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jeudi 11 juin 2026

Retailleau, castrateur-chef – Chronique du 12 juin

Bonjour-bonjour

 

Faut-il couper le zizi aux violeurs pour les empêcher de perpétrer leurs crimes ? 

 

 

 

Planche médicale par Charaf-ed-Din montrant une opération de castration totale effectuée par un musulman à l'époque timouride, 1456

 

 

 

 

Alors que Bruno Retailleau affole tout le monde en exhumant des vieux rapports sur la castration chimique (lu ici), il est temps de rappeler que le débat parlementaire est déjà allé beaucoup plus loin – par exemple avec la castration physique débattue en 2009 : « La question de la castration physique peut se poser et être débattue, y compris au Parlement.» Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Justice, a réagi dans une interview au Figaro Magazine, et sur Europe 1, à la demande de Francis Evrard, qui a pris la plume pour demander à « subir une ablation des testicules par chirurgie » (article publié en 2009)

Mais qu’elle soit physique ou chimique, la castration assimile toujours des actes de viol à un dérèglement hormonal.

 

Ce que conteste énergiquement Walter Albardier, psychiatre : « La très grande majorité des actes pédocriminels n’ont pas grand-chose à voir avec la question de la sexualité, mais avec la question de la violence, de la destructivité. Et là-dessus, ces traitements-là n’ont aucune efficacité »  (Art. cité)

On ne peut que lui donner raison quand on songe au fait que certains de ces violeurs ont à leur disposition des femmes consentantes et que pourtant ils agressent sexuellement d’autres femmes qui ne s’offrent pas à eux. Comme si on disait que « donner » c’est sans intérêt mais que « voler » c’est ça la jouissance. On songe bien sûr au cas de Patrick Bruel – dont par ailleurs on respecte la « présomption d’innocence » (sic).

L’inconvénient de cette réponse est de rendre très floues les frontières du viol : devenu simple destructivité, le viol est alors confondu avec toutes sortes d’actes pervers sans que la destruction du corps violé soit en cause. Par ailleurs le rôle du sexe comme organe proprement dit, considéré comme central dans la définition du viol (« Tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu’il soit ») est complètement occulté.

- Toutefois, je remarque qu’il y a une sorte d’application du Talion dans cette affaire de castration : « Tu détruis le corps de tes victimes, alors on va aussi détruire ton corps ». Comme bien souvent la punition est d’avantage une compensation accordée aux victimes qu’une punition des criminels.

mardi 3 juin 2025

Qu’on les pende ! – Chronique du 4 juin

Bonjour-bonjour

 

Les choses sont claires. La classe politique est quasiment unanime sur les mesures à prendre suite aux exactions des casseurs opérant en marge des manifestations de liesse à Paris après la victoire du PSG. Dans ce cas, comme dans tous les autres du même genre, lorsque le délit est avéré il faut :

            - rétablir des peines planchers

            - supprimer le sursis.

Donc entre le délit et l’application de la peine on devrait supprimer le passage par les tribunaux, la cour d’appel, les juges d’applications des peines, etc. On en reviendrait ainsi au principe du lynchage qui consiste à juger sans tribunaux dans la volonté de rapprocher autant que faire se peut la punition de la faute.

Par ailleurs on propose de rendre ces mesures plus efficaces en construisant des lieux d’enfermement spécialement dédiés à ces courtes peines, qui viendraient sans doute s’ajouter aux centre de rétention pour migrants, aux prisons de haute sécurité pour narcotrafiquants, etc.

 


Cette formulation montre ce qui se passe lorsqu’on cherche dans un raisonnement purement logique la solution à un problème d’ordre éthique.

Ainsi on dit :

            - La justice réparatrice veut que le responsable d’une faute la répare sur le champ, comme le veut la loi du Talion.

            - L’institution des tribunaux augmente indûment la distance qui sépare le délit de sa punition, il faut donc les supprimer.

            - Outre une meilleure réparation on aurait également un effet d’exemplarité plus grand.

