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mardi 3 juin 2025

Qu’on les pende ! – Chronique du 4 juin

Bonjour-bonjour

 

Les choses sont claires. La classe politique est quasiment unanime sur les mesures à prendre suite aux exactions des casseurs opérant en marge des manifestations de liesse à Paris après la victoire du PSG. Dans ce cas, comme dans tous les autres du même genre, lorsque le délit est avéré il faut :

            - rétablir des peines planchers

            - supprimer le sursis.

Donc entre le délit et l’application de la peine on devrait supprimer le passage par les tribunaux, la cour d’appel, les juges d’applications des peines, etc. On en reviendrait ainsi au principe du lynchage qui consiste à juger sans tribunaux dans la volonté de rapprocher autant que faire se peut la punition de la faute.

Par ailleurs on propose de rendre ces mesures plus efficaces en construisant des lieux d’enfermement spécialement dédiés à ces courtes peines, qui viendraient sans doute s’ajouter aux centre de rétention pour migrants, aux prisons de haute sécurité pour narcotrafiquants, etc.

 


Cette formulation montre ce qui se passe lorsqu’on cherche dans un raisonnement purement logique la solution à un problème d’ordre éthique.

Ainsi on dit :

            - La justice réparatrice veut que le responsable d’une faute la répare sur le champ, comme le veut la loi du Talion.

            - L’institution des tribunaux augmente indûment la distance qui sépare le délit de sa punition, il faut donc les supprimer.

            - Outre une meilleure réparation on aurait également un effet d’exemplarité plus grand.

 

Réciproquement, en considérant que l’acte porte avec lui la sanction qui doit lui être appliquée, on efface la part individuelle de la responsabilité puisque la justice consisterait alors à appliquer une sanction générique à des délinquants considérés seulement pour leur acte et non pour leur volonté de commettre un délit. Les drogués et les fous mériteraient la même sanction que le criminel calculateur ; il faudrait peut-être aussi, comme au moyen-âge, châtier les animaux pour le mal qu’ils ont commis.

samedi 15 mars 2025

Affiche antisémite : c’est la faute à Elon – Chronique du 16 mars

Bonjour-bonjour

 

L’hideuse affiche figurant Cyril Hanouna sous des traits grossièrement déformés pour ressembler aux portraits antisémites du 3ème Reich est au centre d’une polémique ; pour qu’on évalue la chose voici les deux versions de l’affiche : à gauche l’affiche incriminée ; à droite sa version « rectifiée » après sa dénonciation.

 


  

- La question de la responsabilité de la production de ce « visuel » est intéressante : « /au cours de l’émission C à vous/ le député de la France insoumise Paul Vannier a reconnu une « erreur », à la suite de la publication d’une affiche ciblant Cyril Hanouna ... Il a rejeté la responsabilité sur la plateforme Grok d’Elon Musk, utilisée pour concevoir le visuel. » (Lire ici)

- Voilà : ce qui devait arriver est arrivé, à savoir que l’Intelligence Artificielle est désignée « responsable » d’un contenu délictueux. En bref, le visage de Cyril Hanouna a été retouché pour modifier l’aspect de son nez et de ses oreilles, reproduisant ainsi les traits du juif selon les nazis. Pour que le programme d’IA soit jugé « responsable », il a fallu que l’algorithme qui effectue la sélection des traits du visage en fonction d’une demande « neutre » ait été préprogrammé pour donner la priorité aux caricatures en générale et à celle-là en particulier.

- Sinon, il faudrait supposer que c’est la demande qui cible spécifiquement ce genre (« Fais la caricature de Cyril Hanouna sous les traits du juif allemand de 1930 »). Mais alors ce n’est plus le programme d’Elon Musk qui serait en cause, mais bien les concepteurs du projet.


Maintenant, voici deux remarques :

- Admettons que les designers de LFI ne soient effectivement pour rien dans cette production. Il reste que ce n’est pas l’IA qui donne le « bon à tirer » de l’affiche. Si ce dernier existe alors ce sont les gens qui le décrètent qui sont responsables.

- Ensuite, ce cas n’est pas le premier cas du genre. Il y a quelque temps, Microsoft avait testé une IA, une des premières créée. Les testeurs ont pour l’expérimentation « nourri » de textes violemment racistes la base de données. La suite, c’est que l’IA en question a « spontanément » généré des textes racistes, au point que les concepteurs ont dû retirer leur projet.

Une simple enquête de police devrait suffire pour désigner les véritables responsables qui de toute façon sont les humains.

vendredi 30 août 2024

Irresponsabilité pénale : comment la définir ? – Chronique du 31 aout

Bonjour-bonjour

 

Faut-il maintenir l’âge de la responsabilité pénale à 13 ans ou bien le reculer, comme le préconise l’ONU, à 14 ans ?

