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mardi 18 août 2026

Adieu, monsieur le professeur – Chronique du 19 aout

Bonjour-bonjour

 

Il y a des évènements qui me montrent combien les temps ont changé depuis que j’ai quitté de monde actif où j’étais professeur.

Par exemple, « de mon temps » les étudiants se battaient comme des chiens pour réussir un concours de recrutement de prof, que ce soit celui de professeur des écoles, du CAPES ou de l’Agrégation. Et une fois réussi leur concours, ils s’installaient dans leur nouvelle fonction et ne la quittaient qu’après avoir atteint l’âge de la retraite.

Or, j’apprends aujourd’hui qu’un tiers des nouveaux enseignants démissionne avant d’avoir atteint la cinquième année d’exercice.

 


« Pourquoi tant de départs précoces ? » interroge cet article. De mon temps on considérait que les faiblesses de la formation étaient contrebalancées par les avantages acquis telles les fameuses vacances - et quand même encore un peu le prestige de la fonction. C’était une époque, où personne n’aurait osé imaginé aller tabasser l’instit jugé responsable des mauvaises notes du petit. On sait ce qu’il en est aujourd’hui du statut de l’enseignant, mal apprécié par les parents souvent excédés par les avantages de la fonction : « Des gens qui travaillent 6 mois par an avec des semaines de 18 heures. »

Mais tout cela, ce n’est pas réellement nouveau. Une autre raison avancée pour expliquer ces abandons tient à la difficulté du métier, avec des élèves peu ou pas du tout disciplinés : « /Les jeunes enseignants déplorent qu’/une part croissante de leur énergie soit consacrée au maintien de l’ordre plutôt qu’à l’enseignement lui-même » (Art. cité) Là encore : rien de nouveau ; c’était même une des raisons pour la quelle j’ai sans cesse tenté de renouveler ma pratique afin de maintenir le groupe dans une recherche de réussite.

Non, rien de tout ça n’est suffisamment nouveau pour expliquer que les « avantages » du métier ne retienne pas plus les jeunes enseignants. La différence vient d’ailleurs : c’est la rémunération qui est de moins en moins conforme à l’attente des jeunes dotés d’un « bac plus 5 ». 

 

- Est-ce tout ? Pas sûr : car comment expliquer que la volonté de faire progresser des jeunes esprits dans la voie du savoir soit émoussée en moins de cinq ans au point de se laisser aller à démissionner ?  Je ne vois qu’une réponse : les écrans. Les smartphones qui permettent à des communautés de jeunes d’échanger leurs impressions durant les cours ou les moments réservés au travail et qui dévaluent l’enseignement du prof au point qu’il apparaisse comme une purge lorsqu’il faut l’avaler.

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P.S. Rien que pour la nostalgie, écoutons la chanson de Hugues Aufray

dimanche 31 août 2025

Chez les profs aussi le niveau baisse – Chronique du 1er septembre

Bonjour-bonjour

 

C’est la saison de la rentrée scolaire et donc aussi celle des constats désolés : le niveau des élèves baisse de plus en plus et les réformes qui se sont amoncelées au fil des ans n’y ont rien changé. La nouvelle « réforme-de-la-réforme » du bac est là pour en témoigner.

 

Mais il y a pire : les syndicats alertent l’opinion sur le niveau des enseignants, qui est en baisse si on le juge d’après le projet de réforme des concours de recrutement. En témoigne la suppression de deux années de formation (ramenée de 5 à 3 ans) mais aussi le contenu des épreuves du concours.

--> « Dans certaines disciplines, les exercices élaborés au ministère de l’éducation nationale ont stupéfié les formateurs qui préparent aujourd’hui les étudiants au CRPE (concours de recrutement de professeurs des écoles) au point que plusieurs représentants syndicaux confient avoir cru à un « canular ». C’est notamment le cas en mathématiques ou en histoire-géographie, où les questions consistant à classer des nombres par ordre croissant ou des événements par ordre chronologique (sans les dater), ainsi que celles sous forme de questionnaires à choix multiples, ont interpellé par leur apparente facilité. » (Lire ici)

 

Ce jugement se retrouve à propos du CAPES de lettres ou de maths, avec de  surcroît une précision fort éclairante : : « Ces exigences sont revues à la baisse d'année en année à mesure que ceux-ci n'ont pas assez d'admissibles pour le nombre de postes à pourvoir » selon l’estimation des formateurs.

