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jeudi 12 septembre 2024

Une espèce multiplanétaire – Chronique du 13 septembre

Bonjour-bonjour

 

Regardez-moi ça :


 


 

Cette capture d’écran montre le milliardaire américain Jared Isaacman, commandant de la mission Polaris Dawn de l’entreprise d’Elon Musk, sortir de la fusée de SpaceX lors la première sortie spatiale d'un civil de l’histoire. On le voit ici émerger de la capsule : « C’est magnifique », a-t-il déclaré.

La mission de l’entreprise d’Elon Musk marque une nouvelle étape dans l’exploration commerciale de l’espace : « Permettre à l’humanité de devenir une espèce multiplanétaire » 


… Et pendant ce temps-là, on lit dans le journal Sud-Ouest que « La grande pauvreté s’installe en France : 2 000 enfants dorment dans la rue, dont une soixantaine dans le Sud-Ouest » (selon le rapport de l’Unicef et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS)). 

--> Ce n’est pas Bombay, mais on y pense quand même.

 

Le rapprochement de ces informations risque fort de faire jaillir des indignations porteuses de projets tous plus dystopiques les uns que les autres : au fond de tout ça un régime de dictature s’annonce, porteur de violence et de misères comme l’a montré le bolchevisme.

 

Bolchevisme? Comment cela?

Mais si, on le sait bien: on imagine un Etat capable de confisquer les profits des entreprises pour les redistribuer - ou pas - selon une logique qui lui appartient.

Bien sûr, mais ce n’est même pas cette dystopie qui nous fait peur. Sommes-nous prêts à cautionner un régime qui taxerait les revenus au point de supprimer les bénéfices au-delà d’un certain montant empêchant - par exemple - des fêtes dispendieuses d’advenir afin de secourir les nécessiteux ?

Les fastes exorbitants des Olympiades de Paris ont donné à voir ce que ça donne : beaucoup de joie pour presque tous et pour ceux qui n’ont rien le spectacle désolant d’un gaspillage gigantesque qui les prive des secours qu’on aurait pu financer avec tout ça. Non seulement on a toléré ça, mais en plus on a éloigné les SDF pour que leur spectacle ne gâche pas notre joie.

Et avec ça on n’avait même pas l’ambition de devenir « multiplanétaires » !

Vous vous étonnez peut-être qu’on ait toléré ça ; mais faites donc un référendum pour savoir qui est prêt - aujourd'hui même - à interdire les Jeux Olympiques tant qu’il y aura un seul SDF dans les rues de Paris. 

- Mais on reste une espèce multiplanétaire: ce sont les SDF de Mars qui vont se réjouir de nous voir arriver.

dimanche 8 septembre 2024

Que ma joie demeure – Chronique du 9 septembre.

Bonjour-bonjour

 

J’en vois ce matin qui ont la larmichette à l’œil : oui, les J.O. c’est fini. Finis les grands espoirs de médailles, finis les enthousiasmes devant le petit écran, finies les holàs, sur le canapé du salon, (juste avec la voisine ? Pourquoi pas ?). Et combien d’années à attendre, avant de voir revenir ces espoirs, ces joies auto-engendrées, ces mouvements collectifs qui soulèvent les habitués de la machine à café ? Du coup, il n’y a plus dans votre âme que des passions tristes, car les pensées joyeuses se sont éteintes en même temps que la flamme olympique.


- Hé bien, cher(e)s ami(e)s, ne désespérez pas. Des passions et des joies, vous pourrez en trouver d’autres – peut-être pas plus facilement, mais en tout cas plus durablement – par exemple avec les élections ou les manifestations qui reviennent tous les samedis : rappelez-vous de votre vieux Gilet-Jaune avec écrit dessus « Macron-démission ! » ; et la fraternité des ronds-points : vous l’avez oubliée celle-là ? 

Aucun rapport entre les J.O. et les manifs’ politiques ? Et alors ? Toutes ces joies sont interchangeables, peut-être pas dans leur contenu, mais dans leur vécu : le voilà votre réconfort.

- La vérité, c’est que les J.O. ne sont qu’une machine à fabriquer de l’enthousiasme et rien de plus. Et des machines comme celle-là, il y en a des quantités, plus elles sont minuscules et plus elles sont nombreuses. Alexis de Tocqueville le disait : « Les /…/ hommes se passionnent pour les petites choses, quand les grandes viennent à leur manquer. »

Qui dira quelle est l’importance comparée des victoires sportives et des victoires politiques ? En tout cas, la pensée de Tocqueville, c’est qu’on trouve toujours une passion à vivre et que, lorsque ce n’est pas pour la réforme des retraites, c’est pour une victoire handi-sport.

Oui, la vérité, c’est que seule la passion enthousiasmante est belle à vivre. Et qu’importe la passion qui se vit ainsi ?

dimanche 23 juin 2024

Une nouvelle statue dévoilée hier à Paris – Chronique du 24 juin

Bonjour-bonjour

 

Voyez cette statue inaugurée hier à Paris :

 


Lisons l’information :

« Cette œuvre de l'artiste américaine Alison Saar, offerte par la Fondation olympique pour la Culture et le patrimoine à Paris, célèbre les valeurs de l'olympisme (…).

Cette sculpture symbole des JO dévoilée à Paris constitue une ode au multiculturalisme est composée de bronze et d’une roche volcanique résistant aux intempéries et aux polluants environnementaux, comprend une grande figure féminine assise qui tient des rameaux d’olivier dans une main et une flamme dorée dans l’autre ainsi que six sièges, disposés en cercle, venant d’Afrique de l’Ouest, d’Amérique centrale, de France, de Chine et d’Europe. L’un d’eux est aussi un siège antique symbolisant l’origine des JO (siège curule à droite). » (Lu ici)

 

Voilà donc cette personnalisation pour évoquer cette multitude de symboles olympiques dont certains sont un peu pesants tant ils sont rappelés année après année, jeux après jeux. Peut-elle encore nous étonner ? 