« En France, un mineur ne peut être reconnu coupable d'une infraction avant son treizième anniversaire. Mais à 14 ans, sait-on réellement ce qu'on fait ? » titre l'article référencé plus bas : en posant ainsi la question on fait reposer la responsabilité sur des capacités cognitives : l’acte délictueux est punissable dès lors que ses conséquences en sont connues par le responsable, ce qui est avéré dès l’adolescence. Mais les scientifiques spécialisés en criminologie font observer que ce qui est en cause ici ce n’est pas seulement le savoir mais aussi la gestion des émotions, en particulier les émotions « sociales »

« Le concept de responsabilité pénale repose sur la capacité d'une personne à percevoir ou non si son action est mauvaise. Or, chez l'ado, le cerveau a besoin de fournir plus d'efforts que chez les adultes pour traiter les émotions dites « sociales » telles que la culpabilité. Les jugements moraux souffrent du même problème, ce qui est normal, car ces compétences restent en cours de développement tout au long de l'adolescence. /…/ Or, ce n'est qu'à l'âge de 15 ans que la prise de décision d'un mineur arrive à maturité adulte. Mais même après ce palier, il reste largement soumis à ses émotions quand il envisage les conséquences de ses actes. » (Lire ici)

On voit que cette approche des délits soulève le problème de la responsabilité juridique et morale. La justice victimaire, celle qui prend en charge l’émotion soulevée par le crime, ne veut entendre qu’une hose : le criminel doit payer pour ce qu’il a fait : tel délit, telle sanction. Mais la responsabilité entendue comme ce moment qui accompagne le basculement de l’émotion dans l’acte criminel doit aussi être prise en compte, principalement lorsqu’elle induit mécaniquement cet acte. L’homme en état d’ivresse peut ne pas avoir une altération de son discernement ; mais il peut quand même avoir des perturbations émotionnelles qui le font passer à l’acte.

Dès lors, le mari violent qui rentre ivre du cabaret et qui bat sa femme serait irresponsable de son comportement ? Oui, bien sûr, de même que l’adolescent violent qui ne dispose pas encore de toutes ses capacités de gestion des émotions.

Sauf qu’il y a une petite complication : on peut mettre en cause la responsabilité de cette irresponsabilité. Un homme qui avait pris des drogues et qui sous leur emprise avait assassiné une vieille femme juive, commettant ainsi un crime antisémite, avait invoqué son état pour excuser son geste. Il a été débouté de sa requête parce qu’il avait pris cette drogue en toute connaissance de cause, endossant ainsi à l’avance les actes criminels qu’il était susceptible de commettre dans cet état.

C’est ainsi qu’on sauve la responsabilité morale – et c’est bien. Mais avouez que même au-delà de 14 ans il n’est pas sûr que ces calculs soient présents.

dimanche 31 mars 2024

Baltimore : qui va payer ? – Chronique du 1er avril

Bonjour-bonjour

 

L’accident du porte-conteneur de Baltimore soulève un point important : qui doit payer les dégâts ? 

- Selon la loi « Titanic » (du nom de l’assurance en vigueur du temps de ce bateau), « La loi plafonne la responsabilité du propriétaire – et de ses différents assureurs – à la valeur des marchandises que le navire transportait au moment de la collision et à la valeur du bateau lui-même. » (Lire ici)

- Ou bien, selon les habitudes actuelles, le responsable de l’accident devrait également payer les dégâts causés aux équipement portuaires, quel qu’ils soient. C’est dans cet esprit que la Maif dut payer, il y a quelques dizaines d’années, les dégâts causés aux voies ferrées sur les quelles était tombée la voiture d’un assuré. 

 

Pour le philosophe, la question de la responsabilité est un peu comme celle du consentement : jusqu’où s’étend la conséquence d’une telle acceptation ? Suis-je responsable uniquement de ce à quoi je me suis explicitement engagé, ou bien faut-il y ajouter tout ce qui se produit du fait de mon action, quand bien même j’en ignorerais l’existence ?

Un exemple : nous sommes au Paradis, et nous voyons Adam qui s’apprête à mordre le fruit défendu. Nous nous précipitons vers lui : « Arrête Adam ! Tu vas être chassé du Paradis, toi, ta femme et tes enfants. Et avec eux c’est toute l’humanité qui va souffrir à cause de toi ! »

Que croyez-vous qu’Adam répondrait à cette interpellation ? 

« De quoi tu parles, l’Ami ? C’est quoi cette humanité ? Où peut-on la voir ? Existe-t-elle vraiment ? Moi je crois que tu viens simplement de l’inventer pour me troubler. 

Tu sais ce que je vais faire ? Je vais croquer ce fruit délicieux parce que je crois que le Seigneur ne peut pas me voir, étant donné qu’il est occupé à l’autre bout de la Création. De toute façon, s’il veut me chasser, qu’il me chasse et basta ! »

C’est vrai qu’à l’époque la Lloyds n’existait pas. Mais si ça se trouve rien n’a changé depuis.

mercredi 31 janvier 2024

What’s up Doc ? : La « Taxe lapin » – Chronique du 1er février


  

Bonjour-bonjour

 

Le monde médical est en émoi : le projet de « taxe lapin » serait dans les tuyaux, et la méthode Attal (« Tu ne viens pas au rendez-vous, tu payes ») s’y appliquerait en priorité.

Il faut dire que les rendez-vous manqués sont une plaie de la médecine libérale et qu’ils viennent ajouter à la difficulté pour les patients de bonne foi de trouver un praticien pour les soigner. (1)

L’idée n’est pas neuve. En Belgique il est obligatoire de laisser ses coordonnées ce qui permet au cas où on ne viendrait pas d’adresser au patient indélicat la facture correspondant à l’acte médical sollicité. D’ailleurs les Belges nous donnent en prime l’explication de cette multiplication des lapins, en mettant en cause l’usage des agendas électroniques tels que Doctolib : « On va sur Doctolib' comme on choisirait, ou non, un produit dans les rayons d'un supermarché » (lu ici).

