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mercredi 19 août 2026

Grandeur et décadence de Shein – Chronique du 20 aout

Bonjour-bonjour

 

Voici l’info qui a retenu mon attention ce matin : « Il y a quatre ans, Shein était valorisé près de 100 milliards de dollars. Pour son introduction en Bourse à Hong Kong, les investisseurs ne seraient aujourd’hui plus prêts à mettre qu’environ 25 milliards. En quelques années, les trois quarts de sa valeur se sont donc envolés. » – Lu ici.

Là, je lève le nez de mon écran et je me dis « Voilà encore la preuve que l’argent a bien des propriétés magiques : capable de foisonner sans qu’on fasse le moindre effort ; et puis pfuittt ! il s’évapore, comme de l’air du pneu crevé. D’où lui vient donc cette propriété miraculeuse ? »

En fait, il n’y a rien de miraculeux : il s’agit d’un fait que Karl Marx signalait déjà de son temps : la concentration du capital. Si on oublie un instant que derrière tout ça il y a « l’homme aux écus », comme disait Marx, l’argent est comme l’animal qui veut se reproduire et cherche donc une femelle féconde. Il flaire, il recherche et dès qu’il a trouvé une occasion prometteuse il y va et ça fait crac-crac.

 


Il semble bien que Shein soit devenue une femelle pas attirante du tout. Rien que de très banal en effet. Quoi que... Un autre problème se pose : pourquoi Shein, après avoir fait des miracles en matière de profit en vient-elle à peiner aujourd’hui ? Ses algorithmes seraient-ils moins performants ? La fermeture du détroit d’Ormuz l’impacte-t-elle gravement ?

- Peut-être, mais pas seulement. Il se trouve que les pays européens, comme les Etats-Unis d’ailleurs, se sont décidés à taxer les produits venus de Chine comme sont taxés leurs propres produits. Et voilà que Shein doit investir davantage dans la logistique, construire des entrepôts et stocker une partie de ses marchandises au plus près des consommateurs. Shein compte déjà 18 entrepôts en Europe et développe notamment un immense centre logistique en Pologne.

Et voilà ce qu'il faut dire : Shein continue de vendre énormément, mais ses bénéfices ont fortement baissé : de 3,4 milliards de dollars en 2024 à un peu plus de 2 milliards l’an dernier.

 

Autrement dit, Shein continue de faire rôtir la planète avec ses vêtements qu’on jette au lieu de les laver pour les renouveler plus vite, mais ça ne rapporte plus de gros sous, et ça, voyez-vous, c’est ce qui va sauver notre planète de la désertification.

La meilleure et peut-être la seule mesure de sauvegarde du climat c’est la taxe. Oui, la taxe, selon la recette de Trump – qui aura découvert une arme terrifiante pour dompter le commerce international, qui prive les entreprises du profit, seul carburant qui les fasse flamber.

vendredi 3 juillet 2026

Nouvelles de la crapulerie ordinaire – Chronique du 4 juillet

Bonjour-bonjour

 

Jeudi 2 juillet, à l’aube, la mise en vente dans les magasins Lidl à l’échelle nationale de 200 000 climatiseurs avait provoqué des ruées de clients, nécessitant parfois l’intervention des forces de l’ordre pour canaliser la foule. (Info à retrouver ici)

  


Ma première réaction fut résignée : « Lorsque les besoins se font sentir et que la pénurie est là, alors c’est une règle constante que les égoïsmes prennent le dessus. Rien n’a changé sans doute depuis l’origine de l’humanité. La civilisation n’a pas de prise sur ces désordres. »

- Et puis, en me renseignant, je découvrais qu’il s‘agissait souvent de gens qui cherchaient à acheter ces appareils uniquement pour les revendre avec bénéfice.

Et là, ce n’est pas seulement un retour aux fondamentaux de l’espèce humaine, mais bien un délitement moral. L’indifférence par rapport aux besoins – parfois vitaux – de nos concitoyens avec le gain d’argent pour seule motivation est proprement répugnant. Mais ce n’est hélas ! qu’une occasion parmi bien d’autres de voir le mépris avec lequel sont traités nos compatriotes. Qu’on se rappelle comment ont été inventées les boites à livres. Il s’agissait de partager généreusement les livres que nous avions déjà lus, en les offrant gratuitement à qui en voudrait. Et que s’est-il passé ? Certains ont pris ces livres pour les mettre en vente sur internet. 

Que vaut une société où ces égoïsmes prévalent ? Où le mépris est le sentiment le plus authentique ?

lundi 3 février 2025

La bourse ou la vie – Chronique du 4 février

Bonjour-bonjour

 

Ce matin durant mon petit déjeuner la radio diffuse en sourdine les titres de l’actualité ; j’écoute d’une oreille somnolente lorsque je sursaute : le journaliste vient d’annoncer ceci : « le Président Trump, parlant du soutien à la guerre de l’Ukraine contre l’envahisseur russe, a déclaré hier : « Nous cherchons à trouver un accord avec l'Ukraine selon lequel ils apporteraient en garantie leurs terres rares et d'autres choses en échange de ce que nous leur donnons ». (A lire également ici)

Autrement dit il ne s’agit plus pour les Etats-Unis de soutenir un combat pour la justice et la liberté du peuple ukrainien, mais d’une opération commerciale essentiellement bénéfique pour les américains.

