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lundi 20 mai 2024

L’homophobie est-elle une opinion ? – Chronique du 21 mai

Bonjour-bonjour

 

Consultant pour Prime Video, l’ancien footballeur Jimmy Briand a défendu l’attaquant nantais Mostafa Mohamed qui a refusé de paraitre sur le terrain en portant le badge « Homophobie-Football » barré : 

 


Jimmy Briand a commenté ainsi son absence de l’équipe avant le début de la rencontre opposant l’AS Monaco à Nantes dimanche : « Il faut respecter. Chacun a le droit d'avoir ses convictions. C'est ça aussi le respect, c'est de respecter les gens qui ont d'autres convictions ». (Lire ici)

Traduction : il faut respecter les homophobes, parce que ce sont des gens qui ont simplement « d’autres convictions » : ils ne doivent pas traduire leurs convictions homophobes en agressions interdites par la loi ; en revanche leurs opinions homophobes sont protégées par le droit de chacun à la liberté d’opinion. Vous considérez que l’homosexualité est un comportement comme un autre : c’est votre droit ; lui ne le supporte pas, c’est aussi son droit. On ne saurait être plus clair.

 

Tout ça n’a rien de très nouveau : à la suite de la guerre contre le Hamas on a retrouvé ce discours aux Etats-Unis dans la crise des universités, où ceux qui réclament la disparition de l’État d’Israël sont considérés comme protégés par la liberté d’expression ; et bien avant lors de la criminalisation des opinons antisémites. C’est en 1946 que Sartre a publié dans son petit opuscule « Réflexions sur la question juive » une célèbre analyse où il démontre que l’antisémitisme est déjà un crime même quand il n’existe encore qu'en paroles. Car ces paroles sont des appels à la haine, à la violence - et pour finir au meurtre.

- Refuser de distinguer les opinions, qui ne sont que des façons de juger le monde, de celles qui appellent au meurtre de certaines personnes, ce n’est donc pas très nouveau. Mais qu'il faille encore en 2024 protéger des hommes et des femmes contre ces crises de haines est plus qu’inquiétant : on n’en finira jamais donc avec la haine ?

dimanche 12 mai 2024

Nemo : le troisième sexe – Chronique du 13 mai

Bonjour-bonjour

 

Le concours de l’Eurovision de la chanson (37 participants) a été remporté par le chanteur suisse Nemo, artiste non-binaire de 24 ans.

- Non-binaire ? Qu’est-ce donc ? 

En termes de logique classique il n’y a que deux possibilité : être vrai ou faux ; ou bien avoir telle caractéristique ou ne pas l’avoir. Par exemple être homme ou femme ; or voici que la non-binarité nous explique qu’il y a une troisième option, que les logiciens désignent comme « indécidable » quand on ne peut trancher entre les deux possibilités en présence. 

- Donc Nemo ne se reconnait ni homme, ni femme – qu’est-ce à dire ?

Selon " Question sexualité ", le portail gouvernemental d’information, « La non binarité, c'est tout simplement le fait de ne pas se reconnaître comme strictement femme ou strictement homme. Les personnes non-binaires peuvent ne se sentir ni homme ni femme, les deux, ou toute autre combinaison des deux. Le terme « non-binaire » désigne donc toutes les possibilités en dehors d'une identité strictement féminine ou masculine. »

Là-dessus les scientifiques se cabrent : la sexualité n’est qu’une façon pour la différence homme/femme de s’exprimer. Car elle résulte d’un facteur génétique : les femmes possèdent un chromosome XX et les hommes XY. Chaque cellule du corps de Nemo est porteuse du chromosome XY, et rien ne l’empêchera jamais.

Pourtant il se passe dans ces cas-là quelque chose qui n’est pas rien - occasion de rappeler la distinction sexe/genre : « l’identité de genre, c’est autre chose (que l’identité biologique). Il s’agit du sentiment profond de qui on est. Et ce sentiment ne correspond pas toujours au sexe biologique. » rappelle le portail cité. Donc, ce que nous appelons habituellement un homme ou une femme se trouve identifié par des caractéristiques socio-culturelles, qui dépendent de la société, de l’histoire, de choix personnels – et non uniquement de facteurs génétiques. 

--> Ce que nous appelons le « sexe » d’une personne est donc fait de deux éléments : un facteur génétique d’une part ; un facteur psychologique de l’autre. Et on est en grande difficulté quand il faut faire le partage entre les deux : où s’arrête le facteur génétique ? Où commence l’aspect psycho-culturel ?

