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lundi 15 janvier 2024

Affaire Oudéa-Castera : c’était encore plus pire – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

On sait que les explications données par madame Oudéa-Castera pour justifier le placement de ses trois enfants dans le collège privé Stanislas focalisent toutes les réactions. Il faut dire que, pour la Ministre qui est en charge de l'enseignement public, justifier la mise de ses enfants dans enseignement privé en raison précisément des carences du public (heures manquées non remplacées) est une critique évidente de la qualité de cet enseignement comparé à celui du privé. 

Or, voici que cette explication tombe devant le témoignage de l’enseignante concernée : « Un seul de ses enfants a été scolarisé dans le public, six mois seulement, et en petite section de maternelle, dans un établissement où les heures non remplacées n’étaient manifestement pas un problème. » (Selon Libération – lire ici)

 

Si la Ministre de l’éducation nationale a tenté ce mensonge - qui lui était pourtant défavorable - on est en droit de supposer que la vérité lui aurait été encore plus défavorable. Comme, par exemple de dire que le choix du collège Stanislas n’était pas un choix par défaut (madame Oudéa-Castera a prétendu que la proximité de cet établissement par rapport à leur domicile expliquait son choix), mais bien évidemment pour sa qualité pédagogique - et aussi (et surtout ?) pour la qualité de l’éducation morale et religieuse qui y est donnée. Cet établissement a d’ailleurs été fréquemment pointé pour ses options traditionnaliste tant sur le plan religieux que moral. Il y aurait comme un choix de classe effectué par un couple bien implanté dans la (très) haute bourgeoisie (rappelons que Frédéric Oudéa, le père des enfants, après avoir été le directeur de la Société-Générale est aujourd’hui le président du conseil d’administration de Sanofi, une entreprise du Cac 40). 

--> Madame Oudéa-Castera aurait cherché à dissimuler les raisons de son choix derrière un poncif bien populo dénonçant l’incapacité du service public à remplir sa mission. Finalement ce mensonge qui paraissait gratuit à l’origine, était destiné à allumer un contre-feux aux accusations de ségrégation de classe qui n’auraient pas manqué de lui tomber dessus.

C’est qu’il est plus grave de s’avouer réactionnaire que de montrer qu’on a de l’ambition pour ses enfants – même si c’est assorti du dénigrement du service public.

vendredi 28 janvier 2022

Christel Heydemann, la nouvelle météorite d'Orange – Chronique du 29 janvier

 

 

 

Christel Eydemann

  

Bonjour-bonjour

 

Christel Heydemann nommée à la tête d’Orange – voilà une bonne nouvelle :  une seconde femme à la tête d’une entreprise du CAC 40 (1), c’est revigorant ! Occasion de vérifier que les femmes peuvent accéder aux postes les plus élevés dans la société française sans être des monstres.

Oui, j’emploie le terme de « monstre » et je ne crois pas forcer le trait. 

Pourquoi ? Rappelez-vous : nous sommes en juin 1981, un des plus grands changements politiques en France est en train de s’accomplir, et les interrogations sur l’avenir du pays affluent. Parmi celles-ci, le chanteur Michel Sardou, au faîte de son succès écrit et enregistre la chanson « Être une femme », où il imagine comment une femme pourrait devenir aussi puissante que des hommes. « Femme des années 80, / Mais femme jusqu'au bout des seins, / Ayant réussi l'amalgame / De l'autorité et du charme », telle est sa recette : une femme puissante ne peut être qu’une chimère (2). 

