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jeudi 25 mai 2023

Rupture d’égalité – Chronique du 26 mai

Bonjour-bonjour

 

Le Sénat vient de consulter les usagers pour connaitre leur réaction à la mise en place des Zones à faible émission-mobilité (ZFE-m) stipulant l'interdiction de pénétrer en centre-ville, avec un véhicule portant la mention Crit'air 3 et au-delà. 

--> Jamais une telle consultation auprès des citoyens n’avait recueilli autant d’avis : plus de 51 300 réponses en moins d’un mois. Jamais non plus elle n’aura recueilli autant d’avis négatifs.

Pourquoi un tel refus ? Réponse : « Rupture d’égalité d’accès au centre-ville ». C’est net et sans bavures : il y aurait deux catégories de citoyens : ceux qui accèdent au centre-ville au volant de leur voiture électrique ; et ceux qui devraient abandonner leur vieille voiture pour y pénétrer après avoir parcouru de nombreux kilomètres dans la campagne. (Article à lire ici)


On relèvera que ce rejet ne tient pas seulement à l’inégalité entre riches et pauvres ; plus largement elle signale aussi le refus d’abandonner la voiture comme mode de locomotion, qui ferait rejeter la barrière Crit’Air 3 même à ceux qui ont des bus sous la main. Et puis n'oublions pas que derrière ce refus se profile la crise qui a accompagné le début des Gilets-jaunes dont le souvenir reste imprimé en lettre de feu dans la mémoire des responsables de toute nature : « On n'a vraiment pas envie de  créer une bombe sociale supplémentaire alors qu’il en existe déjà quelques-unes ». (Art. Cité)

 

C’est que la voiture après avoir été un luxe et un instrument de promotion sociale est devenu un indice de déclassement pour ceux qui ne peuvent plus vivre travailler, se loger, s’alimenter, répondre aux besoins de leurs enfants… sans leur vieille « bagnole » qui vraiment ne flatte plus du tout le narcissisme de leur propriétaire.

 

 

A l’injustice sociale liée à l’interdiction d’accéder au centre-ville s’ajoute le rappel de la blessure narcissique d’avoir perdu la reconnaissance sociale du fait de la vieille voiture-rouge qui fait teuf-teuf.

samedi 15 avril 2023

Mon ordi chéri, as-tu une âme ? – Chronique du 16 avril

Bonjour-bonjour

 

Dimanche matin, après le café et le journal des brèves, vous voici disponible pour des réflexions un peu plus développées. Comme celle-ci : « L’IA est-elle la quatrième blessure narcissique de l’humanité ? »

- Bigre ! dites-vous. Il y a déjà eu trois de ces blessures et on ne me l’avait pas dit ? En tout cas je ne les ai même pas senties.

Expliquons. Dans l’article cité Freud est crédité de la découverte des trois premières : nous ne sommes plus comme on le croyait encore au moyen-âge au centre de l’univers ; et puis nous sommes devenus avec Darwin des singes un peu plus développés que les autres, mais rien de mieux. Quant à Freud lui-même il vient de révéler que notre Moi n’est qu’une péninsule émise par un vaste continent englouti que nous ignorons : l’inconscient. (1)

- Et voilà que notre intelligence, cette partie de notre psychisme qui porte notre essence et qui nous place au-dessus de tout ce que la vie a fait de mieux – la voilà, dis-je, qui perd sa place au profit des machines : l’IA la remplace avantageusement un peu partout et encore n’en est-elle qu’à ses débuts.

o-o-o

Loin de moi l’intention de reprendre ici l’énumération des mérites et des faiblesses de ces systèmes informatiques : le sujet est important mais il a été évoqué ici même bien des fois. Mais ce qui nous interroge ce matin ce serait plutôt la place accordée au narcissisme par Freud et validée par cet article. Faut-il se sentir dévalorisé par le fait que nos machines nous battent aux échecs ou au jeu de Go et qu’elles menacent de chômage bien des « cols-blancs » d’aujourd’hui ?

Certains ne le pensent pas : « dans l’histoire de la technologie, du silex jusqu’à l’ordinateur, on observe un grand mouvement d’externalisation des compétences. On a tout fait pour externaliser toutes les formes d’intelligences possibles, la mémoire et même la sensibilité (sic) » (Jean-Michel Besnier).  Au fond, si la machine se définit comme un outil animé qui remplace l’ouvrier, alors oui : l’IA est en effet une externalisation de nos compétences, que nous préférons déléguer à des machines pour jouir du temps ainsi libéré : banal. 

