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vendredi 27 juin 2025

Un fantasme jugé honteux – Chronique du 28 juin

Bonjour-bonjour

 

La chaleur… les vacances… Le mois de juillet… tout ça ouvre largement la porte aux rêveries fantasmées, et bien sûr la presse s’en empare avec des titres énigmatiques quoiqu’alléchants, destinés à faire lire le plus possible de publicités sur des sites Internet tel que celui-ci.

 

Pourtant cette lecture ne manque pas de piquant. Voyez plutôt :

- Déjà repérer le site qui publie cet article sur un « fantasme jugé honteux… » : il s’agit de « Modes et travaux ». Même pour les moins de 20 ans ce titre devrait faire mouche dans un magazine « couture et pot-au-feu ». L’effet comique est garanti.

- Toutefois on dira que ça fait longtemps que les ménagères ont fait entendre qu’elles aussi appréciaient l’orgasme du lundi matin (= solitaire quand le mari et les enfants ont quitté la maison). OK. Mais voyons un peu plus loin.

- Voici donc le fantasme qui porte les rêveries érotiques des femmes mais aussi des hommes : celui de soumission/domination.


 

Ainsi donc, fantasmer de se faire attacher comme un objet soumis au désir du partenaire : courant.

- Un peu moins courant est l’interprétation du processus qui se développe alors dans le couple selon « Modes et travaux ». Lisons plutôt : « contrairement à ce que l’on croit, le fantasme n’est pas un projet, c’est un moteur du désir. » C’est vrai, à quoi bon fantasmer si c’est pour produire encore plus d’angoisse et de souffrance psychique ? Oui, mais : se faire bâillonner, ligoter, fouetter, voilà qui ne parait pas raccord avec « le-pied-du-samedi-soir »

- D’où la nuance apportée par l’article cité : « La domination/soumission active des leviers psychologiques puissants : contrôle, confiance, inversion des rôles, transgression encadrée… » Nous, on veut bien, mais c’est en pleine contradiction avec le jeu de rôle mis en œuvre : si « tout cela a lieu dans un espace sécurisé où chacun reste libre de dire stop », alors on n’y croit plus. D’ailleurs ces gentilles menottes en peluche rose (ci-dessus) ce n’est pas sérieux, on n’y croit pas non plus.

Mais à quoi devrait-on croire ?

Vient lors la définition du fantasme : « Le fantasme fonctionne parce qu’il bouscule les cadres habituels, tout en permettant de tester des émotions fortes à distance de la réalité. » Bref, le fantasme, ça fait bouger les lignes, mais au fond, ça ne change rien à la réalité.

- Mais alors, en quoi consiste donc le fantasme ? Madame Modes-et-Travaux cède la parole au sexothérapeute Sylvain Mimoun dans un entretien au Figaro Santé : « Ce n’est pas parce qu’on a un fantasme qu’on veut le réaliser. L’essentiel, c’est de pouvoir en parler librement, sans pression ni honte /…/. Il faut le voir comme un langage du désir, pas comme un plan d’action. »

Bref : il s’agit d’un jeu pratiqué par nos enfants depuis qu’ils ont des copains-copines : « On dirait qu’on serait dans une salle de torture. Tu serais le bandit et moi le bourreau qui dois te faire avouer »…

lundi 14 octobre 2024

Le Salon de l’Auto : spécial nostalgie – Chronique du 15 octobre

Bonjour-bonjour

 

Avec le Salon de l’Auto, le recours à la nostalgie est la ressource commerciale ultime : en témoigne Renault qui met en circulation une R5 électrique et pardessus le marché une R4 également électrique.

- Mais en regardant ces productions on va dire que le compte n’y est pas : voyez plutôt

 

Pas de quoi émouvoir, n’est-ce pas ?

Mais ce n’est pas seulement parce que les formes ont changé et qu’elles ne coïncident pas avec nos sensations d’il y a 40 ou 50 ans. Ce dont je parle trouve son expression la plus nette dans le Salon, qui ouvre justement aujourd’hui. 

