit autre chose.

 

Maintenant supposez qu’on dise : surtaxons les travailleurs immigrés, et nous boucherons le trou des comptes publics. Là tout le monde applaudirait, car personne n’a de migrant dans sa « backyard »

dimanche 17 mars 2024

Improductifs, gare à vous ! – Chronique du 18 mars

Bonjour-bonjour

 

Ça y est, c’est dit : Bruno Le Maire veut mettre fin à « la gratuité de tout pour tous ». Adieu l’État providence et bonjour l’État protecteur. Quand on sait ce que valent les litotes, l’abandon de l’une d’entre elle ne peut qu’éveiller nos soupçons.

 

--> Lisons donc (ici) attentivement les déclarations du Ministre de l’Économie et des Finances : « L’État-providence a fini par devenir une machine à empiler de nouvelles dépenses publiques, sans examen de leur pertinence ni de leur efficacité, sans remise en cause non plus des dépenses précédentes ». On en conclut que les dépenses publiques contraintes à faire des économies va entrainer la fermeture de certains robinets à subventions. Mais des robinets il y en a tant ! Les quels va-t-on fermer ?

1) D’abord les vieux qui coûtent vraiment trop cher : le ministre a évoqué la problématique du "grand âge" qui « pèse lourdement sur les comptes sociaux et pèsera de plus en plus lourd ». D’où l’idée de réduire les subventions liées à la dépendance et peut-être aux remboursements des soins – en tout cas tout est sur la table. De là à imaginer que la loi sur l’euthanasie est raccord avec cette problématique il n’y a qu’un pas que des esprits malveillants s’empressent de franchir.

2) Ensuite les chômeurs : supprimons le chômage et « avec le plein emploi une grande partie des problèmes financiers de la France seraient réglés, en particulier les problèmes de déficits et de dettes ». Plus de chômeurs, plus de déficit, plus de déficit, plus de dette.

Oui, mais comment supprimer le chômage ? Réponse: en supprimant les indemnités - c'est aussi simple que ça : « Nous avons encore une durée d'indemnisation parmi les plus généreuses en Europe. Cette générosité se paie au prix fort : un taux de chômage encore au-dessus de celui de nos principaux partenaires économiques ». L’obstacle au plein emploi, c’est l’indemnisation du chômage. Quand les gens crèveront de faim, on les verra retourner au travail à quelque condition que ce soit. Et puis avec ceux-là, c’est comme avec les vieux : on peut y aller, on ne risque pas les manifs de gilets jaunes.

 

- Conclusion : L’ennemi des comptes publics, ce sont les improductifs, les vieux, les bancals, les chômeurs chroniques. Bref, tout ceux qui coûtent et qui ne rapportent rien.

Si vous vous sentez visé, ouvrez l’œil !

jeudi 7 juin 2018

APRÈS 17 ANS DE DÉFICIT, LA SÉCURITÉ SOCIALE EN QUASI ÉQUILIBRE

« Cocorico! Le «trou de la Sécu» que les Français traînent comme un boulet depuis dix-sept ans pourrait bientôt n'être plus qu'un mauvais souvenir. La commission des comptes de la Sécurité sociale (CCSS), qui s'est réunie mardi pour son traditionnel point à mi-année en présence d'Agnès Buzyn, la ministre de la Santé et des Solidarités, indique une amélioration inattendue. » (Lu ici)

Vous êtes comme moi : lors que vous entendez « Cocorico », vous imaginez que le France vient de marquer un but au Mondial ? Que nenni ! Il s’agit simplement de ne plus avoir de déficit dans les comptes de la Sécurité sociale.
Déception ? Pas forcément. Car après tout, arriver à faire ce que personne n’a réussi depuis 20 ans, c’est quand même plutôt intéressant. Bien sûr s’il s’agit simplement de combler un déficit en  faisant plus de rentrées fiscales et plus de taxes, il n’y a pas de quoi être fiers. Mais il y a aussi des progrès liés aux dépenses mieux contrôlées des soins et des médicaments. Et c’est là que nous, les usagers de la sécu de 2018 pouvons nous glorifier de porter aussi notre part dans le succès de ce redressement.
Car, qui donc fait des économies d’hospitalisation en quittant l’hôpital juste au sortir du bloc opératoire ? Qui donc, avançant d’un pas vacillant, l’abdomen à peine recousu, ne se sentirait pas un peu grandi de coûter si peu cher à la collectivité ?

Et Mamie ? Certes elle bougonne avec son pilulier qu’elle n’arrive plus à garnir tant ses médicaments changent tout le temps de nom, de présentation, de couleur, de forme… Mais grâce à tous ces génériques, certes très déroutants, elle peut se soigner – et si elle reste ainsi plus longtemps à la charge de la collectivité, du moins elle ne lui coûtera pas plus cher.
Et quand même : c’est ça qui compte.