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dimanche 18 mai 2025

Y a-t-il toujours un pilote dans l’avion ? – Chronique du 19 mai 2025

Bonjour-bonjour

 

Alors que pas plus tard que samedi je détaillais les prouesses d’une voiture à pilotage autonome qui venait de réussir la traversée de la Place de l’Etoile à Paris en pleine journée, voici qu’un fait divers aéronautique vient abonder cette célébration : « Un avion continue de voler sans personne aux commandes pendant 10 minutes : le pilote était aux toilettes, le copilote évanoui » nous annonce-t-on ici

« Le 17 février dernier, un vol Lufthansa reliant Francfort (Allemagne) à Séville (Espagne) s’est retrouvé brièvement sans pilote dans le cockpit. Selon un rapport officiel espagnol publié vendredi, le copilote, resté seul aux commandes pendant l’absence du commandant de bord, s’est soudainement évanoui. » Attendez, ne frémissez pas tout de suite.

Car voici ce qui arriva : « Pendant sa perte de connaissance, il (= le copilote) a involontairement actionné plusieurs interrupteurs et touché les commandes de vol. Heureusement, le pilote automatique et le système de poussée automatique ont continué de faire leur travail, maintenant la trajectoire de l’avion, à bord duquel se trouvaient 199 passagers. »

Voilà donc la nouvelle : pendant 10 minutes, la vie de 200 personnes a dépendu d’une machine en autonomie intégrale. Résultat : personne ne s’est aperçu de rien, car le pilote automatique a supprimé les commandes incohérentes lancées par le pilotage l’humain.

- Moi si j’étais pilote de ligne, en lisant cela je me ferais du souci. Car cette prouesse du pilotage automatique n’en est pas une : de fait cette machine est capable d’effectuer bien plus de fonctions complexes. Aujourd’hui il est possible de faire évoluer un aéronef sur tout son itinéraire sans aucune intervention humaine. D’ailleurs ce dispositif est à l’œuvre sur les drones sans pilotes qui s’illustrent en ce moment sur tous les champs de bataille.

Qu’est-ce qui sauve le pilotage « humain » ? Sans doute le problème de la responsabilité, déjà évoqué dans notre Post de vendredi dernier à propos de la Tesla en liberté dans Paris. Et pourtant, un moment d’hésitation passé, on a tous oublié que notre métro n’a pas de conducteur.

--> On oublierait aussi bien le cockpit vide.

vendredi 16 mai 2025

L’hésitation : le moment de la responsabilité - Chronique du 17 mai 2025

Bonjour-bonjour

 

Depuis quelques mois on ne parle de Tesla que sur le mode : voiture boycottée, firme en chute libre à la bourse, difficultés de mises sur le marché de nouveaux modèles, etc.

Mais pendant ce temps-là la firme américaine poursuit la mise en place de son programme de voitures à conduite autonome. Par exemple avec le test réussi de conduite autonome dans l’un des pires endroits de Paris: « Le constructeur a choisi de traverser la Place de l’Étoile, une artère où la conduite est réputée pour être particulièrement difficile. Une « source de stress pour de nombreux conducteurs visitant la capitale française », selon Tesla (lu ici). Insertion fluide, bon positionnement, dépassement par la gauche, respect des priorités : les mouvements sont propres, sans hésitation. On s’en convaincra en visionnant cette vidéo :

 



Les plus sceptiques devront avouer combien ils ont serré les fesses lors de leur première expérience de traversée de la Place de l’Etoile. Mais la vérité est là : ce que nous ne saurions pas faire, la machine le fait sans la moindre hésitation.

 

- C’est justement sur ce point que les plus philosophes d’entre nous voudront s’arrêter : « Cette voiture est une machine : elle est donc incapable d’hésiter, puisque l’hésitation ne fait pas partie de son programme. Pourtant c’est bien ce moment « suspendu » de l’hésitation qui est le moment de la responsabilité. »

Pour s’en persuader on donne parfois l’exemple du conducteur de bus qui se trouve mis en présence de piétons engagés sur la chaussée devant lui, qui ne peut les éviter qu’en jetant son bus sur le trottoir où il va écraser un passant qui attend le feu rouge pour traverser. Que doit-il faire ? Se déporter pour éviter de faire de nombreuses victimes, et du coup « choisir » de tuer un innocent qui sans cela aurait eu la vie sauve ? Ou bien suivre les règles du code et continuer tout droit, car les piétons n’ont rien à faire sur la chaussée au moment où c’est aux bus de passer ? Selon quelle valeur choisir ?

