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samedi 15 novembre 2025

La vertu dormitive de l’opium – Chronique du 16 novembre (1)

Bonjour-bonjour

 

Allez : un peu de science aujourd’hui.

Un cerveau gros comme une graine de sésame vient de déchiffrer ce que la science croyait hors de portée des insectes : expliquons. Le bourdon, cet insecte pollinisateur, possède un cerveau qui abrite moins d’un million de neurones. Pour comparaison, le cerveau humain en contient 86 milliards. Pourtant, ces minuscules créatures ont démontré une capacité que personne n’avait jamais observée chez un invertébré : elles peuvent apprendre à distinguer des durées différentes de clignotement lumineux. Autrement dit, elles comprennent les bases du code Morse. Pourquoi les bourdons possèdent-ils cette capacité alors qu’elle ne semble avoir aucune utilité évidente dans leur vie quotidienne ? (Lire ici)

Constatant que même les organismes dotés des cerveaux les plus rudimentaires possèdent naturellement une forme de perception temporelle, les scientifiques à court d’inspiration pour expliquer ce phénomène ont fini par dire : « Cette capacité d’encoder et de traiter la durée pourrait être une propriété intrinsèque du système nerveux lui-même, inhérente au fonctionnement même des neurones. »

On se rappelle qu’autrefois, pour expliquer que l’opium fasse dormir on évoquait la « vertu dormitive de l’opium ». Cette pure tautologie, qui faisait rire du temps de Molières, n’explique rien mais on fait comme si elle satisfaisait toutes les curiosités.

C’est bien commode : c’est comme cela que nous parlons du talent propre à nos dirigeants, doués de façon innée de la faculté de percevoir l’avenir 


 

Le Grand Timonier

mardi 29 juillet 2025

Les dieux sont parmi nous – Chronique du 30 juillet

Bonjour-bonjour

 

Le fait divers peut parfois surpasser l’intensité de tout autre fait quand il coïncide avec la mythologie annonciatrice de présence des dieux parmi nous.

Ainsi de cette petite information du jour – « Attaqué par un cobra, un petit garçon de 2 ans mord le serpent et le tue. Un bébé de deux ans a été attaqué par un serpent alors qu’il jouait chez lui, vendredi 25 juillet 2025, à Bettiah (Inde). Contre toute attente, il a réussi à s’en sortir… en mordant le reptile, qu’il a tué sur le coup. » Ajoutons que l’enfant avait été mordu par le cobra, mais qu’il fut sauvé par l’intervention rapide de ses parents. 

 

- Voilà qui relève de l’extraordinaire, certes ; mais ne devrait-on pas y voir aussi un signe qui nous alerte que quelque chose de fabuleux vient de se passer ?

- II suffit pour cela de nous rappeler l’histoire d’Héraclès le héros grec, l’Hercule de nos ancêtres latins, qui vainquit de la même façon des reptiles placés dans son berceau par Héra la déesse jalouse : « Alors qu'Héraclès est encore bébé, Héra envoie des serpents pour le tuer, mais celui-ci les étrangle sans difficulté. Alertés par les cris des femmes, Alcmène et Amphitryon accourent et trouvent les serpents morts. Amphitryon convoque alors le devin Tirésias, qui prophétise les hauts faits du héros et son apothéose » (lire ici)

 


Voilà donc qui confirme ce que nous annoncions : ce fait divers est en réalité un signe révélant un avenir fabuleux – en tout cas inimaginable – porté par cet enfant.

- Moi, je n’en doute pas. Et vous ? 

dimanche 27 juillet 2025

Plaisir et Sérénité – Chronique du 28 juillet

Bonjour-bonjour

 

Au Japon, même l’industrie automobile ne saurait exister sans dogme philosophique – c’est ainsi que celui de Subaru repose sur le principe de « Plaisir et Sérénité ». 

- Ce qui veut dire concrètement, qu’au lieu de chercher à innover à tout prix, ce qui engendre souvent des défauts, Subaru progresse par étapes mesurées. " C’est ainsi que la marque de voiture japonaise Subaru classée comme étant la plus fiable du marché mondial progresse sans prise de risque, ce qui lui a valu non seulement le titre de marque la plus fiable, mais aussi la reconnaissance de meilleur fabricant automobile mondial en 2025."  (Lire ici)

 

- La sérénité partage avec le bonheur cette caractéristique que la tranquillité d’esprit par rapport à l’avenir constitue son secret. Car comment être heureux si à tout moment on peut se demander si quelque chose de fatal ne va pas se produire ? En voiture, allez-vous être heureux, alors que vous roulez sur l’autoroute, si vous êtes à l’écoute du moteur, craignant qu’il casse ; ou des pneus inquiets qu’ils explosent ?

Jusqu’à présent la philosophie avait fait de la sérénité une condition du bonheur dont jouit le sage, justement parce qu’il est capable d’envisager sans crainte les malheurs que lui réserve l’avenir. Faute de savoir les empêcher, c’est par une gestion contrôlée des désirs qu’une telle tranquillité est assurée. Ainsi des stoïciens qui vous disent : « Votre enfant est mort, et vous vous désolez ? Mais que croyiez-vous ? Que les gens que vous aimez sont protégés de la mort pour cela ? Préparez-vous plutôt, alors même que vous jouissez de leur présence, à les voir disparaitre bientôt »

- Mais voilà : Subaru est là, qui vous dit : « Vous craignez en montant dans votre auto qu’elle ne déraille à pleine vitesse alors que vous doublez un 38 tonnes ? Soyez tranquille : avec Subaru c’est impossible, car sa sécurité est garantie et vérifiée par les milliers d’expériences. »

Un monde où la sérénité ne vient plus d’une culture de la sagesse mais du monde réel : voilà la définition du progrès véritable.

