Bonjour-bonjour
Des élections qualifiées d'existentielles par l’actuel 1er ministre du Canada vont avoir lieu dans un mois dans ce pays. « Élections existentielles » ? Qu’est-ce que c’est que ça ? On est habitué à entendre parler d’élections présidentielles, législatives, municipales, etc. mais rien d’existentiel.
- Et puis, lorsqu’il entend le mot « existentiel », le philosophe dresse l’oreille. Car dans son jargon, le mot « existentiel » (qui a donné le substantif « existentialisme ») a un sens bien défini qui consiste dans le primat donné à l’existence humaine par opposition à toute métaphysique fondée sur une analyse abstraite de l’âme ou de l’essence humaine.
Mais aujourd'hui, dans le français contemporain, tout ce qui est qualifié d’existentiel renvoie simplement à l’existence concrète, celle qui s’oppose à la mort ; s’agissant de l’État du Canada on comprend qu’il faut par de telles élections rendre manifeste que la souveraineté populaire est toute entière réunie dans ses représentants qui auront à affronter des forces mortifères pour le pays. Et aussi que le pays affronte une crise qui marque un pic par rapport à toute la durée de son existence.
Si le Canada s’apprête à donner à des élections fédérales (en réalité législatives) un tour du genre « la patrie en danger » c’est que la menace est à la hauteur. Lisez plutôt : « Le président américain a multiplié les provocations, en répétant à l'envi son intention de faire de son voisin et allié historique « le 51e État des Etats-Unis » et qualifiant régulièrement le chef du gouvernement canadien de « gouverneur ». »
L’histoire humaine est marquée à la fois par une cohérence durable par laquelle on s’habitue à considérer les frontières et la souveraineté qu’elle protège comme déterminée pour la longue durée. Mais l’histoire nous enseigne également qu’il arrive que ce temps long soit sujet à des ruptures qui détruisent pour des durées également très longues ces structures stables. La chute du mur de Berlin fait partie de ces expériences qui nous ont sur le moment laissés sidérés, mais qui une fois assimilées, doivent servir de modèle pour anticiper l’évolution de crises futures. L’État souverain du Canada a été créé en 1867. Mais aujourd’hui, en 2025, il n’est pas invraisemblable qu’il disparaisse. Comme la RDA a disparu en 1990.
Ni plus – ni moins.
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