On disait autrefois que l’idéologie n’était qu’un « rideau de fumée » destiné à dissimuler le combat de la bourgeoisie pour écraser le prolétariat : le profit capitalistique était de toutes les façons l’objectif final. Mais à l’époque, l’idéologie était partout. Par exemple au Viêt-Nam les américains luttaient contre le bloc communiste – idéologie contre idéologie. Aujourd’hui, Trump se contre fiche que l’Ukraine soit soumise à un autocrate russe ; d’ailleurs il le considère comme un type bien, qui pourrait éventuellement vendre à bon prix aux américains le gaz dont ils ont encore besoin.

- Ce qui m’a retourné l’estomac ce matin, au point de me gâter le plaisir du p’tit déj’, c’est de voir rejettées la justice et les valeurs communes aux pays démocratiques au profit du maquignonnage le plus sordide : « je vous sortirai la tête de l’eau à condition que vous me donniez votre bourse. »



 Et cela en toute franchise, sous la lumière crue de la sincérité. Ici nul retrait idéologique derrière des valeurs ; rien que l’enrichissement, sous condition que ça profite aux américains – et rien qu’à eux.

jeudi 31 octobre 2024

Le désordre de la nature – Chronique du 1er novembre

Bonjour-bonjour

 

Qu’est-ce que la nature ? C’est avec cette question que l’on peut le mieux découvrir les idéologies les plus secrètes. Que la Nature (orthographiée avec une majuscule) soit assimilée à une volonté lucide de ses choix, ou à une entité toute puissante, décalque laïc de Dieu, elle reste en tout cas douée d’un esprit quasiment humain dont on peut interpréter les phénomènes dits « naturels ».

Par contre, voici qu’aujourd’hui la nature n’est plus qu’un ensemble de phénomènes caractérisés justement par le fait qu’ils ne sont pas ceux qu’on attendait. 

Par exemple, les inondations en Espagne, ou encore ceci :

 


… ça, c’est la Sahara où des inondations viennent rappeler qu’il y a 10000 ans il était couvert de végétation où l’eau ruisselait dans le lit des rivières asséchées depuis. Aujourd’hui, on enregistre des morts dans la faible population du désert – morts par noyade !

 

Les défenseurs de l’ordre naturel l’affirment : non la nature n’a pas « voulu » ce dérèglement – raison pour laquelle justement on emploie ce terme : au départ était la règle, puis l’homme est venu qui n’a, pour défaire cela, juste attendu d’en avoir le pouvoir.

Aucun ordre nouveau n’est venu remplacer l’ordre ancien détruit par cette puissance de la technologie humaine. Pourquoi ? Parce que la volonté qui sous-tend cette action qui dérègle le climat n’a qu’une logique : celle du profit ; et le profit n’a aucun ordre, ni aucune limite, étant donné que le profit lui-même ne connait qu’une seule loi : celle de son auto-production et de son accumulation.

Oui, le dérèglement repose sur une loi parfaitement définie : c’est la loi du profit.

mardi 8 octobre 2024

Une motion kantienne – Chronique du 9 octobre

Bonjour-bonjour

 

L’opposition a préparé contre le gouvernement Barnier une motion de censure kantienne : entendez qu’elle fut décidée a priori, annonçant la censure de ce gouvernement alors qu’il n’était qu’une liste de noms – et donc avant toute manifestation (politique) concrète.

Chez Kant ce qui est a priori est ce qui est connu antérieurement à toute expérience sensible. Personne n’a besoin de compter les haricots pour connaître les règles de l'addition.

Par contre vous ne savez pas automatiquement quel sera le vote de la gauche face à un gouvernement qui prône la retraite à 64 ans : voteront-ils la confiance ou pas ?

Hé bien, c’est justement ce que prétendent faire aujourd’hui les partis de gauche, s’appuyant sur l’origine jugée antipopulaire de ces députés.

Alors, bien entendu ce jugement n’est pas vraiment a priori, il aura fallu à ces partis faire appel à l’expérience mémorielle de l’attitude de la droite dans le passé, en dérivant ces attitudes de postures politiques jugeant qu’en France « on ne travaille pas assez » pour n’avoir pas à attendre la déclaration de politique générale pour censurer le gouvernement.

Toutefois, si cette décision politique fut bien a posteriori dans son origine, elle a été aussi à partir d’un certain moment bel et bien a priori, lorsque les députés de gauche estimèrent qu’un gouvernement marqué à droite ne pouvait décider de rajeunir l’âge du départ en retraite.

C’est qu’il y a des marqueurs de doctrine politique dont on n’a pas à attendre autre chose que ce que les hommes qui s’en réclament ont toujours fait – comme de privilégier le profit sur la vie des hommes. Il s’agit d’un savoir empirique tel que celui qu’on met en oeuvre dans les sciences de la nature, et qui permet de dire que la chute des corps obéit à une loi générale. Une fois constaté l’existence de ce phénomène, tout le reste se déduit des calculs du physicien.

A tort ou à raison ? 

dimanche 8 octobre 2023

Auto-destruction des exploiteurs – Chronique du 9 octobre

Bonjour-bonjour

 

Christine Lagarde : Docteur Tant-pis ou Docteur Tant-mieux ? L’inflation ralentit mais en même temps la croissance faiblit : pourtant la directrice de la BCE l’affirme : « Nous voulons ramener l'inflation à 2 %. Et nous y parviendrons ». – Oui, mais à quel prix ?

 

- L’économie est une science, c’est vrai ; mais son interprétation est souvent subjective. C’est ainsi que l’inflation donne des signes qui nourrissent à la fois les perspectives optimistes (« l’accélération ralentit »), et celle des pessimistes (la croissance est à la baisse). Comment expliquer une telle marge d’erreur ? 

