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mardi 29 septembre 2026

La vie à qui perd gagne – Chronique du 30 septembre

Bonjour-bonjour

 

Les entreprises qui cherchent à engager des jeunes, ceux dont on dit qu’ils font partie de la « Gen – Z » (La génération Z ou "Gen Z" est l'ensemble des personnes nées entre le milieu des années 1990 et le début des années 2010) ont le plus grand mal à le faire sauf si elles expliquent quel est leur impact sur le milieu et si elles proposent en même temps à ces jeunes gens « équilibre, télétravail, flexibilité ». (Lu ici) Ce qui confirme ce qu’on devinait, à savoir que le travail n’est plus un pourvoyeur de ressources au quel on sacrifie tout, y compris sa santé. Hier les quinquas expliquaient qu’à leur âge on se prépare a avoir plusieurs infarctus. Aujourd’hui, mon médecin généraliste donne des rendez-vous à une semaine, gardant du temps libre pour sa vie famille.

 


On a dit que tout cela traduisait une exigence de sens : les gens ne veulent plus sacrifier leur vie à gagner de quoi en jouir : ils veulent aussi se consacrer à quelque chose de « plus grand qu’eux » – que ce soit dans leur travail ou en dehors.

Au fond il n’est pas si étonnant de voir prise cette inflexion : n’est-ce pas ce que les jeunes de mai-68 voulaient en réclamant le droit de « jouir sans entraves » ? Alors certes, ils ont voulu y parvenir par l’argent ; mais ils finissent par voir qu’il est absurde de perdre a vie à la gagner.

Aujourd’hui on gagne sa vie en évitant de la perdre an travaillant.

jeudi 17 juillet 2025

Que veut le peuple ? – Chronique du 18 juillet

Bonjour-bonjour

 

La polémique sur la suppression des journées fériés - dont le lundi de Pâques - fait feu de tout bois, dont celui de l’influence de la religion pour un pays laïque comme l’est la France.

- On se dit que tout ça sent très fort la manipulation : après tout il serait intéressant pour le gouvernement que les français s’écharpent sur l’importance des jours consacrés à la pratique religieuse plutôt qu’à faire les comptes du déficit imposé à chacun du fait du plan de retour à l’équilibre financier. 

Mais on ne refait pas les amateurs de polémique : les voici faisant état des graves conséquences qu’auraient pour notre pays un affaiblissement « de plus » de la vie religieuse – en particulier suite à la suppression de la pratique du lundi de Pâques. Et de rappeler cette citation attribuée à Napoléon : « Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole ». On se rappelle d’ailleurs la tentative de déisme durant la Révolution française avec le Culte de l’être suprême instauré par Robespierre visant à refonder la société sur la pratique de vertus civiques.

 

 

Estampe datant de 1794 

 

- L’intérêt de cette résurrection est de rappeler l’importance pour une société d’avoir un point d’ancrage pour notre époque. Pour parler comme Napoléon, quelle est notre « boussole » ? Et d’ailleurs – à supposer qu’elle existe quand bien même nous l’aurions oubliée – savons-nous bien quel "pôle nord" elle nous indique ?

Pour répondre à cette question il suffit de se remémorer les épisodes de luttes populaire vécus durant les dernières années : Gilet-jaunes et âge de départ à la retraite en tête. Notre Être suprême c’est bien les plaisirs sensuels sous toutes leurs formes, vécus par des êtres en pleine possession de leurs moyens.

Une preuve ? Hier (17/7/25) une statistique tout juste publiée montrait qu’alors que la crainte des méfaits du tabac grandissait dans le pays, en revanche l’usage du cannabis et de la cocaïne était jugé sans danger.

--> Dans un pays où la consommation de cocaïne aurait été généralisée et réputée sans danger, qu’est-ce que le peuple aurait encore à vouloir ?

mercredi 12 février 2025

Ukraine : la diplomatie a fait pschitt – Chronique du 13 février

Bonjour-bonjour

 

Ceux qui prennent l’équipe Trump pour une bande de débiles profonds sont des plaisantins qui devraient avoir honte de leur insuffisance. Car les nouveaux dirigeants américains sont en train de produire un plan de paix pour l’Ukraine qui risque bien de nous déplaire (« nous » = les européens) mais qui tient compte des rapports de forces réels. En gros, il s’agirait de réduire le territoire ukrainien dont nous n’avons pas été capable de défendre les frontières, et – surtout – de créer une « OTAN » européenne qui viendrait garantir sa sécurité – et aussi la nôtre. Quand on sait que pour les américains les conflits se situent surtout sur la zone pacifique, on comprend que le « Traité de l’Atlantique nord » a vécu.