Il s’agirait donc d’un mal qui ne résulterait pas de capacités déclinantes des candidats, ni d’un environnement culturel défaillant : simplement les étudiants donnent l’équivalent de ce qu’ils vont toucher comme paie. Autrement dit, ils ne se donnent plus le mal d’acquérir des connaissances affutées dans un domaine scientifique tel que l’histoire ou la physique ; mais seulement ce dont ils estiment avoir besoin en fonction du salaire qui va leur être versé.

Ce constat a le mérite de rattacher l’ensemble des insuffisances constatées dans les résultats de l’école française à une seule source. Trop facile ? Soit – prenons le temps de vérifier. Mais l’idée est quand même qu’il ne suffira pas de décréter une plus grande sévérité dans la délivrance des diplômes tels que le bac pour améliorer les résultats de l’École française.

mercredi 21 mai 2025

Lu sur des bulletins scolaires – Chronique du 22 mai

Bonjour-bonjour

 

J’ai lu ceci sur les bulletins scolaires de mes petits-enfants : à performances égales, l’un (= garçon) a cette appréciation : « Résultats prometteurs » et l’autre (=fille) « Résultats encore fragiles ». Et il ne s’agit pas là de stéréotypes venus de milieux sociaux retardataires : il s’agit de délibérations d’enseignants qui tous les jours débattent entre eux des performances de leurs élèves.

Alors qu’Elisabeth Borne, ministre de l’Éducation nationale s’efforce de favoriser l’investissement et la réussite des filles dans les matières scientifiques, Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation vise plutôt les stéréotypes de genre ; selon lui on valorise les garçons en disant d’eux qu’ils sont brillants ; et les filles en leur accordant le sérieux dans le travail. Outre les inégalités sociales, ces stéréotypes constituent pour les filles un lourd handicap. Au fond, en valorisant les garçons comme étant brillants on les considère comme « prometteurs » ainsi que dit ci-dessus. Et les filles ? Qu’ont-elles à nous promettre ? Elles sont sérieuses, consciencieuses, d’où leur fragilité : elles ne pourront jamais apporter à leurs études autre chose que ce qu’elles ont déjà montré.

 

--> J’ai été prof moi aussi, et je sais combien certaines appréciations peuvent être mortifère. Voyez celle-ci : « Travail sérieux. Résultats insuffisants. » - cruel n’est-ce pas ? On dira peut-être : « Bof ! les profs ils ont des formules toutes faites qu’ils ressortent par paresse pour éviter de trop s’engager. » Mais c’est faux : ils s’engagent de toute façon car leur avis même stéréotypé est décodé vite-fait comme attitude révélatrice d’indifférence. Voyez par exemple l’avis : « Peut mieux faire ». N’est-ce pas la révélation « Ce garçon (ou cette fille) ne m’a pas intéressé de toute l’année. Je n’ai rien à dire contre lui (elle), mais rien de positif non plus. » ?

 

Les profs devraient, comme le suggère Philippe Meirieu, être attentifs à la façon dont leurs élèves perçoivent leur attitude. Au cours d’une rencontre parents-profs, j’ai reçu les parents d’une élève qui m’ont dit « Notre fille nous a dit avant cette réunion « Ce n’est pas la peine d’aller voir le prof de philo. Il ne saura même pas qui je suis ».

Ce n’était pas vrai… mais un peu quand même.

jeudi 13 mars 2025

« Vous êtes trop nulle, madame B*** » - Chronique du 14 mars

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui, je m’arrêterai sur la prétention de certains professeurs à juger leurs élèves non seulement pour l’année qu’ils viennent de passer avec eux, mais pour leur projet engageant leur vie entière.

Je prends pour témoin l’interview de Pierre Niney (lu ici) à qui on demandait s’il partageait la volonté d’Edmond Dantès de prendre sa revanche sur certaines personnes.

« Il a alors partagé une anecdote au sujet de son ancienne prof de français, /Madame B***/ et d'une phrase particulièrement cassante sur laquelle il avait longtemps voulu prendre sa revanche : « Je pense assez souvent à des profs, notamment une prof de français. Quand je lui avais dit que je voulais être acteur mais que j'aimais les grands textes, que j'aimais la littérature et que je voulais faire quelque chose de tout ça, elle m'avait dit : « Non, avec des résultats comme les vôtres, il ne faut pas commencer à trop vous projeter sur ce genre de choses, pas trop rêver, vous êtes quand même assez médiocre. » Il poursuit : « Pendant longtemps, j'ai eu envie de prendre ma revanche, juste de lui montrer d'une manière ou d'une autre qu'elle avait tort. » (art. cité)

On dira qu’effectivement nul ne peut se prononcer ainsi parce que les résultats scolaires d’un élève s’ils sont signe de ses performances de l’année ne révèlent en revanche aucune nature profonde. Qui donc était madame B*** pour pronostiquer l’incapacité de Pierre Niney à devenir comédien ?