Mon souvenir d’enfance du salon de l’auto remonte aux années 50-60, soit à une époque où l’automobile était un objet de convoitise qu’on n’imagine plus. La visite du salon était une sorte de spectacle quasi orgasmique (un orgasme offert même aux enfants, il faudra réfléchir à ça un jour) : certains de ces modèles étaient si luxueux qu’on n’avait aucun espoir de ne jamais monter dedans : mais la mise en scène qui les présentait faisait de ces carrosseries et de ces chromes des images propres à alimenter nos rêves – et pour cela nul besoin des appâts de pin-up ! C’est que les voitures présentées au désir des visiteurs avaient une valeur aphrodisiaque confinant au fantasme, et comme on le sait, le fantasme a besoins d’une image qui soit à distance pour ne pas se confondre au réel, mais aussi assez évocatrice pour y ressembler.

D’ailleurs on ne faisait pas mystère du désir masculin de voiture. Regardez cette pub BMW des années 80 :


Comparez donc cette pub BMW avec les images Renault ci-dessus : y a-t-il quoique ce soit qui éveille le désir chez vous ? Ces formes ces couleurs, cette absence de chrome (Ah ! La hiérarchie des chromes : elle est bien oubliée aujourd’hui !) … On me dira que le rêve est dans le bruit – ou plutôt son absence de bruit du moteur électrique : démarrer dans un glissement qui évoque la puissance retenue, le contrôle absolu de la machine… Mais quelle aberration ! Ce qu’on aime, c’est le moteur qui résonne avec un bruit caverneux qui vous déchire le tympan à la moindre accélération. 

Vroum-vroum

lundi 30 septembre 2024

Bon mari, bon père, et odieux violeur – Chronique du 1er octobre

Bonjour-bonjour

 

Ce matin, je lis ceci : « /Au procès de Mazan/ la sidération des épouses reste entière face à ces faits qui ne collent en rien avec le bon mari et le bon père qu’ils (= les hommes mis en cause) ont été par ailleurs. La plupart ignoraient même qu’ils étaient infidèles, mais leur pardonnent, évoquant un moment d’égarement et un « piège » dans lequel ils seraient tombés par naïveté. »

Si nous laissons de côté les observations qui, en soupçonnant la volonté de mettre à l’abri le chef de famille, banalisent les faits, tentons de comprendre ces affirmations dans leur sincérité. Ces femmes maintiennent que leurs maris sont des hommes tout à fait « normaux » et donc qu’ils ne peuvent être des violeurs. On ne peut être à la fois et un homme normal et un violeur. Pour parler comme les physiciens, cette « superposition d’état » est radicalement impossible. Si vous êtes un violeur, vous l’êtes dans votre substance du matin au soir et du soir au matin. Vous parlez comme un violeur, vous regardez les gens comme un violeur – et même vous mangez et vous buvez comme un violeur, vous dormez comme un violeur, vous vous brossez les dents comme un violeur. Aucune place pour ces pervers qui voient dans les femmes des objets dont la capture et l’utilisation à des fins de jouissance est absolument licite.

- Et c’est là que le soupçon de dérive face aux valeurs de l’humanité apparait. La cloison entre la femme-sujet respectable et la femme-objet manipulable est peut-être moins étanche qu’il n’y parait. On a l’habitude d’établir une frontière entre ces deux visions en traçant une démarcation entre la femme honnête et la femme de mauvaise vie. C’est bien commode. Et si, parfois, au cours de la même journée ces deux femmes n’en faisaient qu’une ? Impossible ? Pourtant face au désir charnel, le partenaire amoureux est parfois transformé en objet de jouissance faisant oublier dans la fureur de l’assaut l’être aimé.

 

- Ne sommes-nous pas en train de banaliser les violeurs de Mazan admettant au contraire de leurs épouses que tout homme honnête est un violeur qui reste ignoré ?

Puisque nous sommes dans l’évidence de l’expérience quotidienne allons jusqu’au bout des faits. L’amour fusionnel a ceci de remarquable qu’il réalise justement la superposition d’état : au cours des ébats sexuels, la pulsion qui « utilise » le corps de l’autre comme un objet est toujours en contact avec l’amour du sujet – auquel on offre son propre corps.

Ceci bien sûr avant que le temps ne dégrade l’amour en acte machinal pour qui la jouissance ne repose plus que sur des fantasmes : plus de sujet aimé, mais aussi plus de violence : le corps avec lequel on fait l’amour est juste un support pour un acte imaginé.

Sorti de la période fusionnelle, considérer le corps de l’autre comme un objet est permanent : il est la surface sur laquelle vient de projeter le fantasme. 

Et l’amour, b*** ? N’est-il que la réciprocité des fantasmes ? 