Merci Subaru !

mercredi 18 juin 2025

Météo : à quoi s’attendre cette semaine ? – chronique du 19 juin

Bonjour-bonjour

 

Voici le bulletin bien connu qui annonce le climat de la semaine à venir : « À la faveur de conditions anticycloniques bien installées, la chaleur va progresser au fil des jours et se renforcer. Les fortes chaleurs déjà présentes en ce début de semaine sur le sud vont ainsi gagner vers le nord, d’abord sur la façade Atlantique, puis les autres régions samedi. Le pic de chaleur sera probablement atteint samedi sur la moitié ouest, dimanche sur la moitié est. » (Lu ici)

 

 

La carte météo de la semaine à venir sur la France

 

Nous avons l’habitude de considérer que ces prévisions sont exactes lorsque les calculateurs sont assez puissants pour étudier les interactions des masses atmosphériques : le temps qu’il fera dans un avenir plus ou moins proche est connaissable – sinon connu – selon la puissance de nos ordinateurs.

Toutefois on peut aussi estimer que l’évolution des masses d’air n’est que probable, selon les forces auxquelles elles sont soumises et qui sont elles-mêmes très incertaines. L’avenir n’est alors plus écrit à l’avance, il ne deviendra prévisible que lorsqu’il sera l’effet nécessaire d’une évolution également définitivement établie.

Le philosophe aime à s'interroger : et si cette indétermination n'était pas l'effet de notre ignorance mais celui d'une "manière d'être" des choses ?

- Nous avons l’habitude de considérer que l’avenir est tout tracé, que ce soit par la conséquences de phénomènes naturels ou par le décret d’un destin supérieur. Est-ce bien sûr ? Nous croyons que toute la question est de savoir lire ce qui est écrit dans le grand livre de la Nature. Mieux encore : les découvertes scientifiques ne se font la plupart du temps qu’en considérant les phénomènes à découvrir comme prédéterminés par ceux que nous connaissons déjà. C’est ce que Claude Bernard avait fixé come règle il u a plus d’un siècle et demi : « Chez les êtres vivants comme chez les corps bruts, les conditions d'existence de tout phénomène sont déterminées de façon absolue. » 

Est-ce bien vrai ? Dans certains domaines, cet avenir n’est pas écrit à l’avance, il ne peut donc être pronostiqué que de façon probabiliste. Par exemple dans le domaine du climat on sait que les prévisions à plusieurs mois de distance ne sont absolument pas définitives.


mercredi 20 novembre 2024

Ose penser ! – Chronique du 21 novembre

Bonjour-bonjour

 

Une émission de France culture aborde un phénomène largement méconnu : celui de l’incertitude devant l’avenir politique. Il faut dire que nous sommes envahis par des spécialistes qui ont la rhétorique nécessaire pour nous persuader qu’ils maitrisent la situation avec suffisamment de certitude pour en prédire l’évolution. Mais en réalité on reconnait les philosophes au fait qu’ils acceptent d’affronter l’incertitude où nous sommes devant cette évolution.

- Selon l’auteur de l’émission, le philosophe pensant l’avenir politique doit affronter l’incertitude de la pensée. Ainsi du philosophe Claude Lefort, qui s’oppose au surplomb des idées : "Il y a une distance (...), entre une philosophie politique de la raison, qui essayait de faire plier les événements aux catégories de la raison qu’ils avaient inventées par avance (...), et le travail de Lefort, c’est-à-dire qu’écrire à l’épreuve du politique, ça veut dire risquer constamment sa parole, l’engagement de sa parole, au contact d’événements qui ne cessent de nous déloger de nos certitudes politiques."

On retrouve cette exclamation de Kant (dans son article « Qu’est-ce que les lumières ») « Sapere aude ! », qu’on traduit par « Ose penser ! ». On songe assez platement qu’il s’agit simplement de dire qu’en mettant sa raison au service de sujets politiques on court de risque de déplaire au Prince. Certes – mais plus fortement, il s’agit aussi de sujets pour les quels on doit, en tant qu’individus prendre la responsabilité d’une conclusion que le recours à la raison ne suffit pas à confirmer. En démontrant un théorème je ne prends aucune responsabilité, parce que n'importe qui faisant la même démarche arriverait au même résultat. Mais en prévoyant l’évolution d’un régime précis, existant dans un pays donné, vers une démocratie ou au contraire vers le despotisme, je prends le risque de me tromper, erreur qu’on ne peut absolument éviter parce qu’aucun modèle ne vient diriger la pensée. Même la science n’échappe pas à cette incertitude : l’évolution du climat qui n’obéit pas tout à fait aux prévisions pâtit du fait qu’il n’y a pas d’autres planètes où les phénomènes climatiques de la Terre seraient testables.

J’aimerais aussi que cette incertitude devant l’avenir résulte simplement du fait que l’avenir n’est pas connaissable parce qu’il n’est pas encore écrit. 

Et si penser l’avenir c’était aussi (tenter de) le créer ? On sait bien que ça ne suffit pas, mais on voudrait quand même que ce soit un tout petit peu possible.

mercredi 7 février 2024

Amélie Oudéra-Castéra parie sur l’avenir – Chronique du 8 février

Bonjour-bonjour

 

Cet article paru hier est cruel pour la ministre de l’éducation : il la montre annonçant des mesures dont, malgré leur proximité, on n’est pas très sûr qu’elle sera encore là pour assister à leur terme.

Qu’on en juge : 

- « On doit aller plus loin et je ferai cette semaine des propositions », dit la ministre. Mais sera-t-elle encore là ? »

- « Quant au Pacte, elle annonce son évaluation le 14 février. Si la ministre est là… »

- « Amélie Oudéa-Castéra annonce « qu’une réflexion sera engagée sur le contour de ces programmes (de SES) ». Mais visiblement pas avant la fin de l’année. Et probablement sans elle… »

- Et pour finir ce définitif : « Devant vous il n’y a qu’une porte : celle de la sortie. Prenez-la » (Article référencé)

 

Laissant de côté les mésaventures de « A.O.P. » cette situation nous invite à réfléchir à l’avenir, du moins tel qu’il se trouve impliqué par notre vie. C’est en particulier cette frange d’avenir que nous estimons assez solidaire avec notre présent pour faire l’objet d’entreprises actuelles ayant pour effet présagé demain ou après-demain. On voit ainsi de jeunes couples acheter un pavillon avec une chambre pour leur futur enfant, ou bien faisant des économies pour leurs vacances aux Seychelles dans… 3 ans ( ?). Plus tard, les retraité iront acheter la dinde pour le très-prochain réveillon de noël. Mais encore plus tard, dans leurs EHPAD, se réveillant à 17 heures de leur sieste, ils attendront la camomille du soir…

La durée qui nous sépare de l’avenir va dépendre de celle de la vie déjà écoulée – et donc de celle qu’on peut espérer encore vivre. 