Oui, certainement : symboliser par une figure féminine les jeux olympiques, dont l’origine grecque antique est sans cesse mise en avant pour rappeler que la paix était alors la condition de la célébration de ces exploits humains, est proprement stupéfiant. Je crois que si un grec de l’Antiquité était ressuscité aujourd’hui, il pourrait peut-être comprendre cette évocation mais sûrement pas la présence d’une femme dans ce groupe statuaire. Rappelons-nous que les femmes étaient alors maîtresse de l’espace domestique et que si leur pouvoir y était sans conteste, ce n’était pas le cas dans l’espace public, celui qui s’étendait à l’extérieur du domaine. Au point qu’on peut en effet s’étonner de ce choix – sauf à y voir le rappel que le progrès est aujourd’hui symbolisé par cette mise à égalité des hommes et des femmes, y compris dans la célébration des exploits sportifs.

L’émancipation féminine passe donc par le fait que les femmes usent de leur corps pour la pratique du sport et non comme objet de convoitise masculine.

vendredi 7 juin 2024

La Seine, le loup et l’agneau – Chronique du 8 juin

Bonjour-bonjour

 

On s’amuse de la pollution de la Seine qui continue d’y interdire la baignade alors qu’une épreuve des J.O. devrait s’y dérouler dans moins de deux mois.

N’oublions pas que la pureté de l’eau est, sans doute depuis toujours, source d’inquiétude. Au moyen-âge, les épidémies étaient attribuées à son impureté dont on soupçonnait souvent les juifs d'être responsables. N'auraient-ils pas déjà empoisonné les puits ?

- On craignait que même les ablutions à l’eau claire provoquent des maladies : Louis XIV est réputé pour n’avoir pris que deux bains dans sa vie.

Mais surtout, n’oublions pas la célèbre fable du Loup et de l’Agneau :

 


« … en aucune façon / Je ne puis troubler sa boisson » dit l’agneau. Le Loup répond alors : « Tu la troubles, reprit cette bête cruelle… » et le fabuliste de conclure : « Là-dessus, au fond des forêts / Le loup l’emporte, et puis le mange, / Sans autre forme de procès. »

Bref, dans l’imaginaire issu de notre culture ancestrale, la pollution de l’eau (et en particulier celle des rivières) occupe une place de choix. Aujourd’hui encore l’impureté charriée par les cours d’eau est une menace nourrie par son aspect limoneux et les détritus qu’elle charrie -bien avant de voir ces soupçons confirmés par des analyses scientifiques.

La « natation en eau libre » : comment une telle épreuve a-t-elle été inventée malgré tout ? Aurait-elle été choisie alors que la pollution du fleuve était encore très réduite ? 

Aurait-on eu pour ambition de reproduire les épreuves sportives telles qu’elles se déroulaient autrefois ? Dans ce cas on aurait dû remettre au programme les courses de chars et les combats de gladiateurs.

mardi 4 juin 2024

Paris, village Potemkine – Chronique du 5 juin

Bonjour-bonjour

 

Regardez cette photo :

 


De qui s’agit-il ? De touristes démunis arrivant furtivement en région parisienne ? Des étudiants rentrant chez eux ? Non, pas tout à fait : il s’agit de SDF expulsé d’un squat – ça se passe à Vitry-sur-Seine ; et c’est à l’occasion des J.O.

Vous lirez ici le détails de cette information, je n’en retiendrai que ceci : à Paris on n’aime pas montrer aux touristes venus du monde entier pour les J.O. le spectacle de la misère qui existe en France ; au lieu de mettre tous ces gens à l’abri on préfère les envoyer trainer leur misère loin, très loin de Paris.

Le procédé n’est pas nouveau, il a été noté au Qatar lors de la coupe du monde de football, et la légende des villages Potemkine sert encore aujourd’hui à les décrire.

« L'expression « village Potemkine » désigne un trompe-l'œil à des fins de propagande.

Selon une légende historique, de luxueuses façades en carton-pâte auraient été érigées à la demande du ministre russe Grigori Potemkine afin de masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l'impératrice Catherine II en Crimée en 1787. » explique Wikipédia (ici)

 

Si on peut reprendre cette expression pour les Jeux de Paris, c’est qu’on se doute bien que l’opulence montrée lors de cet évènement est factice et qu’elle ne durera pas un jour de plus lorsqu’ils seront terminés. Mais c’est aussi qu’il s’agit du même mouvement de refus de la misère : insoutenable. Sauf qu’il ne s’agit pas de charité, bien au contraire. 

J’explique : si la misère vous fâche, vous avez deux solutions : soit vous la combattez, en offrant par exemple aux sans-logis un foyer d’accueil ; soit vous la faites disparaitre d’une autre façon de nos rues – par exemple en chassant les miséreux, comme à Nice où on a trouvé la solution qui consiste à attraper les SDF du centre-ville et à les emmener très loin dans des bois où on les relâche sans moyen de transport. Et vous créez ainsi des semblants de villes opulentes où tous les habitants jouissent d’un logement et des ressources nécessaires à une vie décente.

« Cachez cette misère que je ne saurais voir »… Comme si on se sentait appauvri du spectacle de la pauvreté. Il y aurait donc de l’empathie là-dedans ?