Peut-être. En tout cas « la réciprocité des fantasmes » serait une bonne définition du consentement.

vendredi 3 mai 2024

Sacrés cochons… - Chronique du 4 mai

Bonjour-bonjour

 

Dans plusieurs grandes villes allemandes des statues de femmes en bronze présentent une étrange décoloration au niveau de la poitrine :

 


La statue "La jeunesse" de Brême, "Juliette Capulet" à Munich et "la femme du Rhin" à Berlin (de gauche à droite).

 

BFM commente ainsi ces images :  « Sur les poitrines de ces femmes de bronze, on peut nettement voir des traces de décoloration. Elles sont dues aux nombreuses mains qui s'amusent à toucher les seins des statues ». (Lire ici)

Les mouvements féministes ont placé derrière ces statues de femmes dont les seins sont décolorés à force d'avoir été touchés de grandes pancartes mentionnant : « Le harcèlement sexuel laisse des traces. »

 

On reste incrédule devant de tels faits : un comportement aussi puéril peut-il exister de la part d’individus masculins : se peut-il qu’à l’âge adulte la libido masculine soit excitée par un sein de bronze ? On se rappelle que Brassens chantait « Corne d’aurochs », un personnage un peu attardé qui « sur les femmes nues des musées/ ô gué-ô gué/ faisait l’brouillon de ses baisers/ ô gué-ô gué. » Oui, mais ce n’est qu’une chanson.

Plusieurs réactions : l’une amusée dira que les hommes qui pelotent les statues laissent au moins les femmes en paix. Les autres, comme nos féministes allemandes, y verront la preuve que le harcèlement sexuel est si répandu chez les hommes qu’ils ne laissent même pas les statues tranquilles.

Sacrés cochons… Mais, dites-moi, vous n’avez pas entendu parler du gisant de Victor Noir au cimetière du Père Lachaise ?

Regardez-le bien :

 

 

On le voit : les dames aussi seraient pulsionnelles au point d’aller se frotter le frifri sur la protubérance généreuse du défunt. (1) - Il est vrai que la tradition racontait alors qu’en faisant cela elles accomplissaient un rite de fécondité.

Hummmm….

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(1) D’ailleurs, est-il si mort que cela ? On se rappelle que les carabins chantaient Saint Eloi, qui selon eux n’était pas mort « Puisqu’il bande encore »

Mais ça, c’est une autre affaire

dimanche 28 avril 2024

À quoi ressemblerait une société sans homme ? – Chronique du 29 avril

Bonjour-bonjour

 

Comment définir le féminisme radical ? A cette question l’actualité répond aujourd’hui par l’exemple de la Corée du sud où le mouvement féministe "4B" prône le renoncement aux hommes. ( Le terme "4B" est un raccourci pour quatre mots coréens qui commencent tous par bi, la marque de négation en coréen. (Lu ici)

Et pour ceux qui n’auraient pas compris, l’article cité ajoute : « Ces femmes se refusent 4 choses : "bihon", pas de mariage hétérosexuel, "bichulsan" pas de maternité, "biyeonae" pas de rencontres, et" bisekseu" pas de relations sexuelles hétérosexuelle » 

Bref, il s’agit d’éradiquer toute présence masculine, dans l’environnement féminin aussi bien que dans les structures sociales qu'elles fréquentent. Plus de mixité, plus de famille et bien sûr plus d’hétérosexualité.

o-o-o

À quoi ressemblerait une société sans homme ? Difficile de répondre ? Il suffit pourtant de chercher du côté de son symétrique : une société sans femmes. Parce que là, les exemples ne manquent pas – dont le cas le plus célèbre (mais pas unique) est celui des moines du Mont Athos, en Grèce, qui refusent tout ce qui est féminin, les femmes bien sûr, mais aussi les poules pondeuses. 

Vous voulez quelque chose de plus proche de la réalité ? De façon plus ponctuelle mais en même temps aussi radicale, nous pouvons citer l’interdiction des femmes dans la liturgie catholique, qui a été effective jusqu'à une date récente dans le domaine  des chants d’église. Jugez plutôt : « Dès le 11ème siècle les chœurs de femmes sont définitivement interdits dans les églises. À l’inverse, les écoles et les chœurs professionnels masculins se multiplient. Ce n’est qu’en 1953 qu’une nouvelle réforme, avec cette fois le pape Pie XII autorise enfin les femmes à chanter pendant la messe (à condition de se tenir éloignées de l’autel) » – Lire ici.

