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jeudi 13 novembre 2025

Progrès technique : une dialectique sans issue ? – Chronique du 14 novembre

Bonjour-bonjour

 

Qu’est-ce qui alimente la croissance ? La « destruction créatrice » : telle est la réponse qui a valu à Philippe Aghion, Joel Mokyr et Peter Howitt leur prix Nobel d’économie. Et ne croyez pas qu’il s’agisse d’une boutade destinée à épater les ignorants que nous sommes : il s’agit d’une thèse bien connue de Schumpeter, qui affirme simplement que « l’innovation, parce qu’elle rend obsolètes les technologies, les biens, les équipements, les secteurs d’activité d’hier, crée tout en détruisant. » (Lire ici)

- La « destruction créatrice », ce concept fondamental forgé par Joseph Schumpeter en 1942 fait tressaillir le philosophe. Car il s’agit là d’une formule qui ressemble à la définition de la dialectique hégélienne. Il s’agit bien d’une forme d’évolution par la quelle une étape est remplacée par une autre au cours d’un processus de destruction alimenté par une contradiction interne ; et c’est ce processus qui constitue un progrès : on pense l’IA qui aujourd’hui facilite le fonctionnement des entreprises tout en mettant au chômage des millions de travailleurs.

- Progrès ? Qu’en disent donc les malheureux chômeurs jetés dehors par les prouesses de l’IA ?

Mais n’oublions pas que la dialectique comporte trois moments : après la thèse (= situation initiale : des travailleurs effectuent une tâche donné), voici l’antithèse (= situation nouvelle : la même tâche avec ces employés au chômage) ; et maintenant, place à la synthèse (= troisième situation : ces travailleurs gagnent un nouvel emploi créé par le progrès technique précédent.) 

 

- Toutefois, n’oublions pas que la dialectique est impliquée dans une trajectoire historique : telle est la dialectique historique de Hegel, qui va d’une origine vers une fin que constitue l’avènement de la liberté pour Hegel ou de la société sans classe pour Marx.

Et pour nous aujourd’hui ? 

dimanche 14 septembre 2025

Vroum-vroum quand même – Chronique du 15 septembre

Bonjour-bonjour

 

Un chroniqueur est quelqu’un que s’efforce de coller à l’actualité, voire même qui cherche à deviner parmi les info du matin, celles qui sont les prémices des évènements qui seront reconnus comme majeurs demain.

Pourtant il arrive aussi que certaines informations apportent une lueur vacillante, reflet d’un passé qu’on croyait révolu, mais dont on va s’efforcer de conserver le témoignage.

- Ainsi de la voiture dont on sait aujourd’hui qu’il faut la dire « thermique » pour la distinguer de « l’électrique » - de même que la photo-pellicule est « argentique » et non numérique.

C’est ainsi qu’on recueille le témoignage de vieux qui ont conduit, comme moi, des voitures aujourd’hui classées comme véhicule de collection – comme cette Dauphine fabriquée en 1960 par Renault

 


- Cet article évoque un homme aujourd’hui âgé de 92 ans et qui conserve dans son garage une impressionnante collection de voitures de cette lointaine époque.

 

Je voudrais dire que la nostalgie d’une jeunesse envolée ne suffit pas à épuiser le sens de ce genre de collection. Écoutez plutôt ce qu’on dit de cet homme : « De nombreux détails, tels que le bruit du moteur et l'odeur de l'essence, le transportent à une époque où conduire signifiait liberté et aventure. » (art. cité)

Deux remarques :

            - D’abord on note que le progrès en matière automobile est marqué par la disparition des odeurs et du bruit. Nos voitures sont à présent inodores et silencieuses, ce qui soit dit en passant, est un vrai problème pour les super-cars de sport, tels que Ferrari ou Lamborghini dont le rugissement caverneux a disparu au profit d’un bruissement à peine audible.

            - Nos voitures ne sont plus aujourd’hui cet instrument de liberté et d’évasion. Les amateurs d’aventure s’imaginent plutôt partant à vélo les sacoches bourrées de matériel de camping.

Autrefois les jeunes aventuriers partaient à bride abattue sur des destriers fougueux. Il y a un siècle c’était à bord de voitures pétaradantes et fumantes. Et aujourd’hui ?


dimanche 17 août 2025

Coopération pacifique : le cas d’ITER – Chronique du 18 aout

Bonjour-bonjour

 

« Les forts écrasent les faibles ; les puissants réduisent les chétifs en esclavages ; les hommes exploitent les femmes… » - et puis « La guerre… La guerre… La guerre » : voilà les quelques maximes que l’actualité suggère aux esprits désabusés attentifs aux évènements. Quels cas de coopération pacifiques et désintéressés pourrait-on évoquer ? Aucun.

 

- Un cas pourtant permet de s’inscrire en faux ; c’est celui de la construction du futur réacteur thermonucléaire expérimental ITER, dont on a publié hier cette photo :

 

 


L’aimant supraconducteur pour le projet ITER en France.

 

Ce que vous voyez là, c’est l’aimant, partie intégrante du solénoïde central, essentiel à l’initiative internationale visant à exploiter l’énergie de la fusion. 