 /On lira ici une analyse de la politique internationale de D. Trump/

Reste la méthode. La méthode Trump (que les plus élégants commentateurs qualifient de « transactionnelle ») relève-t-elle des négociations entre marchands de bestiaux à la foire auvergnate ? Oui, peut-être. Mais qu’on n’oublie pas que l’histoire regorge d’occasions où les puissants se sont partagés les territoire des plus faibles – on parle même du « dépeçage » de la Pologne. Ce que Trump apporte, c’est la mise à nu des mécanismes des relations internationales, réduites à ce qu’elles sont à la base : une négociations entre puissances équivalentes. 

Or il faut le concéder, l’Europe-Unie si elle est bien une puissance économique, tarde à manifester sa volonté d’avoir une défense à la hauteur de ses capacités économiques – ou, si l’on veut elle ne parvient pas à manifester une volonté politique unie.

A vouloir faire sous-traiter sa sécurité par les américains, elle s’est soumise à leur volonté. Et ils nous le font savoir crûment aujourd’hui. Ces gens manquent d’élégance, mais ça ne les empêche pas d’aller dans le sens de l’histoire.

--> Car, voilà la vérité : les valeurs intangibles dont nous avons habillé nos traités d’alliance, la liberté, la justice la démocratie : ça a fait pschitt !

mercredi 17 avril 2024

Carlos Tavares : 100000 € par jour – Chronique du 18 avril

Bonjour-bonjour

 

Vous en avez peut-être les oreilles encore bourdonnantes : le salaire de monsieur Tavares, le patron de Stellantis, est tellement exorbitant qu’il a fallu le traduire en montant journalier pour que ça ressemble à une somme qui nous parle : 100000 chaque jour (samedi et dimanche compris). Quand monsieur Tavares se lève le matin, il vient juste de gagner 100000 € qu’il peut dépenser en toute tranquillité dans la journée, car il sait qu’il en aura autant demain matin.

 

Comment justifier une telle somme ? Monsieur Tavares évoque tranquillement son contrat de travail : son salaire y est indexé sur le chiffre d’affaires de Stellantis. Que l’entreprise soit en déficit et il ne touche plus rien du tout tant que les bénéfices ne sont pas revenus. Mais rien n’y fait : ce montant parait toujours injustifiable.

Le philosophe sort alors de sa besace un de ses classiques : il s’agit du Léviathan écrit par Thomas Hobbes en 1651 : ça ne date pas d’hier ! Et que dit Thomas Hobbes ? 

« Le prix ou la VALEUR d'un homme est, comme pour tous les autres objets, son prix, c'est-à-dire ce qu'on donnerait pour avoir l'usage de son pouvoir. » (chapitre 10)

Détaillons :

- D’abord qu’un homme est identifié, pour parler comme Marx, à sa force de travail (« l’usage de son pouvoir »)

- Ensuite le produit de ce travail est identifié à un objet, autrement dit à quelque chose qui s’échange sur un marché. (1)

- Enfin que le montant de cette transaction est équitable lorsque les deux parties tombent d’accord sur son montant.

Très bien. On voudrait maintenant savoir en fonction de quoi les parties en présence tombent d’accord ?

1° Cet accord est fonction du retour sur l’investissement que représente ce montant. On compare le salaire de monsieur Tavares avec le « salaire » de Kilian Mbappé : c’est tout à fait juste. Que ce soient les investisseurs du Paris-Saint-Germain ou les actionnaires de Stellantis la question est la même : « Combien gagnerons-nous grâce à cette personne ? »

Le salaire de Calos Tavares est strictement un investissement comme les autres, et c’est pour cela que finalement ce sont les actionnaires qui auront à le justifier – ou pas.

 

Dernier point : on on voudra savoir alors pourquoi les bénéfices réalisés par Stellantis ne sont pas pris en compte de la même façon pour fixer le salaire des ouvriers de l’usine ? Après tout, sans eux, pas de production, donc pas de profit.

