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vendredi 7 août 2026

What is watt ? – Chronique du 8 aout

Bonjour-bonjour

 

Déclaration de Pauline Ferrand-Prévôt : « On avait comme mission de rouler à notre allure, pour garder les watts qu'on pouvait. » (lu ici)

Décidément, ces watts, ils sont partout ! Précédemment limités aux appareils électriques (un lave-linge consomme environ 1500 watts) les voici logés dans les jambes de nos jolies cyclistes où ils sont censés constituer une certaine puissance entendue comme « la quantité de travail qu’elles sont capables de délivrer » (définition officielle).

Si l’on admet cet usage de l’unité scientifiquement mesurable pour évaluer la quantité d’énergie fournie par un individu, je demande jusqu’où on va aller dans cette direction ?

--> Par exemple, un contrat de travail pourra-t-il exiger d’un jardinier qu’il fournisse l’équivalent de 3000 watts par jour à désherber les jardins ? Si c’était le cas, finie la semaine de 35 heures ! Bonjour la semaine de 15000 watts !

Je ne sais pas si les travailleurs y gagneraient, car à l’heure actuelle, il suffit d’être présent sur son lieu de travail pour être réputé y travailler ; qu’importe l’effort, lorsque l’objectif est atteint, place aux jeux vidéo pour attendre tranquilement l’heure de la pose – tandis qu’aujourd’hui, grâce à un compteur de watts discrètement branché sur votre cerveau, votre chef saura à quoi vous aurez utilisé votre après-midi.

Et puis, qui dira la norme en matière de dépense de puissance ? Combien la production de ce Post me coûte-t-elle de watts ? Tout le monde s’en fiche me direz-vous ? Soit mais attendez la campagne des élections de 2027 :

« Je vous promet de consacrer 300000 watts pour résoudre la crise économique où la France est enlisée ! »

Hum… Je me demande si cela suffira ? Ne faudrait-il pas avoir en outre beaucoup de Pauline Ferrand-Prévôt qui pédalent en cachette ?

mardi 17 juin 2025

5 Bugatti = 1 Rafale – Chronique du 18 juin

Bonjour-bonjour

 

Les chroniques du salon du Bourget étant ces jours-ci alimentées par des informations militaires venues du Moyen-Orient, l’annonce du développement d’un nouveau moteur pour le Rafale retient l’attention.

On trouve des indications fort techniques avec des kilotonnes de poussées et des développements de la « post-combustion », je m’en tiendrai à des équivalents approximatifs (qu’on veuille bien me le pardonner) :

Dans sa version actuelle, le Rafale « est propulsé par un biréacteur Snecma M88-2 qui délivre 58 550 newtons de poussée, soit un équivalent en puissance de plus de 5700 chevaux (à 260 km/h NDLR). » (Art. Wiki.)

« Safran lance une évolution de son moteur M88 baptisée M88 T-REX. Compatible avec les futurs standards du Rafale de Dassault Aviation, ce moteur capitalisera sur la fiabilité et les performances du M88 tout en repoussant ses limites avec une poussée augmentée à 9 tonnes avec post-combustion. » (Lu ici)

Voici la photographie de ce moteur :

 

 

Moteur M88 T-Rex du futur Rafale

(Notons la présence de personnages (à la droite de l’image) qui donnent l’échelle.)

 

- Impressionnant, non ?

Toutefois, et pour relativiser, notons que le moteur de la Bugatti Chiron développe 1 500 chevaux et propulse l'engin à 420 km/h – soit 4 moteurs Bugatti pour propulser un Rafale. 

- 4 Bugatti ? Seulement ? Disons 5 pour la nouvelle version, et basta ! Ça change quoi ? Quelle idée avons-nous de la puissance développée par ces moteurs ? A quelle expérience familière comparer ces performances ?

Par exemple, si je dis qu’il faudrait 12 C4 Citroën comme la mienne pour animer une seule Bugatti et donc 60 pour faire décoller un Rafale – aurais-je progressé dans l’imagination ? Imaginer un attelage de 60 voitures tractant un seul petit (tout-petit) avion, est-ce que ça parle encore ?

