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mercredi 7 octobre 2026

La miraculée – Chronique du 8 octobre

Bonjour-bonjour

 

Christa Pike, aujourd’hui âgée de 50 ans, a survécu le 30 septembre, à deux doses de pentobarbital, un puissant barbiturique, avant d’être hospitalisée dans un état critique, sous assistance respiratoire.

Mais ce n’est pas tout : « Un de ses avocats, Randy Spivey a déclaré : « Lundi soir, nous pensions que Christa était en état de mort cérébrale et que les appareils la maintenant en vie allaient être retirés le lendemain. Mais mardi, à la grande surprise de tout le monde, y compris de moi et de son équipe juridique, ainsi que de l’équipe médicale, Christa s’est réveillée et a commencé à parler »

Reste que, selon Joel Zivot, anesthésiste engagé comme expert par la défense, il faudra des semaines, voire des mois, pour savoir comment elle se rétablira, et si elle recouvrera la capacité mentale requise pour que l’État puisse tenter de nouveau de l’exécuter. (Lu ici)

 

--> Oui, vous avez bien lu : « /Il faudra qu’elle retrouve sa/ capacité mentale /normale/ pour que l’État puisse tenter de nouveau de l’exécuter »

Et c’est là que l’incroyable cruauté des juges américains apparait : il n’est pas question (pour le moment du moins) de la gracier, mais seulement de lui permettre de récupérer toute sa lucidité avant de tenter de la mettre à mort à nouveau. Pour son supplice, il faut qu’elle voie la mort venir, que sa conscience angoissée en ressente totalement les affres.

Le Moyen-âge avait pour coutume de gracier les condamnés qui échappaient à leur exécution. C’était d’ailleurs dans la tradition de l’ordalie. « L'ordalie, ou « jugement de Dieu », était une forme de procès à caractère religieux, issue des coutumes franques mais probablement aussi de l'Ancien Testament qui consistait à soumettre un suspect à une épreuve potentiellement mortelle, dont l'issue, théoriquement déterminée par Dieu lui-même, permettait de conclure à la culpabilité ou à l’innocence dudit suspect. » (Art. Wiki) 

- A cette époque Dieu était encore présent dans notre monde, prenant une part active à ses décisions. De nos jours le miracle du condamné survivant à son exécution, signe de Sa volonté de le gracier, se trouve semble-t-il bien présent dans l’échec d’une double tentative de mise à mort de Christa Pike. Pourquoi donc ne pas en tenir compte ?

La raison est claire : dès lors que la justice devient un organisme laïque, les lois obéissent à leur logique propre et non à celle de Dieu. Le pouvoir de grâce lui-même est déféré à une autorité profane, à savoir le Président de l’État fédéral, qui est le seul à le pouvoir, ce qu’il n’a à ce jour pas fait. Ce qui signifie que l’épreuve incroyable subie par Christa Pike n’est pas en soi une raison suffisante pour lui laisser la vie.

La prochaine fois, que les bourreaux américains utilisent la pendaison : les cas d’échecs y sont rares…




jeudi 23 octobre 2025

Quel substitut possible à la peine de mort ? – Chronique du 24 octobre

Bonjour-bonjour

 

Le procès de Dahbia Benkired, la meurtrière de la petite Lola est sans surprise : aucun doute sur la culpabilité de la jeune femme, aveu sans détour des péripéties du crime dont l’horreur défie la description. En revanche, et précisément à cause de cette abomination, il semble impossible d’expliquer la sauvagerie du geste – d’autant que « pour les experts-psychiatres, aucun doute n'est possible : Dahbia Benkired n'est atteinte d'aucun trouble psychique ou neuropsychique ayant pu, au moment des faits qui lui sont reprochés, « altérer ou abolir son discernement ou entraver le contrôle de ses actes ». Elle est « pénalement responsable », et donc accessible à une sanction judiciaire, au sens de l'article 122-1 du Code pénal. 

- Oui, mais comment évaluer cette peine ? Comment la justifier alors même qu’aucun espoir de réhabilitation ni réinsertion n’existe, et que le risque de récidive ne peut être écarté ?

Delphine Daviet (la maman de Lola) a fait une demande aux magistrats et aux 6 membres du jury concernant la peine de l’accusée. “Je demande à la justice de faire le nécessaire pour que cette chose soit enfermée toute sa vie. Ne demandez pas autre chose que la perpétuité”. (Lu ici)

 

- Autrement dit, seule la peine de mort serait appropriée ici, or elle a été abolie : qu’est-ce qui peut donc remplacer la mort ?