2° Reste donc à rappeler un élément déterminant pour fixer les transactions du marché : c’est la rareté. Il est beaucoup plus facile de remplacer un ouvrier qu’un patron efficace. Et ça marche pour tout le monde : qu’on se demande comment est fixé le salaire d’un ingénieur – surtout s’il est informaticien.

C.Q.F.D.

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(1) Pour mémoire Marx n'évoque le marché que pour dire qu'il n'intervient que de façon marginale dans le montant de la valeur d'échange étant entendu que selon lui elle ne représente qu'une fluctuation temporaire.



mercredi 6 mars 2024

La valeur et la norme – Chronique du 7 mars

Bonjour-bonjour

 

La polémique autour des abus sexuels dans le milieu du cinéma est à peine audible tant les victimes sont bruyantes. Pourtant certaines voix, dont celle de Fanny Ardent persistent à se faire entendre : non Gérard Depardieu ne peut avoir été violent avec des femmes, seule la justice pourrait à condition d’en apporter la preuve démentir capable cette certitude.

Propos bénins mais entendus de façon généralisante par Marilou Berry, fille de Richard Berry, dont le nom a été dénoncé pour pédophilie et inceste. Voici ce qu’elle a déclaré à propos de Fanny ardent : « Je sais qu'elle fait partie d'une génération où la norme, c'était de fermer sa gueule, voire d'accepter de coucher pour obtenir un rôle. Et puis, c'est difficile d'admettre qu'on appartient à ce système » Marilou Berry, elle, incarne une génération qui refuse le silence et la passivité face aux accusations d'abus sexuels, appelant à une remise en question profonde des mentalités. (Lu ici)

Autrement dit, le refus des violences sexuelles dépend non d’une valeur ni d’une loi, mais du respect ou du refus d’une règle admise comme norme – et qui peut bien sûr changer avec le temps.

- Que dirait la valeur mise en cause ici ? Kant répond avec la seconde formulation de l’impératif catégorique : « Agis de telle sorte que tu traites toujours l'humanité en toi-même et en autrui comme une fin et jamais comme un moyen » (1) Il est clair que la sexualité ne saurait déroger à cette loi, qui consiste à toujours considérer autrui comme un sujet libre, quand bien même on l’utiliserait comme objet dans un rapport sexuel (2).

- On voit le chemin qui sépare la valeur de la norme qui suppose un simple accord sur des règles et qui ne tire son autorité que de là : « Ce qu’il faut faire, c’est ce sur quoi nous sommes d’accord » Donc si on estime « normal » que des starlettes soient violées par des producteurs, à condition que cela soit « rétribué » par l’octroi d’un rôle dans un film – hé bien, que cela soit ainsi.

Vous protestez, disant que jamais on n’a conçu le viol comme normal et autorisé selon une règle. Soit. Mais changeons le nom – parlons par exemple de « Promotion canapé » et le tour est joué.


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(1) Les trois formulation de l'impératif catégorique sont : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle ; agis de telle sorte que tu traites toujours l'humanité en toi-même et en autrui comme une fin et jamais comme un moyen ; agis comme si tu étais à la fois législateur et sujet dans la république des volontés ... » Kant – Métaphysique des mœurs 

(2) Kant va jusqu’à utiliser cette règle pour condamner la masturbation qui consiste à se prendre soi-même comme un pur objet de jouissance.

jeudi 22 février 2024

Éloge de l’expulsion – Chronique du 23 février

Bonjour-bonjour

 

L’expulsion de l’imam Mahjoub Mahjoubi, moins de 12 heures après son interpellation, est présentée par le Ministre de l’Intérieur comme « une preuve de force rendue possible par la récente loi Immigration » (voir ici)

On peut se demander en quoi le fait d’expulser hors de France quelqu’un jugé indésirable  serait une preuve de force.

On pourrait tout au contraire faire de la diversité des opinions et des manières de vivre un indice de vitalité. Dans la nature, le fait de posséder un patrimoine génétique commun à toute une population la rend vulnérable aux épidémies : le virus qui tue un seul individu pourra tuer la collectivité entière. La pureté de la race, obsession des racistes et des nationalistes, ne fonctionne dans la réalité que chez les éleveurs soucieux de savoir à l’avance combien de litres de lait telle vache pourra fournir au fermier. Ce n’est évidemment pas un exploit de ce genre qu’on attend d’êtres humains. 