--> A ce constat, il convient d’ajouter la multiplication des aléas de l’existence : de même qu’en automne la météo est indécise quant aux dépressions qui vont traverser le pays, certains, comme madame Oudéa-Castéra, ont une météorologie personnelle très perturbée.

samedi 30 décembre 2023

Demain sera-t-il un autre jour ? – Chronique du 31 décembre

(Je conseille aux gens un peu fragiles de ne pas lire le dernier paragraphe)


Bonjour-bonjour

 

Alors, ça y est les amis ! On est au bout du bout de l’année : d’un regard assuré nous pouvons voir ce qu’il y a de l’autre côté du mur qui nous sépare encore de l’an prochain. 

--> Oui, nous le voyons déjà : 2024 sera l’année où nous cesserons de fumer, où nous courrons un semi-marathon chaque semaine et où nous n’oublierons plus la date de notre anniversaire de mariage ni celui du petit dernier.

 


Ce faisant, nous avons la présomption de croire que l’avenir est déjà écrit par nous-mêmes, qu’il dépend de nous qu’arrive ce que nous voulons, et que rien ne pourra nous empêcher réaliser ce dont nous avons l’envie. Comme si la volonté – notre volonté – n'obéissait qu'à… nous-mêmes ? À moins que ce soit à un désir qui s’évanouit ici pour renaitre ailleurs ?

 

Il vaudrait mieux nous interroger sur notre bilan 2023 : qu’avons-nous fait de valable, de combien avons-nous progressé vers un karma meilleur, à quelles tentations avons-nous résisté, quels pièges avons déjoués… ? 

Pourquoi ne pas remplacer le Réveillon, ses bâfreries, ses alcools et ses coucheries par une réunion avec des amis à faire un cercle de parole pour évoquer le bilan de l’année ?

Mais je l’entends d’ici : je ne suis qu’un vieux – très vieux – con, qui n’a qu’une idée en tête : décourager les jeunes de jouir de ce dont il est privé par son grand âge.

Alors, allez-y les amis : de toute façon ce n’est pas parce que vous comprendrez votre passé que vous pourrez quelque chose pour votre avenir.

mercredi 13 décembre 2023

Pétrole : plus y a, moins ça va – Chronique du 14 décembre

Bonjour-bonjour

 

L’opinion internationale bat des mains : à Dubaï, la COP 28 s’engage à renoncer à rechercher des ressources nouvelles de pétrole, et même à abandonner sans les épuiser les puits existants. Quand on se souvient des avertissements d’il y a 20 ans, quand on nous annonçait la pénurie de cette ressource à brève échéance, on croit rêver.

--> Comment a-t-on pu opérer un tel basculement en moins de 20 ans ? Comment les prévisionnistes patentés ont-ils pu ne pas voir arriver, d’abord les nouvelles ressources du gaz de schistes, et ensuite la catastrophe planétaire des gaz à effet de serre ?

 

Qu’en dit le philosophe ? Que notre prétention à tout connaitre et à tout maitriser est d’une arrogance sans pareil ? Que nous ne savons rien de l’opinion publique, réactive ici, inerte là, sans qu’on puisse le présager. Mais aussi que le génie humain est capable de découvertes et d’inventions qu’on ne peut anticiper ? Et donc qu'à part ce qui se produit selon les lois universelles du monde, l’avenir n’est pas écrit, ni par les politiques ni par les savants ? Et, pour finir que le grand livre de l’histoire de l'Univers n’est pas déjà écrit, que derrière la page du présent, les pages de l’avenir sont des pages blanches ?

 

Oui, mais en contrepartie nous devons aussi constater qu’on ne peut absolument pas attendre d’être certains de ce que sera l’avenir pour faire quelque chose et qu’il faut bien agir avant de savoir, même sur des anticipations hasardeuses.

Kant attribuait le fait d’agir sur simple croyance à notre pouvoir de désirer : car le désir a selon lui cette faculté qui nous fait croire que ce que nous nous représentons comme désirable va nécessairement se produire - simplement parce que nous le désirons. Et donc que ces échecs inévitables sont la conséquence d’une disposition heureuse de l’humanité qui, continuant d’espérer après maints échecs, finira bien par trouver la solution qui lui serait restée inaccessible si elle avait attendu pour agir d’avoir une certitude rationnelle.

dimanche 6 août 2023

Vie quotidienne – Chronique du 7 aout

Bonjour-bonjour

 

Vous vous demandez peut-être de quoi est faite la vie d’un chroniqueur au mois d’aout, quand rien ne se passe, sauf les feux de forêt ou les inondations de campings ? Éh bien sachez-le : un chroniqueur-philosophe n’est jamais à cours de découvertes fort intéressantes – non pas parce qu’un philosophe a toujours quelque chose à dire, même quand on pourrait bien s’en passer – mais parce que ce sont les faits humains en apparence les plus banaux qui comportent le plus de révélations sur la vie.

 

- Ainsi de la météo à laquelle le public est particulièrement attentif, au point que les relevés du climat en été sont l’occasion des jugements « définitifs » sur qualité de la vie.

 


Août 1963 : la météo en Normandie

 

« Du vent, de la pluie, des températures qui peinent à dépasser les 20 °C. En cet été 2023, les Normands (et les touristes) peinent à garder le moral. Mais si ça peut en conforter certains, il y a soixante ans, en août 1963, il ne faisait que 3 °C à Caen, il y avait de la pluie et même de la neige sur l’Ouest. La une de « Ouest-France » parlait alors d’un « été pourri dans l’Ouest ». (Lu ici)

On s’est toujours intéressé au temps qu’il fait et les proverbes de nos campagnes montrent qu’on a continuellement cherché à prévoir le climat des mois à venir. Occasion de noter que dans les observations climatiques c’est l’avenir qui intéresse les observateurs : savoir non seulement le temps qu’il fait, mais aussi celui qu’il fera. Même un organisme sérieux comme la météorologie nationale y va de ses prévisions saisonnières, comme s’il ne suffisait pas de l’imaginer depuis sa fenêtre.