« Malgré les défis et retards rencontrés, l’importance d’ITER comme projet phare de l’énergie de fusion reste intacte. La réussite de l’installation des modules témoigne de la planification minutieuse et de l’exécution rigoureuse nécessaires à la réalisation de cet exploit. ITER, observé par le monde entier, représente un espoir pour un avenir énergétique propre et durable. » (Lire ici)

Oui, une part importante de l’humanité incarnée par des nations avancées dans le domaine de la recherche scientifique a su conclure un traité de coopération financièrement contraignant pour construire ce qui sera un jour une manne énergétique pour l’humanité entière. Et non seulement chaque nation a su coopérer avec les autres, mais comme on le voit pour cet aimant, les firmes habituellement concurrentes dans le même pays (ici : les Etats-Unis) se sont associées pour inventer et produire un objet aussi extraordinaire.

 

Certains voudront critiquer cet enthousiasme jugé naïf : « Coopération au bénéfice de l’humanité … Hum… qu’est-ce qui dit que ce réacteur une fois inventé ne servira pas à déchainer des forces inouïes contre ceux qui ne disposeront pas de cette technologie ? A-t-on vu l’énergie nucléaire se limiter à produire de l’électricité pour tous ? »

Le progrès n’est pas une loi de la nature en ce sens qu’il produirait toujours le même effet. L’augmentation de la quantité d’énergie produite a fait beaucoup pour la destruction et la mise en péril de l’humanité. Mais c’est elle également qui a accompagné la possibilité pour un plus grand nombre d’hommes de vivre mieux et plus longtemps.

Si c’est être naïf que de croire que les futures découvertes dans le domaine thermonucléaire iront aussi dans ce sens, alors j’admets être naïf.

dimanche 27 juillet 2025

Plaisir et Sérénité – Chronique du 28 juillet

Bonjour-bonjour

 

Au Japon, même l’industrie automobile ne saurait exister sans dogme philosophique – c’est ainsi que celui de Subaru repose sur le principe de « Plaisir et Sérénité ». 

- Ce qui veut dire concrètement, qu’au lieu de chercher à innover à tout prix, ce qui engendre souvent des défauts, Subaru progresse par étapes mesurées. " C’est ainsi que la marque de voiture japonaise Subaru classée comme étant la plus fiable du marché mondial progresse sans prise de risque, ce qui lui a valu non seulement le titre de marque la plus fiable, mais aussi la reconnaissance de meilleur fabricant automobile mondial en 2025."  (Lire ici)

 

- La sérénité partage avec le bonheur cette caractéristique que la tranquillité d’esprit par rapport à l’avenir constitue son secret. Car comment être heureux si à tout moment on peut se demander si quelque chose de fatal ne va pas se produire ? En voiture, allez-vous être heureux, alors que vous roulez sur l’autoroute, si vous êtes à l’écoute du moteur, craignant qu’il casse ; ou des pneus inquiets qu’ils explosent ?

Jusqu’à présent la philosophie avait fait de la sérénité une condition du bonheur dont jouit le sage, justement parce qu’il est capable d’envisager sans crainte les malheurs que lui réserve l’avenir. Faute de savoir les empêcher, c’est par une gestion contrôlée des désirs qu’une telle tranquillité est assurée. Ainsi des stoïciens qui vous disent : « Votre enfant est mort, et vous vous désolez ? Mais que croyiez-vous ? Que les gens que vous aimez sont protégés de la mort pour cela ? Préparez-vous plutôt, alors même que vous jouissez de leur présence, à les voir disparaitre bientôt »

- Mais voilà : Subaru est là, qui vous dit : « Vous craignez en montant dans votre auto qu’elle ne déraille à pleine vitesse alors que vous doublez un 38 tonnes ? Soyez tranquille : avec Subaru c’est impossible, car sa sécurité est garantie et vérifiée par les milliers d’expériences. »

Un monde où la sérénité ne vient plus d’une culture de la sagesse mais du monde réel : voilà la définition du progrès véritable.

Merci Subaru !

mercredi 9 juillet 2025

BZZzzzzzz – Paf ! – Chronique du 10 juillet

Bonjour-bonjour

 

Et si les technologies imaginées pour faire la guerre servaient également au confort des hommes ?

Ainsi le « Photon Matrix », ce petit appareil inventé en Chine, sur la base des détecteurs de drones, peut maintenant servir à nous débarrasser en quelques millisecondes des moustiques.

 


Vous en rêviez, Photon Matrix l’a fait

 

« Selon le constructeur, l’appareil intègre un Lidar (1) pour détecter les moustiques. Il peut déterminer l’angle, la distance et leur taille en seulement trois millisecondes, puis leur tire dessus avec un petit laser. » Il est actuellement proposé à un prix réduit de 424 euros pour la version de base, et 536 euros pour la version Pro, avec un prix de lancement ultérieur de 594 euros ou 765 euros respectivement. 

Voilà une idée qui va faire florès : inventer des utilisations capables de rendre utiles aux civils les engins de destructions militaires. On pense bien sûr immédiatement aux drones, déjà largement utilisés pour les livraisons ou les surveillances de forets en période d’incendies, mais toutes sortes d’autres détournement des usages militaires vers les pacifiques sont également les bienvenus. 

- Occasion de se réjouir des progrès que l’humanité ne manque pas de faire de toutes ses inventions, fussent-elles mortifères ? Oui, sans doute. Mais c’est aussi le moment de constater que la guerre est tellement intégrée aux actions humaines qu’on ne saurait agir dans ce domaine sans agir dans tous les autres.