Je laisse de côté la « mort civile » qui ne concerne que la personne juridique et qui laisse au coupable la possibilité de continuer à vivre ce qui ne constitue pas une solution pour éradiquer sa dangerosité.

Reste donc la prison à perpétuité sans aucun espoir de ne jamais en sortir comme l’a demandé la maman de la petite victime. Seulement voilà : en droit pénal français toute peine doit pouvoir être amendée au cours du temps, en fonction de l’évolution du condamné, ouvrant ainsi la possible de voir libérée la meurtrière de Lola.

Mais ceci n’est pas toujours vrai – dans ce site destiné aux juristes, on peut lire ceci : « Pour quelques crimes la cour d’assises peut prévoir, sur décision spéciale prise à la majorité des votes, que la personne condamnée à une peine « à perpétuité » ne pourra bénéficier d’aucun aménagement de peine : c’est ce que l’on nomme « peine incompressible » ou « perpétuité réelle ». Il s’agit de la peine la plus sévère de l’arsenal répressif français qui a été créée en 1994 pour remplacer la peine de mort abrogée en 1981. »

Les bonnes gens diront que la guillotine coûte quand même moins cher.

jeudi 9 octobre 2025

Le droit ne lui suffisait pas – Chronique du 10 octobre

 


Bonjour-bonjour

 

« À son ombre, nos chefs d’aujourd’hui paraissent  encore plus petits. »

Cette phrase se promène dans ma tête depuis mon réveil, fabriquée par mon esprit le plus profond, celui qui ne s’éveille que pendant la nuit. Inspirée par la cérémonie de « panthéonisation » de Robert Badinter, elle résulte du cruel décalage entre l’homme qu’il fut à la tribune du Palais Bourbon et les rumeurs de chahut indigne qui accompagnent la moindre déclaration politique. La comparaison est cruelle avons-nous dit, mais elle ne suffit pas.

Robert Badinter est un de ces hommes (comme de ces femmes) qui porte en lui une autorité morale, qui dépasse tout ce que la position sociale peut donner comme ascendant.

Difficile de le démontrer sauf à demander d’écouter ses paroles lorsque le 17 septembre 1981 il commença son discours ainsi : « j'ai l'honneur, au nom du Gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort en France. »

Depuis on a dû sanctuariser cette abolition en l’inscrivant dans la Constitution : c’est qu’en permanence (et aujourd’hui encore), les victimes crient vengeance et les bourreaux restent prêts. C’est que les raisons ne manquent pas, à commencer par l’idée que la mort vient couronner l’échelle des sanctions. Comme si détruire judiciairement une vie pouvait être distingué de l’assassinat. La chanson de Julien Clerc sur la parvis du Panthéon le disait bien : on assassine l’assassin.

Démontrant que le droit ne suffisait pas, Robert Badinter est allé jusqu’à invoquer la valeur fondamentale de la personne humaine, que rien ne pourrait faire disparaitre alors que pourtant on s’arroge le droit de la supprimer. Pour faire entendre la force de cette valeur, il fallait l’incarner par une grâce inexplicable mais qu’on retrouve chez certains humains, hommes comme femme. Je pense que Simone Veil en faisait partie ; et je pense que beaucoup d’autres personnes l’incarnent aussi ; des personnes qui n’ont presque pas besoin de parler, tant leur visage exprime cette force morale. On parlait autrefois d’aura– bien mystérieuse, mais c’est une façon de désigner ce qui se passe alors.

Oui, nos chefs politiques sont ridiculement petits face à cela – mais ne leur demandons pas d’incarner une puissance morale, tout le monde ne possède pas ce don ; mais qu’au moins ils laissent au premier rang ceux qui, parmi les leurs, la possèdent.

dimanche 29 septembre 2024

Qu’on le pende ! – Chronique du 30 septembre

Bonjour-bonjour

 

Les passions sont funestes dans la vie politique de terrain. Ainsi, embrasée par la haine des étrangers, l’opinion publique se déchaine actuellement contre le criminel qui a assassiné Philippine après l’avoir violée. Étranger sur le point d’être expulsé, il n’aurait pas dû être sur le territoire au moment où il a commis son crime. Le ministre de l’intérieur lui-même n’hésite pas à attiser cette haine, allant jusqu’à promettre dans cette occurrence d’outrepasser les règles de l’État de droit.