Les homophobes sont des gens qui affirment que le facteur psychologique n’est pas constitutif de l’appartenance à la masculinité ou à la féminité : tout est biologique et les écarts sont des anomalies. Les gens qui sont favorables à la reconnaissance du facteur trans-genre estiment que nous devons les reconnaitre comme … non binaires, leur attribuer un pronom personnel caractéristique ("iel") et ne pas les stigmatiser selon leur apparence un peu excentrique.

lundi 15 mai 2023

Football : des joueurs refusent de soutenir la lutte contre l’homophobie – Chronique du 16 mai 2023

Bonjour-bonjour

 

Des joueurs de Ligue 1 et Ligue 2 ont refusé ce week-end de porter les flocages arc-en-ciel sur les maillots pour la journée de soutien à la lutte contre l’homophobie, organisée ce week-end par la LFP en amont de la journée mondiale contre l'homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie (17 mai) – Lire ici


Ce refus soulève bien des polémiques, puisqu’il apparait sur fond de contestation du soutien apporté aux homosexuels dans leur lutte pour normaliser leur situation dans la société. On souligne par exemple le rôle les religions qui déterminerait ce refus --> On entre alors dans des complications inextricables telles qu’on peut l’observer dans l’article référencé. 

 

Je voudrais intervenir à un tout autre niveau : sur quelle base s’appuie-t-on pour imposer le port d’une telle insigne marquant « le soutien à la lutte contre l’homophobie » ? Avant même de dire s’il soutient ou non cette opération le joueur devait d’abord demander si le contrat qui le lie à son club lui impose de participer à ce genre d’opération : les joueurs sanctionnés pour leur refus de jouer avaient-ils la liberté de le faire sans porter le flocage arc-en-ciel ? Il semble bien que non.

Ajoutons que considérer que les clubs ont autorité pour imposer un soutien officiel pourrait transformer les joueurs en hommes-sandwiches, dans la mesure où le thème de l’opération anti-homophobie n’est qu’un thème parmi beaucoup d’autres.

--> Je sais bien que cette position est décevante en présence de l’enjeu, qui est de rendre aux homosexuels toute leur dignité dans la société : on ne devrait pas mettre en jeu des engagements contractuels, qui défaussent les joueurs de leur responsabilité en tant qu’être humain. Mais dans une société du contrat comme la nôtre, où toutes les obligations sont du domaine de l’engagement circonstanciel, on ne voit pas sur quelle base on pourrait contraindre un joueur à porter des signes distinctifs autres que ceux qui ont été définis originellement. Un joueur peut être contraint à porter la mention « Qatar airway » ; mais pas un symbole LGBT.

jeudi 2 mars 2023

L’État ne fait pas ses devoirs – Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

En matière d’enseignement, l’État ne remplit pas ses engagements d’où l’intitulé surprenant mis en titre – qui est proposé par une association mobilisée pour obtenir le développement de l’éducation à la sexualité.

Certains diront que l’éducation à la sexualité est tout à fait inutile, que depuis que le monde est monde chacun sait comment faire crac-crac – et que si l’on se mêle de vouloir quand même l’enseigner, on n’arrive qu’à faire une leçon sur la reproduction des mammifères – tout sauf une nécessité.

Ces reproches, on les a entendus dans les années 70 – quand on a commencé à vouloir faire de « l’éducation sexuelle ». Sauf qu’à présent on n’en est plus là : il s’agit de « l’éducation à la sexualité », qui englobe les conséquences de la sexualité à commencer par la procréation, qui est justement un véritable danger pour les plus jeunes, les plus faibles, les plus démunis.

Pour en être convaincu il suffit de se reporter à l’information citée : « SOS homophobie, le Planning familial et Sidaction ont décidé d’attaquer l’État devant la justice administrative. Ces associations dénoncent le manque de cours d’éducation sexuelle, pourtant prévus par la loi, dans les programmes scolaires. »

- Il ne s’agit donc pas seulement d’expliquer les mécanismes de la sexualité, mais principalement comment fonctionne le désir chez les autres, et aussi ce qu’il en est du genre et du choix dont il résulte. On comprend qu’on demande beaucoup à l’école, trop sans doute, si l’on se reporte à l’ancienne démarcation faite entre l’instruction (service public) et l’éducation (domaine privé, réservé aux familles).