 

On haussera les épaules en observant que ce ne sont là que fantasmes et que pour que des hommes existent il faudra toujours des femmes pour les pondre. Mais cela ne change rien au désir, qui lui est bien réel. Et ce désir s’exprime bien réellement dans les pressions patriarcales, comme celle de quitter son travail après la maternité, ou encore les violences domestiques qui atteignent 40% en Corée.

--> Que les fantasmes les plus incongrus soient ridicules et dérisoires ne signifie pas pour autant qu’ils n’ont pas d’effets bien concrets dans des comportements qui restent incompréhensibles sans eux. Dans le cas de la haine des femmes il suffit de regarder ces chiffres que nous venons de citer. 

Toutefois, si la Corée du Sud est effectivement marquée par la haine des femmes, dirons-nous qu’elle n’est pas pour autant marquée par la haine des hommes ? 

Il est vrai que le mouvement 4B est totalement minoritaire. Mais il serait dangereux d’ignorer que le taux de naissance est exceptionnellement bas en Corée.

Comme si les coréennes voulait assurer leur autonomie en réservant leur temps à leur carrière plutôt qu’à la maternité.

mardi 16 avril 2024

Chérie, reprends donc une petite bouffée d’ozone – Chronique du 17 avril

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin dans Ouest-France : à cause de la pollution, des mouches se trompent de partenaires sexuels

 

 

Explication : des drosophiles ont été exposées, durant deux heures, à de fortes concentrations d’ozone, ce gaz à effet de serre qui pullule sous l’effet de la chaleur et des vapeurs des pots d’échappement de véhicules. Résultat : les bestioles ainsi shootées émettaient moins de phéromones. Et les femelles, laissées libres de copuler, ont jeté leur dévolu sur des mâles… d’autres espèces. (Art. cité)

Et ce n’est pas fini : la majorité des mouches nées de ces accouplements contre-nature se sont avérées stériles. Seuls sont fertiles les rejetons des couples de drosophila simulans avec les mauritania ou les sechellia (= autres variétés) : les femelles mutantes semblant d’ailleurs plus attirantes que jamais pour leurs homologues mâles.

La transposition chez les hommes est tentante, nous la ferons donc sans hésiter. Car si nous ne disposons pas de récepteurs de phéromones, nous en émettons pourtant et qui sait quel effet leur perturbation peut avoir ? 

Douteux ? Peut-être, mais imaginons alors que notre sexualité soit pilotée par des stimuli à défaut des quels nos choix pourraient errer vers d’autres partenaires devenus d’un coup plus attirants. L’exemple des mœurs dépravés des légionnaires plus attirés par les chèvres que par les femmes des environs ne viendrait-il pas de cette pollution aggravée par la chaleur tropicale ? Et si des singes de la jungle voisine venaient à les tenter, aurions-nous des hybrides pour vérifier leur attractivité ?

L’affirmation selon la quelle les femelles drosophiles sont alors plus sujettes que les mâles à se jeter sur tout ce qui bouge ne fait que redoubler notre trouble : issu d’un désir secret ? Hummmm….

… Fantasmes que tout cela ? Oui, bien sûr… Mais fantasmes réels quand même

lundi 10 juillet 2023

Fantasme quand tu nous tiens – Chronique du 11 juillet

Bonjour-bonjour

 

La chanteuse Izia est sous le coup d’une enquête pour « provocation publique à commettre un crime ou un délit » pour avoir décrit durant son tour de chant comment lyncher Emmanuel Macron, présentant la chose comme un plaisir qu’on se donnerait.

Bien entendu, oubliant certaines caractéristiques de cet évènement, Izia se défend : « À aucun moment dans mes concerts, je n’incite à la violence ou à la haine. Ce sont toujours des lieux de bienveillance et d’amour, de folie et d’improvisation. C’est juste ça purement et simplement. Cela reste une histoire fantasmée, un moment partagé d’esprit libre, artistique. Ce n’est pas dirigé dans quelque direction que ce soit. » (Lu ici)

Ces dénégations paraitront sans doute un peu de circonstance ; pourtant il y a un trait qui revient systématiquement dans de telles conditions : il s’agit d’un acte artistique, sans autre portée ; et surtout il s’agit d’un fantasme. C'est du moins ce que suggère la seule phrase crédible de cette déclaration : "Cela reste une histoire fantasmée, un moment partagé d’esprit libre, artistique"

 

Selon le CNRTL la psychanalyse nous dit que le fantasme est « une construction imaginaire, consciente ou inconsciente, permettant au sujet qui s'y met en scène, d'exprimer et de satisfaire un désir plus ou moins refoulé, de surmonter une angoisse » Laissant de côté l’aspect angoissé du fantasme, notons qu’il s’agit d’une mise en scène de la satisfaction d’un désir, et avouons que les propos d’Izia décrivant avec force détail comment il faut accrocher le Président et le frapper avec une batte terminée par un clou correspond bien à cette volonté d’inscrire le désir dans le réel. Le propre du fantasme est d’apporter un complément joussif à la réalité, de sorte qu’il peut en effet être perçu comme une invitation à partager cette jouissance.