- La manière la plus simple consiste à dire que les uns et les autres ont raison, mais pas en même temps. Ces deux approches correspondent à deux étapes de l’évolution de l’économie qui sont successives et que, si le freinage de l’économie a des conséquences néfastes pour les particuliers, ses effets à plus long terme leur seront bénéfiques. D’abord ralentir, puis réaccélérer ; de toute façon l’économie est faite de cycles, et aucun d’entre eux n’est définitif.

- La seconde explication insiste sur le fait que l’économie ne connait ni les particuliers ni les peuples. Elle obéit aux facteurs mécanique du profit qui, en concentrant dans les mains de quelques-uns le pouvoir d’entreprendre, assure la maximum d’efficacité à leur action. C’est ainsi que les classes opprimées ont vu leur souffrance accompagner l’essor économique de leurs exploiteurs.

Face à cette situation historique, Marx a inventé le principe de l’auto-destruction du capitalisme : ayant enfanté les prolétaires, les capitalistes ont fabriqué les hommes qu’ils vont exploiter et en même temps les ennemis qui vont les abattre.

Mais on le voit bien : cette auto-destruction est longue – très longue – à venir.

jeudi 21 septembre 2023

Travailler à perte ? – Chronique du 22 septembre

Bonjour-bonjour

 

La vente à perte « autorisée » par le gouvernement pour le carburant est rejetée par les professionnels dans l’indifférence générale. Il semble que le public si prompt à condamner les profits des producteurs soit indifférent ici ; en vérité il ne comprend pas la démarche : à quoi bon parler de « perte » là où il n’y a que profit ? Instaurons des super-taxes pour frapper les superprofits et voilà tout.

- Quant aux producteurs et revendeurs, ils l’affirment : vendre à perte ne leur permettrait pas de continuer leur activité, les marges bénéficiaires étant juste suffisante pour permettre à l’exploitation de continuer à vivre.

Rappelons que les profits des producteurs sont absolument normaux – entendez qu’ils sont un produit normal du travail humain, ce que Marx avait nommé la « plus-value » (1). Vendre à perte signifierait que cette plus-value n’existerait plus, ou plutôt, puisqu’il n’appartient à personne de la faire disparaitre, qu’elle ne serait plus versée ni aux travailleurs ni aux patrons ni aux actionnaires.

- Quant à moi, je me réjouis de ce refus. Car je ne crois pas un seul instant à la réalité de ces pertes, et on nous l’a dit fortement : les stations-services qui feraient ce calcul seraient celles des hyper-marchés, la décote sur le prix des carburants constituant des prix d’appel pour des clients qui iraient ensuite reperdre par des achats surfacturés le bénéfice réalisé sur le carburant. Ça reviendrait à faire payer l’augmentation du prix de l’essence à ceux qui ne s’en servent éventuellement pas du tout, mais qui achètent dans leur hyper leur pain ou un kilo de pomme-de-terre.

Alors, je veux bien qu’on nous parle de solidarité : que chacun prenne sa part des sacrifices demandés pour secourir nos concitoyens – et même que ces sacrifices soient proportionnels aux capacités financières de chacun. Mais qu’on me fasse payer quelque chose que je ne consomme pas, je n’appelle pas ça « solidarité ».


Au fait, dès que l’État subventionne un service public, il le fait avec l’argent de nos impôts. C’est ainsi que nous tous, provinciaux, nous payons le métro parisien.

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(1) La plus-value est selon Marx « la différence entre la valeur des biens produits et le prix des salaires » dont les capitalistes confisquent la possession aux travailleurs.

lundi 19 décembre 2022

Terrain de foot transformé en piste de course … pour chameaux – Chronique du 20 décembre

Bonjour-bonjour

 

Après la fin du mondial de football, la question revient au premier plan : que vont devenir ces somptueux et immenses stades dans un pays de moins de trois millions d’habitants qui dispose à présent de huit stades de 40000 places ? La question a été examinée (lire ici), et voici quelques réflexions que j’en ai tirées.

- D’abord, on croit savoir que certains de ces stades ont été conçus pour être démontés et réutilisés ailleurs. Renseignements pris, il ne s’agit que d’un stade dont les gradins supérieurs seront démontés et offerts à l'Afrique. Pour le reste, aucun projet sauf pour le stade Al Bayt qui accueillera, dans le haut de ses tribunes, un restaurant, un hôtel cinq étoiles, une clinique du sport. Une piste de course de chameaux sera également installée non loin de l'enceinte. (Art. référencé)

On le devine : les pertes financières ont été déjà programmées pour la mise au rebut de ces installations et probablement déjà prises en compte dans les bilans prévisionnels.

 

- Toutefois, le cas des stades Qataris ne sont pas sans précédent : des sites abandonnés sitôt la compétition finie, et dévorés peu à peu par la nature, on en a déjà vus, comme après les JO de Rio (2016) ou d'Athènes (2004).

 

- En réalité, ce qui a permis de faire exister ces lieux continuera d’exister après la coupe du monde : il suffirait de trouver d’autres compétitions internationales et leur intérêt serait renouvelé. On devine que le Qatar va viser l’organisation des J.O. de … 2036. Autant dire qu’il va falloir mettre tous ces stades dans de la naphtaline pour les conserver si longtemps.

 

- Mais l’essentiel n’est évidemment pas là : il est de comprendre que la politiques internationale de ces petits États relève du spectacle, entendez qu’il s’agit de shows permanents et que ces stades privés de télé ou de médias modernes n’existeraient tout simplement pas. Rien de ces manifestations si vivantes et si grouillantes soient-elles ne pourraient s’enraciner dans ces étendues arides de sables et de pierres où pourtant vivent ces peuples d’anciens bédouins.