Toutefois, voici que dans ce face à face les hommes se sentent pris dans une compétition, dont ils sortent parfois vaincus comme on vient de le dire avec les échecs ou le Go.

Mais ce qui m’étonne, c’est que nous puissions nous sentir humiliés par des machines. Que nous importent leurs performances puisqu’elles ne fonctionnent pas selon la machinerie de notre propre cerveau ? (2). 

--> L’héritage freudien de cette formule est évident : la machine est investie d’un fantasme d’altérité qui la rend selon les cas aimable ou hostile, par lequel nous voyons en elle un alter-ego.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme » demandait Lamartine. S’agissant des ordinateurs la réponse est bien évidemment « Oui »

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(1) « Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu’elle a montré que la Terre, loin d’être le centre de l’Univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l’humanité par la recherche biologique, lorsqu’elle réduisit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s’est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. » Sigmund Freud, Introduction à la Psychanalyse (1916-1917)

(2) Les « réseaux neuronaux » artificiels dont elles sont dotées ne sont que des analogies avec notre cerveau, non une copie fidèle

mercredi 29 juin 2022

D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Qu'y a-t-il d’autre ? – Chronique du 30 juin

Bonjour-bonjour

 

« D'où venons-nous ? Qu'y a-t-il d'autre ? Qui sommes-nous ? » A ces questions et à bien d’autres que nous ne nous posons pas encore, le télescope James Webb va apporter des réponses selon cet article du Figaro.

 

- Ça vous la coupe, hein mes chéris ? Toutes ces questions métaphysique que l’homme depuis qu’il est homme pose en scrutant le ciel infini : voilà qu’à grand coup de dollars les américains vont les résoudre sans coup férir. 

Comment cela ? Hé bien voyez-vous, le télescope James Webb va livrer l'image « la plus profonde » de l'univers. « Il va explorer les objets du système solaire et les atmosphères des exoplanètes en orbite autour d'autres étoiles, nous donnant des indices pour savoir si leurs atmosphères sont potentiellement similaires à la nôtre ». Nous voulons non seulement voir l’instant où l’univers a émis ses premiers photons, mais aussi voir s’il existe des mondes lointains qui seraient similaires aux nôtres comme un miroir qui nous serait tendu à des milliards d’années lumières. 


"Un univers miroir de l’autre côté du big-bang" (voir ici)

 

Car voilà l’affaire : nous espérons ne pas être seuls dans l’univers, et pour cela nous avons imaginés des extraterrestres avec qui parler. L’homme révolté de Camus crie son désespoir au ciel désespérément vide : c’est Dieu qui manque à Camus. Nous, nous sommes plus modestes : nous voudrions savoir s’il existe une autre terre – très loin dans Proxima du Centaure par exemple – une planète où il y aurait des collines et des rivières et des poules dans les champs.


Pascal nous décrivait comme une poussière dans l’infini, qui ne pourrait trouver son salut que dans la grâce divine. Mais aujourd’hui, nous qui sommes devenus des athées convaincus, nous avons trouvé autre chose à croire : nous sommes minuscules peut-être ; mais nous ne sommes plus seuls à l’être.

Et ça change tout...  du moins pour les Narcisses que nous sommes.

lundi 25 mai 2020

J’ai bobo à mon ego – Chronique du 26 mai 2020

Bonjour-bonjour

Durant deux mois nous avons vécu une situation proche de celle de l’incarcération, la misère et les mauvais traitements en moins. Ou peut-être serait-il plus réaliste de comparer cette situation de confinement à ce que vivent les moines ? Mais choisir l’un plutôt que l’autre est de peu d’importance, vu que la situation carcérale a été conçue et inspirée par le vécu monastique. Ce qui veut dire que la solitude voulue pour les prisonniers a été imaginée comme un moment de méditation et de macération au cours duquel l’âme se ressaisit et réévalue les objectifs qu’elle s’était donnés.
Aujourd’hui, si j’en crois notre insistance à distinguer entre « le monde d’après » et « le monde d’avant », nous avons appliqué à nous-mêmes cette situation, vivant le confinement comme l’occasion à ne pas manquer de ranger la maison et de vivre dans un ordre rationnel ; de cuisiner moins gras, plus diététique, plus écolo-compatible ; et/ou de se mettre au piano, à l’aquarelle, à l’écriture, etc.  
Bref, nous avons cru que les circonstances étant favorables, nous pouvions progresser indéfiniment dans une direction que nous avions choisie. Et ce faisant nous avons cru que nous étions capables de tout à condition de le vouloir. D’où la déception lors du déconfinement : nous n’avons peut-être pas réalisé ce que nous voulions, et tout ce que nous avons découvert durant cette période, c’étaient nos limites.