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(1) Lidar :  Appareil qui émet un faisceau laser et en reçoit l'écho (comme le radar), permettant de déterminer la distance d'un objet.

mercredi 9 avril 2025

Et pendant ce temps-là…– Chronique du 10 avril

Bonjour-bonjour

 

« Et pendant ce temps-là »… le progrès avance.

- Lisons plutôt : « Le Mexique s’est félicité, le vendredi 4 avril, d’avoir mené la première opération de transport de marchandises via le corridor interocéanique de l’isthme de Tehuantepec (CIIT), un ambitieux projet ferroviaire visant à transformer la zone la plus étroite du pays – entre l’océan Pacifique et l’océan Atlantique – en une plateforme logistique mondiale. »

- Ça ressemble à ça : 

 


 

- Et ça fonctionne déjà : « Une première expédition a convoyé 900 véhicules Hyundai en provenance de Corée du Sud et à destination des États-Unis. Les voitures ont été déchargées le vendredi 28 mars au port de Salina Cruz, dans l’État d’Oaxaca, sur la côte pacifique, puis transférés par rail jusqu’au port de Coatzacoalcos, dans l’État de Veracruz, côté atlantique. » Ajoutons que la traversée via ce chemin est plus rapide que celle offerte par le canal de Panama.


- Et ça montre quoi ? Que les échanges internationaux continuent de se développer, que la mondialisation poursuit sa route sans se soucier de la gesticulation des petits hommes qui prétendent l’arrêter. On notera l’ironie de l’évènement constitué par le trajet d’un lot de voitures coréennes destinées au marché américain.

S’il fallait définir une ligne de développement que l’humanité, durant toute son histoire, aurait suivie sans dévier, ce serait sans doute celle des routes nouvelles tracées pour échanger avec les autres régions, celles qui sont au-delà de l’horizon.

vendredi 24 janvier 2025

Quand un « plus » n’est pas forcément un « mieux » - Chronique du 25 janvier

 Bonjour-bonjour

 

Notre époque véhicule encore de vieilles croyances, en particulier celle de la productivité, qui veut que faire plus est signe de progrès. Plus de voiture, plus de touristes, plus de foie gras, plus de milliardaires…

- Stop, réfléchissons d’abord. Rappelons d’abord la formule de Paul Ricoeur : « Le progrès, c’est un plus qui est aussi un mieux ». Renvoyant ainsi l’évaluation au contexte culturel, aux pratiques sociales et historiques, il supprime l’essentialisation du progrès : rien n’est un progrès par nature, mais seulement par relation à l’usage qui en est fait. (En annexe le texte en question)

o-o-o

- Prenons un exemple : la multiplication des écrans numériques publicitaires dans les gares.

 



Je vous laisserai lire l’article expliquant pourquoi cette multiplication liée à des accords entre la SNCF et les annonceurs a été jugé profitable par les deux partenaires. Je m’en tiendrai à l’explication (scientifique) de la raison pour laquelle nous sommes plus particulièrement sensibles aux publicités affichées sur écran. 

Et ce n’est pas sans raison : 

- outre leurs souplesse d’emploi commandé instantanément par un clic de souris, les écrans ont un autre avantage :

- ils démultiplient les annonceurs avec des messages en rotation toutes les 6 secondes, 

- mais ce n’est pas tout : un écran numérique est 4,5 fois plus regardé que sa part d’espace dans l’environnement.

- et il se trouve que notre cerveau est sollicité plus efficacement par les écrans qui nous présentent des images-mouvement : « Nous recevons un choc de dopamine quand nous percevons une information qui peut nous être utile. C’est un instinct, notre cerveau est fait pour être attiré par des images en mouvement. » ( à lire dans l’article cité)

o-o-o

Pour en revenir à la question du progrès demandons-nous si ces écrans ne sont pas un réel progrès ? 

On dénonce alors le fait qu’un écran LCD de 2 m² consomme autant d’électricité qu’un Français moyen, ce qui situe son impact total à 245 kg de CO2 émis par année d’utilisation, soit l’équivalent d’un vol aller Paris-Berlin pour un passager. Et tout cela pour transformer les gares en des centres commerciaux où l’intérêt général est sacrifié au profit de logiques purement mercantiles.

Après, nous dirons que le « mieux » des uns n’est pas forcément celui des autres.

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Annexe :