Je crois qu’il faut avoir l’esprit d’un jeune, très jeune enfant pour se faire une pareille image.

jeudi 9 juin 2022

Fin des moteurs thermiques en 2035 – Chronique du 10 juin

Le parlement européen a validé ce mercredi 8 juin 2022 le texte sur la fin de l'autorisation de vente des véhicules à moteur thermique en 2035. Une mesure en faveur de la réduction des émissions de CO2, dans le cadre du Green Deal.

Lire ici

 

Bonjour-bonjour

 

Dès 2035 il sera interdit de commercialiser des véhicules neufs à moteur thermique.

Si on considère le fardier de Joseph Cugnot comme le premier véhicule à moteur thermique puisqu’à vapeur, c’est une histoire commencée en 1770 qui s’achèvera en 2035 – soit 265 ans

 


Devant un pareil bouleversement, on se demande quelles conséquences cela pourra avoir sur nous : il ne s’agit sûrement pas de modifier nos modes de déplacement, les voitures électriques étant conçues pour être en tout point identiques aux véhicules vroum-vroumant dont nous disposons depuis si longtemps. Par contre c’est encore en termes de statut social que ça peut être sensible. Car ce n’est pas par hasard que j’ai choisi de faire figurer une Ferrari : non pas parce qu’elle est à l’origine d’une amendement contesté (cf. art. cité) mais bien parce que son prestige vient dans une large mesure du bruit grave et caverneux de son moteur à bas régime. Imaginerait-on une Ferrari (ou une Lamborghini) faisait un bruit de Thermomix (1) ?

Je sais qu’il est possible de synthétiser et de diffuser un son analogue à celui que produisent ces moteurs de compétition – de même que les claviers électroniques peuvent être échantillonnés à partir d’un Steinway. Mais enfin, qui donc se contenterait de cela ? Et quelle humiliation de falsifier ainsi la manifestation de la puissance ! 

- Car c’est bien de cela qu’il s’agit : il nous faut une preuve de notre puissance, et cela commence dans les pissotières de l’école où les gamins comparent la longueur de leurs zizis.

Faudra-t-il désormais bomber le torse en démarrant dans le bruissement aristocratique de la Tesla model X à 750 kW (=  1020 ch) ?

Oui, sans doute. Mais nos créatifs de la pubs vont avoir du boulot pour faire passer ce message.

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(1) Notez que j’ai choisi un appareil luxueux et fort bruyant à l’usage.

dimanche 3 avril 2022

Perdre, oui – mais comme une femme ! – Chronique du 4 avril

Bonjour-bonjour

 

Pour un homme de ma génération, étudiant des années 60, Valérie Pécresse incarne ces étudiantes un peu pincées, un peu pimbêches, mais qui, avec le temps, deviennent finalement plutôt sympathiques.

Son dernier meeting la montre en tout cas se mettant à nu (moralement j’entends) dans un effort de sincérité plutôt sympathique. Faisant allusion à son meeting raté du Zénith, elle déclare : « J'ai voulu faire un discours comme un homme avec des mots puissants, des mots d'hommes », ce qui a signé son échec. « J'ai décidé depuis de faire cette campagne de manière totalement différente, de manière libérée et a cappella » (Lire ici)

 

A cappella : j’aime cette expression, qui évoque le refus de la claque qui braille des slogans pour rythmer le meeting ; et libérée du modèle imposé par les hommes : bye-bye, la clique à Ciotti !

Et en se présentant comme une femme, à quoi ressemble Valérie Pécresse ?  Écoutons-la :  « Vous m'avez vu gagner. Vous m'avez vu trébucher. Vous m'avez vu me relever. Vous avez découvert ma résistance. Ma vérité. Je ne lâche rien. Ce courage, je veux le mettre à votre service ». La candidate Pécresse est une résistante. Non pas comme on le dit de façon méprisante « un brav’ petit soldat » : ça, c’est répugnant de condescendance. Mais courageuse, habituée à tomber et à se relever, sachant que le plus important c’est d’arriver même si c’est au terme d’une longue marche.

 

Dans les années 80 on se demandait comment les femmes allaient assumer les rôles dirigeants vers lesquels elles cheminaient – notre imagination les voyant tantôt comme des super-women – telles que les décrit la chanson de Michel Sardou (1) ; et tantôt comme des ménagères de moins de 50 ans, faisant face à l’adversité avec leur patience et leur ténacité. La femme qui se remet au travail 5 jours après avoir accouché, comme Rachida Dati. Dans tout cela l’essentiel était de cadrer encore et toujours avec l’image de « La Femme ». 

