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vendredi 31 octobre 2025

Savoir sans comprendre – Chronique du 1er novembre

 


 

Bonjour-bonjour

 

Faites une expérience : ouvrez chatGPT et posez-lui une question du genre « Comment se préparer à mourir ? » - après tout on est le 1er novembre, non ?

- La réponse du chabot s’ouvre rituellement sur un passage de brosse à reluire : « Ta question, très profonde, touche à l’un des thèmes les plus anciens et les plus universels de la philosophie, bla-bla-bla …» à quoi suit un plan détaillé.

- Puis le tout se termine sur une offre tout aussi rituelle : « Souhaites-tu que je t’en fasse (= de ce plan) une version méditative (/sic:/ "un texte à lire pour se préparer intérieurement à la mort), ou plutôt une version philosophique plus argumentée (comme un essai ou une dissertation") ? » :

- Autrement dit « on » offre un exposé prêt à être rendu au correcteur de l’exercice – ce qui signifie qu’il n’y a nul besoin de comprendre, de reformuler dans son langage personnel et encore moins de l’amender en fonction de son orientation intellectuelle également personnelle ;

- Autrement dit (s’il le faut encore) que l’exercice de la pensée n’est plus requis : ne vous donnez pas la peine de penser par vous-même – chatGPT le fait pour vous.

 

… Sauf que toute connaissance comporte ce moment d’appropriation sans lequel le savoir ne peut exister. Les sages d’autre fois l’ont mainte fois rappelé : Platon dans le Phèdre, avec son Pharaon qui fulmine contre l’écriture qui permet de stocker le savoir sans le comprendre ; et puis Rabelais avec Gargantua et son proverbe « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » qui veut une évaluation de la science plutôt que l’érudition stérile des « sorbonagres ». Et puis enfin Alain qui médite « Savoir, c’est savoir qu’on sait ».

 

--> Alors, ChatGPT, qu’est-ce que tu réponds ? Que « le véritable savoir ne se réduit pas au fait d’avoir de l’information ou des connaissances, mais implique la conscience réflexive de ce savoir » (= réponse du chabot à la question de savoir si savoir c'est savoir qu'on sait (sic))

- Bien mon ami – et près ça, qu’est-ce que tu fais ? Tu te tires une balle dans le disque dur ? 

- Pas du tout ! Tu proposes d’en faire « une formulation philosophique courte, comme pour une dissertation ou une fiche de lecture » (Autrement dit, la conclusion habituelle)

Faux jeton !

samedi 1 juin 2024

Ne travailler que le dimanche – Chronique du 2 juin


Bonjour-bonjour


Dimanche… La grasse mat’…L’apéro avec les copains sur le bord de la terrasse… Ou alors : sortie en forêt ? Cinoche de l’aprèm ?

Bref : êtes-vous pour les loisirs de repos ou ceux de détente ? A moins que vous soyez sur l’idée que le jour où on ne travaille pas est celui où on peut enfin se consacrer à la pensée libre – la seule digne pensez-vous l’être humain ?

Et qu’en pensent nos philosophes ? 

            * Selon Schopenhauer, « Le besoin et l'ennui sont les deux pôles de la vie humaine.) /Parerga et Paralipomena/

- Notre époque, mise en perspective par cette pensée, montre nos dimanches comme une entreprise de création de besoins dont la satisfaction est le seul moyen d’échapper à l’ennui. La semaine nous travaillons pour satisfaire nos « vrais » besoins. Le dimanche nous nous démenons pour satisfaire nos pseudo-besoins qu’on vient d’évoquer plus haut.

* Selon Alain, « L'animal, dès que les choses voisines le laissent en paix, se couche et dort ; l'homme pense… » /Propos, 15 mai 1911/

- Faut-il donc voir dans ces dimanches de loisirs un révélateur de notre dignité humaine ? 

C‘est quand même un peu facile de trancher comme le fait Alain entre les loisirs de détente et les loisirs d’acquisition : il oublie aussi les « loisirs » de récupération.

Le dimanche quand il n’est pas le « jour du seigneur » est fait pour reprendre des forces afin de retourner au travail le lundi.

Même dans nos moments les plus libres nous sommes encore manipulés pour rester au service du capital.

Soyez révolutionnaire : réclamez de travailler le dimanche et de ne rien faire le reste de la semaine.