- Dehors les étrangers !

Mais qui donc s’en prend à la récidive d’un violeur qui a été condamné pour ce même crime en 2021, qui viole et tue Philippine 3 mois après avoir été libéré en 2024 ? Car enfin, qu’importe la nationalité du criminel, seule compte son existence. 

 

La question a été quand même soulevée par la première victime du violeur qui écrit cette lettre à l’AFP : « Je suis la première victime de Taha O. /…/  J’ai tout fait pour que ce qui m’est arrivé ne se répète pas. Pourquoi le système pénitentiaire a-t-il failli à prévenir cette récidive ? Pourquoi n’a-t-on pas su arrêter cette escalade de la violence jusqu’au meurtre d’une jeune femme ? ».

- Le risque de la récidive est souvent – très souvent – dénoncée contre ces criminels qui semblent irrécupérables. Dans ces cas, l’opinion publique réclame en général le rétablissement de la peine de mort : « À mort les assassins d’enfants, de flics, de femmes » - j’en oublie mais on a déjà un portrait de ces détenus qui sont maintenus en prison non seulement pour expier leur faute, mais encore pour les empêcher de nuire encore et toujours aux honnêtes gens.

On sait que la prévention de la récidive est prise en charge lors de l’exécution de la peine par des services compétents. L’obligation de soins est même imposée dans certains cas ; mais les psychiatres le disent : « On ne peut maintenir en prison tous ceux qui présentent des risques car il faudrait priver de liberté 99% de ceux qui se révèleront inoffensifs ».

Mais ce petit 1% d’échec suffit à déchainer les protestations. Car chacun imagine sa femme, sa fille, sa sœur – sa mère ! – victime des violeurs en série.

Je ne donne pas longtemps pour entendre le ministre de l’Intérieur (celui qui réclame d’outrepasser l’État de droit) réclamer le rétablissement de la peine de mort. Seul moyen d’empêcher quelqu’un de récidiver.

mardi 18 janvier 2022

Que faire des criminels ? – Chronique du 19 janvier

Bonjour-bonjour

 

La mort est une énigme : personne n’en est revenu pour nous raconter ce que « ça fait » de mourir. Ou plutôt ceux qui prétendent avoir vécu une « expérience de mort imminente » (en anglais EMI, voir ici) nous en livrent un récit où l’on peut souvent repérer des marqueurs culturels. En tout cas l’intérêt qu’on leur porte signifie bien qu’il y a là une forte demande.

Une demande qui va jusqu’à une autre forme d’expérience, possible celle-là : savoir « ce que ça fait de tuer quelqu’un ». Oui, ça, c’est possible, au point qu'un homme a récemment avoué avoir tué une auto-stoppeuse en 2018 pour voir quel effet ça faisait. Il a été condamné ce mardi soir à la perpétuité, assortie d’une peine de sureté de 22 ans. L’avocat général qui avait requis cette peine contre lui avait demandé aux jurés « une peine d’élimination de la société»

Deux observations :

1 – A propos de la demande du Procureur d’éliminer le coupable. S’il arrive que certains criminels soient jugés « irrécupérables » par la société, soit parce qu'ils sont des criminels endurcis, soit du fait du danger permanent qu’ils représentent, ou encore parce que la répulsion qu’ils suscitent est trop importante, la question est : que doit-on en faire ? (1) La peine de mort souvent présentée comme la seule sentence possible pour clore l’échelle des peines aurait ainsi une autre fonction : débarrasser le société d’un homme dont elle ne veut plus. D’ailleurs on avait autrefois, juste en dessous de la peine de mort, la  relégation dans des îles lointaines qui permettaient de se défaire définitivement de ces criminels.

Aujourd'hui encore la peine de prison à perpétuité dit la même chose : ceux qui y sont condamnés sont chassés définitivement de société des hommes. Bien sûr, d’autres diront que même un tel criminel peut encore être utile aux autres : les travaux forcés sont là pour le montrer. Mais de toute façon on admet que le châtiment d’un tel coupable ne peut pas se faire dans la perspective de sa réintégration dans le monde des hommes.