Aujourd’hui les choses ont bien changé : tout le monde se moque de savoir si le prochain Président sera ou non une Présidente ; ce qui compte c’est de savoir quelle politique il/elle va impulser dans le pays. Croyez-vous qu’on s’intéresse au fait que Marine Le Pen soit une femme ? Elle adore ses chats – bon, et alors ? Moi aussi j’aime mon chat et bien d’autres mecs alentour.

Oui, l’erreur de Valérie Pécresse c’est de se croire obligée de signaler que c’est en femme qu’elle candidate à la Présidence : car aujourd’hui ça n’a plus aucune importance.

- C’est ça le triomphe du féminisme. Et l’oublier, c’est ça l’erreur de certaines femme.

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(1) Femme des années 80s par Michel Sardou à écouter ici.

lundi 13 décembre 2021

Le shérif est en prison – Chronique du 14 décembre (1)

Bonjour-bonjour

 

Le lundi 13 décembre Claude Guéant, ancien ministre de l’intérieur, bientôt 77 ans, a passé sa première nuit en prison au « quartier des personnes vulnérables » de la prison de la Santé, à Paris. Il pourrait y rester neuf mois.

 


Condamné pour avoir piqué dans la caisse quand il était Ministre de l’Intérieur et incapable de payer les amendes aux quelles il a été condamné, son aménagement de peine a été révoqué et le voici embastillé comme tous ceux auxquels il a eu affaire quand il était le chef de toutes les polices. On verra ici le détail de ses forfaitures mais j’insisterai sur le décompte de ses ressources expliquant qu’il ne pouvait pas rembourser les sommes auxquelles il était astreint. 

 

- Car c’est là qu’on voit la déchéance d’un homme considéré jusqu’ici comme un puissant, un de ceux dont le nom suffisait à faire trembler tous ceux qui s’opposaient à lui. Car aunjourd'hui monsieur Guéant est fauché : son porte-monnaie est vide, autant que celui d’un étudiant qui sort de chez Lidl. « Faites les comptes dit-il aux enquêteurs : 5500 euros de pension, moins 3000 euros sont payés chaque mois au Trésor public ». Là-dessus les versements sont majorés et son avocat le dit : « Il paye ce qu’il peut payer, c’est-à-dire 3 000 euros par mois, il n’a pas d’argent caché donc il ne peut pas payer plus, et malgré ça, on a décidé qu’on l’enverrait en prison »

 

Y a-t-il plus humiliante déchéance que celle qui consiste à se retrouver au niveau des traine-misères, mêlé avec tous ceux qui sont en bas de l’échelle sociale ? Puyi, le dernier empereur n’a échappé à l’exécution capitale qu’en acceptant de devenir jardinier puis bibliothécaire à 100 yuans par mois.

Et voilà donc monsieur Guéant obligé de montrer ses comptes aux magistrats et de les supplier de ne pas l’envoyer en prison – car il n’y a plus de prison pour dette !

Oui, c’est vrai, il n’y a plus de prison pour dette, mais il y a de la prison pour non observance de la peine à laquelle on est condamné. Et puis on a du mal à croire monsieur Guéant quand il affirme ne pas avoir d’argent caché. Car c’est bien lui qui, en 2015, a été pris en flagrant délit avec l’encaissement de 500000 euros à l’origine est suspecte. Voilà qui rend méfiant, d’autant qu’avec un aplomb exceptionnel il a justifié cette somme en affirmant qu’elle provenait de la vente de deux tableaux dont tous les témoins ont dit qu’ils ne valaient pas cela (1).

On est presque soulagé d’apprendre que les fins de mois difficiles d’un haut dignitaire du pays ne sont que mensonges et tromperie. Imagine-t-on le Prince Albert obligé de mettre au Mont de Piété les bijoux de la couronne ?

