lundi 24 mars 2025

On n’a plus que l’IA à mettre devant les élèves – Chronique du 25 mars

Bonjour-bonjour

 

Les chiffres de l’Éducation nationale sont sans appel : « en un peu plus de vingt-cinq ans, le nombre de candidats au métier d’enseignant dans le secondaire a chuté de près des trois quarts » - et encore, on ne parle pas des démissions. A ce rythme-là, d’ici 10 ans on n’aura plus que des machines à mettre dans les classes en face des élèves.

- Les métiers de l’éducation n’attirent plus. Patrick Rayou (sociologue, professeur émérite en sciences de l’éducation, membre du CICUR) a, au cours d’un forum consacré à la question, listé ici les raisons d’une telle désaffection.

1) « La satisfaction professionnelle des personnels des établissements des premier et second degrés est de 6,0 sur 10, contre 7,2 pour l’ensemble des Français en emploi ».

2) « L’école enregistre les inégalités sociales, mais elle en rajoute aussi » Cela vient en partie de la façon dont « les savoirs scolaires sont socialement construits, puis distribués et évalués ».

3) Les directives du ministère, ses injonctions conjuguées à une réduction des moyens affectent la qualité du travail des enseignant.es : le métier de professeur devient plus difficile à mesure qu’il est réduit à une fonction d’exécutant.

4) Si la France compte plus d’heures de cours de fondamentaux que beaucoup d’autres pays, les résultats des évaluations ne la classent pas pour autant en tête du palmarès. La question n’est donc pas quantitative mais qualitative, pour les professeur.es comme pour les élèves.

5) Patrick Bayou n’évoque pas – mais il aurait pu – le salaire des profs qui stagne depuis 20 ans et qui met les enseignants français en queue de peloton des revenus européens dans cette catégorie.

 

Certains parents d’élèves malveillants considèrent les professeurs comme des privilégiés qui travaillent peu et qui bénéficient d’une statut de titulaire à vie. Image entretenue par l’odieux ministre que fut Claude Allègre : quand la semaine de travail fut réduite à 35 heures, des syndicats enseignants exigèrent que la mesure soit adaptée aux enseignants : le ministre rétorqua « il faudrait déjà qu’ils travaillent 35 heures ». Bien sûr les faits actuels démentent sans appel cette évaluation : sans parler de la désertion des concours, comment comprendre que certains néo-certifiés qui viennent de réussir un concours parmi les plus difficiles de la fonction publique décident de démissionner dès qu’ils ont constaté la réalité du métier ?

J’ai personnellement expérimenté le métier de professeur. En qualité de prof de philo j’étais privilégié : tous mes élèves passaient le bac à la fin de l’année et ils savaient qu’ils seraient évalués dans ma discipline. De surcroit les questions abordées par le programme permettaient de mobiliser l’intérêt de jeunes gens en quête d’un sens lié à leur recherche d’une place dans la société. Mais j’étais (et je suis encore) un prof d’un genre un peu spécial plus motivé par les élèves en difficultés que par les meilleurs : franchissant brillamment les moments les plus difficiles du programme, ils réussiraient de toute façon : j’étais là pour le luxe. Par contre les élèves qui bataillaient pour progresser et qui avaient absolument besoin de réussir, ceux-là avaient toute mon attention et je ressentais leur échec comme mon échec.

Et je comprends qu’aujourd’hui on ne peut rien faire pour ces élèves-là, sauf à répéter passivement les démarches concoctées dans le Ministère et qui ont fait durablement la preuve de leur inefficacité.

On n’ira de toute façon plus très loin avec de telles carences.

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