« Le thème du progrès ne se constitue que si on décide de ne retenir de l’histoire que ce qui peut être considéré comme l’accumulation d’un acquis. [...] Ce trait [de l’histoire] c’est celui qui permet justement de l’appeler progrès et non pas seulement évolution, changement ou même croissance affirmer que cette croissance d’outils, de savoir et de conscience est un progrès, c’est dire que ce plus est un mieux ; c’est donc attribuer une valeur à l’histoire. [...] Il semble donc que la valeur qui se révèle, dès ce niveau, c’est la conviction que l’homme accomplit sa destination par cette aventure technique, intellectuelle, culturelle, spirituelle, oui, que l’homme est dans sa ligne de créature, quand, rompant avec la répétition de la nature, il se fait histoire, intégrant la nature même à son histoire, poursuivant une vaste entreprise d’humanisation de la nature. Il ne serait pas difficile de montrer avec détail comment le progrès technique, au sens le plus étroit et le plus matériel, réalise cette destination de l’homme : c’est lui qui a permis de soulager la peine des travailleurs, multiplié les relations interhumaines et amorcé ce règne de l’homme sur toute la création. Et cela est bien. [...] [Pourtant] les discussions sur le progrès sont finalement assez stériles ; d’un côté on a tort de condamner l’évolution, mais de l’autre on n’a pas gagné grand-chose à en faire l’éloge. En effet cette même épopée collective qui a une valeur positive, si on considère en bloc le destin des hommes, la réalisation de l’espèce humaine, devient beaucoup plus ambiguë si on la rapporte à l’homme concret. A chaque époque ce que nous savons et ce que nous pouvons est à la fois chance et péril ; le même machinisme qui soulage la peine des hommes, qui multiplie les relations entre les hommes, qui atteste le règne de l’homme sur les choses, inaugure de nouveaux maux : le travail parcellaire, l’esclavage des usagers à l’égard des biens de civilisation, la guerre totale, l’injustice abstraite des grandes administrations, etc. On trouverait une même ambiguïté attachée à ce que nous appelions tout à, l’heure le progrès de connaissance ou de conscience. » P. RICOEUR - Histoire et vérité (p. 81-86) – 1955

mardi 29 octobre 2024

Des savants qui stoppent la science – Chronique du 30 octobre

Bonjour-bonjour

 

Avec l’attribution du Nobel de physique à John Hopfield, le souci de contrôler le progrès scientifique, y compris en le débranchant, est revenu au 1er plan.  

--> Associé à Geoffrey Hinton, John Hopfield a contribué au développement de la compréhension et de la création des réseaux neuronaux et de l'intelligence artificielle.

En ouvrant la voie à des développements révolutionnaires dans l'apprentissage profond et les technologies d'intelligence artificielle des « machines learning » ces recherches ont permis le développement de l’Intelligence artificielle tels que Hopfield a refusé de continuer dans cette direction estimant que nous avions tout à craindre de machines qui auraient une avance sur nous dans le domaine de l’IA. 

 

Abandonner la recherche avant que les machines ne deviennent incontrôlables, tel a été aussi la décision de Jacques Testart dans les années 2000. Biologiste français, créateur du premier « bébé éprouvette » de France, Jacques Testart prend fermement position contre ce qu'il estime être des dérives qui seraient induites par la PMA : eugénisme, homme augmenté, transhumanisme, etc. : « Pour moi, la plus grande dérive, c’est le tri des embryons (DPI = Diagnostic préimplantatoire), qui représente une menace extraordinaire ». 

Depuis les États ont pris des mesures pour endiguer ce danger, sans toutefois qu’il soit complètement écarté.

 

Reste donc ce sérieux avertissement sur les danger du « progrès » scientifique venu des chercheurs eux-mêmes. Lorsque des gens, qui ont fait de leur projet le plus ambitieux l’horizon leur vie, déclarent devoir y renoncer pour protéger l’humanité, on peut supposer que ce n’est pas pour des motifs légers. Et le fait que certains de ces projets aient quitté le domaine de nos soucis (comme le clonage humain ou le choix des caractéristiques des bébés à naitre) ne prouve absolument pas qu’ils n’aient plus de pouvoir de nuisance.

La crainte de voir nos machines nous évincer dans la gouvernance de l’humanité parait encore lointaine ; toutefois on a eu récemment le cas d’un système d’IA qui a modifié son programme pour débrider le contrôle limitant le périmètre de son activité, donne froid dans le dos.

Hall 9000 n’est plus très loin.

mercredi 23 octobre 2024

Bombes « Spice » et missiles « TEASER » : au Moyen-Orient le progrès est en marche ! – Chronique du 24 octobre

Bonjour-bonjour

 

Que la guerre permette le progrès des armes capables de tuer des hommes à moindre coût et de détruire des villes avec le plus d’efficacité, c’est bien la moindre des chose – à supposer qu’on accepte de définir ces prouesses comme des progrès

En tout cas, tels sont les nouvelles caractéristiques des bombes auto-dirigées du système Spice et des missiles auto-portés TEASER (voir ici et ici) : au Moyen-Orient il y a deux mondes qui cohabitent : 

 


Dans l’un de ces mondes un immeuble frappé au niveau du rez-de-chaussée s’effondre sur lui-même ; dans l’autre un pigeon traverse le ciel d’un azur immaculé.

Tirez les mouchoirs…

- Mais après tout ces armes ne sont que des moyens et leur rôle est défini par des projets : ce sont eux qui ont des comptes à rendre aux valeurs.

Car, comment évaluer ces bombes qui rasent un édifice en un clin d’œil ? Et ces missiles portés par un homme seul, comme une simple roquette, qui sont non seulement très discrets, mais aussi produits à un prix abordable – caractéristique recherchée pour la productivité qui lui est associée. C’est que la rentabilité d’une arme est fonction du rapport coût/destruction, un peu comme lorsqu’on veut définir l’intérêt d’une nouvelle production, mettant en jeu de façon générale la valeur d’usage du produit.

Dans le monde de ces armes, il n’y a plus d’être humains mais des « hommes de troupe » ; plus de morts mais des « ennemis neutralisés » ; plus d’invasion mais des « territoires occupés ». Le seul point de contact entre ces deux mondes, ce sont donc les forces économiques qui calculent l’opération en termes de rentabilité – par exemple le coût de la reconstruction de Gaza.

