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lundi 13 octobre 2025

Gloire aux survivants – Chronique du 14 octobre

 

 

Soldats russes – 9 mai 2025

 

 Bonjour-bonjour

 

Voyez ces jeunes hommes photographiés à Moscou au défilé du 9 mai dernier : leur énergie est peut-être déjà éteinte, ensevelie dans la mort, comme celle de plus de 100000 de leurs compagnons, morts au combat durant ce début d’année 2025.

On lit en effet que « la Russie a subi en Ukraine au cours des huit premiers mois de l’année 2025 des pertes plus élevées que jamais. » Elle y aurait en effet perdu 281 550 soldats, soit dans le détail : 86 744 soldats tués depuis le début de l’année, auxquels s'ajoutent 33 966 portés disparus - plus 158 529 blessés et 2 311 capturés.

Mais nous ne sommes pas capables de penser cet anéantissement : le miracle de la vie est tel qu’on oublie les morts : ils ne sont plus là – pleurons-les et puis faisons la fête avec les vivants. Voilà ce que nous ont rappelé les images du retour en Israël des otages du 7 octobre.

La vie continue… Oui, et son éternel retour est là pour nous en persuader. Si ces beaux soldats russes sont entrain de pourrir en terre, de nouveaux soldats ont déjà pris leur place. Qui voit la différence ?

« Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place ». Vous pourrez faire autant de monuments aux morts que vous voudrez : la régénération c’est la vie – mais c’est aussi l’oubli.

mercredi 30 juillet 2025

Les machines de guerre – Chronique du 30 juillet

Bonjour-bonjour

 

« Quand les robots feront la guerre, il n’y aura plus de misère / Les soldats seront troubadours / Mais nous nous serons morts mon frère… parce que les robots nous auront tués. » On aura reconnu une parodie de la célèbre chanson pacifiste chantée par Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois (voir et écouter ici), qui rêvent du moment où les soldats ne feront plus la guerre. 

- Or ce moment est sur le point d’arriver, mais cela ne signifiera pas nécessairement la fin de la guerre. A ce moment les robots prendront la place des militaires, tout comme à l’heure actuelle les drones épargnent déjà la vie des aviateurs.

 


Seulement voilà : les robots seront peut-être aussi cruels que les hommes ; peut-être assassineront-ils autant – - sinon plus – de civils que les hommes en chair et en os. Qui donc déterminera leur mission, en la délimitant de façon efficace et sans risque pour des civils innocents ? Mais surtout : cela sera-t-il possible ?

- Cette question vient d’être évoquée par des experts chinois (mais oui !) de « l’armée populaire de libération » dans ces termes : « Des experts militaires chinois ont tiré la sonnette d’alarme, appelant à des recherches urgentes sur les dimensions éthiques et juridiques de l’utilisation de robots humanoïdes en guerre, soulignant les risques de « meurtres aveugles » et de « morts accidentelles ». » (lire ici)

Ce problème est intéressant à considérer dans la mesure où il concerne déjà les missions des troupes « humaines » lancées sur le sol ennemi. Comment leur mission est-elle délimitée par l’encadrement ? Les soldats doivent-il épargner les vies civiles quand bien même les détruire serait une condition de la réussite de la mission ? Ou bien faut-il accepter un taux de destructions des civils à titre de dommage collatéral ? La question devrait être agitée aussi bien pour des humains que pour des robots.

Mais le plus angoissant est ailleurs : il est dans la réaction « humaine » qui viendrait empêcher le déroulement de la mission, parce qu’il s’agit du respect d’une valeur trop fondamentale pour être mise en cause. Une mère porte son petit enfant ; elle est affaissée en travers du chemin où doit passer la patrouille. Derrière elle peut-être des terroristes, mais elle fait obstacle, tendant son nourrisson vers les soldats. Que font-ils ? Peut-être le chef de la patrouille lèvera la main. On ne tire pas ! Mais que fera le robot soldat ?

mercredi 5 mars 2025

En ce moment, les Baltes creusent des tranchées – Chronique du 6 mars

Bonjour-bonjour

 

Hier soir le discours martial du Président Macron a retenti comme une volée de cloches dans les campagnes françaises en 1914 : l’ennemi est sur le Rhin, il viendra bientôt jusque dans nos bras égorger nos fils nos compagnes.

 


On sait déjà que l’argent va être comme d’habitude « le nerf de la guerre » : nous avons parlé ici même et pas plus tard qu’hier de l’économie de guerre. 

- Maintenant il reste à dire qui va y aller ? Car, n’imaginons pas qu’on va arrêter les chars russes avec des drones pilotés depuis un centre bien caché quelque part dans la campagne française. Il va nous falloir des soldats, des Piou-Piou, des Bidasses. D’ailleurs on apprend que dans les Pays Baltes on creuse déjà des tranchées.

Rétablir la conscription, ça pose quelques problèmes : déjà ça va couter un bras ; c’est d’ailleurs pour ça qu’on avait décidé du temps de Jacques Chirac – pourtant « mili fana » – de supprimer la conscription ; ensuite où allons-nous mettre ces jeunes gens ? Les casernes ont disparu et en reconstruire, ça risque de prendre du temps. Mais surtout, pour être militaire aujourd’hui, il va falloir savoir faire autre chose que balayer la cour de la caserne.

