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jeudi 26 mars 2026

Loana : l’enfer c’est quand les autres ne sont plus là – Chronique du 27 mars

Bonjour-bonjour

 

Pauvre emblème de la téléréalité, la starlette Loana, élue vainqueur en 2001 dans la première émission de ce genre en France vient de mourir sous la lumière des échos de ses aventures diffusées régulièrement dans les médias.

Toute son existence aura été irriguée par ces éclats de lumière alternant les périodes où, rendue à son anonymat elle succombait à l’indifférence : successivement styliste, mannequin, exploitante commerciale, chanteuse, ses entreprises tombent rapidement dans l’oubli. « Je suis Loana du Loft » disait-elle pour réactiver le souvenir et donc l’existence à laquelle elle pouvait faire référence.

Sans faire appel aux crises psychiatriques dont elle fut victime, son histoire nous rappelle que les médias ne font qu’activer la force de la renommée soutenue par la diffusion de son intimité : rien d’elle n’était ignoré, du moins c’est ce qu’on disait – après tout elle était « née » dans une émission où les caméras permettaient à tous de voir les concurrents dans leur vie intime 24 heures sur 24 ; et sa célébrité vint d’un rapport sexuel filmé dans son intégralité.

- Les philosophes ont médité sur l’existence issue de ce que les autres ont vu ou pensé de nous. Sartre en fera des romans : « l’enfer c’est les autres », et Loana le confirme à ses dépens : le pire c’est encore quand ils de détourent de vous.

Mieux vaut être une image qu’une personne réelle, parce que l’image existe pour les autres, alors que la personne réelle existe pour elle-même. 

jeudi 14 novembre 2024

Pour néant pense qui ne contre-pense – Chronique du 15 novembre

Bonjour-bonjour

 

Adèle Van Reeth, la directrice de Radio-France est une femme heureuse. Bien que chahutée par le personnel des stations de radio-France à la suite de sa réorganisation de l’antenne –  avec à la clef une motion de défiance votée par le personnel –  la voici à la tête de France-Inter et de France-info, les deux meilleures audiences mesurées par Médiamétrie.

Dans son élan d’enthousiasme, elle a déclaré : « Le cap que nous suivons est plébiscité : être un média ouvert, joyeux, populaire, qui invite à penser contre soi-même et à se tourner vers l’avenir… sans oublier tout le plaisir que la radio peut procurer. Quelle joie ! ».

« Penser contre soi-même » : diable ! D’où lui vient ce paradoxe, et comment peut-elle se féliciter de pouvoir l’appliquer aux antennes que sont France inter et France info ?

- Notons d’abord que la formule « pour néant pense qui ne contre-pense » est connue pour venir de Montaigne et plus largement, car c’est une formule assez diffusée à l’époque, de la philosophie médiévale, quand des professeurs de scolastique utilisaient la méthode des débats avec argumentation « pro » et « contra », à savoir qu’on devait aléatoirement soutenir les points de vue favorable ou au contraire défavorable à la même thèse. Montaigne qui est en effet imprégné de cette méthode, admettait que nos points de vue habituels sont peut-être relatifs et que le point de vue contraire au notre pourrait bien être recevable : son relativisme était en fait nourri de l’idée que la vérité déborde peut-être le champ de notre savoir, et que des thèses apparemment opposées n’y sont en réalité que les divers aspects de la réalité.

- Bref : comment comprendre que ce soit là un secret de la réussite des stations radios ?

Faudrait-il admettre que le statut de service public comporte l'obligation de donner une  pluralité d'informations parce que c’est justement cette largeur de vue qui permet aux citoyens de forger leur opinions ? Les auditeurs de radio France se verraient proposé une ouverture la plus large des problèmes actuels, alors que ceux des autres médias seraient comme des indiscrets qui se contentent de ce qu’on voit par le trou de la serrure.

 


Dans ce cas, nous ouvrir à la complexité du monde serait bien un service à demander au service public.