Lisez les paroles de cette chanson ; dans chaque couplet c’est la même idée : on peut imaginer une femme accédant aux plus hautes responsabilités du fait de ses compétences, mais on ne peut se défaire des fantasmes qu’elle déchaine chez nous, les hommes. Comme on le sait, les hommes de pouvoir indexent leur sexualité sur leur puissance sociale - on imagine donc les femmes qui accèdent au pouvoir sur le même modèle : on croit que plus le pouvoir des femmes sera grand, plus elles seront des bêtes sexuelles. A l’époque on a ridiculisé cette chanson qui est apparue réactionnaire ; mais on restait quand même prisonnier de ce fantasme au quel on résistait comme on pouvait en pensant  que si des femmes accédaient au statu de chef d’État ce serait à la condition exprès d’être désexualisée. 

On lira dans l’article référencé la biographie de Christel Heydemann ; manifestement le fait qu’elle soit une femme au sens le plus normal (j’allais dire « ordinaire ») n’a jamais été déterminant dans sa fulgurante ascension. C’est cela qui constitue un marqueur du progrès de la féminisation de la société : le fait d’être une femme ne vient plus polluer le rapport que ses collaborateurs ont avec elle. Et c’est cela qu’on ne pouvait imaginer en 1981 : les hommes de l’époque s’évertuaient à imaginer cette chimère d’un être mi-femme/mi-homme, dont la personnalité hybride serait encore accentuée le pouvoir. Michel Sardou ne peut échapper à cette règle, lorsqu’il fantasme dans sa chanson : « Maîtriser à fond le système, / Accéder au pouvoir suprême : / S'installer à la Présidence / Et de là faire bander la France. »

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(1) Catherine MacGregor est directrice générale d’Engie. Sur Christel Heydemann lire ceci

(2) Chimère : Monstre fabuleux composite, de formes diverses, ayant généralement la tête d'un lion, le corps d'une chèvre, la queue d'un dragon et crachant du feu (CNRTL)

samedi 23 février 2019

SALON DE L'AGRICULTURE: MACRON ACHÈVE SA VISITE MARATHON, APRÈS PLUS DE 14H30 SUR PLACE


« Le chef de l'Etat s'est employé à rassurer des agriculteurs toujours inquiets pour leur avenir en se présentant comme "un patriote" défenseur du modèle agricole français dans la future Politique agricole commune (PAC) et a reçu un accueil plutôt bienveillant.
Le président de la République a promis "de ne rien lâcher", défendant "la force du modèle français" et plaidant pour une PAC "réinventée", avec une forte dimension environnementale. Il a aussi revendiqué la "souveraineté alimentaire, environnementale et industrielle" pour le continent européen ». (Lire ici)

Ah… Voir le Président en gentil-berger, avec le blanc agneau dans les bras… C’est un plaisir qui se renouvelle chaque année au moment du Salon de l’agriculture et dont on ne se lasse pas. (1)
Mais le Salon de l’agriculture c’est aussi le moment où on peut sans passer pour un réactionnaire ringard parler de la France et de l’agriculture français comme d'un bastion avancé de la Patrie qu’on se promet de défendre contre les ignobles technocrates, complices des industries alimentaires, ces empoisonneurs des estomacs français. « Oui, dit le Président, je suis un patriote défenseur du modèles agricole français. Je défends les éleveurs français contre les vendeurs de poulets brésiliens et autres engraisseurs de bœuf aux hormones. »
Alors je ne sais pas ce qui peut paraître le plus rafraichissant pour un homme qui, depuis son palais élyséen, doit se battre chaque jour contre des adversaires violents et sournois ; mais je n’hésiterai pas à cumuler le plaisir de se retrouver avec ce petit animal dans les bras et en plus de pouvoir tenir des propos qui sentent encore la Victoire de 1918 – Hein, crois-tu qu’on les a eus ! (2)
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(1) Quoique, si vous regardez mieux, vous verrez une étiquette jaunes cruellement poinçonnée au fond de l’oreille de l’animal : identifiant pour la boucherie qui va l’acheter et le découper en gigot.
(2) On aura reconnu le couplet de la Madelon :
Madelon, emplis mon verre
Et chante avec les poilus
Nous avons gagné la guerre
Hein, crois-tu qu'on les a eus !