--> Quand l’histoire est grippée et qu’elle n’avance plus sur son chemin ancestral, trouver des chemins de traverses peut lui-être favorable – qu’on songe à la force que le jazz a instillé dans la musique occidentale.

 

- Il existe quand même une preuve que le Ministre de l’Intérieur n’a pas tout à fait tort : les valeurs sont-elles autre chose que l’expression de la volonté ? Les valeurs infinies de la religion sont portées par la puissance infinie de Dieu – c’est ce que disait Sartre à la suite de Nietzsche. 

Montrons donc la force de nos valeurs en écrabouillant ceux qui ne pensent pas comme nous : nous aurons au moins montré combien nous sommes attachés à nos valeurs.

L’expulsion serait donc une version humaniste de cette volonté destructrice d’altérité.

samedi 10 février 2024

Une longue anamnèse – Chronique du 11 février

Bonjour-bonjour

 

Dénonciation de viols et harcèlement sexuels remontants à plus de 20 ans ; déboulonnage de statues de héros historiques dénoncés à présent comme esclavagistes ; cancel culture…

Seule l’indifférence où ses romans sont tombés aujourd’hui semble avoir protégé la Comtesse de Ségur du pilori où ses violences sur enfants et les perversions auxquelles ceux-ci se livrent sont complaisamment décrits. 



Madame Fichini bat Sophie sans pitié

 

Nul doute qu’une réédition des romans de la Comtesse de Ségur la condamnerait radicalement. C’est que notre époque est bien révisionniste : nous jugeons le passé non pas à l’aune de ce qu’il fut, mais à celle de nos valeurs présentes. Mais cette révision concerne aussi notre vécu plus intime. D’où la réévaluation de nos sentiments d’hier qui sont jugés selon leurs conséquences d’aujourd’hui :

--> La longue anamnèse par la quelle Judith Godrèche parvient à mettre au jour les épisodes de sa soumission à Benoit Jacquot relève selon moi de ce processus.

Il n’est pas surprenant que les souvenirs lointains soient reconstruits avec des matériaux qui ne viennent pas forcément tous de la mémoire du sujet : sans aller jusqu’à la psychanalyse, la psychologie l’a montré abondamment. Il peut donc se faire que cette reconstruction soit élaborée dans le contexte de valeurs qui n’existaient pas à l’époque. Un premier amour est bien de ce genre : comment restituer la vérité de ce qui fut vécu alors, quand la remémoration se fait à une époque où ce contexte existe bel et bien ? Et je dirais volontiers que cette réélaboration ne porte pas seulement sur les évènements, mais aussi sur leur sens, sur leurs intentions, leurs conséquences effectives pour la vie écoulée depuis. 

On n’est donc pas seulement dans des relations de séductions, mais aussi d’un vécu plus général, tel que celui qui se développe avec les parents, avec tel prof particulièrement admiré, ou tout autre situation qui a basculé dans le passé, mais qui est maintenue artificiellement dans le présent.

lundi 9 octobre 2023

Octobre rouge sang – Chronique du 10 octobre

Bonjour-bonjour

 

Comment une polémique peut-elle s’insinuer dans le mouvement de révolte contre les massacres d’hommes, de femmes et d’enfants perpétré par le Hamas, ces derniers jours en Israël ? Lorsque Jean-Luc Mélenchon déclare que "toute la violence déchaînée contre Israël et à Gaza ne prouve qu'une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu'elle-même", n’en vient-il pas à dire que ce que le Hamas a fait aux israéliens n’est que la réponse à ce que ce que ceux-ci avaient fait aux palestiniens ? D’où l’excuse infantile de ces actes : « C’est eux qui ont commencé ! » C’est ainsi qu’outre J-L Mélenchon, nombre de responsables politiques ont refusé de participer à la marche de soutien à Israël initiée par le CRIF : on citera Marine Le Pen et Éric Zemmour. 