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(1) Selon les Inroks il s’agit de deux peintures de Van Eertvelt ne dépassent pas les 35 000 euros sur le marché de l’art.

mercredi 22 septembre 2021

Quand donc les hommes vivront-ils d’amour ? – Chronique du 23 septembre

Bonjour-bonjour

 

Ça y est ! on en a fini avec cette malheureuse histoire des sous-marins français ! La preuve : les attaques politiques, après avoir plu sur l’Australie et les Etats-Unis, s’abattent maintenant sur Gouvernement français lui-même. On connait les propos durs et humiliants des opposants à Emanuel Macron après son coup de fil à Jo Biden ; écoutons à présent les déclarations de Boris Johnson « Je pense qu'il est temps pour certains de nos amis les plus chers dans le monde de prendre un grip (1) à propos de tout ça »

- Mais surtout, Naval Group a publié le communiqué suivant : « L'Australie a résilié le contrat pour « convenance », ce qui veut dire d'ailleurs que nous ne sommes pas en « faute ». C'est un cas qui est prévu dans le contrat et qui donnera lieu à un paiement de nos coûts engagés et à venir, liés à la 'démobilisation' physique des infrastructures et informatique ainsi qu'au reclassement des employés. (...) Nous ferons valoir tous nos droits ». Autrement dit, l’heure est au bilan final, lequel passe par les dédommagements économiques. Pour le bilan diplomatique, on verra après la rencontre franco-américaine fin octobre en Europe.

- C’est donc l’heure du bilan. On constate que l’échec français résulte de l’écart entre ses ambitions et la réalité : sur le plan diplomatique, la France ne peut espérer une place mondiale plus élevée que son rang économique ne le lui permet. C’est d’ailleurs une constante historique et nous-mêmes l’avons bien fait sentir aux Anglais en ricanant devant leur prétention à se hisser à la hauteur des États-Unis dans la nouvelle alliance AUKUS (2). 

- On s’interroge tout de même : s’agit-il d’une nouvelle guerre froide entre un bloc « occidental » en la Chine ? Ou pour parler plus clairement, sommes-nous en train d’assister à la renaissance des alliances entre les États dressés les uns contre les autres et opposants leurs puissances de feu ? Des spécialistes de ces questions croyaient que les conflits mondiaux ne se feraient qu’entre zones d’influence aux contours flous et mouvants. Ils auraient donc tort ?

 

Kant croyait que la paix perpétuelle adviendrait le jour où les pays constateraient que leur prospérité passe par des relations commerciales apaisées avec leurs ennemis devenus leurs partenaires. On voit qu’il avait tort de négliger les conflits incessants pour dominer le marché.

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(1) to "get a grip" = se ressaisir

(2) Les États-Unis, ont annoncé mercredi avec l'Australie et le Royaume-Uni un vaste partenariat de sécurité dans la zone indo-pacifique. «La première grande initiative de (ce nouveau pacte appelé) "AUKUS" sera de livrer une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire à l'Australie» (lu ici)

mercredi 17 février 2021

La jaguar ne rugira plus – Chronique du 18 février



 

 Bonjour-bonjour

 

Non, cette formule n’est pas un message codé de Radio-Londres. C’est un simple constat qui fait suite à l’information suivante : la Jaguar deviendra 100% électrique dès 2025.

Un moteur électrique, ça signifie des démarrages dans un léger bruissement, des accélérations sans bruit caverneux de cylindres, des passages tellement silencieux qu’ils en deviennent dangereux pour les piétons. Certains applaudiront cette nouveauté ; d’autres la regretteront : une Jaguar, c’est d’abord le son caractéristique de son moteur – et on en dirait autant de Ferrari, de Lotus etc. autres voitures de rêve vouées au basculement vers l’électrique,  au risque d’être confondues avec les véhicules des postes.

Mais en dehors cette perte d’identité, ce qui se perd ici c’est le signe de la puissance, le symbole du pouvoir non seulement sur la route mais aussi sur la société.

Bien sûr, le luxe inimaginable de ces belles voitures devrait suffire à afficher la valeur sociale de leur propriétaire. Mais justement : si les moteurs cessent de clamer l’extraordinaire puissance de ces voitures, les personnes qui restent à l’extérieur ne peuvent avoir la moindre l’idée de leur luxe.

Mais surtout, ces coups d’accélérateurs qui déclenchent le tonnerre ne sont pas des signes abstraits : ce sont des manifestations concrètes de la puissance. Quel sentiment de puissance quand le plus petit appui du pied sur la pédale de l’accélérateur déchaine le rugissement des cylindres amplifié par le pot d’échappement en bruit rageur et profond à la fois ! C’est que la puissance se mesure à l’écart entre la faiblesse de l’effort rapporté au gigantisme de son effet.