 

Réciproquement, en considérant que l’acte porte avec lui la sanction qui doit lui être appliquée, on efface la part individuelle de la responsabilité puisque la justice consisterait alors à appliquer une sanction générique à des délinquants considérés seulement pour leur acte et non pour leur volonté de commettre un délit. Les drogués et les fous mériteraient la même sanction que le criminel calculateur ; il faudrait peut-être aussi, comme au moyen-âge, châtier les animaux pour le mal qu’ils ont commis.

mercredi 25 août 2021

Que messieurs les assassins commencent ! – Chronique du 26 aout

Bonjour-bonjour

 

On l’apprend aujourd’hui : le tribunal d’appel rejette le pourvoi contre la condamnation à mort de Dylann Roof, le jeune extrémiste qui avait criblé de balles neuf fidèles noirs dans une église méthodiste de Charleston en 2015. 

« Aucun résumé clinique ni analyse juridique fouillée ne peut totalement rendre compte de l’atrocité de l’acte de Roof. Ses crimes le placent sous le coup de la sentence la plus sévère qu’une société juste puisse rendre », ont conclu les juges du tribunal de Richmond, dans leur arrêt rendu à l’unanimité. (Lire ici)

 

Il y a des lois qui ne passent jamais tout à fait dans l’opinion publique : on le voit avec la loi autorisant l’IVG (puisque parler d’avortement révulse avant même de savoir ce qu’on veut en dire) ; il en va de même avec la peine de mort. En France son abolition a dû être introduite dans la constitution pour éviter que les pro-peine de mort ne la fassent remonter à la tribune de l’Assemblée nationale pour un oui ou un non. Aux États-Unis la question n’est semble-t-il pas posée : il y un bien moratoire sur les exécutions au niveau fédéral, mais rien au niveau des États : et ce moratoire ne prétend pas se justifier par l’injustice d’une telle condamnation, mais seulement de son application (1)

Et surtout si l’on relit (ci-dessus) la déclaration des juges du tribunal de Richmond, on note que la peine de mort est la sentence la plus sévère qu’une société juste puisse rendre

Une société juste peut donc le rester tout en prononçant une sentence de mort et en la faisant exécuter. Est-ce exact ?


- D’où viendrait donc la légitimité de la peine de mort ? 

Certains ont fait de la peine de mort une sorte de loi du Talion, appliquant comme punition le mal infligé à la victime. C’est ainsi qu’Alphonse Karr écrivait en 1840 « Si l’on veut abolir la peine de mort, en ce cas que MM. les assassins commencent ».

La justice telle qu’on la conçoit de nos jours rejette une telle justification : la vengeance ne constitue pas un droit, et les tribunaux sont là justement pour se prononcer « sans haine et sans crainte », substituant la raison aux passions et aux émotions.

 

Si l’on se réfère au 18ème siècle, lorsque la question de la peine de mort fut explicitement posée, on a trouvé chez Beccaria (2) une réfutation du droit des sociétés à faire mourir juridiquement un citoyen. Nous sommes rappelons-le en plein 18ème siècle, lorsque la théorie du contrat social occupe les esprits. Chaque loi, dit Beccaria, tire sa légitimité du fait qu’elle est l’expression de la volonté de tous les citoyens (ce que Rousseau définira sous le vocable de « volonté général ») : est juste la loi qui résulte d’une telle délégation de volonté. Or le pouvoir de tuer un autre homme n’existe pas, on ne peut donc transférer à la loi un droit qu’on ne possède pas.  

Albert Camus, disait que la peine capitale trouve bien son origine dans un transfert de l’individu à la société, mais avec la peine de mort, c’est une vengeance qui se trouve exercée au nom des victimes : où est alors la justice ?

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(1) « Le ministre de la justice, Merrick Garland, dénonce leur aspect « arbitraire » et leur « impact disproportionné sur les personnes de couleur » Lu ici

(2) Cesare Beccaria, Traité des délits et des peines, publié en 1773,  à télécharger ici.

mercredi 5 août 2020

« Œil pour œil … et le monde devient aveugle » – Chronique du 6 août

Bonjour-bonjour

 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai une méfiance viscérale pour ces formules qui séduisent d’emblée, qui persuadent avant même de savoir exactement ce qu’elles veulent dire. Pourtant je considère que cet aphorisme mérite un moment de réflexion, ne serait-ce que parce qu’il dérange un peu notre vision habituelle des choses. Car ici il ne s’agit pas du talion tel qu’on l’entend depuis la Bible, à savoir une règle de droit privé qui concerne des dommages subis et infligés entre particulier, mais bien de la société en général, voire de l’humanité : « le monde ».