Certains députés français ont réagi : « Des députés Insoumis ont choisi le camp du terrorisme islamique. Le même qui a tué en France. Cette 5e colonne doit être condamnée. » (1). (Lire ici)


S’agit-il donc d’être pour Israël contre les palestiniens ? De définir le peuple israélien comme un peuple martyr aux mains de ses bourreaux arabes ? Et – du coup – d’autoriser la réaction radicale de Tsahal qui, suivant le vœu du peuple, pourrait envahir la bande de Gaza et massacrer à son tour tout ce qui vit là-dedans ?


- Delphine Horvilleur interrogée hier sur l’appel à rejoindre la marche de solidarité avec Israël initiée par le CRIF, a répondu en substance ceci : « Il n’y a pas besoin d’être un ami d’Israël pour aller manifester au Trocadéro : il suffit d’être un ennemi de la barbarie et du terrorisme ». 

Voilà : c’est clair. En condamnant les Français qui refusent de soutenir Israël parce qu’il aurait « bien cherché » ce qui lui arrive – on condamne de fait des gens qui n'ont rien compris à la situation, car en réalité la question n’est pas là : il s’agit de condamner les massacres d’innocents partout où ils se produisent, et en ce jour c’est Israël qui en est la victime. Derrière ce propos il y a la sanctuarisation des vies humaines, et la condamnation des actes de barbarie même lorsqu’ils sont perpétrés par des hommes qui par ailleurs en sont eux-mêmes victimes. C’est d’ailleurs le cas aujourd’hui : le peuple juif a été victime de l’holocauste perpétré par les nazis. Cela l’excuserait-il s’il pratiquait la « solution finale » dans la bande de Gaza ?

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(1) Rappelons que la 5ème colonne désignait pendant la guerre d‘Espagne les ennemis des Républicains embusqués au sein de la population madrilène, attaquée de l’extérieur par les troupes franquistes réparties en 4 colonnes 

samedi 10 décembre 2022

Que le meilleur perde – Chronique du 11 décembre

Bonjour-bonjour

 

 

Suite à l’élimination de son équipe par la France, le milieu de terrain anglais Declan Rice a déclaré : « On a plutôt bien joué par moment. (...) A mon avis la meilleure équipe a perdu ce soir, et cela prouve notre niveau. » (Lu ici)

On m’en voudra peut-être de revenir sur un sujet déjà abordé hier, donnant ainsi une place prépondérante au football dont je ne suis pas le meilleur analyste. Je demande qu’on veuille bien considérer la continuité des propos qui, mis bout à bout entre hier et aujourd’hui, permettent de former une réflexion conséquente.

 

Supposons en effet que cette déclaration du joueur anglais ne soit pas un propos suscité par le dépit d’avoir perdu ce match malgré un engagement sans faille : ceci signifierait que la valeur des joueurs ne suffit pas à décider de la victoire et de l’échec. Car pourquoi les meilleurs auraient-ils perdu ? Qu’est-ce qui pourrait perturber la qualité intrinsèque d’une équipe pour la pousser vers une issue malheureuse – alors même qu’elle est supérieure ?

 

- Pour répondre, on pourra se reporter à mon Post d’hier où je disais que l’écart de valeur entre celui qui marque et celui qui loupe est si minime que rien ne peut permettre de le distinguer, et c’est bien sûr encore plus vrai lorsqu’il s’agit du même joueur : ce qui fut le cas hier pour le joueur qui marqua le premier pénalty et qui manqua le second, puisque c’était Harry Kane dans les deux cas.

Mais comment juger de la valeur intrinsèque d’un joueur ? Hormis le match gagné ou perdu, quel critère accepter ? On dit « Seule la victoire est belle » et on ricane devant cette grosse banalité.

Certes – Mais quel autre critère trouver ?

jeudi 28 juillet 2022

Les mains sales – Chronique du 29 juillet (1)

 


Réception du Prince Mohammed ben Salmane à l’Élysée hier 28 juillet


Bonjour-bonjour

 

Vous avez vu cette photo montrant Emmanuel Macron qui accueille Mohammed Ben Salmane à l'Élysée, cette longue poignée de main – et le visage contrit du Président contrastant avec le sourire épanoui du Prince ? On prétend que monsieur Macron a un véritable talent de comédien et qu’il sait prendre à volonté les postures et les expressions voulues par les circonstances. Est-ce vrai ? Je ne sais pas, en tout cas le moins qu’on puisse dire est qu’il parait navré de devoir serrer la main de ce monsieur.