Cette double apparence du fantasme – à savoir imaginaire et réaliste – est l’occasion d’interroger son interdiction : 

            * Pour l’interdiction : il s’agit d’une provocation à commettre un crime : les mots ont un sens, ils ne sont pas un simple délire et bien des crimes l’ont été sous couvert de réaliser ses fantasmes.

            * Contre : ces propos ne sont que source de plaisir : ils sont à ce titre couvert de l’immunité puisque depuis 68 le mot d’ordre est « Jouissez sans entraves »

samedi 15 avril 2023

Mon ordi chéri, as-tu une âme ? – Chronique du 16 avril

Bonjour-bonjour

 

Dimanche matin, après le café et le journal des brèves, vous voici disponible pour des réflexions un peu plus développées. Comme celle-ci : « L’IA est-elle la quatrième blessure narcissique de l’humanité ? »

- Bigre ! dites-vous. Il y a déjà eu trois de ces blessures et on ne me l’avait pas dit ? En tout cas je ne les ai même pas senties.

Expliquons. Dans l’article cité Freud est crédité de la découverte des trois premières : nous ne sommes plus comme on le croyait encore au moyen-âge au centre de l’univers ; et puis nous sommes devenus avec Darwin des singes un peu plus développés que les autres, mais rien de mieux. Quant à Freud lui-même il vient de révéler que notre Moi n’est qu’une péninsule émise par un vaste continent englouti que nous ignorons : l’inconscient. (1)

- Et voilà que notre intelligence, cette partie de notre psychisme qui porte notre essence et qui nous place au-dessus de tout ce que la vie a fait de mieux – la voilà, dis-je, qui perd sa place au profit des machines : l’IA la remplace avantageusement un peu partout et encore n’en est-elle qu’à ses débuts.

o-o-o

Loin de moi l’intention de reprendre ici l’énumération des mérites et des faiblesses de ces systèmes informatiques : le sujet est important mais il a été évoqué ici même bien des fois. Mais ce qui nous interroge ce matin ce serait plutôt la place accordée au narcissisme par Freud et validée par cet article. Faut-il se sentir dévalorisé par le fait que nos machines nous battent aux échecs ou au jeu de Go et qu’elles menacent de chômage bien des « cols-blancs » d’aujourd’hui ?

Certains ne le pensent pas : « dans l’histoire de la technologie, du silex jusqu’à l’ordinateur, on observe un grand mouvement d’externalisation des compétences. On a tout fait pour externaliser toutes les formes d’intelligences possibles, la mémoire et même la sensibilité (sic) » (Jean-Michel Besnier).  Au fond, si la machine se définit comme un outil animé qui remplace l’ouvrier, alors oui : l’IA est en effet une externalisation de nos compétences, que nous préférons déléguer à des machines pour jouir du temps ainsi libéré : banal. 

Toutefois, voici que dans ce face à face les hommes se sentent pris dans une compétition, dont ils sortent parfois vaincus comme on vient de le dire avec les échecs ou le Go.

Mais ce qui m’étonne, c’est que nous puissions nous sentir humiliés par des machines. Que nous importent leurs performances puisqu’elles ne fonctionnent pas selon la machinerie de notre propre cerveau ? (2). 