On serait en face d’un cas parmi d’autres de consumérisme selon lequel nous sommes des clients-rois en face de tout ce qui s’achète – or l’acte médical est devenu une marchandise parmi d’autres.

Appliquons la méthode Attal : au lieu de donner des leçons de civisme, compliquées et finalement inutiles, allons jusqu’au bout de la « logique Amazon ». Faisons de la médecine un produit qu’on achète en ligne comme une paire de chaussure ou le dernier livre d’Amélie Nothomb. Quand vous prendrez rendez-vous avec un médecin, vous devrez donner votre code-carte bleue, de telle sorte que votre compte sera débité avant même que vous soyez arrivé dans le cabinet médical. Du coup vous payez que vous soyez venu ou pas : si vous n’êtes pas venu, vous ne serez pas soigné et vous ne serez pas remboursé et ce sera bien fait pour vous. Si vous venez, alors vous êtes remboursé – et en plus vous êtes soigné.

Car, c’est quand même ça le but.

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(1) Selon l'Académie nationale de médecine et le Conseil national de l'Ordre des médecins, le nombre de rendez-vous médicaux non honorés par les patients en France serait de l'ordre de 27 millions par an, un chiffre en constante augmentation. (Lu ici)


jeudi 10 août 2023

Le Mandarin assassiné - Chronique du 11 aout

Bonjour-bonjour

 

Le « no show », vous connaissez ? (1) Il s’agit de la pratique devenue de plus en plus courante de ne pas venir au restaurant alors qu’on a réservé une table. Mais ne croyez pas que les restaurateurs soient les seuls à se plaindre de cette désinvolture du public : les médecins se sont fait écho de cette pratique désastreuse pour leur profession. (Lire ceci)

Comment expliquer que ce fait se développe aujourd’hui de façon aussi généralisé ? Qu’y a-t-il de nouveau dans ces rendez-vous et ces réservations pour que les gens se sentent moins concernés par leur engagement ?

Posée ainsi, la question se résout facilement : il s’agit des réservations en lignes, souvent proposées par les restaurateurs, et généralisée dans le corps médical par Doctolib. Réserver en un clic est devenu une habitude mais, alors qu’on peut aussi annuler du même clic, bien peu le font. Ces facilités appréciées par le public sont sans doute aussi la raison pour laquelle les gens concernés se sentent si peu engagés : si je passe au secrétariat médical pour prendre rendez-vous, je me sens identifié, perçu comme responsable de mon acte. Quelle responsabilité ai-je par rapport à mon écran ? 

- Je veux dire : la responsabilité suppose un regard posé sur moi, qui me constitue auteur de mes actions : « C’est toi qui l’as voulu, et donc tu dois le faire ». Pour se sentir responsable il ne suffit pas d’avoir des principes ; il faut aussi être pris dans ce face-à-face qui m’identifie comme auteur de mes actes : je ne peux plus me dédire sans avoir à payer. 

On peut bien entendu ranger aussi dans cette situation les excès de tout genre auxquels se livrent dans les réseaux sociaux des gens qui jouissent de leur anonymat. Croire alors qu’on a là une calamité venue de l’ère numérique est sans doute vrai, mais on aurait bien tort de limiter ce comportement à notre époque. 


--> Car cela nous renvoie aussi à une situation venue du 18ème siècle, au temps de J.J. Rousseau : il s’agit du « Mandarin assassiné », une expérience imaginaire consistant à se demander comment on agirait si on pouvait par un simple acte de volonté, sans quitter Paris et sans jamais être suspecté, tuer un vieux mandarin habitant Pékin et dont la mort nous apporterait quelque avantage (voir ici). La réponse était bien sûr que le pauvre mandarin ne vivrait pas une minute de plus.

Rein n’a changé depuis, sauf que de non jours il suffirait d’un clic pour assassiner le mandarin.

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(1) « No-show » se traduit ici par « non-présentation » - et non pas « non-représentation »

jeudi 25 août 2022

Du passé faisons table rase… – Chronique du 26 août

Bonjour-bonjour

 

Emmanuel Macron l’a déclaré hier à Alger « Le passé, nous ne l’avons pas choisi, nous en héritons, c’est un bloc, il faut le regarder le reconnaître, mais nous avons une responsabilité, c’est de construire notre avenir pour nous-mêmes et nos jeunesses » (Lu ici)

 

Que faire du passé colonial de la France ? Pouvons-nous estimer que la page est tournée dès lors que les pays sont devenus souverains ? Ainsi de Nicolas Sarkozy allant même jusqu’à dire que la guerre d’Algérie ne concernait plus la France, la preuve en était qui lui-même n’était pas né à l’époque ? Ou bien, comme le font certains autonomistes antillais, que l’esclavage est toujours une blessure et une tare non seulement dans les mémoires mais aussi dans les vies des descendants d’esclaves ?

On remarquera que le Président français prend une voie moyenne : le passé est passé, mais… pas tout à fait puisque nous en avons « hérité ». Toutefois il ne faut pas que ce passé empêche la construction de l’avenir, comme ce serait le cas si la réparation de cette brisure que fut l’indépendance de l’Algérie était encore à faire. Pour la France la création annoncée hier d’une commission d’historiens français et algériens sur la colonisation (art. cité) suffirait à résoudre le problème – façon de dire que de nouvelles concessions – par exemple dans le domaine des visas – ne parait pas indispensable.