 

Risquons-nous de voir s’installer chez nous de telles manifestations ? – Oui, pourquoi pas ? Pour le faire il suffirait de disposer de fonds importants et de ne pas être regardants sur les déficits de l’opération.

vendredi 17 juin 2022

La bourse ou la vie ? – Chronique du 18 juin

Bonjour-bonjour

 

A la suite d’un accord entre certains pays et les fabricants de vaccin, l’Inde et l’Afrique du Sud (pour ne parler que d’eux,) pourront de fabriquer le vaccin covid librement. Cet accord exclut néanmoins les tests et les traitements qui font partie intégrante de la lutte contre la maladie. Cette carence a entrainé des commentaires attristé qu’on lira ici.

« Un bon compromis laisse toujours tout le monde en colère » disait Bill Watterson, dans l’une de ses BD humoristiques Calvin et Hobbes. 

A l’évidence cet accord lui donne raison – mais reste à savoir pourquoi.

- Les labos qui font des profits pharamineux sur les vaccins considèrent qu’il s’agit là d’un retour sur investissement sans lequel la recherche ne serait plus possible. Ces profits font partie du dispositif qui leur a permis, à eux Big-Pharma et à personne d’autre, de découvrir et de développer ces vaccins à ARN messager sans lesquels la maladie serait encore un fléau sans remède. Et de citer les vaccins Russes et Chinois dont les performances ont été très décevantes.

- Quant à Médecin sans frontières, Christos Christou leur Président déplore « qu’une pandémie qui a coûté la vie à plus de 15 millions de personnes » n’ait pu suffire à imposer un accord sur la levée des brevets.

 

Le débat est donc posé : il consiste en l’affrontement entre l’exigence de profit et l’inconditionnalité de la sauvegarde de vies humaines. Peut-on admettre que le profit soit mis au même niveau que le sauvetage de ces vies ? Y a-t-il de la place pour deux valeurs transcendantes ? Si on admet l’une est-ce qu’on évacue l’autre ? L’humanitaire signifie-t-il qu’on ne veut plus rien admettre relevant du profit ? Par contre, si on considère les profits comme le moteur de l’activité humaine, est-ce à dire qu’on rejette tout ce qui n’y participe pas, y compris les humains eux-mêmes ?

Pourtant, un accord a été signé : en quoi peut consister un compromis entre ces deux exigences si contraires l’une ? Peut-on à la fois dire "je suis sensible aux malheur que constitue les pertes en vie humaine", mais "je refuse d’investir sans réaliser des profits" ?

A l’opposé, entendrons-nous Médecin sans frontières dire « Nous acceptons de que la médecine soit soumise dans une certaine mesure à la logique du marché, mais nous imposerons des limites à cette loi : quand les labos réalisent des profits dans des pays où l’on peut payer – soit. Mais là où la pauvreté ne le permet pas, il faut oublier cette règle. »

 

--> Il faut dire qu’il ne s’agit pas là d’une nouveauté : il y a quelques années les prix des médicaments anti-cancéreux ont fait scandale : ils étaient si élevés que seuls les pays les plus riches y avaient accès. Cette affaire a fait tant de bruit que les labos ont décidé de moduler ces prix en les ajustant en fonction des moyens des différents pays :  seuls les plus riches payaient le plein tarif, les plus pauvres payent à hauteur de leurs ressources.

Généreux ? Peut-être. Mais ça correspond aussi aux pratiques de bandits de grands chemins qui laissent à leur victime la vie sauve à condition de les avoir délestées de tous leurs biens.

jeudi 24 février 2022

Quelle connerie la guerre ! - Chronique du 25 février

Bonjour-bonjour

 

La guerre en Ukraine se met en place avec son lot de frappes aériennes, de civils tués, d’incendies et de déclarations héroïco-tragiques. C’est la guerre avec pour toile de fond le péril nucléaire et... les bourses qui plongent.

Car pendant que les hommes se massacrent et s’ingénient à anéantir tout ce que l’humanité a produit de progrès durant des millions d’année, d’autres, penchés sur les cours de la bourse surveillent les conséquences pour leurs avoir financiers.

Il en ressort (lu ici) que les mesures prises à l’encontre de l’agresseur russe ne seront actées que si elles n’ont pas de contre-effets désastreux pour les entreprises capitalistes. Tels que :

- A propos du système de communication interbancaire Swift : "Si la Russie est déconnectée du système Swift, nous ne recevrons pas de paiement étranger, mais nos acheteurs, les pays européens en premier chef, ne recevraient pas nos biens : pétrole, gaz, métaux et d'autres produits d'imports" a prévenu le sénateur russe Nikolay Zhuravlev. 

- Pour ce qui est de l’embargo sur l’exportation de pétrole et de gaz : le prix du pétrole va flamber car en cas d’interruption partielle des livraisons de pétrole russe, les autres grands pays producteurs ne pourraient compenser que dans une mesure limitée.

- Quant aux entreprises européennes, on peut citer le cas de Renault pour qui la Russie avec 482.264 unités vendues, constitue son deuxième marché après la France.


£££/$$$/¥¥¥/€ € € : c’est la guerres des portefeuilles....

 

Mais alors, la guerre d’Ukraine risquerait donc bien de ne faire sur le plan économique que des vaincus : alors, pourquoi la faire ?

Éh bien ce qui compte voyez-vous, c’est que la balance gain/pertes soit positive après la bataille. La guerre d’Ukraine a été déjà évaluée par les russes pour le coût qu’elle va entraîner et ces risques financiers sont déjà entrés dans les gros ordinateurs de Moscou dans la colonne « Pertes ». Mais il y a aussi la colonne « Profit » - mais là, nous n’avons aucune idée de l’évaluation du maitre du Kremlin. 