Oui, alors que certains rasent la ville et tous ceux qui sont dedans, et que d’autres attendent patiemment que ce « travail » soit terminé pour venir déblayer et reconstruire, la seule question qui vaille c’est « combien ça coûte ? »

lundi 7 octobre 2024

Qui sont les bâtisseurs de cathédrale d’aujourd’hui ? – Chronique du 8 octobre

Bonjour-bonjour

 

Ce matin, je lis ceci : « Record pour la fusion nucléaire pour le nouveau réacteur en cours de test au Japon : 160 mètres cubes de plasma générés par le plus grand tokamak au monde. Il ne s’agit pourtant que d’un réacteur servant à tester les technologies qui seront mise en œuvre sur ITER, le tokamak lui-même destiné à expérimenter les nouvelles techniques pour produire la fusion nucléaire »

L’article cité poursuit : « Le projet vise à démontrer la faisabilité scientifique et technologique de l’énergie de fusion par la construction et l’exploitation d’ITER ».

 

D’ailleurs, lorsque le projet ITER sera suffisamment avancé alors pourra démarrer la construction du réacteur DEMO, qui est prévu pour être construit sur la base des résultats de JT-60SA et d’ITER. Il aura pour objectif de démontrer la faisabilité économique de la production énergétique par le biais de la fusion nucléaire.

Faisabilité scientifique et technologique plus la faisabilité économique : rien de tout cela n’est garanti et pourtant les investissements continuent de venir, alors même que le projet pourrait n’aboutir qu’en 2050 selon les vues les plus optimistes. Autant dire que peu de gens qui travaillent sur ces projets n’auront la chance de vivre assez vieux pour les voir terminés, même pas en se limitant à la simple vérification qu’aucun obstacle imprévu ne viendra stériliser tous ces efforts.

Étrange situation de ces gens qui savent qu’ils n’ont aucune chance de voir le résultat de leurs efforts aboutir et qui pourtant s’acharnent à les mettre en œuvre : ne sommes-nous pas dans la situation de ces constructeurs de cathédrales qui étaient certains de ne jamais voir leur œuvre achevée ? On pense à la cathédrale de Cologne dont la construction débuta en 1247 et fut achevée en 1880, soit 632 ans plus trad (voir ici) ; on pense aussi à la construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris dont l’édification dépendit des nouvelles découvertes dans la conception des arcs-boutants.



Mais tous ces gens étaient portés par leur foi, qui leur assurait que le maitre-d’ouvrage était Dieu lui-même et qu’il tiendrait compte de leurs efforts, même inaboutis. Or cette motivation n’existe pas pour les ingénieurs en charge de montrer que le projet assigné n’est pas une utopie :

- Qu’est-ce donc qui les soutient ? Pas la gloire politique de leur pays, car on voit que le projet ITER compte toujours la Russie parmi ses participants, alors même que ce pays est au bord de la guerre avec d’autres participants au projet ITER.

La folie du colonel Nicholson dans « Le pont de la rivière Kwaï » consistait à ne suivre que l’impulsion qui le porte à achever son œuvre alors que l’intérêt de son pays était de le saboter, serait-elle la force qui anime aussi ces ingénieurs à l’œuvre pour une création transgénérationnelle ?

 fantasme, est en passe de devenir une réalité, car au-delà des chiffres, c’est l’intégration de ces nouveaux arrivants et la transformation de la culture autochtone qui va suivre.

Dans un pays où une large part des habitants ont voté le Brexit pour reprendre la maitrise des flux migratoires en provenance de l’Europe-Unie, on ne peut que s’interroger. Les migrants polonais où roumains jugés indésirables risquent d’être remplacés par les pakistanais, les syriens les indiens, les afghans, etc…

Là où les dictatures jouent les déplacements de population sans trembler, les démocraties sont plus vulnérables. Comment sauvegarder les valeurs ancestrales (comme les valeurs « républicaines » chez nous) et en même temps protéger les libertés publiques des nouveaux arrivants lorsque ceux-ci deviennent majoritaires ? Car, pendant que les anglais descendent au tombeau ce sont bel et bien des jeunes « issus de la diversité » qui les remplacent.

On sait que dans certaines régions canadiennes ont a accepté que le code civil soit remplacé par la charia. DE façon plus générale, les sociétés d’origine anglo-saxonne ont joué jusqu’à présent la carte du communautarisme (voire du wokisme) : le jour est peut-être venu pour elles de s’interroger sur le métissage des sociétés, dont pourtant elles ont horreur.



samedi 5 octobre 2024

Est-ce que « plus » c’est « moins » ? – Chronique du 6 octobre

Malthusianisme, 1


Bonjour-bonjour

 

A quelque chose malheur est bon dit le proverbe. N’est-il pas judicieux de le rappeler en cette période où, alors que sans croissance notre économie vacille et menace de s’effondrer, les courbes de l’environnement ne cessent quant à elles de se redresser, un peu comme lors des confinements anti-covid l’air devenait plus respirable, le ciel plus pur, et que les espèces sauvages regagnaient l’espace des centres villes. Tout se passe comme si entre la nature et l’espèce humaine un combat était engagé, de sorte que lorsque l’un gagne, l’autre perd nécessairement.