 

Laissons de côté la question du rôle que les politiques entendent faire jouer à l’histoire (cf. la « rente mémorielle » supposée tirée du passé par les dirigeants algériens), et demandons-nous plutôt quel rôle le passé peut jouer dans le présent. Question éminemment philosophique – trop philosophique pour être opérante dans la vie politique ? (1) Peut-être pas, puisque chaque génération doit résoudre ce problème « Que pouvons-nous devenir compte tenu de ce qu’on a fait de nous ? » Question où l’on reconnaitra la définition sartrienne de la liberté (2), mais que l’on peut aisément traduire par l’équilibre entre passé et présent que nous sommes régulièrement appelés à réaliser.

- Un exemple ? La place donnée à la technologie dans la résolution des désordres climatiques.

La fusion nucléaire ou la lampe à huile ?

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(1) En tout cas les jeunes élèves de terminale avaient à méditer sur ce problème lorsqu'on leur demandait autrefois en classe de philo de commenter cette formule "Le passé n'est pas passé; il n'est même pas dépassé"

(2) « L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu'on a fait de nous. » Sartre – Saint Genet, comédien et martyr 

mardi 26 juillet 2022

L’ensauvagement responsable – Chronique du 27 juillet

Bonjour-bonjour

 

Cette période de vacances est une porte ouverte sur la déconnexion, l’oubli des cadres et des contraintes, l’ensauvagement.

Et voilà que c’est ce moment qu’on choisit (voir ici) pour nous expliquer que les vacances ont une histoire, que cette histoire montre clairement que tout cela répond à des mécanismes socio-économiques, et que même en remontant aux congés payés de 1936 on ne trouve que des obligations sociales y compris celles de jouir et d’être heureux.

On régira en soulignant que les vacances évoluent par le rejet systématique des limites et que, si les Routards et leur célèbre Guide sont des organisations bien cadrées, à leur origine du moins ils jaillissaient du rejet des cadres et des limites.

C’est là que les spécialistes de l’article mentionné débarquent : on peut en effet percevoir cette aspiration au changement perpétuel, mais il faut aussi rester dans le cadre de la responsabilité.

Philippe Bourdeau, professeur à l’Institut de géographie alpine de l’Université Grenoble-Alpes et spécialiste de la transition touristique, le constate : « L’imaginaire du tourisme a longtemps été désinvolte : tout oublier, se libérer des contraintes vestimentaires et sexuelles… On a mis du temps à comprendre qu’on ne pouvait prétendre à une émancipation aussi poussée et qu’il fallait reprendre ses responsabilités. » (Article cité)

 

Les trois mots d’ordre de ces vacances-hors limites étaient : liberté, authenticité, mise à l’épreuve de soi. Liberté de vivre une sexualité sans tabous ? Soit mais pas en pratiquant le tourisme sexuel. Authenticité des peuples premiers et de leurs pratiques ancestrales ? Sans doute mais comment les rencontrer sans les dénaturer ? Mises à l’épreuve dans les voyages où les pieds sont le seul moyen de déplacement ? Oui-oui… Jusqu’à ce qu’on invente les treks avec les 4X4 pour les riches touristes.


Illustration de l’article cité

Mais l’histoire a des retournements absolument stupéfiants. Car voilà que ce sont les dirigeants des sociétés qu’on cherchait à fuir qui nous demandent de revenir aux pratiques des hippies et des routards. Oui, c’est eux qui aujourd’hui nous recommandent la sobriété énergétique pendant que les économistes nous en avertissent : pour les vacances, le « Quoiqu’il en coûte » c’est fini.

mercredi 15 juin 2022

Modération, sobriété, frugalité, abstinence, austérité, etc. Chronique du 16 juin

Bonjour-bonjour

 

Chers amis, vous qui ne cessez de vous éponger le front en maugréant contre cette fichue canicule qui vous accable, vous êtes en plus submergés des recommandations de toutes sortes, qui visent et votre comportement du jour et le mode de vie qu’il vous faudra adopter à tout jamais, du moins jusqu’à la fin de votre vie.

Comme vous pouvez le lire en titre de ce passage, il s’agit de la sobriété devenue le maitre mot de notre vie, associé il est vrai à la frugalité, et à l’abstinence, sans oublier l’austérité, la modération – etc. Autant dire que tout y passe : depuis des recommandations économiques jusqu’aux règles les plus rigoureuses des moines bénédictins.

 

On reste étonné devant la variété des registres mobilisés ici : des conseils en économie domestiques, on passe à la gestion des ressources planétaires, et puis aux règles de la vertu – et pour finir aux considérations spirituelles. N’en jetez plus ! tout ce qui auparavant était en libre-service, comme l’eau, ou consommé sans restriction, comme le lumière ou d’autres formes d’énergie – devient l’objet de parcimonie, comme l’électricité qu’il faut économiser jusque dans les témoins lumineux, ou le robinet qu’il faut fermer quand on se brosse les dents.

Et pourquoi ? Pour être « responsable ». Responsable de quoi ?  De l’état de la planète puisqu’il peut être imputé à chacun dès lors qu’il consomme des ressources qu’il faudra au final compenser. On devine que cette responsabilité à l’égard d’un si vaste objet que la terre entière est une nouveauté radicale. Quelles en sont les conséquences ?