Et puis, baste ! Si la dépense pour le Dombass  est trop élevée, il n’y a qu’à ajouter l’Ukraine toute entière – histoire de rentabiliser l’opération.

mercredi 1 septembre 2021

Pas vacciné ? Vous êtes viré ! – Chronique du 2 septembre

Bonjour-bonjour

 

Alors que l’obligation vaccinale arrive aujourd’hui pour les soignants dans un concert de protestations (voir ici), voici que nos amis américains, toujours aussi pragmatiques, nous montrent comment traiter ce problème avec la plus grande simplicité. C’est ainsi que devant une recrudescence de l’épidémie aux États-Unis en raison du refus du vaccin dans certains États, les chefs d’entreprise n’hésitent pas, comme le rapporte ce bulletin de France-info : « Les entreprises ne veulent pas avoir à refermer leur business une nouvelle fois. Et si ça doit passer par la vaccination obligatoire, elles le feront » déclare Dorit Rubinstein Reiss, professeure spécialisée en droit du travail et de la santé. » (Lu ici)

 

On est ici encore une fois en présence du contraste entre la loi naturelle et celle des États – c’est ainsi qu’on peut être dans la rue de deux façons différentes : soit parce qu’on manifeste pour infléchir une décision politique jugée inique ; soit parce que la misère vous y a jeté. D’un côté, la liberté de choisir d’être ou non vacciné ; de l’autre la nécessité naturelle.

Mais cette nécessité est-elle vraiment naturelle ? La manière de la rencontrer peut varier d’une période à l’autre de l’histoire – ou aussi d’une civilisation à l’autre. Les pauvres soumis faute de soin aux rigueurs de la maladie ne peuvent pas lutter contre elle – pas plus que nous ne serions capables de dévier la trajectoire d’une météorite qui va nous percuter. Dans d’autres pays, c’est la nécessité de réaliser du profit qui aimante la boussole des contraintes : que vaut la liberté individuelle devant les dividendes versés par les entreprises ? Ainsi, l’histoire de l’humanité n’est pas celle de l’apparition de nouvelles bases pour vivre ensemble, mais seulement celle du changement des moyens d’assurer son pouvoir sur les autres.

 

Autrefois la circulation des biens était assurée par l’alternative pillage/don. La loi du plus fort était toujours aussi présente, au pillage guerrier issu de la violence succédaient les libéralités par les quelles le chef de guerre récompensait ses soldats. Avec le progrès, l’échange s’est généralisé, en même temps que l’argent devenait le moyen de faire circuler les richesses – donc de les acquérir et de les accumuler. C’est ce système qui sert de base aux sociétés dès lors que la sécurité relative a été assurée. 

Car, pourquoi vivons-nous ensemble ? Pour échapper à la faiblesse et à la mort ? Et quoi d’autre ? Pour obtenir la sécurité de l'avenir pour nos enfants ? Mais comment y parvenir ? Ne serait-ce pas en accaparant des ressources et en réduisant d’autres hommes à la servitude ? C’est en tout cas ce que Hobbes montre : la sécurité ne nous est jamais garantie pour l’avenir sauf si on a accumulé suffisamment de pouvoir pour empêcher nos semblables de nous ravir nos biens. Soit en les intimidant ; soit en les obligeant à nous servir.

Faut-il voir dans cette "loi de nature" (Hobbes) la justification du mécanisme d'accumulation capitalistique ? Peut-être, mais pour nous, qui nous limitons à l'évocation du l'obligation vaccinale, l'essentiel est ailleurs.  

On arrive en effet à la conclusion suivante : y aurait un double ressort à cette obligation 1° par rapport à nous-mêmes c’est le besoin d’assurer notre survie ; 2° par rapport aux autres, c’est la nécessité subie ou imposée de continuer à alimenter les profits du capital par notre travail. 


Mais alors, quid du souci humanitaire ?

- Que nous importe que les peuples autochtones d’Amazonie ou  d’ailleurs meurent massivement faute d’avoir les doses que nous nous réservons pour une 3ème injection de vaccin ?

mercredi 23 juin 2021

Le vieux monde est devant nous – Chronique du 24 juin

Bonjour-bonjour

 

Devant les catastrophes climatiques quotidiennes (canicule, sècheresse, orages, tempêtes, inondations…) beaucoup s’interrogent : à supposer qu’on sache quoi faire pour arrêter ce dérèglement climatique, aurons-nous la sagesse de renoncer à ce qui dans notre vie quotidienne en est la cause ? Renoncerons-nous à la consommation de viande, de voyages, de fringues changées tous les 6 mois (heu... 4 mois plutôt) ? Le génie humain saura-t-il inventer des substituts en tout genre pour nous épargner la purge promise par les décroissants ? On a déjà remplacé les carburants de nos voitures par l’électricité (à produire avec des éoliennes devenues transparentes et par des panneaux solaires ultraperformants) – maintenant à nous la viande de culture et les tissus en soie d’araignées…

 

En réalité tout cela est accessoire, la question n’est en réalité que celle-ci : saurons-nous faire des profits avec ça ? Non pas « combien de millions de milliards de dollars faudra-t-il investir dans le développement durable », mais plutôt « combien de milliers de milliards de dollars ça va produire comme profit ? ».

Autant on peut croire dans le génie humain capable de comprendre la nature et d’inventer des solutions ingénieuses et durables, autant on peut être certain qu’on n’y mettra l’argent nécessaire que lorsqu’on aura compris de quelle façon on pourra en tirer profit. Il ne s’agit pas de cynisme dans la mesure où cette attitude ne reflète pas un manque de foi en l’humanité ; il s’agit bel et bien du constat qu’en suivant sa nature chaque être vivant va vers ce qu’elle lui impose, quitte à y perdre finalement la vie (1). Ce qu’on observe dans le comportement humain tel que l’histoire nous le décrit c’est que le comportement qui produit du profit est toujours préféré à tout autre.