Toutefois l’essentiel pour le chroniqueur à l’affût de la nouveauté n’est pas dans ce qui se répète mais dans ce qui change. Or comme on vient de le noter, de nos jours aussi l’interrogation sur le climat ne résulte pas seulement du souci de savoir ce que je dois mettre dans ma valise, mais ce que ça révèle de l’état de la planète. Quand je rôtis sur la plage de la Baule, je m’imagine l’Amazonie entrain de flamber. Quand mon camping est inondé, c’est la mousson qui transforme les rues de Bombay en torrents qui me vient à l’esprit.

Et cette tendance est révélatrice non seulement de l’éco-anxiété, mais aussi de l’orientation générale et constante de l’esprit humain qui veut croire que ce qu’il observe aujourd’hui est révélateur de ce qui va advenir demain pour le monde entier.

Le sage est celui qui sait que demain n’est pas encore écrit et que, même s’il l’était, il ne nous serait pas permis de tourner la page du présent.

dimanche 7 mai 2023

Dis-moi quel est ton prénom… – Chronique du 8 mai 2023

Bonjour-bonjour

 

Aux Etats-Unis une institutrice a publié sur Internet une liste des prénoms des élèves les plus turbulents en classe. D’autres profs ont alors joué le jeu en ajoutant des prénoms

Le résultat ?

- Voici les prénoms d’élèves perturbateurs

            * Parmi les prénoms de filles, on trouve Kayla, Layla, McKayla, Kenzie, McKenzie, Faith, Haven, Heaven, Hope, Trinity, Tiffany, Brittany, Ashley, Angel, Stephanie, Bethany, Melinda, Miranda et Keyana.

            * Côté garçons, on trouve : Travis, Chase, Dash, Jeremiah, Joaquin, Michael, Julian, Carmine, Logan, Legend, Ashton, Alfonzo, Angel, Brandon, Bradley, Dakota, Cayden, Cody, Christian et Landon. (Tout ça lu ici)

 

Alors bien sûr tous ces prénoms ne signifient rien chez nous, mais l’essentiel n’est pas là : on trouverait facilement des équivalents – on sait déjà que Kévin ferait partie de la liste. Ce qu’il faut admettre, c’est que le prénom donné plus ou moins arbitrairement à la naissance est considéré comme significatif pour la vie entière de l’enfant.

Ceci renvoie au moment où les parents décident du prénom que leur enfant à naitre va porter ; d’ailleurs notons que les échographies en dévoilant le sexe du bébé à naitre ouvre largement le moment du choix. Alors il y a ceux qui vont choisir un prénoms à la mode, porté par beaucoup d’autres enfants ; et puis ceux qui au contraire voudront que leur enfant n’en rencontre jamais un autre né la même année et portant le même prénom – un prénoms singulier.

Mais il y a aussi ceux qui vont le choisir en fonction de la part de chance qu’il est censé apporter à l’enfant ; et réciproquement, ceux qui commencent en éliminant les prénoms mal famés : la liste américaine devait sans doute servir à cela.

Autrefois la naissance était déterminante en fonction du signe astrologique ; aujourd’hui c’est en fonction du nom.

jeudi 13 avril 2023

Je déprime, docteur – Chronique du 14 avril

Bonjour-bonjour

 

Eh bien, dites-moi : ça ne va pas fort ce matin ?

- Non, je me sens tout chose, comme quelqu’un qui aurait appris pendant la nuit qu’il a une ou deux maladies graves, et que du coup sa femme se prépare à le quitter en emmenant les mioches. 

- Je vois… Et à quoi attribuez-vous cette déconfiture ?

- Je ne sais pas, moi. Ça me prend souvent le matin après la lecture des nouvelles de la nuit.

- C’est Google news que vous lisez, n’est-ce pas ?

Regardons ensemble ce que vous avez trouvé.

            « Nous sommes en sursis en ce qui concerne la sûreté et la sécurité nucléaires à la centrale de Zaporijjia », selon le chef de la centrale ukrainienne. Bilan : un Tchernobyl puissance 10 en vue. (ici)

            « Les réserves souterraines sont au plus bas à la sortie de l’hiver, ce qui fait courir un grand risque de tension sur la ressource en eau dans les mois à venir en France ». Ça, c’est le constat du Bureau ad-hoc. En vue : pénurie d’eau dès cet été (ici)

            « En difficulté financière après des pertes records, EDF gèle ses embauches ». Vu qu’EDF est re-nationalisé, inutile de demander qui va éponger les pertes. (ici)

 

Arrêtons-là. Même pas besoin d’évoquer la montée des températures, la fonte de la banquise, la perte irrémédiable d’espèces animales : la dépression est à nos portes, avec des idées suicidaires et le désir de rester tout l’été comme ça, sans bouger, sans se lever, sans même se laver. Juste une petite fumette de temps à autre et basta !

- Mais enfin, cher ami, quel besoin avez-vous de chercher à savoir ce qui va arriver ? Pour y pallier - Mais on ne sait pas faire.  Pour vous préparer à subir stoïquement le malheur que la nature va vous infliger ? On dirait que ça ne vous tente pas.

Ce besoin de connaissance est bien un très grand malheur de l’espèce humaine. Venu du fond des âges avec l’évolution de notre cerveau, il a d’abord produit des progrès fantastiques grâce à des découvertes scientifiques qui ont permis à notre espèce de proliférer.

Mais voilà : nous sommes arrivés à l’os – je veux dire que de progrès en progrès notre science est arrivée à prévoir ce sur quoi elle n’avait plus aucune prise. Ne serions-nous pas plus heureux d’ignorer ce qui va nous arriver, à l’instar de nos gorets qui ne savent pas où va aller la bétaillère dans laquelle on les fait monter ?

dimanche 15 janvier 2023

Dites-moi, madame Irma... – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

Souvenez-vous : nous sommes en 2015 ou 2018, peu importe : sur les plateaux télé toute sorte d’intervenants soulèvent l’enthousiasme en déclarant le France inapte à la gestion finances publiques, insistant sur le fait que de nombreux pays européens font mieux qu’elle en matière de service public avec beaucoup moins d’argent. 