La preuve en est que les séances de recrutement insistent sur les diplômes ou sur les capacités à en obtenir dans le sein de l’armée. On veut des gens un peu capables de réfléchir et d’apprendre le fonctionnement de dispositifs technologiques complexes. 

A ce compte, Bidasse aurait été réformé.

dimanche 14 janvier 2024

J’ai la rate qui s’dilate, j’ai le foie qu’est pas droit – Chronique du 15 janvier

Bonjour-bonjour

 

Le saviez-vous ? Selon le Service de Santé des Armées (SSA), 99% des consultations médicales aux armées sont sans rapport avec les combats ou l’entrainement.

Admettons. Après tout un lointain succès du comique troupier Ouvrard nous y a habitués : le militaire français est patraque.

Mais aujourd’hui la chose est plus sérieuse : le SSA a diagnostiqué chez nos militaires un « syndrome métabolique », au point qu’il parle même d’une « épidémie ».

Lisons : « Cette épidémie touche (…) les forces armées françaises avec une prévalence d’obésité estimée à 9,6% en 2018. En cause, la sédentarisation et la culture du fast-food qui touchent plusieurs générations, même les plus jeunes et donc, les enrôlés les plus récents. Ces deux phénomènes ont également un effet toxique sur le foie qui est majoré en cas de consommation de tabac et/ou d’alcool », explique le médecin chef Olivier.

Oui, vous avez bien lu : nos soldats sont victimes de la sédentarité, comme n’importe quel jeune qui traine sur son canapé en bouffant des McDo. Plus de soldats faméliques faute de guerre ? Bon – ça on peut s’y faire. Mais aussi pas (assez) d’entrainements ? Plus de manœuvres de nuit, ni de marches forcées au petit matin : tout ça ce serait donc fini ? Ajoutons que ça ne concerne plus seulement l’adjudant de plus de 40 ans qui se prélasse au mess ; il s’agit aussi de la jeune génération, des recrues nouvellement entrées dans la carrière, au point qu’on parle d’épidémie !

 

Mais alors, que font nos soldats s’ils ne manœuvrent ni ne marchent ? C’est que les armées sont aujourd’hui mécanisées tout comme n’importe quelle entreprise. Plus de marche en effet : on se déplace en véhicule motorisé en non à pied comme le faisait la Grande Armée du temps de Napoléon de Paris à Moscou. Plus de déplacement, et plus de reconnaissance ni d’infiltration derrière les lignes : à quoi bon aller risquer sa vie alors que les drones font très bien le travail ?

Alors, certes on ne peut croire que les combats de rue comme on en voit en ce moment à Gaza puissent être le fait de soldats obèses. Mais sont-ils si nombreux – surtout dans nos armées – à être entrainés à cela ? Il y a peut-être quelques commandos, mais ils ne font pas le poids (sic !) face à la masse en surpoids qui forme l’essentiel de nos forces.

- Une solution serait peut-être de renforcer la féminisation des troupes. Imaginons des femmes-soldats partant en exercice avec une ration de combat d’un nouveau genre :  

  

Nouvelle musette de l'armée française avec sa ration de combat

Quel bel exemple de vertu diététique !

samedi 24 juin 2023

Progojine l’a fait. Poutine en a rêvé. Et nous ? – Chronique du 25 juin (b)

Bonjour-bonjour

 

On nous bassine depuis hier avec la randonnée militaro-grotesque des Wagner qui rentrent au bercail quand ils ont montré leur belles armes mais que la nuit commence à tomber. Car je vous le dis, moi : Wagner et Poutine, c’est bonnet-blanc et blanc-bonnet.

La preuve ? Hé bien regardez la recrutement des détenus dans les rangs de l’armée régulière avec à la clé promesse d’être gracié, et massacre de ces soldats sacrifiés comme chair à canon. Poutine en a rêvé ? Progojine l’a fait. Alors, pourquoi se priver ?

Lisez plutôt : 

« Un tabou est tombé en Russie. La Douma et la Conseil de la fédération ont tour à tour adopté deux textes sur l'envoi de prisonniers au front, mercredi 21 juin. Ils offrent aux détenus la possibilité de signer un contrat avec le ministère de la Défense, avec l'espoir d'être graciés à la fin de leur mission. L'intégralité de la population carcérale est concernée, à l'exception des condamnés pour terrorisme, viol, extrémisme, trahison et espionnage.