Allons bon ! Nous voici à pleurnicher sur la nature dont on sait qu’on ne peut survivre qu’à son détriment, en sorte qu’on ne la retrouve que là où les hommes sont exclus – soit expulsés manu militari, soit qu’on ait trouvé un endroit particulièrement inhospitalier. Comment pacifier les rapports, faire que les petits lapins de Blanche-Neige puissent cohabiter avec nous ? 



--> On pourrait réduire drastiquement le nombre des humains : autorisons un seul enfant par couple : mécaniquement la population devrait diminuer avant de se stabiliser lorsque le moment serait venu avec la permission du 2ème enfant. C’est la solution la chinoise.

--> On peut aussi laisser faire la compétition pour la survie : les ressources étant stables, ce sont les plus forts et les mieux doués qui survivront en excluant les individus moins bien dotés pour la survie. C’est la solution darwinienne.

--> Soit on institue un quota de biens consommables alloués à chaque foyer, supposant que les couples auto-limiteront leur fécondité selon les ressources disponibles. C’est la solution malthusienne.

 

Si on ne fait rien, alors comme le disait Leroi-Gourhan, bientôt le dernier homme mourra de faim après avoir mangé le dernier rat cuit avec la dernière poignée de foin.

- Beurk ! Vous n’avez pas mieux ?

- La réponse opposée consiste à compter sur les miracles du progrès qui permettrait de faire mieux en consommant moins – ou pas plus, suivant le principe que personne ne peut dire à combien il faudra limiter notre consommation dans 1 ou 2 siècles. Par exemple, lorsque les premiers colons arrivèrent en Australie on estime que le nombre d’habitants était limité à un demi millions d’humains : autant dire que ce semi-continent ne pouvait, compte tenu de l'environnement, en nourrir d’avantage. Aujourd’hui l'Australie compte 22 millions d'habitants qui n’ont aucune difficulté de subsistance. Si les recherches concernant la fusion nucléaire aboutissent – et pourquoi n’aboutiraient-elles pas ? – la ressource d’énergie non polluante deviendra inépuisable. Notre casse-tête de faire coïncider conservation de la planète et ressource énergétique appartiendra au passé.


L’idéologie écologique s’est bâtie sur la certitude que tout progrès était une régression pour la conservation de la nature. Et si l’inverse était possible ?

dimanche 23 juin 2024

Une nouvelle statue dévoilée hier à Paris – Chronique du 24 juin

Bonjour-bonjour

 

Voyez cette statue inaugurée hier à Paris :

 


Lisons l’information :

« Cette œuvre de l'artiste américaine Alison Saar, offerte par la Fondation olympique pour la Culture et le patrimoine à Paris, célèbre les valeurs de l'olympisme (…).

Cette sculpture symbole des JO dévoilée à Paris constitue une ode au multiculturalisme est composée de bronze et d’une roche volcanique résistant aux intempéries et aux polluants environnementaux, comprend une grande figure féminine assise qui tient des rameaux d’olivier dans une main et une flamme dorée dans l’autre ainsi que six sièges, disposés en cercle, venant d’Afrique de l’Ouest, d’Amérique centrale, de France, de Chine et d’Europe. L’un d’eux est aussi un siège antique symbolisant l’origine des JO (siège curule à droite). » (Lu ici)

 

Voilà donc cette personnalisation pour évoquer cette multitude de symboles olympiques dont certains sont un peu pesants tant ils sont rappelés année après année, jeux après jeux. Peut-elle encore nous étonner ? 

Oui, certainement : symboliser par une figure féminine les jeux olympiques, dont l’origine grecque antique est sans cesse mise en avant pour rappeler que la paix était alors la condition de la célébration de ces exploits humains, est proprement stupéfiant. Je crois que si un grec de l’Antiquité était ressuscité aujourd’hui, il pourrait peut-être comprendre cette évocation mais sûrement pas la présence d’une femme dans ce groupe statuaire. Rappelons-nous que les femmes étaient alors maîtresse de l’espace domestique et que si leur pouvoir y était sans conteste, ce n’était pas le cas dans l’espace public, celui qui s’étendait à l’extérieur du domaine. Au point qu’on peut en effet s’étonner de ce choix – sauf à y voir le rappel que le progrès est aujourd’hui symbolisé par cette mise à égalité des hommes et des femmes, y compris dans la célébration des exploits sportifs.

L’émancipation féminine passe donc par le fait que les femmes usent de leur corps pour la pratique du sport et non comme objet de convoitise masculine.

mercredi 20 mars 2024

Éteignez les Lumières – Chronique du 21 mars

Bonjour-bonjour

 

Les pessimistes aiment imaginer que l’espèce humaine disparaitra un jour, après un conflit autodestructeur, ou encore anéantie par les polluants sécrétées par son industrie.

 

- Les démographes confirment bien ce pronostic mais ils ne l'imaginent pas dans la perspective d’une apocalypse. Selon eux, l’espèce humaine disparaitrait après une lente mais inexorable perte de fécondité : toujours moins d’enfants jusqu’à l’extinction finale.