            *Pour la première fois nous sommes responsables de la planète entière, nos abus ici étant l’occasion de pénuries là-bas, de l’autre côté des océans. La mondialisation est d’abord celle de la responsabilité non seulement face à l’humanité, mais encore à la nature entière.

Nous devons penser non seulement aux chinois et aux indiens à chaque fois que nous allumons la lumière de notre chambre, mais aussi aux ourses polaires qui dérivent lamentablement sur leur glaçon à cause de notre imprévoyance.

            * Et puis nous sommes aussi responsables de l’avenir et pas seulement du présent. C’est Hans Jonas qui, en 1979, dans son ouvrage « Le principe responsabilité » à mis en avant cette nouveauté selon lui radicale : la morale ne doit pas seulement nous obliger pour le présent, mais aussi pour l’avenir. Respecter les autres comme le commande la morale kantienne ce n’est pas seulement valable pour ceux avec qui nous sommes en relation aujourd’hui, mais aussi par rapport à ceux qui vivront demain. Nous sommes donc responsables des hommes et de la nature de demain, dans la mesure où leur vie sera impactée par notre comportement actuel. 

Mais cette responsabilité est plus théorique que pratique : comment savoir ce qui sera déterminant pour les générations à venir ? Les terres rares dont nous faisons une forte consommation manqueront-elles à nos petits enfants ? N’auront-ils pas trouvé un autre moyen de faire tourner leurs ordinateurs quantiques ?

Bref : « Sommes-nous responsables de l’avenir ? » - Voilà un sujet fort intéressant auquel nos candidats bacheliers ont échappé hier.

mardi 29 mars 2022

Un inédit de Céline publié en mai prochain – Chronique du 30 mars

Bonjour-bonjour

 

Les manuscrits volés de Louis-Ferdinand Céline ont été retrouvés en 2019 et remis à la justice avant d’être, au mois d’août dernier – il y a juste 7 mois –restitués aux ayant-droits de l’écrivain. (1) Or, voici que la nouvelle vient de tomber : « les manuscrits de Louis-Ferdinand Céline retrouvés en 2021 donneront lieu en mai à la parution d'un inédit, Guerre, et à une exposition » (Lire ici)

 

Alors que la guerre fait rage en Europe, que l’épidémie de covid repart de plus belle et que les candidats à l’élection présidentielle s’affrontent pour un dernier round, voici que l’annonce d’une publication d’un roman perdu d’un écrivain antisémite et collaborationniste condense toute notre attention et nous enflamme...

Bizarre, direz-vous ? Peut-être, mais pas tant que ça : le pouvoir de la création, littéraire ou autre, est tel qu’il l’emporte sur toute autre émotion, et ce rendez-vous avec Céline, attendu plus de 75 ans, explique largement ce sursaut de passion.

Il faut dire aussi que cette publication à marche forcée (7 mois depuis la résurgence de ces manuscrits ont été suffisants pour les expertiser, les transcrire et en faire une édition définitive) coïncide avec un regain d’intérêt pour l’idéologie célinienne. Car, à l’heure où monsieur Zemmour s’efforce de rendre acceptable le gouvernement de Vichy, Céline revient sur le devant de la scène avec son antisémitisme et ses pamphlets (dont on se demande s’il faut les rééditer mais de toute façon ils l’ont déjà été et sont donc accessibles). Céline dont on rappelle que dans ses écrits de la période il fustigeait les ministres de Pétain pour leur mollesse ; lui, c’était « dans la rue avec une mitrailleuse et on tire dans de tas ».

Il y a quelques années le Ministère de la culture voulait célébrer je-ne-sais-plus quel jubilé célinien, et bon nombre d’intellectuels, tout en admettant la valeur de son œuvre, se sont mobilisés pour empêcher que cette reconnaissance soit donnée à un tel personnage. Le projet fut retiré et on n’en parla plus ; aujourd’hui la question ne réapparait pas et on peut donc penser qu’on a définitivement séparé deux domaines : l’un fait de la vie de Céline ; l’autre de son œuvre. 

Ce qu’on fait pour Céline, faisons-le pour Roman Polanski.

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(1) On lira ici cette curieuse aventure qui débute en 1944, avec de la fuite de l’écrivain devant l’arrivée des forces de libération de la capitale.

samedi 12 mars 2022

Vive les potagers ! – Chronique du 13 mars

Bonjour-bonjour

 

Voltaire faisait dire à Candide « Il faut cultiver notre jardin », ce à quoi Pangloss ajoutait que c’est la sagesse même puisque Adam fut mis par le Seigneur-Dieu dans le Jardin d’Éden non seulement pour en jouir mais aussi pour le cultiver.

L’homme est par nature un jardinier. 

 

Cette philosophie « panglossienne » (donc optimiste) a été réactivée par cette pancarte, brandie hier dans les rues de Reims :

 


Vu ici

 

Alors bien sûr ce n’était pas tout à fait à la philosophie de Voltaire que ces manifestants faisaient allusion. Que ces écologistes défilent dans les rues : c’est banal. Mais ils étaient mécontents parce qu’on leur imposait de prendre la suite des anti-pass : « C’est le meilleur moyen d’être invisibles » - ce qui n'est pas faux.