Cela permet en même temps d'épargner la vie de soldats plus expérimentés. » (Lire ici)

o-o-o

Ça fait réfléchir, n’est-ce-pas ? Et si demain, monsieur Darmanin allait voit monsieur Dupont-Moretti pour lui dire ceci : « Cher collègue, les prisons françaises sont la honte de la France, elles sont crasseuses et on n’a jamais fini de les remettre en état parce qu’elles débordent de partout. Vos juges y envoient n’importe qui, au mépris des règles de sécurité : le taux de surpopulation carcérale a explosé depuis longtemps.
Je vous propose de mettre tout ça en ordre en permettant que les juges orientent vers l’enrôlement militaire nos délinquants qui n’ont pas d’espoir de rédemption par la prison. Ce sont des cassos’, des petits voyous dont la voyouterie ne peut que s’aggraver au fil du temps d’incarcération
. »

Bie sûr le Garde des sceaux a applaudi des deux mains à une solution si facile à mettre en œuvre et qui ne peut que trouver un écho favorable dans l’opinion.

Du coup, Gérald Darmanin est allé frapper à la porte de Sébastien Lecornu, ministre de nos armées. Et de lui dire : « Collègue, je vous ai trouvé une nouvelle occupation : celle d’enrôler des malfrats, des violeurs, des criminels des asociaux de tous poils dans vos armées. Bien sûr, dit comme ça vous allez protester mais attendez la suite.

Pour que ces nouvelles troupes soient gérables, point ne sera besoin de les rééduquer, pas de nouveau Bat’d’af. Ils vont constituer une nouvelle force de projection chargée de mener des combats dangereux comme bataillons infiltrés en terre hostile, Afrique sub-saharienne, Thibet, Corée du Nord : là où risques d’y laisser sa peau seront importants, là sera la place de ces bataillons d’anciens prisonniers. Bien sûr il y aura un turnover important. Mais on peut compter sur nos tribunaux pour les réalimenter. » 


... Attendez, c'est pas fini!

Maintenant monsieur Darmanin va frapper au bureau de l’Élysée. « Président je vous annonce une bonne nouvelle ! Vos armées vont disposer d’un capital considérable et qui ne vous coutera rien : celui des effectifs nouveaux issus des bataillons disciplinaires nouvelle formule. Grâce à eux la France va avoir une nouvelle force de projection qui lui permettra de briller sur les champs de bataille les plus exotiques et les moins faciles à contrôler. Son prestige internationale en sera réhaussé de façon considérable. »

jeudi 10 novembre 2022

Vive le pinard ! A propos de vie quotidienne du poilu. - Chronique du 11 novembre

 


 

Bonjour-bonjour

 

Ce que vous voyez ci-dessus, c’est une cantine militaire située à Dijon durant la Grande Guerre. Baptisé plaisamment « Poilus palace », c’était un établissement « à l’hospitalité simple mais confortable » selon Eugène Fyot (1) On y trouvait une portion de veau froid ou de jambon pour 0,60 franc ; un œuf cuit dur, un bol de salade de pommes de terre et haricots, une part de saucisson ou du fromage pour 0,25 franc ; une tablette de chocolat à 0,20 franc ou un morceau de pain à 0,05 franc. (Lire ici) 

Quant au "pinard" qui fait le titre de ce Post,

on trouvera une évocation de son rôle dans la vie quotidienne des poilus avec  cette chanson qui dit « Le pinard / C’est de la vinasse / Ça réchaufe là ousque ça passe /…) A voir ici.

- Voilà la vie des soldats quand ils étaient en repos, c’est à dire qu’ils ne risquaient pas momentanément de mourir sous les obus ennemis.

 

… On songe, en ce 11 novembre, plus d’un siècle après ces évènements, combien nous restons ignorants de la vie réelle de ces hommes qui ont tout quitté, leur famille, leur travail, leur habitudes pour se retrouver dans la boue, dans la contrainte de se cacher, dans la peur de mourir et la souffrance des blessures. Comment supportaient-ils cela ? Par exemple comment l’armée gérait-elle leur sexualité ? Des études assez nombreuses aujourd’hui sondent les pratiques sexuelles des soldats et de leur femme restée au foyer : on en trouvera des détails ici.

- Mais la vie quotidienne du poilu était semble-t-il ailleurs : quand un écrivain comme Maurice Genevoix consacre une période entière de sa vie et de son œuvre (2) à décrire le quotidien de soldats dont il avait le commandement sur le front, il insistait essentiellement sur la boue. Quand il évoque (sans même y faire plus attention que cela), la différence de vie qui distingue les officiers des hommes de troupe, c’est pour dire son scrupule de gradé de trouver un cantonnement pour ses hommes lors des marches ou des périodes de repos. L’attribution de logement confortable était réservée aux gradés, les granges étaient pour les poilus. Genevoix rapporte que son souci est de trouver pour les hommes placés sous sa responsabilité une grange sans trop de courant d’air et si possible en dehors des tirs d’obus boches. Quand aux tranchées, leur confort était parfois assez poussé, sous condition de cantonnement stable. D’ailleurs l’installation ne pouvait être trop durable, du moins en première ligne, en raison de la rotation des bataillons qui y étaient affectés. 

L’art de la guerre a certes beaucoup évolué ; n’empêche que dans le Donbass aujourd’hui même des hommes font la guerre tapis dans des tranchées qui ne doivent pas être très différentes de celles de 14.

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(1) Dans la Revue de Bourgogne 1916-1917

(2) Il s’agit de Ceux de 14 (GF 9,90 €)