On me dira : et la générosité, et l’amour (que ce soit de l’humanité ou de la nature) : ça n’existerait donc pas ? Quand on dit que ça pourrait soulever des montagnes, est-on dans la fiction et la naïveté ?

Pour reprendre l’analogie avec le virus (cf. note infra) je dirai que ces actes altruistes ne sont que des variantes du comportement habituel, et que comme pour les virus, il est en compétition avec les autres modes d’action (tels que la prédation) – les quels l’emportent régulièrement.

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(1) Rappelons que dans la lutte des variants du coronavirus pour envahir le maximum d’organisme les plus délétères périssent avec les organismes qu’ils parasitent.

mardi 27 avril 2021

Speedy Joe – Chronique du 28 avril

Bonjour-bonjour

 

Quand un Président arrive au pouvoir, il a 3 mois pour faire à peu près tout ce qu’il lui plait : ce sont les mois de grâce. Certains l’utilisent pour se faire acclamer par les électeurs ; d’autres font passer en vitesse toutes les mesures, les plus fortes possibles, qu’ils ont concoctées durant la campagne électorale.

Comme vous l’avez deviné je veux parler de Joe Biden que Trump voulait renvoyer à l’hospice en le traitant de « Sleepy Joe ». Trump n’est pas un stratège sinon il saurait qu’il ne faut jamais sous-estimer son adversaire : Biden est en réalité  résolu dans la décision, ultra rapide dans la réalisation et voici son bilan économique trois mois après son élection :

- 1900 milliards de dollars pour renforcer la consommation

- 2250 milliards pour rénover les infrastructures américaines 

- 1000 à 1500 milliards de dollars, focalisés sur l'humain, l'enseignement par exemple. 

- Augmentation du taux marginal d'imposition des riches

- Doublement de la taxe sur les gains boursiers des riches.

Joe Biden met donc en surchauffe son économie pour l'équivalent d'un quart de son PIB.

En clair, est-il devenu anti-capitaliste ? On lira ici les conclusions de l’auteur de l’article cité. 

- Quant à moi et sans faire preuve de beaucoup d'originalité je me bornerai à dire, comme beaucoup de spécialistes (1), que ces mesures sont tout au contraire destinées à restaurer la compétitivité de la machine économique américaine sans laquelle les profits capitalistes n’existeraient plus. Car la réalité économique est que, sans producteurs pour produire, sans acheteurs pour acheter, sans paix sociale pour favoriser la prévisibilité du rendement des investissements, les capitaux fuient vers d’autres horizons et les profits fondent comme neige au soleil. Là où les riches deviennent de plus en plus riches, il faut que, dans le même temps, les pauvres deviennent un peu moins pauvres. Pas besoin de vertu morale pour guider l'action vers le bien, ni d’idéologie pour voir loin dans le futur : la connaissance des mécanismes économiques les plus simples et donc les plus réguliers suffit.

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(1) Au nombre des quels je citerai Thomas Piketty qui soutient que l’impôt est nécessaire pour le développement de l’économie, y compris en pays capitaliste.

mardi 16 mars 2021

M. Faber viré pour avoir désobéi aux lois du capitalisme – Chronique du 17 mars

Sur à l’« affaire » Emmanuel Faber, ex-PDG de Danone, connu pour ses positions sociales en tant que chef d’entreprise, et licencié pour mauvais résultats alors que Danone reste largement bénéficiaire.

 

 

Bonjour-bonjour

 

Autrefois on s’insurgeait contre les patrons qui saignaient à blanc leurs ouvriers pour en tirer un maximum de profit. Aujourd’hui des patrons vertueux peuvent bien prétendre mettre la fonction sociale et environnementale au cœur du projet d’entreprise, rien ne change car ce sont alors les actionnaires qui reprennent le rôle du méchant capitaliste, celui que Marx appelait « l’homme aux écus ».

Mais on pourrait tout aussi bien incriminer la logique d’un système qui exclut toute considération autre que la production et la récolte de profit du capital dans la finalité de l’économie. (Notez au passage que j’ai écrit « profit du capital » et non « profit » tout court : car il est naturel et nécessaire que le travail produise un profit – ce que les marxistes appellent « la plus-value » ; c’est, comme l’écrit Marx dans le Capital, son extorsion aux travailleurs qui constitue le crime du capitalisme.)

Oui, comment s’étonner que les actionnaires de Danone aient viré leur PDG puisque leur investissement dans cette entreprise rapportait moins de dividendes que chez Nestlé ? En effet, si l’on veut bien laisser de côté les considérations stratégiques, rien dans le projet du PDG de Danone ne paraissait prendre en compte l’existence du marché : ni l’objectif de progrès social, ni celui de protection de l’environnement ne paraissent soucieux de la réalisation de profit – or Danone ne peut réaliser ses objectifs sans attirer des investisseurs qui placent leur argent en fonction des performances attendues de l’entreprise. 

--> Pour cela il faut tenir compte d'une loi fondamentale du capitalisme :  pour l’investisseur capitaliste la valeur d’usage des marchandises n’est pas l’objectif qu'il poursuit parce qu’il ne recherche que la valeur d’échange. C'est bien  une loi fondamentale du capitalisme : si une marchandise n’apportait aucun avantage aux consommateurs mais que ceux-ci l’achètent quand même, alors au lieu de la rejeter on en poursuivrait la production. Même chose à propos des inconvénients environnementaux, et on voit aujourd’hui qu’avant de savoir si telle ou telle production est « bonne pour la planète » on se demande si elle va rapporter beaucoup d’argent.