C’est pourquoi l’impossible éducation sexuelle (jugée inabordable en famille car "on n’y parle pas de ces choses-là") peut être délaissée (puisque les enfants d’aujourd’hui ont tous déjà vu sur internet des adultes copuler – c’est un fait, même si c’est de façon inappropriée) ; en revanche les conséquences de la sexualité, telles qu’évoquée ci-dessus (MST, fécondation indésirée, choix du partenaire, du genre, etc.), peuvent fort bien être discutées en famille.

--> Je dis « discutées » car il ne faut pas oublier que nos enfants, même tout petits ont une culture de cour de récré sur ce qu’est un pédé et sur ce qu’il faut faire à une meuf - et sur l'opportunité de perdre son pucelage.

dimanche 2 mai 2021

Restons correct ! – Chronique du 3 mai

Bonjour-bonjour

 

Si vous voulez restez correct alors n’appelez surtout pas un chat, un chat, comme le suggère Françoise Nore dans son livre (Françoise Nore : Appelons un chat, un chat ! Publié aux éditions de l’Opportun).

On trouvera dans cet ouvrage (dont les premières pages sont consultables ici) la description des mécanismes parfois surprenants de l’euphémisme tels qu’on les découvre dans la communication (en particulier politique). On y apprendra aussi que les modifications des expressions usuelles ne sont pas seulement des préciosités : elles finissent par instituer une véritable police de la pensée, et les éditorialistes qui ont récemment osé utiliser le mot « nègre » l’ont payé cher, nous nous en étions fait l’écho. Ces remarques débouchent sur un rapprochement avec la novlangue, dont la sinistre fonction nous menace plus que jamais ; l’autrice va comme on le voit bien au-delà de la traditionnelle dénonciation de la langue de bois. (1)  

 

Bref : sans revenir sur les aventures du langages qui relèvent de la volonté de former des chapelles intellectuelles, un peu comme les Précieuses ridicules de Molières, nous nous interrogerons sur la capacité de la censure imposée au langage d’opérer également sur notre pensée. La pensée est-elle inconsciente au point que les mots qui la formulent la conditionnent étroitement ? Les mots ont-ils un sens que nous ne choisissons pas et ne pensons-nous que dans les mots ? Autrement dit, l’intention ne suffit-elle pas à donner au mot la signification originale liée à cette circonstance ?

- Je prendrai un exemple glané dans une interview de Jean-Jacques Bourdin récemment consacrée à Marlène Schiappa venue justifier les sanctions prises contre les supporters de football accusés de pousser des injures homophobes. 

On trouvera ci-dessous l’échange un peu paraphrasé : on écoutera l’original ici (c’est à 0’50)

Jean-Jacques Bourdin : Quand les supporters crient « enculé » à l’arbitre  ce n’est qu’une injure sans plus. Pourquoi y voir de l’homophobie ?

Marlène Schiappa : parce qu’un « enculé » est un homosexuel passif, c’est celui qui est pénétré lors de l’acte.

J-J B (stupéfait) : Ah bon ? Vous croyez ? quand un conducteur irrité crie « Enculé » à un autre, c’est cela qu’il veut dire ?

M S (péremptoire) : Absolument. D’ailleurs vous remarquerez que l’on ne cherche pas à humilier ceux qui pratiquent ces rapports sexuels entre hommes (comme on le voit dans les prisons), mais seulement ceux qui les subissent. 

(Je passe la suite, d'ailleurs écourtée pour permettre à J-J B de prendre une bouffée de Ventoline)

 

Voilà où nous en sommes : faut-il dire comme Marlène Schiappa que nous pensons toujours dans la sphère du langage, là où la police des mots peut intervenir ; ou bien comme Jean-Jacques Bourdin que les mots n’ont pas de sens mais seulement des emplois (citation approximative de Wiggenstein) ?

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(1) Rappelons cette définition de la « novlangue », terme issu du roman de Georges Orwell 1984 : « C'est une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l'expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État, l'objectif ultime étant d'aller jusqu'à empêcher l'« idée » même de cette critique » Art. Wiki. (On lira la définition donnée par le roman en note 1 de cet article)

jeudi 4 avril 2019

LA JEUNE FEMME TRANSGENRE, AGRESSÉE PLACE DE LA RÉPUBLIQUE EN MARGE DE LA MANIFESTATION ANTI-BOUTEFLIKA, DÉCLARE : « ILS M'ONT AGRESSÉE À CAUSE D'IGNORANCE »

