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vendredi 13 décembre 2024

Enfin, les ennuis commencent ! – Chronique du 14 décembre

Bonjour-bonjour

 

François Bayrou nommé hier premier ministre, a rappelé cette citation de François Mitterrand au lendemain de son élection de mai 1981 : « Enfin, les ennuis commencent ». On aura reconnu une allusion à l’opiniâtre lutte pour le pouvoir qui prend fin avec la victoire… et qui débute avec d’autres luttes pour le conserver.

- Il s’agit d’un rappel du Prince de Machiavel pour qui la conquête et la conservation du pouvoir résument l’essentiel de l’art du Prince, dont même le talent pour bien gouverner et pour faire le bonheur de son peuple est subordonné à l’utilité pour bénéficier du pouvoir.

Et on se prend à s’interroger à propos de François Bayrou : à supposer que son acharnement depuis 50 ans à occuper la première place en politique soit avérée, s’agit-il d’une disposition naturelle dont on ne peut rendre compte parce qu'elle ne dépend de rien, étant elle-même une passion fondamentalement inscrite dans la nature de cet homme ?

Ou, si l’on veut, y a-t-il des personnes qui, de naissance, possèdent le talent et la volonté de dominer les autres non pour les détruire, mais pour obtenir qu’ils le suivent dans leur volonté de dominer ? Si c’est le cas, alors soyons bien attentifs : on doit trouver de gens comme ceux-là non seulement parmi les jeunes loups de la politique, mais encore dans les compétiteurs de tous genres, que ce soit en sport ou dans le monde de l’entreprise – voire même dans les familles ?

- Pourquoi pas ? Mais n’oublions pas l’essentiel : si la gouvernance dont nous parlons doit être reconnue comme une tendance fondamentale, il faut bien la discerner de la violence qui conduit certains à détruire tous ceux qu’ils dominent. L’autorité politique, et toutes les formes de pouvoir dont elle est une variété, exerce cette domination dans le but de démultiplier sa volonté par la volonté de tous. Par contre, le dictateur finit toujours soit par détruire son peuple, soit par être détruit par lui. La politique ce n’est pas cela.

Ça ne suffit pas pour être rassuré.

mardi 6 septembre 2022

De l’amour comme lien politique – Chronique du 7 septembre

Bonjour-bonjour

 

La rentrée politique semblait terminée et puis voici deux des principaux compétiteurs de la Présidentielle qui sortent de leur silence ; il s’agit d’Éric Zemmour et de Jean-Luc Mélenchon. C’est à ce dernier que je consacrerai ce billet, en particulier pour l’injonction qu’il lance à tous ceux qui dans son parti seraient volontaires pour entrer en compétition en 2027 : Faites-vous aimer !

« Le premier qui déclenche une guerre civile [au sein du mouvement], il aura affaire à moi. (…) Il y a toujours des bonnes raisons pour déclencher des guerres... Mais voilà ma consigne : faites-vous aimer. Celui ou celle qui sera le plus aimé du grand nombre, vous verrez que cela vous paraîtra naturel de dire : 'allez, vas-y !' » (Interview dans Reporterre le 6 septembre)

 

Si vous voulez que l’électorat vous suive, faites-vous aimer des gens : le conseil parait évident, mais est-ce possible ? Et puis, est-ce nécessaire ?

            * Machiavel pensait l’inverse, expliquant qu’un Prince doit gouverner avec autorité, n’hésitant pas à inspirer de la peur. « Ne cherche pas à te faire aimer mais plutôt à te faire craindre, car il est incertain d'être aimé, mais certain d’être craint ». (1)

- Toutefois il s’agit pour lui de maintenir les sujets dans une attitude de fidélité, et non de les conquérir, ce qui semble être le propos de monsieur Mélenchon. Admettons donc son injonction.

            * La question principale est : « Comment se faire aimer ? » … Vaste sujet qui englobe toutes sortes de façon de provoquer l’amour : être plutôt un séducteur prompt à abandonner ses conquêtes comme Don Juan ? Être un homme d’État admiré mais lointain comme Charles de Gaulle ? Ou encore une âme généreuse qui aime et qui est tendrement aimée, comme l’était l’Abbé Pierre ? 

Devant ce foisonnement on se dit qu’il y a des cas où ce conseil a des chances d’être pernicieux ; mais surtout on se demande si l’amour est une bonne façon de créer du lien politique ?

Rappelons-nous en effet que, quoiqu’il pense de la démocratie représentative, c’est pour réussir dans ce cadre que monsieur Mélenchon propose l’amour comme ressort. Chaque citoyen est supposé avoir pour règle de voter non pas pour le plus efficace, ni pour le mieux placé dans l’action à entreprendre – mais pour celui qu’il aime.

Façon de dire que nous sommes désormais dans un démocratie émotionnelle, qualifiant ainsi un régime où ce sont les élans affectifs qui servent de moteur politique.
C’est dans le cadre de cette démocratie-là que monsieur Mélenchon à raison de dire à ses compagnons « 
Faites-vous aimer ! »

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(1) Je résume la pensée de Machiavel contenue dans le chapitre 17 du Prince. A lire ici.

mardi 12 avril 2022

Un coup d’avance – Chronique du 14 avril

Bonjour-bonjour

 

Devant le soutien très ferme, presque en forme de ralliement, apporté par l’ancien Président Nicolas Sarkozy au candidat Macron, on se doute bien qu’il y a quelque chose là dessous.

En politique la défaite n’est qu’une péripétie dans un processus beaucoup plus long ; ainsi de la défaite historique des partis traditionnels, en particulier celle de Valérie Pécresse pour LR.

Autant dire que dans les états-majors des partis, avant que le second tour des présidentielles soit passé on s’affaire autour des alliances pour les législatives.

C’est ce que Christian Jacob, le patron du parti, affirme : "Emmanuel Macron a échoué sur son quinquennat et a généré des votes de désespérance. Le moyen de corriger cela passera par les élections législatives, car c’est au parlement que les textes sont votés". Propos repris de façon encore plus explicite par Nicolas Sarkozy : « Soit vous regardez les trains passer durant 5 ans, soit vous avez des parlementaires et quelques ministres ! C'est notre survie politique qui est en jeu » (1)

 

La politique est un métier qui consiste à faire jouer tous les ressorts possibles pour conquérir et conserver le pouvoir : c’est cela que Machiavel a largement expliqué dans Le Prince, son ouvrage publié en 1515 (2). Certes, rien n’est aussi schématique dans la réalité, et il se peut que des politiciens s’engagent de façon uniquement morale : faire le bien du pays et ne rien accepter qui irait contre, quand bien même ils y trouveraient un avantage personnel. Mais la contrainte matérielle à la conquête et à la conservation du pouvoir reste in fine le critère d’évaluation des mesures politique proposées. 

C’est d’ailleurs en ce sens que les démocraties sont supérieures aux dictatures, car elles accroissent les contraintes subies par le pouvoir et le mettent en demeure de tenir compte des aspirations du peuple. Ainsi du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) cher aux Gilets Jaunes et repris par la candidate du RN qui mettrait les gouvernants sous la menace d’une révocation en cours de mandat.

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(1) Lire l’article de Thomas Soulié et Marie-Pierre Bourgeois pour Bfmtv (voir ici)

(2) A télécharger ici