D’ailleurs le processus est déjà entamé : « La baisse de la fécondité humaine dans le monde pourrait être plus rapide que prévu » explique cet article qui poursuit : « Selon une étude publiée dans « The Lancet » mercredi, l’indice de fécondité moyen en 2050 pourrait se situer autour de 1,8 enfant par femme à l’échelle de la planète, soit au-dessous du seuil de renouvellement de la population. » 

Et pourquoi ? Poursuivons la lecture : « Les chercheurs ont mené leur analyse pays par pays : ils anticipent une chute à peu près générale. Non seulement dans les pays du Nord, généralement déjà au-dessous du seuil de remplacement – l’Europe occidentale se situe, en 2021, à environ 1,5 enfant par femme (1,75 en France) –, mais aussi dans les pays du Sud, à mesure que les populations s’y urbanisent, que les femmes accèdent à l’éducation et à des moyens de contraception, que la mortalité infantile baisse, etc » (Art. Référencé)

 

 

Relisez la chute de cet article : « /Cette perte de fécondité se généralise/à mesure que les populations s’urbanisent, que les femmes accèdent à l’éducation et à des moyens de contraception, que la mortalité infantile baisse, etc »

Autrement dit, c’est la généralisation des progrès de la civilisation qui entrainerait – ou du moins accompagnerait – cette régression. On le voit : en s’éloignant des conditions naturelles d’existence, les humains finiraient par disparaitre.  Tout se passe comme si ce qui rend notre vie plus facile et plus heureuse était contraire à la persistance de l’espèce. Le bonheur de l’individu versus la survie de l’espèce.

C’est bien dans l’esprit des analyse de Jean-Jacques Rousseau dans son Discours sur les sciences et les arts (Lire ce texte ici), où il associe les progrès de la civilisation au dépérissent des pays et à la démoralisation de leurs peuples.

Pour le bien de l’humanité, éteignez les Lumières.

samedi 13 janvier 2024

Vroum-vroum avec de l’hydrogène - Chronique du 14 janvier

Bonjour-bonjour

 

Beaucoup d’automobilistes sont perplexes : leur voiture à essence vieillit et il faut la remplacer. Mais par quoi ? De partout on entend que l’électricité s’impose, mais outre le prix on reste incertain de son intérêt pour les longs voyages : combien de temps pour faire Paris-Marseille avec un pareil véhicule ? Devrait-on acheter électrique pour les déplacements urbains et puis louer un SUV thermique pour les vacances ? Ou à la rigueur un hybride rechargeables avec 2 moteurs, selon l’emploi ?

 

Un solution existe pourtant mais elle n’est pas encore mature et personne n’en parle : les véhicules à hydrogènes. Non pas de l’hydrogène qui génère de l’électricité via une pile à combustible, mais un « moteur hydrogène, qui désigne en fait le moteur à combustion interne à hydrogène (HICEV), n’est ni plus ni moins (presque) qu’un moteur traditionnel qui est alimenté par de l’hydrogène au lieu d’essence ou de gasoil. » (Lire ici)

Et comme la nouvelle parait déjà assez importante on risque de passer à côté de l’essentiel – lisons la suite : « Permettant la transformation de groupes motopropulseurs existants à moindre coût, il est actuellement en plein développement et les premières applications commerciales voient le jour. »

Oui, c’est vrai : un jour prochain vous pourrez transformer votre vieux moteur thermique en l’alimentant avec de l’hydrogène plutôt qu’avec de l’essence, faisant de votre voiture un véhicule décarboné. 

Quand on pense aux investissements réalisés pour fabriquer des batteries, aux mines pour extraire du lithium, aux usines construites pour le raffiner – sans parler des centrales nucléaires pour les recharger, on se dit que beaucoup d’argent risque de partir en fumée si ce projet de moteur à hydrogène voit le jour. 

Les lobbyistes de tous poils s’activent un peu partout ; ils sont là pour tempérer cet enthousiasme, car une condition reste à réaliser : fabriquer de l’hydrogène sans un coût-carbone phénoménal. Des recherches sont sur le point d’aboutir : est-ce que ce sera à temps pour vous permettre de choisir une nouvelle voiture avec un vieux moteur ? 

Pourquoi pas ?

samedi 2 septembre 2023

Assurance vie – Chronique du 3 septembre

Bonjour-bonjour

 

L’info qui nous parvient aujourd’hui signale qu’une femelle crocodile s’est reproduite sans fécondation, ajoutant ceci : « Les espèces peuvent se reproduire soit sexuellement, en combinant le matériel génétique de deux parents, soit asexuellement. (…) Ce mode de reproduction produit de nombreux organismes génétiquement identiques, et un manque de variation génétique signifie que les individus ne peuvent pas s’adapter à des conditions changeantes. Si l’environnement est mauvais pour un membre d’une espèce, il est mauvais pour tous et peut conduire à l’extinction. » (Lu ici)

Alors que le mode de reproduction asexué est le plus facile à obtenir, c’est la reproduction sexuée qui s’est imposée au cours de l’évolution en raison de l’avantage offert à l’espèce de trouver en elle-même une diversité qui lui permet de s’adapter. Ainsi nous découvrons des individus génétiquement aptes à triompher du VIH ou du covid, qui auraient permis à l’espèce de devenir résistante à ces pathologies, sans recherche médicale, sans médicaments, sans vaccins. 

- Alors, abandonnons tous ces efforts et laissons la nature faire le reste ? Certes, elle fait le nécessaire, mais ne lui demandez pas de protéger tous les individus, puisque pour elle, seule l'espèce compte. 