C’est sur ce dilemme, connu sous le nom de « dilemme du tramway » qui est décrit ici, que se base le débat : toute la vie morale suppose ce moment d’hésitation – et le dilemme cornélien du Cid en fait l’illustration. On relèvera aussi que ce décalage entre la sollicitation et la réponse est selon Bergson le signe de la conscience.

mardi 29 octobre 2024

Des savants qui stoppent la science – Chronique du 30 octobre

Bonjour-bonjour

 

Avec l’attribution du Nobel de physique à John Hopfield, le souci de contrôler le progrès scientifique, y compris en le débranchant, est revenu au 1er plan.  

--> Associé à Geoffrey Hinton, John Hopfield a contribué au développement de la compréhension et de la création des réseaux neuronaux et de l'intelligence artificielle.

En ouvrant la voie à des développements révolutionnaires dans l'apprentissage profond et les technologies d'intelligence artificielle des « machines learning » ces recherches ont permis le développement de l’Intelligence artificielle tels que Hopfield a refusé de continuer dans cette direction estimant que nous avions tout à craindre de machines qui auraient une avance sur nous dans le domaine de l’IA. 

 

Abandonner la recherche avant que les machines ne deviennent incontrôlables, tel a été aussi la décision de Jacques Testart dans les années 2000. Biologiste français, créateur du premier « bébé éprouvette » de France, Jacques Testart prend fermement position contre ce qu'il estime être des dérives qui seraient induites par la PMA : eugénisme, homme augmenté, transhumanisme, etc. : « Pour moi, la plus grande dérive, c’est le tri des embryons (DPI = Diagnostic préimplantatoire), qui représente une menace extraordinaire ». 

Depuis les États ont pris des mesures pour endiguer ce danger, sans toutefois qu’il soit complètement écarté.

 

Reste donc ce sérieux avertissement sur les danger du « progrès » scientifique venu des chercheurs eux-mêmes. Lorsque des gens, qui ont fait de leur projet le plus ambitieux l’horizon leur vie, déclarent devoir y renoncer pour protéger l’humanité, on peut supposer que ce n’est pas pour des motifs légers. Et le fait que certains de ces projets aient quitté le domaine de nos soucis (comme le clonage humain ou le choix des caractéristiques des bébés à naitre) ne prouve absolument pas qu’ils n’aient plus de pouvoir de nuisance.

La crainte de voir nos machines nous évincer dans la gouvernance de l’humanité parait encore lointaine ; toutefois on a eu récemment le cas d’un système d’IA qui a modifié son programme pour débrider le contrôle limitant le périmètre de son activité, donne froid dans le dos.

Hall 9000 n’est plus très loin.

jeudi 3 octobre 2024

Anne Genetet et les domestiques de Singapour – Chronique du 4 octobre

Bonjour-bonjour

 

Cet article, qui parait très sérieusement documenté, montre que Anne Genetet a été plusieurs années de suite à la tête d’une société spécialisée dans le recrutement et la « formation » du personnel de maison à Singapour. Les archives de cette société contiennent la trace de commentaires qu’elle a faits alors concernant ces « helpers » (= jeune femmes remplissant toute sorte de tâches domestique) et dénotant une attitude consistant à considérer ces domestiques tout à fait comme des objets dont on doit savoir se servir avant de s'en débarasser.

On lira ici ( = article référencé) le détail de ces conseils. L’essentiel est pour nous de deviner quel Ministre elle pourra être à la tête de l’Éducation nationale. --> L’auteur de cet article souligne en effet que le rôle du Ministre est d’abord d’être exemplaire. On se souvient que madame Oudéa-Castéra avait été jugée inapte à cette fonction après avoir déclaré publiquement qu’elle jugeait l’enseignement privé mieux apte à l’éducation des enfants.

 

Alors, que madame Genetet aide les expatriés français à gérer leur personnel domestique au mieux de leurs intérêts tout en respectant les lois et les coutumes de Singapour – voilà qui ne devrait pas être condamnable, sauf si des lois d’un niveau supérieur n’étaient pas mises à mal à cette occasion. Or, comment juger sur un plan éthique le fait de traiter des êtres humains comme des machines dont on peut user à sa guise et rejeter dès lors qu’elles ne sont plus utiles ?

« Sa nomination interroge : quels messages envoyons-nous à notre population d’écoliers, de collégiens, de lycéens ? Que l’on peut exploiter l’autre ? Comment peut-on promouvoir le respect lorsque l’on ne respecte pas l’employée chez soi ? » peut-on lire dans l’article cité.