- Aujourd’hui même le Président pourtant élu en 2018 avec un programme de suppression de postes de fonctionnaires, se félicite de la réouverture des sous-préfectures ou de la création des « Maisons France Services » (1). Les spécialistes expliquent imperturbablement que la demande en faveur de plus de services de proximité, provient certes de la ruralité, mais aussi des périurbains. Et tout cela parait maintenant aussi normal que l’inverse qui avait été prévu il y a quelques années.

… Bien sûr, les Gilets-jaunes sont passés par là, mais bizarrement personne ne les avait vu venir.

 

Et aujourd’hui ? Alors que depuis plusieurs mois nous sommes avertis de nous préparer à une pénurie de courant électrique – au point que les écolos triomphent en disant que la filière nucléaire est à bout de souffle et que donc il s’agit de passer au renouvelable – voici l’info qui se glisse sans tambour ni trompettes dans mon journal : « À la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, un réacteur arrêté à cause de la faible demande d'électricité. Fin décembre, un réacteur de la centrale nucléaire du Tricastin dans la Drôme avait aussi été arrêté pendant plus de 15 jours pour les mêmes raisons. »

… Le philosophe soupire en refermant son journal : puisque la prévision de l’avenir ne débouche que sur des âneries, quel besoin auvons-nous de lire des informations qui ne sont fiable qu’à la condition de se borner à décrire ce que chacun peut voir en se mettant à sa fenêtre ? 

 

- Les statisticiens auraient-ils un socle plus solide avec leurs chiffres ? Consultés sur le mouvement anti-réforme des retraites, ils soupirent : le chiffre disponible dès aujourd’hui est celui du soutien de l’opinion au mouvement de grève, mais on sait que les mouvements les plus durs dans le passé, comme celui de 1995, ont commencé avec un taux d’assentiment très bas. 

… Alors, bien sûr on y verra plus claire après le 19….

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(1) Situées à moins de 30 minutes de chez vous, ces établissements vous offrent des guichets uniques de proximité vous assurant de la présence et de l’aide d'agents de la fonction publique pour faciliter vos démarches (voir ici)

samedi 5 novembre 2022

Echec annoncé de la COP 27 : pourquoi on s’en balec ? – Chronique du 6 novembre

Bonjour-bonjour

 

Les débats portant sur le réchauffement climatique s’échauffent eux-mêmes d’étrange façon à l’approche de la COP 27 : tableaux « ensoupés », mains collées dans les musées, manifestants enchaînés, tout est bon pour dénoncer la lenteur et l’inadaptation des mesures gouvernementales pour lutter contre le réchauffement.

Pourquoi cet échec ? Quel est le problème spécifique lié à ces actions ? Sont-elles plus onéreuses que d’autres ? Risquent-elles de bouleverser les économies ? Demandent-elles une plus grande générosité envers les pays pauvres ? Oui, bien sûr, mais pas seulement. 

- Car il s’agit de mesures imposant des sacrifices dont l’effet bénéfique ne sera ressenti que dans une, voire deux générations. Or, l’action politique se développe dans le court terme. Les dirigeants veulent des mesures dont l’effet pourra être affiché à leur bénéfice lors des prochaines élections. Alors imposer une taxe carbone pour un demi-degré sur le thermomètre dans 50 ans, ce n’est pas assez vendeur.

- Ajoutons que la nature avance néanmoins inexorablement vers des situations incompatibles avec l’existence humaine - sauf que nulle urgence ne se manifeste aujourd’hui – à part la disparitions de quelques espèces dont personne ne se soucie véritablement : moins de moucherons écrasés sur le pare-brise ? La belle affaire ! Allons-nous nous geler les fesses cet hiver pour économiser de l’énergie fossile en leur faveur ?

 

Or pour agir dans le domaine politique nous avons besoin d’ordre et de volonté personnifiés :  il nous faut des chefs et il nous faut des ennemis. Du temps de la lutte des classes, le capitalisme était incarné : c’était l’homme aux écus de Marx ; quant au peuple, il suivait le grand timonier. Mais la nature, que fait-elle pour nous mobiliser ? On nous donne des totems tels que le panda, l’ours blanc ou les grands fauves africains. Mais ils n'ont rien à nous dire : leur mort elle-même est silencieuse et invisible.

Invisible, peut-être, mais irréversible, ça c’est sûr : il n’y a pas de marche arrière dans la nature. Tous les sacrifices ne serviront pas à ressusciter le monde d’avant. Lors de la covid, le Président nous disait tranquillement : « Les jours heureux reviendront » : ça on pouvait l’entendre. Mais aujourd’hui, personne ne nous le dira.

Nous n’avons pas envie de faire des sacrifices ; mais nous n’arrêtons pas de regretter de les avoir refusés après-coup.

C’est banal ? Oui ; mais c’est comme ça.

 

dimanche 23 octobre 2022

Mieux vaut l’erreur que l’ignorance - Chronique du 24 octobre

Bonjour-bonjour

 

Bérénice, interroge Titus : « Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, / Seigneur, que tant de mers me séparent de vous… » (1) Cette citation est connue encore aujourd’hui comme la parfaite illustration de l’ignorance de l’avenir : l’incertitude où Bérénice est plongée n’est-elle pas aussi celle où nous sommes de l’avenir de la guerre d’Ukraine ?

 

 

Ukraine aujourd’hui – Source : le Monde


- Oui, mais non : nous refusons l’ignorance, nous voulons à tout prix que l’avenir se déroule devant nous, comme une route qui file, toute droite vers l’horizon. La guerre que nous voyions hier gagnée par les ukrainiens – au point qu’on se demandait avec angoisse quel prix Poutine nous ferait payer sa défaite – présente aujourd’hui un avenir de chaos, où le peuple ukrainiens n’aurait à gagner que le titre de martyr.

