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jeudi 30 octobre 2025

Le bonheur, c’est simple comme un jour chômé – Chronique du 31 octobre

Bonjour-bonjour

 

« Le 13 janvier 1982, en conseil des Ministre, le gouvernement Mauroy instaure par ordonnance la semaine de 39 heures, inchangée depuis 1939, et la cinquième semaine de congé, durée établie depuis 1956. »

 

- Je veux rappeler ces faits, nés dans l’euphorie du retour de la gauche au pouvoir, pour qu’on mesure quelles désillusions ont constituées les réformes des retraites – et comprendre pourquoi leur rejet est si viscéral.

Notre culture identifie le progrès (social, économique, spirituel) à la réduction du temps de travail et à l’augmentation réciproque du temps libre. Il y eut même, dans la suite de ces lois un « ministère du temps libre », décrit par Wiki : « Le ministère du Temps libre est un ancien ministère français qui a fait partie entre 1981 et 1984 des trois gouvernements de Pierre Mauroy, entérinant en cela la volonté du président de la République nouvellement élu, François Mitterrand. »

 


« Le bonheur, c’est simple comme un jour chômé » – et le mouvement de 1968 a constitué l’apogée de ce credo.

Et aujourd’hui ?

- Nous on veut bien renoncer à un acquis social ; à des libertés individuelles ; à quelques points de pouvoir d’achat. Mais laissez-nous flemmarder en paix.

jeudi 15 mai 2025

Comment lutter contre la flemme ? – Chronique du 16 mai (1)

Bonjour-bonjour

 

Cet article publié dans le Point s’attaque à l’épineuse question du goût pour le travail, sorte de tendance spontanée à consentir des efforts. En être dépourvu c’est subir la flemme, attitude illustrée par cette image :

 


… où l’on voit une jeune femme sommeillant, un smartphone dans les mains, un ordinateur ouvert à ses pieds tandis que ses lunettes et une tasse de café reposent sur des livres entassés au sol.

Teddy Mayeko, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université de Cergy Paris et auteur de l'ouvrage « Le goût de l'effort. Cette chose essentielle avec laquelle il nous faut renouer » observe : « On opère une forme de cloisonnement mental entre d'un côté le travail qui nécessite rigueur, sérieux, abnégation et de l'autre, le plaisir, exclusivement réservé au domaine du jeu et de la distraction. »

Pour lutter contre cette dichotomie, « un conseil à donner aux parents est de relier très tôt l'effort à la notion de curiosité et de découverte » selon David Gourion. « Transmettre l'idée, par exemple, qu'il y a du plaisir à faire des mathématiques, à faire du codage informatique, à jouer aux échecs ou que la littérature est un formidable terrain de jeu, ouvrant des champs considérables pour développer sa compréhension du monde ». 

L’article cité détaille ces plaisirs éprouvés au cours des efforts liés au travail intellectuel qui développe les capacités artistiques, intellectuelles, physiques, cognitives, etc.

 

- Le philosophe se souviendra à cette occasion de l’opposition opérée par Freud entre le plaisir, purement gratuit, et le travail lié au besoin et soumis à la dure loi de la nécessité.

Suffirait-il donc de déplacer la frontière qui sépare le plaisir du travail, à la faire empiéter sur ce dernier pour que du coup l’activité laborieuse devienne aussi légère qu’une plume au vent ?

De son côté la position de l’Église depuis Léon XIII et sa célèbre encyclique Rerum Novarum (1891) souligne la nécessite de réglementer le travail et de faire du plaisir ce qui vient pardessus-le-marché. Quant au capitalisme nous le voyons encore aujourd’hui juger le travail comme un moyen de s’enrichir – passion jugée fondamentale chez les hommes.

Après tout si comme le suggère cet article la recherche du plaisir peut s’accorder avec l’exercice d’un travail pourquoi ne pas en profiter ? Mais alors soumettons la recherche d’un travail à ce souci de le rendre compatible avec la réjouissance et faisons-lui une place dans les items de parcoursup.

lundi 14 novembre 2022

Travailler moins pour vivre plus – Chronique du 15 novembre

Bonjour-bonjour

 

Ça y est, les amis – J’ai enfin appris ce que signifie le verbe « chiller » ! Lorsque nos ados disent : « Je vais à la brass’ pour chiller avec des potes », ça veut dire « Je vais prendre du bon temps, ne rien faire, et même faire la fête »

Ce nouveau vocable est devenu tendance depuis quelques jours, quand une enquête sur l’attitude des français par rapport à leur travail a mis en évidence le progrès du « quiet quitting » terme signifiant qu’on va mettre au premier plan les loisirs au détriment du travail. D’ailleurs, ce terme anglais montre que le phénomène a sévi aux Etats-Unis avant de venir jusque chez nous.

Alors, c’est vrai depuis le confinement et le télétravail le rapport à l’entreprise s’est anémié : plus de réunions avec les collaborateurs, plus de regard polisson sur le décolleté de la voisine de bureau - ou sur le croupion du stagiaire (= parité oblige), plus de repas à la cantine à midi avec les collègues. Mais tout cela n’est que détails devant une situation beaucoup plus profonde qui fait qu’à présent, la vraie vie est ailleurs que dans l’atelier ou l’entreprise, et que même l’argent ne suffit plus pour compenser le temps à vivre rongé par le taf (1). On a d’ailleurs entendu parler depuis longtemps de ces jeunes médecins qui ne veulent plus de semaine de 60 heures comme leurs ainés. Ils veulent, comme tout le monde, avoir du temps pour vivre avec leur famille et leurs amis le week-end ou à l’heure de l’apéro ; certains prétendent même pouvoir aller chercher leurs enfants à l’école.

- J’en étais là de mes réflexions quand je lis ceci : « Le patron de Tesla, Elon Musk, comparaît devant la justice américaine cette semaine, accusé par un actionnaire d'avoir frauduleusement "gonflé" sa rémunération - 56 milliards de dollars - alors même qu'il ne se consacre qu’à temps partiel à Tesla. » « Quoi ? », me dis-je « Elon Musk, lui aussi veut chiller ? Il n’accorde à son entreprise que des miettes de son temps ? Et que fait-il avec le reste ? Joue-t-il au baseball ? Drague-t-il des minettes ? Est-il en congrès avec ses ingénieurs ? »

Je ne sais – Par contre je sais que ce que les actionnaires lui reprochent c’est justement ça : qu’il ait du temps libre au-delà du temps contraint pour lequel il est payé. Marx analysant le salaire disait en substance que l’ouvrier loue sa force de travail à son patron en sorte que celle-ci soit entièrement dépensée au cours de la journée, le reste du temps étant exclusivement consacré à la reconstitution de ces forces pour recommencer le lendemain – le coût de cette compensation étant la mesure du salaire « naturel ».

La formule bien connue du temps de Nicolas Sarkozy « Travailler plus pour gagner plus » et devenue « Travailler moins pour vivre plus » : c’est quand même étonnant de voir que depuis le 19ème siècle, les revendications des travailleurs n’ont pas changé – et que même la société de consommation n’y a rien fait du tout !

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(1) « Taf » = Travail à faire. Je parle jeune aujourd’hui.