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vendredi 25 octobre 2024

Et la foi, b*** ? – Chronique du 26 octobre (2)

Bonjour-bonjour

 

La décision de Rachida Dati de faire payer l’entrée de la cathédrale Notre-Dame de Paris soulève bien des polémiques, en particulier de la part de Pierre Ouzoulias (PCF) qui déclare : « Je ne comprends pas la distinction que madame Dati fait entre les visiteurs culturels et cultuels » (Lu ici). Pour lui un visiteur est un visiteur avec la mêmes droits et les mêmes devoirs que quiconque effectue une entrée dans l’édifice religieux. 

En réalité il oublie simplement une chose : la foi grâce à laquelle le visiteur « cultuel » ressent cette visite comme la présentation du divin dans le monde et qui échappe à l’évaluation comptable. 

Malgré tout, il faut avouer qu’à première vue les deux se confondent et que – situation exceptionnelle – le touriste peut fort bien au cours de la visite se transformer en croyant touché par la grâce de la foi.

Telle fut la situation de Paul Claudel qui assistant à Notre-Dame aux vêpres le 25 décembre 1886, fut saisi par l’illumination qui produisit sa conversion : « En un instant mon cœur fut touché et je crus. » (Paul Claudel, texte écrit en 1913 à lire ici)

Alors, aurait-il fallu faire payer l’entrée à Claudel le 25 décembre 1886 ? Car on aurait pu le considérer comme un mécréant venant juste profiter de l’ambiance et des chants religieux. Mais qui donc aurait pu négliger le fait qu’il pouvait, comme n’importe quel visiteur, être illuminé par la Gloire de Dieu ? 

Bref, imaginer des fonctionnaires en charge de dire qui croit et qui ne croit pas est simplement ridicule.

En Espagne où les cathédrales ont une entrée payante, celle-ci devient gratuite au moment des offices. Il est vrai qu’en France les visites sont interdites à ce moment. Mais ça revient toujours au même : tracer une ligne de démarcation entre ce qui est spirituel et ce qui ne l’est pas.

- Tenter de le faire signale l’absence totale de spiritualité.

jeudi 24 mars 2022

Assassinat d’Yvan Colonna : c’est Dieu le responsable – Chronique du 25 mars

Bonjour-bonjour

 

Franck Elong Abe, l’agresseur d’Yvan Colonna, déclare aux enquêteurs : « Dieu a frappé Yvan Colonna à travers mes mains », avant d’ajouter : « Dieu s'est servi de mes mains pour riposter contre celui qui a blasphémé. Moi j'appelle ça le mektoub, le destin » (Lire ici)

Pour les croyants tels que Elong Ebe, Dieu est parmi nous. Il nous écoute, il nous juge, il nous récompense ou nous punit. Il utilise comme instrument de son pouvoir les hommes et les femmes qui sont propices à son dessein ; simples médiateurs, ceux-ci ne sont ni conscients ni responsables de ce qu’ils font, la volonté de Dieu les traverse sans laisser de traces.

Des croyants tels que cet homme, il y en a encore ; pour nous, occidentaux du 21ème siècle ils témoignent d’un lointain passé, celui d’une époque où Dieu était encore parmi les hommes, menaçant ou protecteur ; nous pouvions alors le toucher de nos prières, et quand il était trop loin de nous, nous pouvions encore l’implorer en priant la Vierge Marie. 

Marcel Gauchet a développé là-dessus des réflexions pleines de forces (1) montrant que la sécularisation est un mouvement historique qui n’a épargné aucune société même celles qui refusent la laïcité. Le monde est devenu une vaste machine sur laquelle la raison humaine peut agir en toute connaissance, la modifier, la forcer à fonctionner en notre faveur. On sait que cette volonté de maitrise date de Descartes (2), mais elle est aujourd’hui encore battue en brèche par les passions qui nous font croire que l’origine du monde est surnaturelle et que nous pourrions avoir dessus un pouvoir magique.

La pandémie a été l’occasion de manifester cette croyance : lorsque les ayatollahs de Qôm, la ville sainte iranienne, ont déclaré que leur foi suffirait à les protéger du virus, les ravages de la maladie qui ont fait de Qôm le foyer le plus actif de la contamination a donné à voir au monde entier que la protection divine ne suffirait pas à enrayer l’épidémie – et qu’elle n’était pas donc l’effet de Sa volonté.

Que dire alors de la défense de l’assassin d’Yvan Colonna ? Un délire ? Une révélation surnaturelle ? Pour le moins on remarquera que l’assassin, restant comme spectateur de son crime, n’est tout simplement pas au niveau de l’acte qu’il a perpétré.

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(1) Voir en particulier le Désenchantement du monde (Gallimard)

(2) « ... au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feraient qu'on jouirait sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie » Descartes, Discours de la méthode, 6ème partie (1637)

mardi 27 février 2018

MICHEL CARDON EN PRISON DEPUIS 40 ANS SERA-T-IL GRACIÉ ?

Je vous demande solennellement (...) d'user de votre droit de grâce au bénéfice de M. Michel Cardon, détenu au centre de détention de Bapaume», dans le nord de la France, «sous le numéro d'écrou 7147 depuis 40 ans, 3 mois et 14 jours», écrit l'avocat, Me Eric Morain, dans un courrier daté du 12 février et révélé par le quotidien le Journal du Dimanche.
o-o-o
On pourrait contester le droit de grâce détenu par la Président de la République, qui n’a aucune justification dans le droit français, sauf bien sûr la tradition qui depuis saint Louis accorde au roi le droit de condamner et de gracier : le roi tient son pouvoir de Dieu, il protège, il guérit … et il sauve de la peine de mort.
Maitre des lois, il peut faire écarteler un criminel comme il peut le libérer : c’est ainsi qu’il manifeste son pouvoir. Mais peut-on faire de ce droit une expression de la démocratie ? Ainsi de Jacqueline Sauvage, qui bénéfice d’une grâce présidentielle (partielle il est vrai) accordée par François Hollande après une campagne de pétition dans tout le pays. Si son cas a fait polémique (cf. ici), c’est qu’outre le fait qu’il semblait entériner le droit à se faire justice soi-même, il évoquait une forme de justice populaire, l’opinion ayant fait pression sur le président avec une pétition demandant sa grâce et ayant réuni 130000 signatures en 2016.

Mais on voit bien qu’il ne faut pas confondre la grâce qui manifeste le pouvoir régalien du président avec un mouvement populaire qui libère de prison par une manifestation spontanée de son émotion. C’est ainsi que les Evangiles nous montrent Ponce Pilate donnant au peuple – avec le résultat qu’on sait – le droit de gracier en choisissant entre gracier Jésus ou Barrabas.