mardi 9 février 2021

En-deçà du bien et du mal – Chronique du 10 février

Bonjour-bonjour

 

De même que le délai de prescription des délits sexuels ne cesse pas de rallonger, passant de 20 à 30 ans à compter de la majorité de la victime pour les crimes de viols sur mineur; il peut également arriver que le crime prenne une gravité qu’il n’avait pas aux yeux de la loi au moment de son accomplissement.

A-t-on affaire à un abus de rétroaction de la loi ? La constitutionnalité des projets de loi a été vérifiée par les instances compétentes je n’y reviens donc pas. Par contre je veux mettre en cause l’évaluation des crimes d’abus sexuels par l’opinion publique : ce que nous révulse aujourd’hui était-il condamné avec la même force au moment de son accomplissement ? On a déjà évoqué la question pour un autre sujet lors de l’épisode « déboulonnage » de statues : Colbert était-il coupable d’avoir rédigé le Code Noir ? Georges Washington, le Père fondateur de la nation américaine qui possédait près de 200 esclaves, doit-il être déchu des hommages qui lui sont rendus ?

--> Autrement dit : a-t-on le droit de réviser le jugement historique porté sur ces personnalités en usant des valeurs qui sont les nôtres aujourd’hui et non à l’époque où elles vécurent ? Notre « Bien » et notre « Mal » sont-ils universels au point de s’imposer, non seulement partout, mais aussi en tout temps ?

Ces questions intéressent au plus haut point les philosophes et déjà Nietzsche y consacra une grande partie de son œuvre, par exemple dans son ouvrage « Par-delà le bien et le mal » où il évoque la généalogie des valeurs, seul fondement possible de leur existence.

Du coup, si l’on se place dans une perspective historique, impliquant que chaque acte soit apprécié uniquement avec les valeurs qui dominaient à l’époque où il fut commis, alors on doit s’interdire de réviser le jugement qu’on porte sur lui avec les valeurs actuelles et non avec celles du moment où il fut accompli.


- Mais alors finie l’universalité des valeurs : je dois accepter que mon jugement soit relatif à l’époque et ne relève pas d’une éthique universelle. Inutile de préciser que, vu du côté de l’opinion publique qui juge avec ses affects et non avec la science historique, penser que ceux qui accomplirent ces actes abjects sans états d’âme sont innocents des crimes qu’on leur impute ça révulse.

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