Cela, nous aurions pu l’imaginer, les russes ayant logiquement attendu pour planifier leur attaque contre le réseau électrique que l’hiver s’installe et que le froid, le manque d’eau et l’obscurité détruise la volonté de résistance du peuple. Comment n’avons-nous pas vu que pour assiéger un pays entier, ce qui était impensable hier, il suffisait aujourd’hui de détruire les lignes électriques et les centres de distribution ? 

Mais alors, peut-être pouvons-nous imaginer que la capitulation des ukrainiens est assurée, et que l’avenir de nouveau se profile devant nous ? Ce n’est peut-être pas celui que nous espérions, mais enfin, c’est mieux que pas de prévision du tout. 

De fait nous n’en savons rien : outre la capitulation ukrainienne, toutes sortes d’issues restent possibles : des armes nouvelles pour protéger l’approvisionnement, des réparations plus rapides que prévues, une résistance héroïque assortie de succès sur le terrain conduisant à une reprise de négociation équilibrée…  

Mais rien n’y fait : notre cerveau déteste l’hésitation, l’opinion fluctuante : comme disait Pascal (2), nous préférons être dans l’erreur que dans l’ignorance

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(1) Racine – Bérénice, acte 4, scène 5

(2) « Lorsqu’on ne sait pas la vérité d’une chose, il est bon qu’il y ait une erreur commune qui fixe l’esprit des hommes, comme, par exemple, la lune, à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc. ; car la maladie principale de l’homme est la curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir ; et il ne lui est pas si mauvais d’être dans l’erreur que dans cette curiosité inutile. » Pascal – Pensées fragment 295

mercredi 15 juin 2022

Modération, sobriété, frugalité, abstinence, austérité, etc. Chronique du 16 juin

Bonjour-bonjour

 

Chers amis, vous qui ne cessez de vous éponger le front en maugréant contre cette fichue canicule qui vous accable, vous êtes en plus submergés des recommandations de toutes sortes, qui visent et votre comportement du jour et le mode de vie qu’il vous faudra adopter à tout jamais, du moins jusqu’à la fin de votre vie.

Comme vous pouvez le lire en titre de ce passage, il s’agit de la sobriété devenue le maitre mot de notre vie, associé il est vrai à la frugalité, et à l’abstinence, sans oublier l’austérité, la modération – etc. Autant dire que tout y passe : depuis des recommandations économiques jusqu’aux règles les plus rigoureuses des moines bénédictins.

 

On reste étonné devant la variété des registres mobilisés ici : des conseils en économie domestiques, on passe à la gestion des ressources planétaires, et puis aux règles de la vertu – et pour finir aux considérations spirituelles. N’en jetez plus ! tout ce qui auparavant était en libre-service, comme l’eau, ou consommé sans restriction, comme le lumière ou d’autres formes d’énergie – devient l’objet de parcimonie, comme l’électricité qu’il faut économiser jusque dans les témoins lumineux, ou le robinet qu’il faut fermer quand on se brosse les dents.

Et pourquoi ? Pour être « responsable ». Responsable de quoi ?  De l’état de la planète puisqu’il peut être imputé à chacun dès lors qu’il consomme des ressources qu’il faudra au final compenser. On devine que cette responsabilité à l’égard d’un si vaste objet que la terre entière est une nouveauté radicale. Quelles en sont les conséquences ?

            *Pour la première fois nous sommes responsables de la planète entière, nos abus ici étant l’occasion de pénuries là-bas, de l’autre côté des océans. La mondialisation est d’abord celle de la responsabilité non seulement face à l’humanité, mais encore à la nature entière.

Nous devons penser non seulement aux chinois et aux indiens à chaque fois que nous allumons la lumière de notre chambre, mais aussi aux ourses polaires qui dérivent lamentablement sur leur glaçon à cause de notre imprévoyance.

            * Et puis nous sommes aussi responsables de l’avenir et pas seulement du présent. C’est Hans Jonas qui, en 1979, dans son ouvrage « Le principe responsabilité » à mis en avant cette nouveauté selon lui radicale : la morale ne doit pas seulement nous obliger pour le présent, mais aussi pour l’avenir. Respecter les autres comme le commande la morale kantienne ce n’est pas seulement valable pour ceux avec qui nous sommes en relation aujourd’hui, mais aussi par rapport à ceux qui vivront demain. Nous sommes donc responsables des hommes et de la nature de demain, dans la mesure où leur vie sera impactée par notre comportement actuel. 

Mais cette responsabilité est plus théorique que pratique : comment savoir ce qui sera déterminant pour les générations à venir ? Les terres rares dont nous faisons une forte consommation manqueront-elles à nos petits enfants ? N’auront-ils pas trouvé un autre moyen de faire tourner leurs ordinateurs quantiques ?

Bref : « Sommes-nous responsables de l’avenir ? » - Voilà un sujet fort intéressant auquel nos candidats bacheliers ont échappé hier.

jeudi 12 mai 2022

Plus on avance et plus on recule – Chronique du 13 mai

Bonjour-bonjour

 

Dans la presse de ce matin, on apprend que les dirigeants finlandais ont indiqué hier jeudi vouloir adhérer à l'Alliance atlantique, en finissant ainsi avec la "finlandisation", terme avait été employé pour caractériser la neutralité historique de ce pays entre les deux blocs durant la guerre froide.

Le général Olivier de Bavinchov ancien chef d'état-major de la force internationale de l'Otan évoque un "tsunami géopolitique", ajoutant "Ce tsunami géopolitique montre à quel point le président Poutine obtient, dans tous les domaines, exactement le contraire de ce qu'il espérait. C'est un échec absolu sur toute la ligne".