- Mais surtout on a vu dans leurs rangs des gens brandir des pancartes comme celle-ci – et là on se dit que les choses ont bien changé depuis l’époque où les écolos voulaient des mesures radicales comme fermer les centrales nucléaires et remiser les voitures au musée. Car ce qui est revendiqué aujourd’hui, ce sont des actions du quotidien, que chacun, à son niveau, peut accomplir.

C’est bien ce que signifie la pancarte portée par ce monsieur : on ne peut pas seulement compter sur le pouvoir politique, car chacun peut vouloir et faire quelque chose – et en effet vous, moi, n’importe qui peut faire pousser des tomates et des salades sur son balcon. 

- Que je cueille trois tomates cerises dans ma jardinière de balcon, qu’est-ce que ça va changer ? 

- Hé bien, si on veut par exemple réduire les circuits de distribution, rien n’est trop petit pour prendre en charge une telle mission : ça commence à ma porte et ça va jusqu’au jardinier du coin de la rue ; ça ne réduira les émissions de CO2 que de quelques milligrammes ? Et alors ? 

Une confidence : il y a quelques années une publicité gouvernementale suggérait de fermer le robinet pendant qu’on se lavait les dents : en écoutant ça, j'étais MDR ! Aujourd’hui, je comprends que ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on économise comme polluant, mais bien la prise de conscience, immédiate et au niveau de chacun.

Et toi, cher lecteur, que vas-tu faire pour  la planète ce dimanche ? Rester au lit jusqu'à midi ?

lundi 13 décembre 2021

L’affaire Agnel et la clause « Roméo et Juliette » – Chronique du 14 décembre (2)

Re-bonjour

 

Je reprends ma chronique tant l’actualité foisonne. 

Vous connaissez la « clause Roméo et Juliette » qui veut qu’en cas de relation sexuelle avec un(e) mineur(e), si la différence d'âge est inférieure à cinq ans, alors l'infraction n'est pas caractérisée ? (voir ici)


Vu ici

 

- Depuis Roméo et Juliette on aurait eu le même souci de protéger les jeunes filles de rapports sexuels non consenti, sauf élan amoureux sincère ? Certes on sait que dans l’affaire de ces amants célèbres ce n’est pas l’âge qui compte (1) mais bien la querelle familiale – alors que pour nous c’est précisément cet écart qui importe : 5 ans, écart calculé de telle sorte que le moment de la maturité sexuelle soit mis en rapport avec l’âge de la majorité : on dirait que si les deux amants sont mineurs alors le délit n’est pas constitué.

De fait cette affaire remet sur le devant de la scène la question du consentement. Comme dans les affaires de viols ou d’agression sexuelle la constitution du délit repose en général seulement sur des déclarations, parole contre parole, la tâche du juge est singulièrement compliquée. D’où l’idée de rechercher si le consentement généralement invoqué par l’auteur du délit ne serait pas inapproprié. L’essentiel est là : le consentement habituellement considéré comme lié à une conscience éclairée dépend à présent de la définition qu’en donne la loi. En dessous de 15 ans on considère que le consentent est impossible et donc tout acte sexuel avec un(e) mineur(e) n’ayant pas cet âge est ipso facto un viol. 

Bien sûr l’affaire Yannick Agnel étant plus ancienne que cette loi échappe à cette restriction. On reste alors dans le bourbier du consentement donné ou non, et dont la procureure de Mulhouse tente de sortir en affirmant que la différence d’âge suffit à constituer le viol.

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(1) Juliette a 13 ans Roméo a 21 ans

mercredi 1 décembre 2021

Une chirurgienne condamnée pour avoir amputé la mauvaise jambe – Chronique du 2 décembre

Bonjour-bonjour

 

Dans son Dictionnaire des idées reçues Flaubert note à l’article « Architectes. Tous imbéciles. — Oublient toujours l’escalier des maisons. » On pourrait écrire aussi « Chirurgiens – Se trompent de jambe au moment de l’amputation. » : autant dire que c’est une erreur assez commune.

- Et c’est exactement ce qui s’est passé en Autriche où (selon cet article) « Une chirurgienne a été condamnée mercredi en Autriche à une amende pour avoir amputé la mauvaise jambe d'un patient ... Elle avait marqué la mauvaise jambe du patient de 82 ans avant l'opération en mai dernier à Freistadt et ne s'était rendue compte de son erreur que deux jours après. » Le même article poursuit : « le juge l’a reconnue coupable de "blessure par négligence grave". La prévenue de 43 ans, qui a plaidé "l'erreur humaine" a été condamnée à une amende de 2.700 euros et 5.000 euros de dommages et intérêts à la veuve du patient, décédé entre-temps »

 

Comment une telle erreur a-t-elle été possible ? Les cours de chirurgie expliquent en long et en large comment amputer une jambe :

 


Mais ils ne disent pas comment être sûr qu’on opère sur la bonne jambe. Qui est responsable ? La chirurgienne qui avait « marqué la jambe à amputer avant l’opération » ... sauf qu’elle s’était trompée à ce moment-là. L’établissement qui aurait eu une faille dans la chaîne de contrôle en bloc opératoire ?