Certes, l’Élysée a déminé la situation en affirmant qu’il était indispensable de faire cette rencontre : « Si on veut se confronter, s'attaquer aux conséquences de ces crises d'une part et peser dans la région au profit de tous, le seul moyen c'est de parler avec tous les principaux acteurs » (Lu ici). On se dit alors qu’en politique on doit avoir souvent les mains sales.

 

- « Les mains sales » : j’utilise intentionnellement cette expression pour faire référence à la pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre mettant en scène un personnage qui, pour affirmer ses valeurs, assassine un opposant politique. Hugo, le héros de la pièce, est celui qui revendique d’avoir "trempé ses mains dans la merde et dans le sang" pour obéir aux valeurs de son parti – alors que ses anciens camarades ont changé de ligne politique, faisant de lui un traitre.

On voit que, comme Hugo, Emmanuel Macron est prêt à se salir les mains pour suivre son option politique. Mais avouez que si, pour contrer les prétentions d’un dictateur prêt à tout pour affirmer sa puissance on doit en passer par l’obligation de faire des courbettes à un autre dicteur tout aussi sanguinaire, alors aucune valeur ne sort indemne de l’affaire.

dimanche 10 octobre 2021

Y a pas mort d'homme !– Chronique du 11 octobre

Bonjour-bonjour

 

Sidération générale devant le rapport Sauvé : personne ne pouvait imaginer que ce crime des clercs était d’une telle étendue et qu’il supposait le silence complice d’un grand nombre de personnes au courant de l’affaire. Sans parler de la hiérarchie qui, par son inaction encourageait à l’avance de nouveaux crimes. 

Ce rapport implique en effet une anamnèse (1). On découvre qu’antérieurement, dans leurs propres rapports, les enquêteurs diocésains évoquaient ces actes de pédocriminalité comme des « gestes déplacé » : ils n’étaient pas comme aujourd’hui des « actes criminels ». On découvre ainsi (et la sidération dont nous parlions plus haut en découle) qu’il y a deux évaluations de ces actes et sans doute deux vécus différents, scandés par un tournant historique accompli ces dernières années : avant les années 2000, il y avait une tolérance de ces abus sexuels, comme si les prêtres avaient un droit à « tripoter les petits garçons », que ça ne faisait pas réellement de mal à quiconque. Bien sûr de tels agissements avaient également lieu ailleurs que dans les paroisses, et on réagissait de la même façon : « Y a pas mort d’homme ! ». 

L’idée qui en découle c’est que la conscience des valeurs et l’évaluation des actes qui en relèvent diffèrent. Les mêmes qui affirmaient déjà que la personne humaine est inviolable, que les prêtres n’éprouvent que commisération pour leurs ouailles, et surtout qu’ils protègent les plus faibles, créatures aimées de Dieu – et en même temps pratiquer des obscénités sur les corps de jeunes enfants. L’horreur de cette situation est redoublée aujourd’hui lorsqu’on découvre que c’est en toute indifférence et – oserons-nous le dire ? – en toute innocence que ça s’est produit, parce qu’on a dit à ces prêtres que leurs pulsions pouvaient s’évacuer ainsi –  que ce n’était pas un péché ??? Si quand même : mais péché véniel.

Poursuivons : si la faute est proportionnelle non à la grandeur de la valeur bafouée mais à la conscience du mal commis, irons-nous alors jusqu’à dire que ces prêtres sont devenus coupables alors qu’ils ne l’étaient pas ? Sophisme ou vérité objective ?

Mais ce n’est pas fini : si on va jusque-là, alors il faut aussi s’interroger symétriquement à propos des victimes : étaient-elles victimes à l’origine, ou bien le sont-elles devenues avec le tournant historique dont nous avons parlé ? Victimes rétrospectives ?

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(1) Anamnèse : MÉD. (psychol., psychanal.). Reconstitution de l'histoire pathologique d'un malade, au moyen de ses souvenirs et de ceux de son entourage, en vue d'orienter le diagnostic.

jeudi 8 juillet 2021

"Dis-moi ce qui te fait trembler, je te dirai qui tu es" – Chronique du 9 juillet

Bonjour-bonjour

 

Bonne nouvelle ! Vous avez moins de risque de mourir de la covid que de périr de famine.