--> L’héritage freudien de cette formule est évident : la machine est investie d’un fantasme d’altérité qui la rend selon les cas aimable ou hostile, par lequel nous voyons en elle un alter-ego.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme » demandait Lamartine. S’agissant des ordinateurs la réponse est bien évidemment « Oui »

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(1) « Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu’elle a montré que la Terre, loin d’être le centre de l’Univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l’humanité par la recherche biologique, lorsqu’elle réduisit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s’est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. » Sigmund Freud, Introduction à la Psychanalyse (1916-1917)

(2) Les « réseaux neuronaux » artificiels dont elles sont dotées ne sont que des analogies avec notre cerveau, non une copie fidèle

vendredi 3 mars 2023

Un jouet sexuel vieux de 2000 ans ? – Chronique du 4 mars


Le "phallus" de `Vindolanda

 

Bonjour-bonjour

 

Découvert dans les ruines d’un fort romain datant du début de notre ère et situé en Angleterre cet objet en bois de 17 cm de long, supposé être un pilon, pourrait bien être aussi un godemiché. Ce qui laisse perplexe les spécialistes, car si les romains (femmes ou hommes) ont bien fabriqué et utilisé des objets semblables à des fins sexuelles, ils étaient en cuir rembourré de laine et non en bois. (Lire ici)

Et oui ! Si vous aviez le choix entre un sex-toy en bois et un autre en plastique souple, vous n’hésiteriez pas, évidemment. Sauf que le motif sculpté ici montre bien sans aucune équivoque un gland. Il s’agit donc bien quand même d’un phallus, même si on a à faire à une évocation du Dieu Priape. Car les archéologues le savent : on prenait à l’époque pour cette invocation n’importe quel objet vaguement ressemblant, quitte à ajouter des détails sommaires évoquant l’organe priapique – comme le pilon pour la cuisine.

Priape ? N’était-ce donc pas justement l’occasion de mettre du sexe dans les fourneaux ? Eh bien non : "La représentation du sexe en érection de Priape est tout sauf érotique" dit un spécialiste de la romanité. "Dans l’Antiquité romaine, le pénis est supposé éloigner le mauvais œil. Il faut donc voir ici, comme le mentionne la publication originale, une objet de la vie quotidienne, à portée prophylactique et symbolique"

Pourquoi pas ? Mais quand même : pourquoi l’érotisme serait-il exclu des préoccupations utilitaires ? Pourquoi les romaines n’auraient-elles pas fantasmé en préparant les concombres pour la salade ? Dans cette mise en scène de la jouissance érotique que constitue le fantasme, la réalité n’est là que pour servir de support au rêve de jouissance. Plus généralement aujourd’hui comme il y a 2000 ans, le fantasme est ce qui détourne les objets de la réalité pour en faire les objets du désir. 

- On pourrait d’ailleurs se demander dans quelle mesure la réalité (enfin : ce que nous prenons pour telle) ne suppose pas toujours ce double qui se superpose à elle et la rend désirable ?

mardi 30 août 2022

A la chandelle, la chèvre semble demoiselle – Chronique du 31 août

Bonjour-bonjour

 

Madame Borne l’a dit : il faut s’attendre à des coupures de courant l’hiver prochain – coupure qui viendraient s’ajouter à celles qui affecteraient aussi le gaz.

Bien sûr, la première ministre a aussitôt ajouté que celles-ci ne pourraient survenir que « si toutes les mauvaises hypothèses se conjuguent : si la Russie coupe ses approvisionnements, si jamais il y a des tensions sur le GNL [gaz naturel liquéfié] et que les commandes qu’on a passées ne sont pas honorées, s’il y a un hiver très froid » (Voir ici)

Oui, mais le mal est fait : nous voici à gamberger sur une nuit sans lumière à la lueur de la chandelle.

 

- Occasion d’interroger nos ancêtres qui eux n’ont connu que cette lumière : ils affirment que la chandelle enjolive tout ce qu’elle éclaire. Une citation d’époque le dit : « A la chandelle, la chèvre semble demoiselle ». Eh bien, voilà de quoi nous faire espérer dans l’hiver prochain.

Il y a quand même aussi de quoi regretter la clarté - même crue et impitoyable - de la lumière électrique à la quelle nos yeux sont maintenant habitués au point de ne plus pouvoir s’en passer.


Quoique… Et si la chandelle venait au secours de notre imagination ? Si en effaçant les détails elle ouvrait le champ au fantasme ? Peut-être pas au point de voir une « demoiselle » dans une chèvre – sauf à avoir une imagination de légionnaire – mais quand même :

 


Georges de La Tour – La Madeleine à la veilleuse

 

Bien sûr l’essentiel n’est pas là. Il est dans la menace de voir nos précieux smartphones s’arrêter privés d’électricité. Alors répondons que d’abord on aura toujours de l’électricité, du moins de quoi recharger nos batteries ; et qu’ensuite quand bien même il faudrait limiter les heures d’écrans, ce serait enfin l’occasion de choisir entre les usages essentiels et ceux qui ne le sont pas.