Permettez que je vous fasse part d’une expérience personnelle. Il y a une quinzaine d’années suite à une fracture ouverte de la jambe, j’ai subi 5 opérations pour la remettre en état. Bien sûr, vu l’état de ma jambe, l’erreur n’était pas possible. Mais de toute manière, étant opéré sous péridurale, j’étais parfaitement conscient des gestes qui s’accomplissaient : si le pauvre monsieur autrichien qui a été victime de cette erreur avait été anesthésié comme cela il aurait arrêté le chirurgien.

Reste que pour l’une de ces opérations j’ai observé que le chirurgien qui allait m’opérer prenait connaissance de mon dossier médical 5 minutes avant d’entrer dans le bloc. Ajoutez à cela qu’il était 15 heures et que le même chirurgien opérait sans discontinuer depuis 8 heures du matin : dans ces conditions l'erreur est en effet inévitable. Surcharge dû au manque d’effectif ? Appât du gain de la part du chirurgien ? 

Oui... Qui est responsable ?

vendredi 25 juin 2021

Black and white : la réconciliation – Chronique du 26 juin

Bonjour-bonjour

 

On apprend la condamnation à 22 ans et demi de prison de Derek Chauvin, le policier responsable de la mort de Georges Floyd.

Ben Crump, l'avocat de la famille de la victime a déclaré : « Cette condamnation historique fait franchir à la famille Floyd et à notre nation un pas de plus vers la réconciliation en leur permettant de tourner la page et en désignant des responsables. » (Lire ici)

 

Ainsi ce crime raciste est reconnu comme un acte individuel, dont l’auteur doit être incriminé de façon personnelle, et sa condamnation, en soulignant sa responsabilité exclusive permet d’écarter l’hypothèse d’un acte structurellement lié à la société américaine. La condamnation de Derek Chauvin, seul coupable de l’horreur commise, laverait la société américaine de la responsabilité du racisme qui se révèle dans cet acte. Puisque le policier est coupable, l’administration de la police ne l’est pas. En le condamnant on décharge la police américaine de la responsabilité de la faute. La tranquillité dont Chauvin a fait preuve alors qu’il étranglait un homme en se sachant filmé ne viendrait donc pas de l’habitude des policiers d’être couverts par leur hiérarchie en cas de violence.

On songe alors au rite du pharmakos venu de la Grèce ancienne (voir ici) dont le rôle était de laver la société des fautes qu’elle avait commises en condamnant un homme même innocent chargé de payer les crimes commis par la population. L’idée est alors que pour calmer les Dieux outragés par ces crimes il suffit de leur sacrifier un homme, coupable ou non, peu importe. La réalité de la responsabilité ne compte pas ; seule son imputation importe. On est proche de la notion de victime sacrificielle qui ferait de Jésus le pharmakos de Dieu.

Les 22 ans de prison infligés au policier suffiront-ils ? Et d’abord, qui donc est le destinataire de cette sanction ? Les minorités ethniques cibles privilégiées de la police – ou bien le peuple américain dans son ensemble dont les principes démocratiques et républicains ont été outragés par ces violences et l’indifférence dans lesquelles elles ont eu lieu ?

dimanche 25 avril 2021

Un crime = une sanction – Chronique du 26 avril

Bonjour-bonjour

 

La question du lundi : quel évènement a mobilisé nos médias durant ce week-end ? 

Sans hésiter, la réponse est : l’affaire Sarah Halimi, avec ces manifestants un peu partout en France pour demander que l’auteur du crime soit jugé quoiqu’il en soit du délire qui l’aurait possédé durant cet acte abominable. Ce crime monstrueux serait sans criminel reconnu ? Est-ce juste ? Juristes, politiciens et philosophes ont été mobilisés sans relâche afin d’apporter de la lumière là où l’obscurité règne. La palme de l’intervention à contre-courant a, comme bien souvent, été délivrée à Michel Onfray pour qui il ne s’agit pas de savoir s’il faut ou non faire une nouvelle loi, mais seulement appliquer rigoureusement celle qui existe, car « On a un seul problème en France, c’est que la loi n’est pas respectée. (…) Si on faisait respecter la loi, si effectivement il y avait une crainte du gendarme, du policier, à ce moment-là, les problèmes seraient réglés. Non, on a juste peur de gens qui ont décidé qu'ils ne respecteraient plus la loi. » (Lu ici

On est surpris d’entendre un philosophe réputé pour ses analyses habituellement subtiles chausser les gros sabots du gros bon sens – car le principe est simple comme bonjour : un crime = une punition. L’acte du criminel était-il antisémite ? Oui ? Alors on applique la loi qui punit l’antisémitisme. A quoi bon chercher plus loin ? « Dans mon village dit Michel Onfray, à Chambois, si un type est en tracteur et qu'il a pris un coup de gnôle avant de traverser le village une heure après le couvre-feu, celui-là on va l'arrêter, aller en justice et celui-là il va y avoir droit. » – La Mère Denis n’aurait pas dit mieux.

Pour appliquer ce principe, il suffit de se demander comment on aurait jugé ce criminel s’il avait tué n’importe qui – et tiens, même pas besoin d’aller consulter les annales de Chambois, se rappeler du jugement qui a condamné un homme qui, sous l’emprise de l’alcool, avait défenestré un chien : condamné !