Alors certes on se dit que ça ne fait que changer d’échelle, les guerres revanchardes entre États étant aussi interminables que les vendettas entre villageois : les allemands et les français en ont connu trois en moins d’un siècle et on a même dû inventer l’Europe-Unie pour que ça s’arrête. Mais tout compte fait on ne devrait pas passer si légèrement là-dessus. Car si la passion, relayée par la coutume, excuse par avance ce mouvement de balancier de la haine, on devrait quand même refuser cette excuse aux États, supposés un peu plus rationnels. 

 

- On dira que la raison n’a pas sa place dans la détermination des buts poursuivis par les gouvernants : le souci farouche de préserver leur pouvoir suffit amplement à expliquer les méandres de l’histoire. Mais justement : qu’est-ce qui peut affirmer que la poursuite indéfinie de la même guerre est favorable à ce but ? Et puis faut-il croire comme on l’a dit un peu légèrement, que c’est la même histoire qui se répète, la nouvelle guerre ajoutant ses nouveaux morts venus venger les héros de la précédente ? C’était peut-être vrai du temps où les Dieux venaient sur terre pour justifier les passions humaines en les partageant – comme du temps de l’Iliade ; mais voilà qu’aujourd’hui, les promesses de grandeur et de vengeance ne suffisent plus au peuple : le général de Gaulle en a fait les frais lorsque la rue grondait pour obtenir une hausse du SMIC de l’époque pendant qu’il promettait la Grandeur de la France sous sa conduite.

D’ailleurs, dans un monde sans ennemi comme l’est le nôtre allez chercher celui à qui vous aimeriez crever un œil ?

mercredi 1 août 2018

INCENDIE À AUBERVILLIERS : UN ENFANT DE DIX ANS MIS EN EXAMEN

« L'enfant a été mis en examen par un juge d'instruction de Bobigny qui avait ouvert une information judiciaire pour incendie volontaire ayant entraîné la mort, un crime passible de la réclusion à perpétuité, a indiqué lundi une source judiciaire. Il ne pourra toutefois pas être jugé, son âge le rendant pénalement irresponsable. » Lu ici

On s’étonne : pourquoi mettre en examen un enfant, sachant qu’il est pénalement irresponsable ? Et du coup on se demande : la mise en examen, à quoi ça sert ? Et la responsabilité pénale qu’est-ce que c’est ? (= quelle différence avec la responsabilité tout court) ?
1 – « La mise en examen est, dans le cadre d'une affaire pénale, la décision d'un juge d'instruction de faire porter ses investigations sur une personne contre laquelle il existe des indices graves ou concordants, qui rendent vraisemblable qu'elle ait pu participer, comme auteur ou comme complice, à la réalisation d'un crime ou d'un délit. »
Autrement dit, l’objectif de la mise en examen n’est pas prioritairement de faire comparaitre un présumé coupable devant un tribunal ; il est de donner à la justice les moyens d’instruire une affaire, mettant en cause un présumé coupable. Or dans le cas qui nous occupe, que l’enfant ait 10 ans ou 18 ans ne change rien à sa responsabilité
2 – Sauf que si responsabilité il y a, s’agissant d’un enfant de 10 ans celle-ci ne peut être pénale.
« Pour qu'il y ait infraction pénale et donc responsabilité pénale, il faut que deux éléments soient réunis : l'élément matériel de l'infraction pénale (les actes qui la constituent) et l'élément moral de l'infraction pénale (la conscience ou la volonté de commettre une infraction pénale). »
C’est sans doute là que l’opinion commune se rebelle : pour elle, qu’il y ait ou non élément moral ne change rien : seul compte l’élément matériel, l’enfant qui enflamme le torchon est le coupable et il doit payer pour que les victimes soient vengées.

C’est comme cela que les braves gens réclament la guillotine pour les déséquilibrés mentaux qui tuent dans leur délire : « Il a tué, il doit être tué ». Le Talion n’est sans doute pas une bien grande invention : l’instinct le plus élémentaire de la vie sociale y suffit.