2 – Reste alors une autre question : pourquoi le fait de tuer dans l’unique but de faire une expérience personnelle serait un crime plus odieux que de tuer par brigandage ou par jalousie ? On se rappelle que Gide fait commettre à Lafcadio, le jeune héros des Caves du Vatican, un crime uniquement pour vérifier qu’un acte gratuit est possible : nous sommes dans le même registre.

Toutefois si Lafcadio n’a pu découvrir avec ce crime ce que ça fait de commettre un acte gratuit, le meurtrier de l’autostoppeuse a certainement fait ce qu’il voulait. 

Mais voilà : il aurait pu – il aurait dû – le faire en se rendant utile pour la société : par exemple en se faisant mercenaire embarqué pour une guerre lointaine.

C’est cela qui rend ce criminel irrécupérable : avoir refusé de faire de sa soif d’expérience quelque chose d'utile en mettant ce besoin au service de la société.

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(1) Il est entendu que la sentence qui serait prononcée dans ce cas contre eux devrait être judiciairement recevable (= pas de lynchage)

mercredi 25 août 2021

Que messieurs les assassins commencent ! – Chronique du 26 aout

Bonjour-bonjour

 

On l’apprend aujourd’hui : le tribunal d’appel rejette le pourvoi contre la condamnation à mort de Dylann Roof, le jeune extrémiste qui avait criblé de balles neuf fidèles noirs dans une église méthodiste de Charleston en 2015. 

« Aucun résumé clinique ni analyse juridique fouillée ne peut totalement rendre compte de l’atrocité de l’acte de Roof. Ses crimes le placent sous le coup de la sentence la plus sévère qu’une société juste puisse rendre », ont conclu les juges du tribunal de Richmond, dans leur arrêt rendu à l’unanimité. (Lire ici)

 

Il y a des lois qui ne passent jamais tout à fait dans l’opinion publique : on le voit avec la loi autorisant l’IVG (puisque parler d’avortement révulse avant même de savoir ce qu’on veut en dire) ; il en va de même avec la peine de mort. En France son abolition a dû être introduite dans la constitution pour éviter que les pro-peine de mort ne la fassent remonter à la tribune de l’Assemblée nationale pour un oui ou un non. Aux États-Unis la question n’est semble-t-il pas posée : il y un bien moratoire sur les exécutions au niveau fédéral, mais rien au niveau des États : et ce moratoire ne prétend pas se justifier par l’injustice d’une telle condamnation, mais seulement de son application (1)

Et surtout si l’on relit (ci-dessus) la déclaration des juges du tribunal de Richmond, on note que la peine de mort est la sentence la plus sévère qu’une société juste puisse rendre. 

Une société juste peut donc le rester tout en prononçant une sentence de mort et en la faisant exécuter. Est-ce exact ?


- D’où viendrait donc la légitimité de la peine de mort ? 

Certains ont fait de la peine de mort une sorte de loi du Talion, appliquant comme punition le mal infligé à la victime. C’est ainsi qu’Alphonse Karr écrivait en 1840 « Si l’on veut abolir la peine de mort, en ce cas que MM. les assassins commencent ».

La justice telle qu’on la conçoit de nos jours rejette une telle justification : la vengeance ne constitue pas un droit, et les tribunaux sont là justement pour se prononcer « sans haine et sans crainte », substituant la raison aux passions et aux émotions.

 

Si l’on se réfère au 18ème siècle, lorsque la question de la peine de mort fut explicitement posée, on a trouvé chez Beccaria (2) une réfutation du droit des sociétés à faire mourir juridiquement un citoyen. Nous sommes rappelons-le en plein 18ème siècle, lorsque la théorie du contrat social occupe les esprits. Chaque loi, dit Beccaria, tire sa légitimité du fait qu’elle est l’expression de la volonté de tous les citoyens (ce que Rousseau définira sous le vocable de « volonté général ») : est juste la loi qui résulte d’une telle délégation de volonté. Or le pouvoir de tuer un autre homme n’existe pas, on ne peut donc transférer à la loi un droit qu’on ne possède pas.  

Albert Camus, disait que la peine capitale trouve bien son origine dans un transfert de l’individu à la société, mais avec la peine de mort, c’est une vengeance qui se trouve exercée au nom des victimes : où est alors la justice ?

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(1) « Le ministre de la justice, Merrick Garland, dénonce leur aspect « arbitraire » et leur « impact disproportionné sur les personnes de couleur » Lu ici

(2) Cesare Beccaria, Traité des délits et des peines, publié en 1773,  à télécharger ici.