Ah ! chers amis, je sens que je viens de toucher un point sensible et de provoquer une « blessure narcissique ». Car l’idée que vous n’étiez pas capable de réaliser ce à quoi vous aspiriez, que vous n’aviez pas le niveau pour cela et que vous ne pouviez pas espérer y parvenir – que vous n’étiez pas « doué » comme vous l’espériez – voilà qui vous fait mal à l’ego.
« Je suis un incapable ! » Croyez-vous cela ? Savez-vous de quoi vous êtes capable ? Êtes-vous stoïcien au point de croire que la Nature, et la vôtre en particulier, est faite de lois immuables et que ses productions sont dotées de limites prédéterminées ? Ce qui n’a pas été possible aujourd’hui ne serait-il pas demain ? J’entends bien que certaines capacités sont soumises à des contraintes physiologiques et qu’elles ne peuvent que régresser au cours de la vie : les sportifs de haut niveau savent que leurs performances vont, à partir d’un certain âge, décliner inexorablement, et le violoniste que les articulations de ses doigts vont peu à peu se durcir. Mais il y a un organe qui est capable de plasticité tout au long de la vie, c’est le cerveau. Je suis persuadé que le mien s’est développé depuis que je ne travaille plus (1). C’est d’ailleurs quelque chose de bien connu : le cerveau humain est sans doute le même depuis 100.000 ans et pourtant les opérations qu’il effectue ont changé complètement. Piloter une voiture à 300 km heure, utiliser les touches virtuelles d’un Smartphone, se déhancher en rythme sur les dancefloors d’Ibiza, voilà qui était déjà virtuellement à la portée de monsieur et de madame Cro-magnon. Quant à tailler une pointe de flèche dans un silex, nos archéologues ont réappris à le faire, même s’ils restent encore bien gauches.

Bref : vous n’êtes pas encore capable de maitriser le violon et lorsque vous poncez un plancher, ça vous donne une idée du chaos ? Ne vous désespérez pas ! Attendez plutôt le prochain confinement – ou la retraite.
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(1) Je veux dire « je ne travaille plus professionnellement ». Car passer son temps à corriger des dissertations ça rend idiot.

vendredi 4 mai 2018

PRÉSIDENT MACRON EN NOUVELLE-CALÉDONIE : RENCONTRE AVEC LES POPULATIONS QUI FONT LA DIVERSITÉ DU TERRITOIRE

Supposons que des Extra-terrestres parviennent à lire nos articles en ligne sur Internet, et que de surcroit ils parviennent à en comprendre le sens. Ils tombent sur cette photo :


            - Voilà donc, dirait Sarek (c’est le nom de notre lecteur bien connu des amateurs de Star Treck), à quoi ressemblent les habitants de cette planète. Cet article affirme qu’il y a une diversité entre les individus constituant cette peuplade : les unes sont barbus, les autres non ; les uns ont des cheveux noirs, les autres blancs – certains n’ont même pas de cheveux du tout.
Tout ça, en voyant cette image, je comprends : on verra un peu plus tard si ces différences sont importantes ou pas. Mais il y a une chose que je ne m’explique pas : c’est l’existence de ce personnage qui est sur le bord de la photo, et qui fait un signe bizarre avec ses doigts.
Qu’est-ce que tu en penses, Poky ?
            - Je ne sais pas, moi. Demandons à La Grande Intelligence.
La Grande Intelligence, comme son nom l’indique possède des ressources que nos simples personnages n’ont pas.
            - Il s’agit d’un voleur d’image, qui s’insinue là où elle est réservée à d’autres. Si nos humains (c’est comme ça qu’ils s’appellent entre eux) du premier plan s’en étaient aperçus ils l’auraient chassé.
            - Comment, Grand Intelligence ? C’est donc si important d’apparaître sur une image qu’il faille le cas échéant s’y imposer frauduleusement ?
            - Mais oui, Sarek, n’en doute pas.
            - Ces « humains » comme tu les appelles seraient-ils donc vaniteux au point d’aimer leur propre image ?
            - Bien sûr Sarek, dès qu’ils le peuvent ils font des images d’eux mêmes et se les échangent avec grand plaisir.
            - Et il n’y a personne pour leur dire que c’est idiot ? 
            - Certains de leurs Dieux le font, mais généralement ils ne les écoutent pas.