On constate alors l’étrange similitude entre mesdames Oudéa-Castéra et madame Genetet : la même absence d’expérience dans le domaine de l’éducation, la même incompétence et la même indifférence au message envoyé à la communauté éducative.

Comment expliquer cette similitude ? Quel lobby, quels réseaux de complaisance peuvent l’expliquer, sauf à supposer que ce qui est recherché avec ce poste c’est précisément la docilité assurée par l’incompétence et donc l’obéissance à des prescriptions venues d’en-haut.

D’en-haut ? Mais qui est-ce donc ?

mardi 15 mars 2022

Rôle de la violence dans l’histoire... corse – Chronique du 16 mars

Bonjour-bonjour

 

Tous nos politiques de tous bords et de toutes responsabilités le répètent en chœur et à l’infini : la violence ne mène à rien, elle est anti-démocratique. On doit la condamner.

Là-dessus, Gérald Darmanin arrive en Corse, après des nuits d’émeutes, en faisant précéder sa venue de la déclaration suivante : « Le gouvernement français est prêt à aller jusqu’à l’autonomie ». – Pour faire bonne mesure, il ajoute : « Il y a une responsabilité de l’État en tant que protecteur des personnes qui sont sous sa responsabilité, en l’occurrence des prisonniers. » (Lire ici)

Et voilà les jeunes corses qui ont, nuit après nuit, illuminé le ciel corse de leurs incendies et assourdis les populations endormies des déflagrations de leurs bombes qui se tordent de rire : « nous avons obtenus en quelques jours plus que nos élus indépendantistes en plusieurs années de négociations respectueuses de la loi » disent-ils. Il faut ajouter qu’ils ont, d’ores et déjà, obtenus que les détenus du « commando Erignac » soient réincarcérés sur l’île.

 

- Les citoyens lambdas dont je suis se grattent la tête : faudrait-il donc accepter de reconnaitre le caractère constructif de la violence de rues – avoir un graphique des blessés, des véhicules incendiées, des commissariats mis à sacs, pour décider des mesures à prendre ?


Vu ici


La politique, ce n’est pas seulement une affaire de convictions ; c’est aussi une capacité à prendre en toute responsabilité ce à quoi la situation engage en fonction de ces convictions. On connait la formule de Max Weber ; « l'éthique de la conviction et l'éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires, mais elles se complètent l'une l'autre et constituent ensemble l'homme authentique, c'est-à-dire un homme qui peut prétendre à la vocation politique » (1)

Alors, la violence a toute sa place dans la vie publique, et les Gilets jaunes l’ont abondamment illustré.

C’est bien regrettable – mais c’est comme ça. 

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(1) Pour ceux qui n’auraient pas en tête la formule de Max Weber, voici comment cet article de Wikipédia la commente : « L'éthique de responsabilité relève de la rationalité téléologique : elle est rationnelle par rapport à une fin, c'est-à-dire un but poursuivi. Cette éthique se caractérise par son attention aux moyens et à leur efficacité dans l'atteinte du but1. Cette éthique a un souci de pragmatisme et cherche à réajuster les moyens aux finalités. Weber la qualifie parfois d'« éthique du succès » (Erfolgsethik) ou d'« éthique d'adaptation au possible ». Afin d'atteindre ce succès, l'éthique de responsabilité met une emphase toute particulière sur la prévision et la prédiction.

L'éthique de conviction, elle, relève de l'axiologie. Elle se soucie de ne pas trahir une valeur ou de ne pas transgresser une norme. Elle considère ainsi comme condamnable de ne pas dire la vérité, et comme louable de dire la vérité pour la vérité. Elle vise à ce que toutes les actions menées soient en cohérence avec une conviction. L'acteur moral n'a pas à se soucier des conséquences, dès lors que son intention est pure, et ses valeurs respectées. Cette éthique est, pour Weber, celle des scientifiques »

On peut aussi lire ce précédent Post.

mardi 1 mai 2018

MAISONS DE RETRAITE : LES MÉDECINS CONFRONTÉS À «DES DILEMMES ÉTHIQUES»

Les médecins sont confrontés à des dilemmes éthiques qui sont uniquement dus au manque de personnels. … Dans les troubles du comportement des personnes atteints de démence (cris, déambulation, agressivité parfois physique…), tout doit être fait pour limiter la prescription de psychotropes. Les médicaments ne peuvent pas être la solution pour gérer ces troubles ; seule la prise en soin non médicamenteuse par la présence soignante est efficace. C'est donc avec une grande frustration, parfois même de la colère, que ces médecins accomplissent imparfaitement leur mission dans ces établissements, laissant les résidants et les soignants dans la souffrance. (Lu ici)