 

Un exemple ? Voici : dans la Création, l’oratorio de Haydn (à 9m15 de la vidéo à écouter ici) on est dans le premier numéro du livret : la terre est encore plongée dans l’obscurité. C’est alors que Dieu dit : « Es werde Licht ! Und es ward Licht » (Que la lumière soit / Et la lumière fut) : le chœur murmure les mots und es ward, et se déchaine dans une clameur soutenue par l’orchestre avec timbales et trompettes quand vient le mot LICHT. Ce fortissimo qui succède au pianissimo fait ressortir la modicité de l’effort déployé par le Créateur pour produire ce déferlement de la lumière. C'est une formidable leçon de théologie qui nous donne une idée de la puissance divine : Jaguar devrait bien s’en inspirer !

vendredi 2 octobre 2020

La roue de la fortune – Chronique du 3 octobre

Bonjour-bonjour

 

La contamination du président Trump par le coronavirus – ainsi que son hospitalisation –  inspire les pires quolibets sur les réseaux sociaux. C’est tellement facile et tellement petit d’attaquer un homme déconfit. Mais il y a quand même un tweet qui donne à réfléchir, c’est celui-ci : « Trump qui attrape le Covid juste après s’être moqué de Biden qui porte des masques, c’est tellement 2020 ».

Oui, voir des situations parfaitement établies se retrouver les pattes en l’air en l’espace d’un instant ; des pronostics démentis, des hommes qui étaient en haut de l’échelle être jetés en bas : depuis le début de l’année nous assistons, parfois incrédules, parfois effrayés, à ces bouleversements.

Mais il ne s’agit que du retour d’une très ancienne conception de la vie sociale, telle que le Moyen-âge en a élaboré, et connus sous le nom de « Roue de la fortune » :

 


 Hortus deliciarum, XIIème siècle


"Notre nature, la voici, le jeu interminable auquel nous jouons, le voici : / tourner la Roue inlassablement, prendre plaisir à faire descendre ce qui / est en haut et à faire monter ce qui est en bas." Boèce Consolation Philosophie (II, prose 2). Ici, Fortune actionne la roue depuis son trône, tandis que les puissants qui règnent sur le monde doivent s’apprêter à en tomber. C’est bien sûr un thème chargé d’idéologie, puisque la déchéance des puissants qui détiennent le pouvoir temporel est un thème répandu par l’Église du Moyen-âge. 

 

Mais pour nous, cette idée que rien n’est jamais établi, ni la misère, ni la fortune, que tout change et que rien ne nous permettra de conserver notre positon dominante et très étonnante, parce qu’elle contredit notre prétention à tout prévoir et à tout contrôler. C’est cela que nous a appris l’année 2020 : non seulement notre prétention à prévoir le futur immédiat est démentie, mais même imaginer les titres de la presse du lendemain est fort risqué.

Alors, faute de prévoir l’imprévu, pouvons-nous au moins y parer ? L’épidémie de la covid nous montre que c’est impossible. Le champ des possibles s’est d’un seul coup ouvert largement sur des horizons terrifiants.

 

Souvenons-nous qu’au Moyen-âge alors que les prévisions n’étaient pas très fiables, le plus sûr était de s’en remettre à Dieu et à ses saints ; peut-être devrions-nous faire de même ?

Mais les opposants à Donald Trump y ont déjà pensé : à l’annonce de son hospitalisation certains ont twitté « Ruth Bader Ginsburg vient d’avoir sa première audience avec le Bon Dieu ». (2)

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(1)  On imagine aujourd’hui que cette roue dont l’image reste vivante à travers le jeu de « Truc à gratter » ne peut que faire monter et jamais descendre. On laisse de côté le jeu de Tarot et la signification que cette carte y prend).