« Selon l’enquête d’Oxfam 11 personnes pourraient mourir de faim et de malnutrition chaque minute d’ici la fin de l’année. Ce taux est plus élevé que celui de la mortalité mondiale actuelle due au Covid-19 qui est d'environ sept personnes par minute.

Il faut dire que la famine a bénéficié de l’accélération de ses performances grâce à la covid : « le nombre de personnes souffrant de la faim a été multiplié par six dans le monde depuis le début de la pandémie. » (Lire ici)

Vous êtes scandalisé ? Attendez, le pire est à venir, car cet épouvantable bilan est en même temps lié à une régression de l’humanité vers ses ténébreuses origines : « les femmes et les filles sont particulièrement fragilisées car en situation de crise, elles sont souvent les dernières à manger et celles qui mangent le moins. » 

- J’évoquais hier le cas des animaux de meute chez qui la hiérarchie induite par la violence  se traduit par le privilège des chefs de pouvoir accéder en premier à la nourriture, les plus faible étant aussi ceux qui ne trouveront plus qu’un os à ronger. Hé bien c’est la même chose chez les hommes : les mâles se mettent à table, les femmes les servent et elles ne mangent que quand les hommes se retirent la panse bien remplie : elles mangeront ce qu’ils n’ont pas pu y faire entrer.

Oui cet odieux renversement des valeurs qui fait que les puissants s’acharnent à le devenir encore plus (et c’est même là le signe de leur puissance) nous préoccupe semble-t-il beaucoup moins que les progrès d’un virus qui nous menace – nous les humains évolués et soucieux de préserver l’équité humanitaire.

En 1919 Paul Valéry écrivait : « Nous autres civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles » (1) il signifiait que les civilisations périront sous leurs propres coups : tant de culture, tant de raffinement pour aboutir à Verdun… et à Auschwitz qu’il ne connaissait pas encore.

En 2021 où sont les autorités morales qui devraient dénoncer ce fait ? Et quand elles le font quel est leur poids ?

 


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(1) La crise de l’esprit – A télécharger ici

mardi 9 février 2021

En-deçà du bien et du mal – Chronique du 10 février

Bonjour-bonjour

 

De même que le délai de prescription des délits sexuels ne cesse pas de rallonger, passant de 20 à 30 ans à compter de la majorité de la victime pour les crimes de viols sur mineur; il peut également arriver que le crime prenne une gravité qu’il n’avait pas aux yeux de la loi au moment de son accomplissement.

A-t-on affaire à un abus de rétroaction de la loi ? La constitutionnalité des projets de loi a été vérifiée par les instances compétentes je n’y reviens donc pas. Par contre je veux mettre en cause l’évaluation des crimes d’abus sexuels par l’opinion publique : ce que nous révulse aujourd’hui était-il condamné avec la même force au moment de son accomplissement ? On a déjà évoqué la question pour un autre sujet lors de l’épisode « déboulonnage » de statues : Colbert était-il coupable d’avoir rédigé le Code Noir ? Georges Washington, le Père fondateur de la nation américaine qui possédait près de 200 esclaves, doit-il être déchu des hommages qui lui sont rendus ?

--> Autrement dit : a-t-on le droit de réviser le jugement historique porté sur ces personnalités en usant des valeurs qui sont les nôtres aujourd’hui et non à l’époque où elles vécurent ? Notre « Bien » et notre « Mal » sont-ils universels au point de s’imposer, non seulement partout, mais aussi en tout temps ?

Ces questions intéressent au plus haut point les philosophes et déjà Nietzsche y consacra une grande partie de son œuvre, par exemple dans son ouvrage « Par-delà le bien et le mal » où il évoque la généalogie des valeurs, seul fondement possible de leur existence.

Du coup, si l’on se place dans une perspective historique, impliquant que chaque acte soit apprécié uniquement avec les valeurs qui dominaient à l’époque où il fut commis, alors on doit s’interdire de réviser le jugement qu’on porte sur lui avec les valeurs actuelles et non avec celles du moment où il fut accompli.