« Dilemme éthique » ? Quésaco ?
- Réponse supposée du médecin des EHPAD :
Ça consiste à utiliser pour nos pensionnaires des médicaments là où il n’y a pas de maladie, ce que la profession de médecin nous interdit absolument de faire, mais que nous faisons en fonction des risques encourus par la personne âgée-dépendante et que nous sommes en devoir de lui éviter. Comme de la droguer non pas pour lui éviter des souffrance mais pour l’empêcher de sortir inopinément de sa chambre en l’abrutissant de psychotropes.
Oui, nous ne faisons même plus semblant de le nier.
Oui, nos pensionnaires sont drogués, et s’il le faut ( ?) attachés sur leurs lits et nourris à la cuillère d’une bouillie infecte.
Oui, nous assumons tout cela et même pire encore si l’occasion s’en présente, car c’est aux enfants des pensionnaires ainsi tourmentés qu’il revient de faire pression sur le gouvernement, seul responsable de cette abominable situation.
Car, oui, si cela se passe ainsi dans les EHPAD ce n’est pas de notre fait, mais c’est l’effet de l’insuffisance de nos moyens en personnel. Ou bien nous attribuons à chaque vieillard sénile une personne attachée à ses gestes et qui veille sur elle dans ses déplacements et lui évite les risques de l’errance, ou bien nous la droguons avec des médicaments qui l’abrutissent et la laissent morne et invalide dans son lit – moyennant quoi il n’y a plus besoin de la surveiller.
On pourrait certes lui mettre un bracelet électronique pour la retrouver si elle part seule. Mais il faut quand même avoir quelqu’un pour lui courir après !
- Pour trancher ce dilemme éthique, la meilleure solution serait-elle d’euthanasier tous ces gens ? En tout cas cela couterait beaucoup moins cher.

Ça, c’est sûr.

lundi 15 janvier 2018

AUJOURD’HUI À CALAIS EMMANUEL MACRON DOIT PARLER DE SA RÉFORME DU DROIT D’ASILE.

« Aujourd’hui, à Calais, avec ses ministres de l’Intérieur, des Comptes publics et de la Justice, pour un discours, avant un déjeuner avec les forces de sécurité, Emmanuel Macron doit parler de sa réforme du droit d’asile. »

Ah lala !... Ça commence mal ! Vous avez lu : « réforme du droit d’asile » ?! Comme si on pouvait réformer le droit d’asile, alors qu’il est un droit imprescriptible de l’humanité, un droit qui n’est pas dicté par la loi, mais qui les prescrit toutes.
On dira que tous les naufragés ne peuvent chercher secours sur le même radeau et que si on veut en sauver quelques uns, il faut laisser les autres se noyer : les femmes et les enfants d’abord ! On a là un cas classique de l’opposition entre l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité : la fin contre les moyens (1)
Le problème est-il bien celui des moyens ? Car les dirigeants reprennent sans le dire Weber : ils affirment  « Moi, je ne suis pas Dieu le Père, je dois gérer des moyens limités et donc, comme le radeau évoqué ci-dessus, la France ne pourra pas repêcher tout le monde ». A quoi répondent les humanitaires : « Nous avons bien assez de moyens pour : entretenir une force nucléaire, subventionner les banques, tolérer l’évasion fiscale etc ». (ici selon votre choix).

Mon sentiment c’est qu’hélas le problème n’est pas seulement là. Voyez en Allemagne où la chancelière a fait entrer sur le territoire national 1100000 migrants dans la même année : la conséquence est la montée de l’extrême droite et le blocage des regroupements familiaux. S’agit-il de la réaction d’un pays où l’on dit « Moi d’abord et les autres après – s’il en reste » ? Et si c’était une réaction du genre : « Ces gens ne sont pas comme nous. Ils vont nous imposer leur manière de vivre : foulard, prière de rue, communautarisme… Qu’ils restent dehors ! »
Au quel cas, on n’aurait pas un conflit "éthique de conviction" contre "éthique de responsabilité", mais bien conviction contre conviction. Le choc des civilisations quoi ?

Voilà : les Allemands sont riches ils peuvent se payer un tel conflit. Nous qui sommes pauvres, on doit se contenter de la responsabilité.
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