(2) Ruth Bader Ginsburg est cette juge de la Cour Suprême américaine, icône de la défense des femmes qui vient de mourir et que le Président s’efforçait de remplacer par une personnalité ultra-conservatrice

samedi 7 septembre 2019

LE "NO DEAL" BLOQUÉ PAR LES LORDS REPLACE LA REINE ELISABETH II AU CENTRE DU JEU

1 – Une semaine après avoir dû approuver la suspension du Parlement par Boris Johnson, la souveraine va devoir approuver le texte de loi adopté ce vendredi par la Chambre des Lords, visant à bloquer une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord. (Lire ici)
Approuver les opposants de Boris Johnson après avoir approuvé Boris Johnson ?
Et alors ? Il s’agit simplement de savoir si le nouveau texte invalide le précédent : ce qui n’est sûrement pas le cas, sauf à croire que la Reine doive absolument porter un avis sur les personnes qui élaborent le texte qu’elle doit valider – les personnes et non les textes.
Mieux vaut s’intéresser au mécanisme qui explique ce procédé :
2 – La règle qui prévaut au Royaume-Uni est, en apparence, simple : la reine règne, mais le Premier ministre gouverne. (idem)
Ainsi, le monarque parlementaire règne mais ne gouverne pas, ou pour reprendre la formule exacte d'Adolphe Thiers : « Le roi n'administre pas, ne gouverne pas, il règne. »
On explique alors que le Roi incarne le pouvoir exécutif alors qu’il continue d’exercer le pouvoir législatif. Dans la tradition biblique c’est l’Esprit saint qui exécute la volonté du Seigneur, le quel n’a qu’à vouloir pour que sa volonté soit loi. Dans la réalité historique, cette volonté peut être dévolue à des hommes qui représentent le summum du pouvoir, roi ou bien peuple,  et dans ce cas le monarque doit se contenter d’être symboliquement détenteur de l’exécutif.
Et tout cas, retenons que la puissance s’exprime par l’absence d’action. Ce n’est pas le « Tout-Puissant » qui va mettre ses mains dans le cambouis, affronter la colère du peuple et s’imposer par la force. Gouverner serait le rapprocher du profane et du haut de son Olympe, Jupiter règne trônant dans sa gloire, mais il n’a pas besoin de gouverner.
Rappelons que de Gaule disait : « L’intendance suivra »

samedi 9 juin 2018

DONALD TRUMP A INVOQUÉ DES QUESTIONS DE "SÉCURITÉ NATIONALE" POUR JUSTIFIER LA SURTAXE SUR LES MÉTAUX CANADIENS.

« Donald Trump s'est entretenu, la semaine passée, avec Justin Trudeau. L'objet de leur échange : les nouveaux tarifs douaniers imposés par les Etats-Unis.
Le Premier ministre canadien l'interroge alors sur cette hausse qu'il juge invraisemblable, voire "insultante". Ce à quoi, le président américain répond qu'il s'agit d'une "question de sécurité nationale", avant d'ajouter : "N'avez-vous pas brûlé la Maison Blanche, les gars ?"
Donald Trump semble faire référence à un incendie qui embrasa la demeure du président des Etats-Unis en... 1812 ! Seulement, s'il est vrai que l'édifice a bien été incendié à cette date pendant la guerre, ce n'est pas le Canada qui en était à l'origine.
Et pour cause, le voisin des Etats-Unis n'était pas encore un pays indépendant, mais une colonie britannique. Le Canada n'est devenu une Nation qu'en 1867. Ce brasier était une réponse des soldats britanniques en représailles à une attaque américaine sur York, Ontario, un territoire devenu par la suite canadien, affirment les historiens. » (Lu ici)

On m’excusera de citer un peu longuement ce commentaire d’un échange entre le Président américain et le Premier Ministre canadien : c’est le seul moyen de se persuader que cette conversation a bien eu lieu, que ce n’est pas une de ces « fake news » à la mode.
Oui, cette arrogance du Président américain assortie de cette incompétence est réelle. On connait la formule de Michel Audiard « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. » et on imagine que c’est une insulte et rien de plus. Mais ici c’est pire : on se dit que – Oui, le vrai Président des USA est assez ignorant pour croire que le Canada existait réellement en 1812.

Mais cette information recèle une autre leçon : c’est que, quelle que soit le degré d’absurdité de l’accusation américaine, il suffit qu’elle existe pour devenir une réelle menace.

En réalité, cette histoire n’est autre qu’une nouvelle version de la fable de La Fontaine « Le loup et l’agneau » : toutes les accusations du loup à l’encontre de l’agneau sont des mensonges ou des erreurs grossières ; mais il n’importe. Car ce que veut le loup il l’aura : c’est dévorer l’agneau. Après tout pour le puissant, se justifier auprès de faible est déjà une concession exorbitante. Alors que cette justification soit n’importe quelle bêtise, quelle importance ?