Mais n’instruisons pas trop hâtivement le procès de madame B***, car d’une manière générale c'est le péché capital de beaucoup de professeurs de considérer qu’en jugeant le travail scolaire d’un élève, c’est l’élève lui-même, l’enfant ou l’adolescent pris dans sa totalité, qu’ils jugent. Comment deviner la personne qui se cache derrière ces exercices scolaires  ?

Et d’ailleurs, à supposer que ce soit possible, avons-nous à le faire?


samedi 18 janvier 2025

L’école : pourquoi faire ? – Chronique du 19 janvier

Bonjour-bonjour

 

Le vendredi 17 janvier, la nouvelle ministre de l’éducation nationale a donné un aperçu de la « méthode Borne ». Elle consiste à « évaluer l’efficacité des dispositifs » avant de prendre « les décisions qui s’imposent, de manière très pragmatique » et à « faire confiance aux équipes éducatives ». Mais surtout aucun tabou, aucune prérogative ne saurait faire obstacle aux réformes dont elle s’estime porter la charge. (Lire ici)

- Alors qu’elle est confrontée à la crise de recrutement, Elisabeth Borne pose un sujet gros des pires conflits : celui de la durée des vacances, en particulier celle des vacances d’été jugée trop longue et discriminantes : « Les coupures longues se traduisent par des pertes de niveau pour les élèves les plus fragiles. »

--> Élisabeth Borne a donc assuré être en faveur d’un raccourcissement des vacances scolaires estivales : « Les vacances d’été de 2025 ne changeront pas mais, pour 2026, cela dépendra de l’issue des discussions », a assuré la ministre de l’Éducation. 

Tout ça me rappelle l’époque de Claude Allègre qui prétendait « remettre les élèves au centre des préoccupations ». Ainsi si le raccourcissement des vacances est bénéfique pour les élèves défavorisés, les profs doivent s’incliner et renoncer à 2 semaines de farniente. Or, s’il y a un sujet de combat sur lequel les profs sont prêts à se faire couper en morceaux plutôt que de reculer, c’est bien celui des vacances. Alors même qu’on peine à recruter des profs, voilà qu’on rend leur charge encore moins attractive ! Car on ne le dit pas assez, les profs restent attachés à leur vacances, 7 semaines de travail + 2 semaines de congés + 2 mois d’arrêt tous les 10 mois. Pas touche !

On dira qu’il ne s’agit là que d’habitudes que la charge de professeur ne saurait justifier.

Oui-Oui… Sauf que les parents eux-mêmes estiment que l’école a pour charge de s’occuper des gamins pendant qu’ils vont travailler. Qu’on se mette en grève et c’est l’affolement dans la famille. Si donc le rôle des profs c’est de garder les enfants bien au chaud durant que leurs parents vont bosser, c’est aussi leur obligation de les remettre en circulation quand c’est le temps des vacances, voyage, tourisme, restaurant et consommation spécialisée. 

Vous voyez ce que je veux dire ?

 


Et ça : ça compte pour du beurre ?

lundi 8 avril 2024

Prof : le dernier kilomètre – Chronique du 9 avril

Bonjour-bonjour

 

Valérie Rialland conseillère départementale LR du Var et professeure en lycée ironise sur les proposition de Nicole Belloubet concernant le recrutement des professeurs : « Pourquoi ne pas demander à Bert le ramoneur de devenir enseignant ? »

 


Extrait du film Marry Poppins

 

« Bert le ramoneur, pour ceux qui n'ont pas la référence, est l'acolyte de Marry Poppins qui vend des parapluies quand il pleut, des marrons quand il fait froid, et ramone les cheminées entre deux. /…/ La profession de ramoneur-vendeur-de-parapluies-et-de-marrons est parfaitement respectable, mais décider de baisser le seuil d'entrée, le niveau de diplôme minimal, pour pouvoir devenir professeur, et ouvrir le métier aux quatre vents, l'est beaucoup moins » ajoute notre conseillère (Lire ici)