Pourquoi l’OTAN ? La Finlande n’avait-elle pas la protection avec l’Europe Unie ? Jean Sylvestre Mongrenier chercheur à l'institut Thomas More le précise : « la grande différence dans l'OTAN, c'est qu'il y a les États-Unis », ajoutant pour qui n’aurait pas compris : « les États-Unis, par leur poids, par leur puissance, sont en mesure d'apporter des garanties de sécurité beaucoup plus solides que celles des pays de l'Union européenne ». (Lire ici)

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On serait tenté de prendre acte de ce bouleversement comme de l’indice de la venue des temps nouveaux, un acte de naissance du 21ème siècle. Pourtant on est frappé dans le même temps par la ressemblance de ces évènements avec … le 20ème siècle. On croit assister à un mouvement rétrograde qui nous ferait remonter à près de 70 ans en arrière, lorsque le choc des blocs, soviétique contre occidentaux – avec au premier plan la menace d’un conflit nucléaire – conduisait justement à créer l’Alliance atlantique ! Oui, on dirait que plus on avance et plus on recule.

Toutefois, on peut quand même conserver le principe que l’histoire ne se répète pas, que toute séquence cause/effet est absolument unique et que son retour n’est qu’une illusion. Alors, la question est de savoir qu’est-ce qu’il y a de nouveau dans la situation actuelle qui la différentie du passé ?

Eh bien on répondra : tout. Oui, tout diffère : et le rapport de forces, et les pays en cause.

- Rapport de forces : la Russie n’est plus l’URSS et elle n’a plus à sa disposition le soutien des pays du Pacte de Varsovie.

- Quant aux pays concernés, ils n’impliquent ni la Chine – bientôt première puissance mondiale – ni l’Inde, pays bientôt le plus peuplé au monde. 


Et puis surtout, en se transférant 70 ans en arrière, on conserve le regard de ceux qui savent tout ce qui a suivi, de 1950 à 1990. Seulement voilà : il nous faut l’avouer, aujourd’hui nous ne savons pas ce que va être l’avenir - et c’est là que se trouve l’illusion dont nous parlions plus haut : nous voudrions non seulement être reporté 70 ans en arrière, mais encore que notre avenir soit identique à la période que nous avons connue durant les années 50-90. Mais aujourd'hui nous ne savons même pas de quoi demain matin sera fait.

lundi 14 mars 2022

L’effet papillon – Chronique du 15 mars

Bonjour-bonjour

 

Le pétrole enfin à la baisse ! Comment cette bonne nouvelle est-elle possible ? L’OPEP aurait-elle décidé d’augmenter significativement sa production ? – Certainement pas.

Aurait-on levé l’embargo sur le pétrole iranien ? – Que nenni.

L’information vient de plus loin : il s’agit du confinement de Shenzen faisant suite à une nouvelle flambée du variant Omicron. « Le confinement de l'agglomération chinoise, surnommée la "Silicon Valley of China" pour son rôle essentiel dans les nouvelles technologies, contribue paradoxalement à l'apaisement des tarifs pétroliers dans la mesure où ces nouvelles restrictions pourraient freiner la demande énergétique chinoise. » apprend-on de cette source bien informée

Autrement dit, parce que l’épidémie flambe dans une ville de Chine, nous allons payer moins cher le carburant à la pompe du Leclerc. Bientôt il suffira qu’un tremblement de terre ou une irruption volcanique ait lieu quelque part là où l’on extrait – par exemple – des terres rares et voilà que tout un pan de l’économie mondiale va s’effondrer.

Il s’agit bien de « l’effet papillon », du nom de ce phénomène caractérisé par l’écart énorme entre une cause minime et son effet gigantesque (1). On dira que le confinement de 18 millions de personnes, même en Chine, ce n’est pas minime. Mais néanmoins il s’agit-là d’un phénomène qui a lieu dans un secteur éloigné des prix pétroliers.


C’est justement là qu’est le problème : il n’y a semble-t-il plus aujourd’hui de secteur isolé – tous sont intriqués les uns avec les autres du fait de la mondialisation de l'économie et de la démultiplication des besoins technologiques. Du temps des cathédrales on se contentait de bœufs pour déplacer les pierres venues de la carrière voisine et du bois des forêts avoisinantes pour la charpente ; du coup on était à peu près sûr de pouvoir terminer Notre-Dame de Paris. Ça prenait un siècle, mais on avait confiance : on irait jusqu’au bout. 

Aujourd’hui, du fait de la diversité des sources d’approvisionnement, leur cohésion  mondiale est beaucoup plus incertaine, surtout si on ajoute à cela les troubles politiques entrainant embargo ici et destruction là. 

Or, justement l’un des ressort de l’économie est la confiance dans l’avenir. Je ne prête si je suis sûr de récupérer mon argent : sinon je fais monter les intérêts – ou alors je m'abstiens, à moins que je préfère investir là où l’avenir politique est garanti : d’où la prédilection des capitaux pour les dictatures bien fermes. Faute de pouvoir éliminer les obstacles, on tâche les prévoir et d’en tenir compte dans les réalisations.

Mais quand les mutations aléatoires d’un virus s’en mêlent c’est la panique à Wall Street.

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(1) L’« effet papillon » est une théorie météorologique selon laquelle un battement d'ailes de papillon au Brésil peut provoquer une tempête au Texas (voir ici)

mardi 15 février 2022

De la génération 2.0 à la génération amish – Chronique du 16 février (1)

Bonjour-bonjour

 

Ce qui rend cette campagne électorale peu lisible c’est qu’on y trouve des candidats qui réclament des mesures pour finir le mois – et d’autres qui nous projettent dans un avenir lointain, à 50 ans – quand ce n’est pas à 100000 ans. On aura reconnu d’une part les candidats populistes qui veulent doubler le SMIC, quitte à mettre l’entreprise en faillite l’an prochain ; et de l’autre les écologistes qui veulent prendre des mesures choc sans lesquelles le climat va se détériorer de façon irréversible, quitte à rendre notre monde invivable.

J’ai moi-même donné dans cette contradiction avec mon Post d’hier consacré à la vision de l’avenir dans la campagne électorale ; et celui du 12 février qui affirmait que le court terme était l’alpha et l’oméga de la politique en ce début de 21ème siècle.