- Mais alors finie l’universalité des valeurs : je dois accepter que mon jugement soit relatif à l’époque et ne relève pas d’une éthique universelle. Inutile de préciser que, vu du côté de l’opinion publique qui juge avec ses affects et non avec la science historique, penser que ceux qui accomplirent ces actes abjects sans états d’âme sont innocents des crimes qu’on leur impute ça révulse.

lundi 4 juin 2018

MATTEO SALVINI A PRÉVENU QUE « LE BON TEMPS POUR LES CLANDESTINS [ÉTAIT] FINI »

En Méditerranée, plus d'une cinquantaine de migrants noyés ce week-end

Lors d’un meeting à Vincenza, samedi soir, Matteo Salvini avait prévenu que « le bon temps pour les clandestins [était] fini ». « Préparez-vous à faire les valises », a-t-il assené… (Voir ici). Deux naufrages de bateaux de migrants tentant de rejoindre l'Europe ont eu lieu depuis samedi soir, l'un au large de la Tunisie, qui a fait au moins 47 morts, et l'autre au large de la Turquie, avec 9 morts dont 7 enfants. (Lu ici)

Et voilà au moins 50 migrants qui n’auront pas besoin de refaire leurs valises…
Le cynisme écœurant  de cette remarque a ceci de mauvais qu’il suscite une répulsion qui n’est pourtant plus vraiment naturelle aujourd’hui : 50 morts dans le chavirage d’un zodiac de migrants en méditerranée ? Qu’est-ce que ça nous fait ? Imaginez le contraste avec l’annonce de la mort de 50 passagers dans un naufrage de paquebot de croisière : là vous ressentez l’horreur ; là vous avez les larmes qui perlent ; là enfin vous commencez à vous indigner.
Tout ce qu’on dit de la valeur de la vie humaine n’a de réalité que si ça découle de l’imagination : « Mon enfant, mon petit, si beau si fort, si vivant : le voilà mort, noyé ! Aucun enfant de par le monde ne devrait finir ainsi, car tous les enfants ont la même vie et  le même droit à la vie que mon petit aujourd’hui disparu. »

--> Voilà le fondement des valeurs – de toutes les valeurs.

vendredi 11 mai 2018

A RUPTURE DE L’ACCORD IRANIEN VA CONDUIRE À UN MEILLEUR ACCORD (D. TRUMP)

Relevons d’abord cette affirmation trumpienne : « Dans le cas du nucléaire iranien, M. Trump « a prédit que la rupture de l’accord conduirait à un meilleur accord » (L.A. Times).
En termes plus théoriques, c’est l’idée que le conflit est un élément structurant dans le monde, et que le « coup de pied dans la fourmilière » est une stratégie gagnante – du moins lorsqu’on est en position de faiblesse, car on n’a alors rien  à perdre.
Le monde est un peu comme un kaléidoscope :

Par le jeu des miroirs, dans le kaléidoscope le désordre est générateur d’ordre. Alors, pourquoi pas en politique ? Notez que le hasard n’est pas tout à fait réalisé, parce que le pays qui se lance dans cette rupture aventureuse est en même temps celui qui a le plus gros potentiel militaire…


Si les Etats-Unis se lançaient dans une guerre contre l’Iran, cela pourrait coûter des milliards et la vie à de nombreux Américains. ». Declaration de Harry J. Kazianis sur Fox News

Bon – Maintenant supposez que vous cherchiez à dissuader monsieur Trump de risquer une guerre contre l’Iran : que diriez-vous ?  Que la guerre est cruelle et qu’elle ne rapporte que la misère et l’instabilité ? Qu’il ne faut pas espérer créer de l’ordre en mettant le désordre ?
Non – vous n’y êtes pas du tout. Vous avez seulement deux arguments à faire valoir :
            1 – Que ça va couter très cher, des milliards de dollars et que le retour sur investissement n’est pas du tout garanti.
            2 – Que ça va coûter la vie à de nombreux américains. Si seulement en effets on pouvait tuer les iraniens (ou des arabes) sans que ceux-ci se défendent, passe encore. Mais il va falloir aller au combat et donc risquer sa peau.
Attention ! Ne pas dire qu’on est dans un cas obéissant au pragmatisme américain, car tout dépend encore ici des valeurs qu’on choisit de défendre. Ou plutôt à l’absence de valeurs sauf à dire que le dollar et la nation sont les valeurs suprêmes de l’histoire.

Trump, c’est le nihilisme, la revendication en moins.