Et puis, que nous importe ? Pourquoi devrions-nous nous soumettre au déterminisme naturel ? On nous bassine avec un naturalisme qui nous soumettrait à des contraintes venues d’un autre âge dans les flancs d’une écologie radicale. Imaginez un seul instant un militant écolo vous disant : « Faites comme vos ancêtres : suivez la nature et lorsque vous êtes malades, laissez la faire – et si elle vous fait crever, hé bien acceptez-le : d’autres seront mieux lotis que vous et repeupleront le pays. »

Non – Ce que nous voulons c’est une assurance-vie et non pas que seule la survie de l’espèce soit assurée. Car voilà le sens ultime de nos efforts et du progrès tel que nous le voyons : 

Périsse le monde du moment que je survis !

lundi 7 août 2023

Un monde sans voisinage – Chronique du 8 aout

Bonjour-bonjour

 

C’est une émission entendue sur France-culture hier et relayée par cet article : on y trouve des analyses de Jean-Michel Geneste Archéologue du Paléolithique.

Comparant la grotte Chauvet ornée il y a 36000 ans à celle de Lascaux datant d’il y a 18000 ans, Jean-Michel Geneste explique la difficulté de saisir les changements qui se sont opérés entre ces deux dates.

« Ce sont des temps tellement lointains que l’on a du mal à identifier les changements de ces sociétés, de ces cultures parce que les changements se sont faits à un rythme moins important. La vitesse du progrès matériellement sensible, se fait au prorata de l'interaction des intérêts individuels dans des contextes où la démographie nous dit qu'il y avait des quantités d'humains bien plus basses. Le nombre du million d'individus a été atteint aux alentours de 40 000 ans. Avant la grotte Chauvet, il y avait très peu d'interactions et d'évolution, le changement était rare. » (Article cité)

 

Cette thèse affirme que les mécanismes du progrès des cultures étaient les mêmes qu’aujourd’hui, mais qu’à l’époque paléolithique ces changements se faisaient à des rythmes beaucoup plus lents en raison du faible nombre d’humains vivants sur terre. En effet, 1 million d’humains vivaient sur terre à l’époque de la grotte Chauvet, ce qui implique qu’on devait rarement rencontrer des étrangers pour leur emprunter leurs inventions. On pourrait comparer de façon plaisante cette situation à celle qui serait la vôtre si vous viviez dans le bush australien : à supposer qu’il vous manque un tire-bouchon vous devriez prendre votre avion et parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour trouver une porte à la quelle frapper. Les innovations devaient déjà exister lors du paléolithique, mais elles ne pouvaient se rencontrer ni s’additionner 

 

J’aimerais dire que cette façon de considérer le passé lointain en refusant toute coupure entre le lointain passé et notre présent (puisqu’entre les deux il s’est simplement produit une densification de l’humanité) est en totale opposition avec ce qu’on enseignait à l’époque du structuralisme – du temps de Lévi-Strauss. Il se disait alors que l’histoire suppose une accumulation du passé dans le présent et donc que c’est avec ce phénomène que les cultures humaines sont entrées dans la voie du changement historique. Lorsque toute innovation disparait avec son auteur et que la tradition reprend à chaque génération là où elle en était restée, nulle évolution n’est possible et il serait oiseux de s’interroger sur les progrès réalisés entre Lascaux et Chauvet.

mercredi 2 août 2023

Fais ta valise, on rentre à Paris – Chronique du 3 aout

Bonjour-bonjour

 

Comme le suggère ce titre, paraphrasé de la célèbre formule de George Marchais en 1980, c’est le mot d’ordre dans les campings breton (et autres).

C’est du moins ce que laisse penser ce reportage fait sur place : « Emmanuel et sa famille qui, après les pluies à répétition de ces derniers jours, ont fini par remiser leurs affaires dans le coffre de la voiture pour rentrer chez eux, dans l'Isère. "On devait partir demain, explique-t-il, mais, là, on est rincés". » Lu ici

Mais le reportage n’en reste pas là : « Philosophe, Emmanuel constate que ce n'était "ni la bonne année ni la bonne semaine pour venir en Bretagne, mais on reviendra, car c'est une belle région. »

Voilà donc Emmanuel qualifié de « philosophe ». Et pourquoi donc ? Parce qu’il est résigné. Oui, Emmanuel a tout simplement renoncé à lutter en redoublant les sardines de sa tente et en enfilant son K-way.

 

De quelle philosophie parlons-nous donc ici ? Certainement pas celle de Descartes qui cherche à devenir « comme maitre et possesseur de la nature » : il ferait beau voir que des caprices météo perturbent des vacanciers ! On trouve toujours aujourd’hui des philosophes comme Martha Nussbaum pour dire qu’il existe « un progrès moral basé sur le développement des capacités humaines essentielles et la réalisation d'une vie bonne pour tous. » (cité par chatGPT). 

--> Seulement voilà : depuis des siècles ce sont les thèses contraires qui dominent, en particulier celle des stoïciens.

Épictète disait qu’on devait « suivre la nature » car à vouloir lutter contre elle on ne pouvait que souffrir ou déclencher des catastrophes. C’est d’ailleurs cette thèse que les écologistes mettent en avant aujourd’hui : si le climat ne répond plus à l’ordre ancestral de la nature c’est justement parce que nous avons voulu la modifier pour la soumette à nos désirs. 

Emmanuel – notre campeur breton – est donc stoïcien lorsqu’il considère que ce sont les lois de la nature qui font le climat et donc qu’il s’agit simplement de ne pas se faire souffrir inutilement en s’inclinant devant elles plutôt que de chercher à lutter.