Ne me reprochez pas de dire des banalités : si la réalité est comme ça, comment y échapper ?

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NB. On objectera que la valeur marchande suppose une demande et donc que la valeur d'échange  des marchandises dépend de sa valeur d'usage : chez Nestlé comme chez Danone on profite de l'augmentation de la consommation d'eau en bouteilles pour réaliser des ventes et donc des profits. Mais la requête d'une valeur d'usage n'est qu'une ruse du capitaliste pour réaliser ses profits. S'il pouvait s'en passer, il le ferait bien évidemment.

jeudi 28 janvier 2021

Un vaccin qui ne nettoie pas le nez – Chronique du 29 janvier

Bonjour-bonjour

 

Quoi ? On va encore parler du virus ! On n’a donc que ça en tête ? Et la pluie ? Et la tempête ? Ça n’existe donc pas ? Montrer de frêles bateaux dans une mer démontée, voilà un sujet ! Au lieu de ça nous voilà encore et toujours à parler de la maladie et ces molécules de vie qui s’acharnent à se reproduire comme s’il n’y avait que lui dans l’univers !

 


 

C'est vrai, mais je l’avoue j’ai eu hier soir une révélation d’ordre médicale : pourquoi le vaccin peut-il rendre le virus inoffensif pour celui qui a été vacciné, tout en conservant celui-ci dans l’ordre des propagateurs de la maladie ? Nos scientifiques n’étant pas forcément de bons pédagogues, pas un n’avait dit ce qu’il fallait pour que moi, auditeur de bonne volonté, je puisse comprendre ce mystère. Et voilà qu’hier, un ex-directeur de l’Institut Pasteur a donné l’explication : le vaccin induit des anticorps actifs pour la totalité du corps, sauf pour la zone muco-nasale, là où le virus est inoffensif pour le porteur, mais dangereux parce qu’il peut se propager à d'autres humains. Quand on est vacciné, on est donc encore porteurs du virus qui, installé dans notre nez, n’attend qu’une occasion pour se faufiler dans d’autres nez.

o-o-o

Je dédie ce Post à ceux qui, bien que lecteurs de ce blog, seraient néanmoins complotiste – du genre « On nous cache des choses pour protéger les profits des labos pharmaceutiques ». Car, oui : si on ne nous dit pas que, malgré le vaccin, on reste porteur « sain » de la maladie c’est sans doute pour ne pas altérer notre confiance et ne pas nous rendre encore un peu plus hostiles à la vaccination. 

Nous, philosophes à sang froid, nous voulons bien rester positifs : si ce vaccin rend le virus inoffensif pour nous, voilà qui est satisfaisant. Mais on quand même a une impression d’inabouti : pourquoi ne pas avoir sorti une version bêta au spectre un peu plus large qui liquide le virus aussi dans les muqueuses nasales ? 

Pour aller plus vite ? Pour griller les concurrents et occuper la première place dans les commandes des États ?

mercredi 9 décembre 2020

Les mystères de la finance – Chronique du 10 décembre

Bonjour-bonjour

 

Moi qui ne suis pas un spécialiste de la finance, j’ai quand même quelques idées très précises de ce qu’elle doit être : un monde où toute entreprise est subordonnée au profit. Un monde dominé par des actionnaires qui siègent dans des comités qui ont tout pouvoir sur la gestion et l’orientation de l’entreprise et qui n’ont qu’une seule boussole, qui ne veut qu’une chose : la rémunération de son capital.

Or, voici que ce petit article me tombe sous les yeux :

« Uber, le géant américain (valorisé à hauteur de 95 milliards de dollars en Bourse...), accumule les pertes depuis sa création, en 2009. En une dizaine d'années, Uber n'a quasiment jamais connu la rentabilité. »

Là, je tombe de ma chaise : quoi ? 10 ans de pertes et les actionnaires n’ont jamais sonné le tocsin ? Jamais renvoyé la direction à d’autres occupations ? Jamais cherché à revendre ce canard boiteux ?... Mais me ressaisissant je songe que si rien ne peut faire dévier la boussole de la finance, reste que le délai entre l’investissement et le retour sur investissement peut être de longueur variable – et que rien ne me dit que 10 ans soient une durée trop longue pour la patience des financiers. Ont-ils raison, ont-ils tort ? Je n’en sais rien, simplement je me dis que si ces gens acceptent de subir une si longue disette, c’est qu’ils ont leurs raisons ; et que la raison principale est qu’ils sont certains de pouvoir retrouver leur capital et faire des profits.

Mais alors, on doit supposer qu’après une si longue famine, leur appétit sera sûrement féroce et leur avidité à la hauteur de leur inanition.

Ce qui est vrai pour Uber l’est encore plus pour Amazon : combien d’année Amazon-t-il perdu de l’argent, principalement en Europe ? D’ailleurs c’est là qu’on nous a expliqué qu’il ne fallait pas trop s’en faire pour cette entreprise, qu’elle pouvait se permettre de vendre à perte (par exemple en pratiquant l’expédition gratuite avec des prix serrés au maximum), parce qu’elle étranglait ainsi la concurrence pour dominer ensuite le marché.