Appliquer la loi et basta ! Sauf que pour ça, il faudrait non pas créer de nouvelles lois, mais supprimer certaines autres qui encombrent nos codes civils. Comme celles qui établissent la limite de la responsabilité stipulant qu’il est pensable de ne pas être responsable de ses propres actes. Quoi ? Une loi établit que l’auteur de crime ne serait pas criminel ? Virez-moi tout ça : Tel homme a tué, alors on doit le tuer à son tour. Si on est civilisé, on ne le tuera peut-être pas. Mais quand même, on va le punir férocement. 

- Quand même.

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P.S. Il y a deux ans on avait déjà abordé ce sujet sous le tire : Pas de crime sans châtiment. C'était ici.

mardi 11 février 2020

Féminicide : elle veut faire reconnaître la faute de l'État dans la mort de sa sœur et de ses parents

Le 4 août 2014, Isabelle Thomas et ses parents ont été tués par son ancien compagnon violent, qui avait pourtant interdiction de l'approcher. La sœur et la fille des victimes attaquent aujourd'hui l'État devant la justice pour le faire condamner pour "faute lourde".
Pour faire reconnaître la responsabilité de l'État, il faut montrer que la faute lourde a un lien direct avec le passage à l'acte." (Lire ici)


Nous ne reviendrons pas aujourd’hui sur les cas de féminicides, largement commentés un peu partout, mais plutôt sur le déterminisme débouchant sur cet acte. Dit autrement c’est le fait de « montrer que (cette) faute lourde a un lien direct avec le passage à (cet) acte »
Nous sommes un peu comme pour l’acte gratuit, à la recherche de la décision dont dépend l’acte en question et qui lui donne son sens. On se rappelle l’acte gratuit de Lafcadio dans les Caves du Vatican de Gide. Ce jeune homme, durant un voyage en train, se demande s’il pourrait commettre un acte gratuit, c’est-à-dire sans aucune raison. Il saisit alors un vieil homme endormi et le jette hors du wagon. Il n’avait aucune raison de le tuer, ne le connaissait même pas. Voici donc l’acte gratuit, c’est-à-dire sans raison déterminante ? Sauf que Lafcadio était engagé dans une vérification de la gratuité de son acte. Dès lors que vous faites quelque chose « pour » une raison quelconque, alors vous ne commettez pas d’acte gratuit, même s’il n’y a pas de rapport évident entre l’acte et la décision. 
S’agissant de définir la responsabilité, c’est exactement la même chose : il faut toujours établir le rapport à la cause. Toutefois, n’oublions pas qu’il y a toute sorte de causalités ; Aristote (cf. ici) en dénombrait pas moins de 4 : efficiente, matérielle, formelle et finale - la quelle est requise pour l’imputation de la responsabilité pleine.
Si l’on peut donc séparer l’acte de sa cause finale en raison de son effet dramatique imprévu (par exemple avoir causé la mort sans intention de la donner) alors il n’y a pas de responsabilité. 
Mais de telles nuances valent-elles lorsqu’il s’agit de la protection que l’État doit apporter aux plus faibles ?

mercredi 6 février 2019

UN INCENDIE FAIT 10 MORTS ET PLUSIEURS BLESSÉS DANS UN IMMEUBLE DU 16E ARRONDISSEMENT : UNE HABITANTE DE L’IMMEUBLE A ÉTÉ INTERPELLÉE

Cette femme est pour le moment soupçonnée d’avoir mis le feu, à la suite d’un différend entre voisins. L’enquête pour « destruction volontaire par incendie ayant entraîné la mort » risque donc de déboucher sur un non-lieu pour cause d’irresponsabilité psychiatrique. (lire ici)

Cette habitante de l’immeuble, âgée d’une quarantaine d’années, a été interpellée dans la nuit de lundi à mardi à proximité de l’immeuble. Alcoolisée au moment des faits, elle a été placée en garde à vue alors qu’elle tentait de mettre le feu à une voiture.
La quadragénaire présente des antécédents psychiatriques ; psychologiquement fragile, elle avait déjà effectué plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Suite à une tentative d’incendier un magasin, elle a été déclarée irresponsable par des tribunaux

On l’a déjà compris, cette affaire risque bien de soulever à nouveau la question de la responsabilité pénale des coupables (ou plutôt : des auteurs de délits, puisqu’ils ne pourront être déclarés coupables que si leur discernement n’est pas altéré). Mais voilà : il faut qu’il y ait un coupable ! Que ce soit la femme détraquée (mais pas trop) ou les psys qui l’ont remise en liberté après un récent internement.
Ne serions-nous pas devant un des plus vieux ressort de la vie en communauté, depuis que celle-ci existe ? On se rappelle la thèse de la victime expiatoire biblique, reprise par René Girard : la violence accumulée dans un groupe social, suite à des souffrances, doit être expulsée par une violence à l’encontre d’un être jugé à tort ou à raison responsable des faits. Voyez donc ici : 10 morts, 30 blessés, sans parler des proches témoins qui risquent bien de rester traumatisés à vie – il faut bien que quelqu’un paye pour ça ! Du coup qu’importe que la femme incendiaire ait été complètement folle ? La main qui a mis le feu, c’est la sienne ! Le délire qui a motivé son acte, c’est son délire – pas si délirant que ça, d’ailleurs parce que c’est avec une véritable efficacité qu’elle a embrasé l’immeuble.

Oui, pas de crime sans châtiment, donc pas de crime sans criminel. Le peuple le dit et le répète : on doit cela aux victimes – on leur doit le spectacle du procès des coupables, voire même de l’échafaud où on va les pendre.