Affichage des articles dont le libellé est anonymat. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est anonymat. Afficher tous les articles

mardi 19 septembre 2023

Nos députés, à l’instar du Seigneur Dieu… – Chronique du 20 septembre

Bonjour-bonjour

 

Lu dans la presse : « À partir de ce mardi 19 septembre, l'Assemblée nationale va se pencher sur le projet de loi visant à « sécuriser et réguler l'espace numérique » (SREN). Proposé par Jean-Noël Barrot, le ministre du Numérique, ce texte, déjà adopté par le Sénat en juillet, va désormais être examiné en commission. » 

- C’est ainsi que l’idée de « bannissement » du réseau numérique a fait surface : l’auteur de messages haineux ou appelant à la violence pourrait ainsi être touché directement… pour autant qu’on l’aurait identifié.

Car c’est là que surgit la difficulté : comment rendre cette identification possible sans porter atteinte au droit imprescriptible à la liberté d’expression ? Pour sanctionner, il faut avant que le délit soit commis avoir déjà une liste des intervenants du réseau en question. La France dispose d’une arme : la carte d’identité (ce dont manque la Grande-Bretagne, justement au nom de cette liberté) ; mais encore faut-il sortir de l’anonymat, et c’est là que se pose le problème : ayant posté dans l’anonymat, l’auteur du message doit néanmoins pouvoir être identifié en cas de besoin.

 

- C’est là que l’anonymat révèle une caractéristique essentielle : condition d’une liberté fondamentale, elle permet aussi de protéger les criminels. Comment comprendre cette étrange ambiguïté ? 

A mon sens tout cela résulte de la nature même de la liberté : expression de la personne humaine, donc de l’individu, elle ne porte en elle-même aucun limite « sui generis », pas même celles qui seraient imposée par le respect des valeurs fondamentales de la République.

 

- L’abus de la liberté est consubstantiel à la liberté : le Péché d’Adam vient de là, et c’est contre cet abus que nos législateurs doivent, à l’instar du Seigneur-Dieu, lutter. 

jeudi 10 août 2023

Le Mandarin assassiné - Chronique du 11 aout

Bonjour-bonjour

 

Le « no show », vous connaissez ? (1) Il s’agit de la pratique devenue de plus en plus courante de ne pas venir au restaurant alors qu’on a réservé une table. Mais ne croyez pas que les restaurateurs soient les seuls à se plaindre de cette désinvolture du public : les médecins se sont fait écho de cette pratique désastreuse pour leur profession. (Lire ceci)

Comment expliquer que ce fait se développe aujourd’hui de façon aussi généralisé ? Qu’y a-t-il de nouveau dans ces rendez-vous et ces réservations pour que les gens se sentent moins concernés par leur engagement ?

Posée ainsi, la question se résout facilement : il s’agit des réservations en lignes, souvent proposées par les restaurateurs, et généralisée dans le corps médical par Doctolib. Réserver en un clic est devenu une habitude mais, alors qu’on peut aussi annuler du même clic, bien peu le font. Ces facilités appréciées par le public sont sans doute aussi la raison pour laquelle les gens concernés se sentent si peu engagés : si je passe au secrétariat médical pour prendre rendez-vous, je me sens identifié, perçu comme responsable de mon acte. Quelle responsabilité ai-je par rapport à mon écran ? 

- Je veux dire : la responsabilité suppose un regard posé sur moi, qui me constitue auteur de mes actions : « C’est toi qui l’as voulu, et donc tu dois le faire ». Pour se sentir responsable il ne suffit pas d’avoir des principes ; il faut aussi être pris dans ce face-à-face qui m’identifie comme auteur de mes actes : je ne peux plus me dédire sans avoir à payer. 

On peut bien entendu ranger aussi dans cette situation les excès de tout genre auxquels se livrent dans les réseaux sociaux des gens qui jouissent de leur anonymat. Croire alors qu’on a là une calamité venue de l’ère numérique est sans doute vrai, mais on aurait bien tort de limiter ce comportement à notre époque. 


--> Car cela nous renvoie aussi à une situation venue du 18ème siècle, au temps de J.J. Rousseau : il s’agit du « Mandarin assassiné », une expérience imaginaire consistant à se demander comment on agirait si on pouvait par un simple acte de volonté, sans quitter Paris et sans jamais être suspecté, tuer un vieux mandarin habitant Pékin et dont la mort nous apporterait quelque avantage (voir ici). La réponse était bien sûr que le pauvre mandarin ne vivrait pas une minute de plus.

Rein n’a changé depuis, sauf que de non jours il suffirait d’un clic pour assassiner le mandarin.

--------------------

(1) « No-show » se traduit ici par « non-présentation » - et non pas « non-représentation »

mercredi 28 juin 2023

« Pas vu – pas pris » : c’est fini – Chronique du 29 juin

 

Bonjour-bonjour

 

S’il est un fait qui doit nous faire réfléchir dans le triste homicide du jeune conducteur en refus d’obtempérer, c’est bien le rôle joué par la vidéo tournée sur place lors de « l’interpellation ». Car lorsque les policiers étaient certains que personne ne pouvait montrer les évènements, ils assuraient qu’ils avaient tiré alors que la voiture fonçait sur eux au risque de les percuter. Comme dans le mythe de Platon (1) l’invisibilité assure l’impunité car seul le contrôle visuel des témoins retient sur la voie de la malhonnêteté. Le policier incriminé jurait que la voiture fonçait sur lui et ses collègues témoignaient de même.

On connait la suite, mais on peut quand même revenir sur ce fait : la présence sur la voie publique de vidéos tournées en permanence et quelque qu’en soient le sujet a bouleversé des affaires qui jusqu’ici se terminaient dans le silence des dossiers classés sans suite. Qu’on se rappelle le rôle joué par la vidéo de la mise à mort de Georges Floyd, étranglé par un policier.

C’est l’occasion de dire combien étaient décalés les protestations qui accompagnaient la mise en place de caméras de vidéo-surveillance sur la voie publique. On criait alors à la mort de la liberté, de la vie privée, du droit des individus à échapper au contrôle des autorités. Dix ans plus tard, non seulement ces caméras sont bel et bien en place, mais encore elles sont super-perfectionnées avec des programmes de reconnaissance faciale : fini l’anonymat de la silhouette filmée dans la rue : on peut lui donner un nom, la suivre sans ses déplacement et savoir à tout moment la repérer.

On proteste bien encore de temps en temps, en disant que seuls des chinois peuvent rechercher un tel contrôle sur les individus : notre culture – notre civilisation même ! – est fondée sur la liberté voulue par la révolutionnaires de 89.

 


Mais dans le même temps, que faisons-nous ? 

-----------------------------

(1) Mythe de l’anneau de Gygès dans la République. Voir ici