 

- On pourrait ironiser là-dessus en évoquant le « en même temps » macronien. Mais ce ne serait pas sérieux. De fait il y a là une des difficulté majeure de la période actuelle, qui se résume dans le terme transition, qu’elle soit écologique, énergétique, industrielle, ou même sociale. Car, oui : il faut permettre aux gens de vivre dignement maintenant, car on ne peut plus faire le coup de la génération sacrifiée : il n’y a plus d’idéologie pour justifier ça. Mais on doit également prendre aujourd’hui des mesures pour l’avenir sans lesquelles on ne pourra pas éviter des catastrophes (climatiques mais pas seulement). On a en ce moment même l’exemple du carburant dont le coût met en difficulté nos compatriotes dont le travail est déjà si mal rémunéré, mais qui dans le même temps conduit à réduire la consommation de ce polluant majeur. Quand on se souvient que le Grand confinement (il y aura bientôt deux ans) a été un moment où l’air a retrouvé sa pureté, alors même que la vie économique menaçait de s’effondrer, on se dit que nous sommes désormais condamnés à vivre dans la contradiction permanente. C’est qu’aujourd’hui, l’économie, la politique, l’écologie : tout se tient, mais de façon divergentes. Si je réduis mes achats de pétrole, je réduis la pollution, mais je restreins l’activité économique – donc j’appauvris le pays. Et dans le même temps et je contribue à déstabiliser les pays émergents qui dépendent de cette ressource.

 

Alors, quid de la campagne électorale ? Ce qu’il nous faut ce sont des programmes qui portent prioritairement sur la transition qui nous permettra de vivre aujourd’hui sans ruiner celle de demain. Il nous faut aussi des candidats qui nous présentent un programme qui propose des actions visant à passer le cap qui nous mène d’aujourd’hui à demain, en satisfaisant aux exigences de ces deux étapes. Ça peut paraitre banal tant c’est évident. Quand des candidats nous proposent des renoncements aujourd’hui, ils prétendent que c’est aussi une chance pour nous – et pas seulement pour nos arrières petits neveux. " Dans une économie décarbonnée, que d’emplois nouveaux nous attendent !" Oui, mais comment on fait pour aller au travail ? Et comment on fait pour se chauffer en hiver ? Et pour s’habiller ? Et nos loisirs ? Allons-nous nous distraire en dansant une sabotée sur la place de la Nation au son d’un violoneux ?

lundi 14 février 2022

Qui a une vision de l’avenir ? – Chronique du 15 février

 Bonjour-bonjour

 

Les chroniqueurs politiques s’en donnent à cœur joie en ce moment : les déserteurs, les traîtres, tous ceux qui quittent leur parti politique et ses candidat.e.s pour rejoindre celui ou celle d’un autre parti font florès en ce moment. Occasions en or pour gloser sur les faiblesses de tel ou telle postulant.e à la Présidence – quand ce n’est pour envisager à l’échelle de l’Histoire la recomposition du visage politique de la France. 

J’ai compilé (en annexe) quelques unes des candidatures à l’élection présidentielle (en laissant de côté les candidats auto-proclamés sans soutien véritable) : j'en dénombre une bonne douzaine. On n’oubliera pas que la situation est encore plus complexe qu’il n’y parait déjà, en raison des fractures qui sillonnent les partis, comme le LR facturé entre la tendance macroniste et la tendance marino-zemourienne.

 

D’où vient cette situation ? Bien entendu depuis son origine l’élection présidentielle est l’occasion pour des illuminés ou des farfelus de se faire connaitre grâce à leur présence dans le débat démocratique où ils n’avaient rien à faire. Mais aujourd’hui il s’agit de forces politiques bien présentes dans le pays, même si les élections démocratiques ne les ont pas toutes consacrées. Cette situation exprime-elle un pays fractionné en tendances divergentes, reflet des égoïsmes et du clientélisme qui foisonnent à présent ?

 

Sans doute, mais pas seulement. Nous sommes en réalité dans une situation plus complexe et plus paradoxale : méfiants à l’encontre des dirigeants politiques et aussi des « informés » qui nous abreuveraient de « fake-news », beaucoup de français refusent les dominants de tout poils, à commencer par les « premiers de cordée » si chers à notre Président – mais dans le même temps ils plébiscitent les aspirants-chefs, petits ou grands. Ils ont triomphalement élu Emmanuel Macron, dont le premier coup d’éclat fut de virer brutalement le chef d’état-major en proclamant « Ici c’est moi le chef ! ». L’idylle qui s’épanouit actuellement avec Éric Zemmour aurait sans doute la même saveur si elle devait aboutir.

On fera facilement une psychanalyse de cette ambivalence – je ne le ferai pas. Car il me semble que derrière cette contradiction se cache un besoin très naturel, voire même animal, d’avoir une vigie qui désigne l’horizon et annonce la route à suivre. Ce besoin a été constant dans le siècle dernier – qu’on se rappelle la fortune politique du Guide de la révolution, du Duce, du Caudillo, du Grand timonier, du Führer. Tous ces gens étaient capables de dire au peuple : « Voilà où nous devons aller, et voilà les écueils qu’il nous faut surmonter »

 

On se plaindra qu’ils furent des idéologues extrémistes prêts à entrainer leur pays dans des catastrophes d’où l’on ne revient pas. Sans doute mais eux au moins avaient une vision de l’avenir et c’est cela dont nous avons le plus grand besoin. Bien entendu les révolutionnaires ont tous une telle vision, puisqu’ils n’ont pas de compte à rendre à la réalité : le vieux monde doit être détruit pour qu’advienne cet avenir radieux dont nous rêvons tous.

C’est bien aussi ce que nous constatons : les plus radicaux de nos candidats sont aussi ceux qui dessinent l’avenir d’une ligne parfaitement claire. Dès lors, plus besoin de compétences et de soutien politique : seule compte la force de la conviction. Et ça, ça ne manque pas.

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Liste des principaux candidats à la présidence (voir ici)

A gauche :

Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) - Christiane Taubira (Divers gauche) - Anne Hidalgo (Parti socialiste)  - 

A l’extrème-gauche :

Fabien Roussel (Parti communiste) - Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) - Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)

A droite :

Valérie Pécresse (Les Républicains) 

A l’extrême droite :

Marine Le Pen (Rassemblement national) - Eric Zemmour (Reconquête !) - Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) - François Asselineau (Union populaire républicaine)

Florian Philippot (Les Patriotes)