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lundi 9 juin 2025

Adieu veaux, vaches, cochons etc… – Chronique du 10 juin

Bonjour-bonjour

 

Réduire de moitié le nombre d'animaux tués … permettrait de diminuer … la souffrance animale… » affirme L214 dans un rapport publié mardi. (Lu ici)

 

Je n’ai quant à moi rien à objecter au projet de réduire le nombre d’animaux d’élevages tués dans nos abattoirs avec pour objectif, entre autres, de diminuer la souffrance animale. Après tout, la diététique le montre : un régime beaucoup moins carné aurait sans doute des effets bénéfiques sur le long terme. 

- Le philosophe aurait quand même un petit grain de sel à mettre là-dedans. C’est qu’en réduisant le nombre d’animaux abattus, on ne peut sérieusement réduire du même coup la souffrance animale – car on réduirait en même temps le nombre d’animaux existants. Les millions de cochons à qui on épargnerait l’abattoir ne bénéficieront pas de cette mansuétude parce qu’ils n’existeront tout simplement pas. Où sont donc aujourd’hui les milliers de chevaux fourbus à qui on a évité de tirer le fiacre – en le replaçant par la voiture à pétrole ?

 

Ce qui soulève un problème philosophique bien connu de l’antiquité grecque, tel que rapporté par Sophocle : « Mieux vaut cent fois n'être pas né ; mais s'il nous faut voir le jour, le moindre mal est de s'en retourner là d'où l'on vient. » Connaissant les malheurs inévitables que ma future existence me promet, devrai-je renoncer à être, ou bien à la façon des héros tragiques préférer l’existence avec l’affrontement perdu d’avance des forces du mal ?

- En toute modestie je ne prétends pas reprendre à mon compte le débat là-dessus, mais simplement poser la question du transfert d’une problématique philosophique des hommes vers les animaux. Là où l’homme peut être imaginé scrutant les malheurs que son avenir lui réserve et maudissant le destin qui l’a fait naitre, admettrons-nous que le goret ou le poulet en fasse de même à la vue de l’abattoir qui les attends ?

Qu'en pense donc L214 ?

jeudi 8 décembre 2022

Débat sur l'enthanasie : « Plutôt souffrir que de mourir » – Chronique du 9 décembre

 Bonjour-bonjour,


Qui veut être euthanasié ? Ceux qui endurent des souffrances sans espoir de guérison ? Ceux qui vivent encore mais au prix de la perte de tout ce qui fait la dignité d’un être humain ?

 

Les débats de la Convention citoyenne (1) vont sans doute se focaliser sur cette notion de « dignité », tant elle revient constamment dans les propos qui entourent la loi sur la fin de vie.


- Dignité et non souffrance : alors qu’on imagine toujours que réclamer l’euthanasie soit systématiquement lié à des souffrances rebelles aux traitements, les enquêtes d'opinons laissent apercevoir une tout autre réalité : c’est la perte d’autonomie, la dépendance, l’effacement des capacités qui faisaient l’essentiel de la vie des personnes qui prime. L'exemple suivant montre que la paralysie, la perte de la parole, de l’autonomie pour tous les actes de la vie – à commencer par celui de s’alimenter – sont déterminants, quand bien même nulle souffrance physique n’accompagnerait ce triste tableau. 

 

On comprend alors la difficulté qu’il y a à légiférer si l’on doit prendre en compte de tels handicaps, qui ne sont mesurables par aucune échelle médicale – comme lorsqu’il s’agit de souffrances mesurables « sur une échelle allant de zéro à dix ». Qui dira ce qu’est la dignité humaine, de quoi dépend-elle, et comment la mesurer ? Ne serait-il pas alors plus sage d’en rester là, avec notre sédation profonde qui permet de mourir privé de nourriture ? Comment admettre qu’un facteur tel que la dignité soit pris en compte ?  D’autant qu’on peut perdre les facultés qui assurent sa présence longtemps avant d’en mourir.


Et puis, comment être sûr que la souffrance soit un bon critère pour désigner qui peut être accompagné au tombeau ? Voyez La Fontaine et son bûcheron : La mort et le bûcheron nous montre un pauvre homme, écrasé par les misères et harassé par sa tâche, appeler la mort : il souffre trop pour continuer ainsi. La mort surgit et s’apprête à le faucher : mais voilà que l’homme n’est plus d’accord : « Plutôt souffrir que de mourir »

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(1) Qui va débuter ses travaux aujourd’hui même cf. ici