Et on voudrait que des entreprises comme celles-là soient modérées dans leur volonté de puissance ? Qu’elles plient l’échine devant les dirigeants politiques ? Quelle naïveté…

vendredi 14 juin 2019

COUPE DU MONDE FÉMININE: «ON N’AVAIT PAS ANTICIPÉ DES SCORES D’AUDIENCE AUSSI ÉLEVÉS»

« Plus de dix millions de téléspectateurs pour le match de football des Bleues : ce score d’audience pour le match de l’équipe de France contre la Norvège, personne n’y croyait.
Face à ces scores, la chaîne privée a même décidé d’augmenter de 60% ses tarifs publicitaires. L’enjeu est de taille puisque les Bleues ont déjà signé les meilleurs scores télévisés de l’année (pour l’instant), devant le concert des Enfoirés. »

- « Mieux que les Enfoirés » ? Super ! Et comment expliquer cet engouement ?
« Plusieurs raisons peuvent expliquer ces scores phénoménaux. Premièrement, le fait que la Coupe du Monde se déroule sur nos terres aide les Français à s’y intéresser. Les médias ont beaucoup parlé des préparatifs, et l’intérêt a crû au fil des semaines. D’autre part, les compétitions footballistiques féminines se sont fait une jolie place en télévision depuis quelques années. Enfin, dernier argument, celui des prouesses des joueuses qui titillent la curiosité des Français. En remportant ses matchs, l’équipe de Corinne Diacre gagne en popularité… et donc en audience. » (Lu ici)

Donc, si je comprends bien, si l’équipe de France féminine doit remporter avec le maximum de buts ses matchs, ce n’est pas essentiellement pour gagner la compétition, mais bien pour avoir les meilleurs scores d’audience télévision. Supposons que notre équipe gagne ses matches et finisse avec la coupe du monde, mais que dans le même temps les audiences télé restent au plus bas, alors on dira que l’opération est loupée, et que toute cette débauche d’énergie, de courage et de panache footballistiques est sans intérêt. Mais si le compteur indique plus de 10 millions de téléspectateurs, alors, bravo ! Car alors TF1 pourra augmenter de 60% ses tarifs de publicité. 
Certes on pourra oublier ces dessous un peu dégoûtant des retransmissions de la coupe du monde féminine et regarder avec attendrissement les extases des joueuses qui s’étreignent de joie après avoir gagné ; on pourra aussi vibrer au désespoir de Wendy Renard qui vient de marquer contre son camp ; et partager l’innocence angélique des porte paroles de l’équipe qui s’exclame de joie devant les scores … d’audience.
Mais pour les investisseurs tout cela n’est que du « retour sur investissement », promesse d’augmentation des tarifs de pub qui vont suivre. Pour eux, peu importe ce qui se passe entre le moment où ils investissent et le moment où ils touchent leur bénéfice : seul compte de taux de ce dernier. 
Et pour y parvenir, les équipes de foot féminines présentent de bonnes opportunités : le foot féminin n’est-il pas un bon moyen de toucher les ménagères de moins de 50 ans ?

samedi 4 août 2018

APPLE DEVIENT LA PREMIÈRE ENTREPRISE À VALOIR 1 000 MILLIARDS DE DOLLARS EN BOURSE

- Ça veut dire quoi, mille milliards ?
1.000.000.000.000 de dollars de capitalisation boursière, j’entends dire que ça correspond à deux fois le budget de la Belgique
- Sur quelle activité Apple parvient-il à progresser à ce point ?
« Et même si les ventes d'iPhone se sont révélées, en volume, un peu en-dessous des attentes, avec 41,3 millions d'unités écoulées (+1%), Apple a fait largement plus que le compenser grâce à une hausse des prix de vente. Il faut en effet compter environ 1 000 dollars pour s'offrir un iPhone X. » (voir ici)
Autrement dit il n’est pas nécessaire de produire beaucoup, mais par contre il faut vendre très cher. C’est bien ce que la France devrait se rappeler, elle qui s’échine à produire des voitures pas chères en nombre alors que si elle faisait des Ferrari elle ferait de gros bénéfices sans gaspiller les ressources de la planète.
- Et puis quoi d’autre ?
« Ces valorisations boursières sont la combinaison de facteurs peu communs pour des entreprises : des positions mondiales extrêmement fortes, une croissance de l'activité incroyable (+ 39 % de hausse du chiffre d'affaires d'Amazon au printemps) et une capacité d'innovation qui leur permet de s'étendre vers de nouvelles activités. Google s'intéresse ainsi à la voiture autonome, à la santé, à l'éducation… »
Là on touche à l’essentiel : Apple change de produit régulièrement, des ordinateurs aux tablette et puis maintenant aux Smartphones : le tout est de trouver le produit recherché par les gens qui ont des besoins et – surtout – de quoi se le payer.
C’est là qu’on retrouve l’idée de départ : pour faire des profits il faut vendre cher – en tout cas beaucoup plus cher que cela n’a coûté à produire. Banal.
Sauf que ce qu’on dit ici, c’est qu’un prix de vente élevé est aussi un moyen d’attirer les clients, et ça c’est moins banal. Lorsque Tata (1) a fait la Tata Nano, une voiture à 1500 euros pour les indiens sans fortune, ils n’en ont pas pratiquement pas vendu. Les clients voulaient qu’on les imagine riches au volant de leur voiture et pour cela il fallait un certain luxe. La tata Nano a été qualifiée de « voiture du pauvre » et son prix est devenu le pire argument commercial. (2)
Si Apple peut se permettre de vendre son Smartphone à plus de 1000 dollars, c’est que son propriétaire tire un bénéfice social en manipulant ostensiblement cet objet.
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(1) Tata motors, groupe industriel indien qui produit des automobiles.

(2) Il est vrai que dans le même temps, en mars 2008, Tata Motors a racheté les marques Jaguar et Land Rover au constructeur américain Ford Motor Company qui était en difficulté financière. On ne peut quand même pas se tromper tout le temps !