Les cheveux de Julia sont ébouriffés et un chant humiliant est entonné par les hommes qui l'entourent.   « Le groupe d'hommes chante en arabe. Les paroles de cette chanson signifient « Tu es une friandise », « Tiens voilà le gâteau ou le bonbon, le chocolat ». Tout
cela la réduit à un objet sexuel » 
« Je ne veux pas que les gens fassent l'amalgame (avec les maghrébins). J'ai vu beaucoup de gens m'encourager, mais tomber dans des discours d'intolérance, disant qu'ils m'avaient attaquée parce qu'ils sont d'une certaine communauté. Je ne veux pas rentrer dans ce débat. Ils m'ont agressée à cause d'ignorance » (Lire ici)



Les faits parlent d’eux-mêmes : la situation, la chanson montrent que l’homophobie est en cause (en fait la « transphobie »), et si les drapeaux se réclament de l’Algérie certains d’entre eux ont voulu protéger la jeune femme qui estime que rien de cela ne relève de préjugés communautaires ou religieux. Et pourquoi peut-elle être si affirmative ? Par clémence ? Peut-être, mais hélas, ce n’est même pas indispensable. Car voici ce qu’elle déclare : « J’ai été agressée ici comme ailleurs en de nombreuses circonstances, et par toutes sortes de gens », et donc – on le devine – qu’importe leur appartenance sociale, il n’y a pas une façon musulmane d’agresser une femme qui diffèrerait d’une façon franchouillarde. L’essentiel reste que des femmes, particulièrement quand elles paraissent un peu fragiles, sont une cible pour certains hommes.

Et maintenant qu’on y pense : pourquoi mettre en cause les hommes spécialement ?  Julia le dit : il suffit que l’ignorance soit là. Et je dirais volontiers que le désir de jouir de l’humiliation infligée aux autres est elle aussi transgenre.

dimanche 27 janvier 2019

LE YOUTUBEUR BILAL HASSANI, IDOLE QUEER DES JEUNES, REPRÉSENTERA LA FRANCE À L’EUROVISION

Bilal Hassani, youtubeur de 19 ans a été placé en tête du classement par les votes du public du pré-concours de l’Eurovision pour sa chanson « Roi » (à écouter ici)




« Le jeune homme d’origine marocaine plaide à sa façon pour l’acceptation de soi et repousse les codes classiques de la masculinité, en empruntant au vestiaire féminin tout en s’affirmant comme un homme ». 
Comme on le voit, ce qui interpelle aujourd’hui, ce n’est pas tant sa chanson (au demeurant tout à fait écoutable), mais bien la présentation du chanteur : d’origine marocaine, il est celui qu’on appelle « l’arabe à perruque », déchainant une campagne d’insultes inimaginable : « Déjà plus de 1 500 tweets insultants, discriminants ou menaçants en raison de son orientation (sexuelle) et/ou de son apparence », a fait savoir le collectif Urgence Homophobie, qui s’est associé à Stop Homophobie pour attaquer en justice « chaque personne qui a insulté, discriminé ou menacé » en ligne le jeune chanteur.
Il semble que désormais l’Eurovision ne soit plus seulement un concours de chansons, mais bien une tribune qui sert à affirmer des engagements sociaux et moraux. Rappelons-nous les « Monsieur-madame » de l’an dernier qui chantaient en faveur des migrants perdus en mer ; et puis aussi de la (devenu(e)) célèbre Conchita Wurst, un homme travesti en femme… à barbe (1).
« L'Eurovision demeure l'un des plus anciens programmes télévisés au monde, et le plus important concours musical jamais organisé. » précise l’article de Wiki : raison de plus pour s’étonner de ce dévoiement subi par cette célèbre émission, qui regroupe un nombre énorme de téléspectateurs de par le monde. Mais en lisant un peu plus loin l’article cité, on se rend compte que cette dérive avait par le passé déjà été constatée et fortement réprimée par de nombreux interdits : pas de mots insultants, par d’animaux sur la scène, modération des moyens pour la mise en scène etc.
Curieusement, ce sont les interprètes eux-mêmes qui ont repris la charge de transmettre un message indépendant du texte de la chanson. Il faut dire que ce choix a été dévolu au public national, en partie responsable du choix de la canson qui va concourir ; songeons donc que la chanson de notre « arabe à perruque » a été plébiscitée par le public ainsi que son interprète ; ce qui légitime du  même coup son allure… et sa personnalité.
Je trouve cela plutôt rassurant.
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(1) C’est à dire un homme qui porte des attributs féminin ; la quelle femme porte une barbe – attribut masculin. Il y a de quoi s’y perdre !