 

- Bien sûr une telle chose n’est pas proposée, puisque si, effectivement, le concours pour devenir prof se passait à bac + 3 (au lieu de bac + 5 comme aujourd’hui) en revanche le futur enseignant aurait encore 2 ans de formation pour devenir définitivement prof, à bac + 5 donc. Mais retenons l’idée : pour devenir prof, il faut une solide formation dans la discipline enseignée. Oui, mais « pas que », vu qu’on a l’habitude de voir des néo-agrégés de littérature se crasher devant la classe de 4ème du collège Youri Gagarine de Trappes où il/elle vient d’être nommé/e/. N’y aurait-il pas aussi un talent pour enseigner sans lequel l’exercice de ce métier deviendrait improbable ? J’ai connu un jeune prof stagiaire de philo qui avait écopé d’une classe d’enseignement technique dont personne n’avait voulu. Et pourtant ! Peu après le prof-tuteur qui avait en charge son suivi m’avait dit : « Je ne sais pas comment il fait » ; il venait de rentrer dans sa classe, le trouvant assis sur le bureau et dialoguant avec ses 35 potaches. « Moi, ajoutait-il je ne saurais pas faire : je n’ai rien à lui apprendre »

 

--> Il en va du métier d’enseignant comme du métier d’infirmière : une part importante de l’enseignement, et en particulier tout ce qui permet de le faire entendre par des élèves dépend de la personnalité. Clemenceau disait : « On n’enseigne pas ce qu’on sait, on enseigne ce qu’on est. »

J’entends bien que la science pédagogique vient au secours de l’enseignant et que, même Bert-le-petit-ramoneur pourrait l’apprendre.

Mais même dans l’hypothèse où cette science donnerait au jeune prof des armes pour faire son métier il n’en reste pas moins qu’in fine c’est bien lui, avec sa voix de tête, son gros nez et sa silhouette bizarre qui va venir devant la classe pour faire entendre son message. 

C’est exactement comme le dernier kilomètre en logistique : c’est peu de chose, mais sans lui, rien ne passe.

mercredi 14 février 2024

Le bol de riz en fer – Chronique du 15 février

Bonjour-bonjour

 

Une vieille expression maoïste promettait aux fonctionnaires la possession d’un « bol de riz de fer », autant dire inusable : façon de dire qu’ils ont la sécurité de l’emploi.

Si en en croit la presse chinoise, il semble qu’aujourd’hui ce ne soit plus le cas du moins pour les professeurs : à l’horizon 2035 il y aura près de 2 million de professeurs surnuméraires du fait de la baisse de la natalité. (Art. relayé par Courrier international)

 

La ressemblance de cette situation avec la nôtre qui prévaut depuis 50 ans invite à observer ce qui se passe en Chine.

Bien sûr cette situation n’est pas subie passivement par les enseignants chinois : que faire de tous ces profs qui sont surnuméraires ?

D’abord, comme chez nous, certains pensent qu’il suffirait de réduire le nombre d’élèves par classe.  Le journal chinois qui donne ces informations affirme que “les écoles chinoises sont surchargées d’enfants depuis des décennies, avec jusqu’à 50 élèves par classe dans certaines villes et au moins 30 dans les zones rurales”. Et d’ajouter : “Cette situation pourrait inciter les écoles publiques à réduire la taille des classes en évitant les licenciements, ce qui permettrait en plus aux enseignants d’augmenter le temps qu’ils passent avec chaque élève.” 

 

- Bref : rien d’original en Chine à part le nombre extraordinaire de profs qui vont rester sur le sable ?

Si, quand même : “De nombreux enseignants ont un niveau de compétences relativement faible, en particulier dans les écoles rurales. Il est très important de promouvoir, dès que possible, le perfectionnement des enseignants par leur élimination quantitative.” (Art. cité)

Le niveau des profs étant très bas, il faudrait donc profiter de cet excès, d’abord pour virer les plus nuls, ensuite pour reprendre et approfondir le niveau de compétence de ceux qui sont encore surnuméraires mais qui pourraient retourner en formation pour en revenir avec de meilleures capacités à mettre au service de leurs élèves.


Hé-hé… Constater que le niveau baisse également chez les profs, ça ne se fait pas chez nous. En plus vouloir les renvoyer sur les bancs de la fac avant de les réintégrer dans l’enseignement : ces chinois ont bien de l’imagination. En aurions-nous autant ?