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lundi 16 juin 2025

Un pénis de Titan – Chronique du 17 juin

Bonjour-bonjour

 

Vous connaissez cette fleur ?

 



Non ? Alors courrez vite au Jardin botanique du Grand Nancy pour assister à une nouvelle floraison d’un pénis de Titan.

Car, il y a urgence : cette fleur ne s’épanouit que deux à trois fois par décennie – et encore, si les conditions sont favorables ; de plus elle fane en 72 heures ! Seulement voilà : son inflorescence qui atteint la hauteur de 2 mètres est une des plus hautes du monde, raison suffisante pour ne pas la rater.

Alors bien sûr on se dit que, par ailleurs, le nom de cette fleur est à lui seul un sujet d’attention. Pensez ! Un « pénis » qui atteint deux mètres ! Dans tout homme adulte survit le gamin qui prétendait avoir la plus grande de l’école ; on se doute que la taille de l’objet soit un sujet d’émerveillement. 

- Et pourtant, la Nature ne s’en satisfait pas. Car, outre sa forme et ses dimensions exceptionnelle, cette fleur possède une autre caractéristique pour attirer les insectes pollinisateurs : « L’inflorescence du « phallus de titan » est également connue pour son odeur extrêmement forte de cadavre, destinée à attirer son pollinisateur, un gros coléoptère. » (Lu ici)

 

… Ah ! Mes amis ! Je me sens en faute d’avoir donné cette précision, car involontairement nous (= nous autres les hommes) allons imaginer que notre organe reproductif va lui aussi devenir attractif en fonction … de son odeur. Et vous allez virer de votre douche le gel-douche « Super-mâle » au parfum de vétiver, de bouleau ou de cèdre, pour mettre à la place… 

... Quoi donc ? Car je ne connais pas de parfum pour homme dégageant une odeur de … pénis ?


Mais le doute est né, il s’instille dans notre conscience désirante. Et si, tout au fond de nous, sommeillait le souvenir de stimulis venus du fond des âges et qui permettaient à Monsieur Cro-Magnon de signaler sa présence à des kilomètres à une femelle bien disposée ?

vendredi 3 mars 2023

Un jouet sexuel vieux de 2000 ans ? – Chronique du 4 mars


Le "phallus" de `Vindolanda

 

Bonjour-bonjour

 

Découvert dans les ruines d’un fort romain datant du début de notre ère et situé en Angleterre cet objet en bois de 17 cm de long, supposé être un pilon, pourrait bien être aussi un godemiché. Ce qui laisse perplexe les spécialistes, car si les romains (femmes ou hommes) ont bien fabriqué et utilisé des objets semblables à des fins sexuelles, ils étaient en cuir rembourré de laine et non en bois. (Lire ici)

Et oui ! Si vous aviez le choix entre un sex-toy en bois et un autre en plastique souple, vous n’hésiteriez pas, évidemment. Sauf que le motif sculpté ici montre bien sans aucune équivoque un gland. Il s’agit donc bien quand même d’un phallus, même si on a à faire à une évocation du Dieu Priape. Car les archéologues le savent : on prenait à l’époque pour cette invocation n’importe quel objet vaguement ressemblant, quitte à ajouter des détails sommaires évoquant l’organe priapique – comme le pilon pour la cuisine.

Priape ? N’était-ce donc pas justement l’occasion de mettre du sexe dans les fourneaux ? Eh bien non : "La représentation du sexe en érection de Priape est tout sauf érotique" dit un spécialiste de la romanité. "Dans l’Antiquité romaine, le pénis est supposé éloigner le mauvais œil. Il faut donc voir ici, comme le mentionne la publication originale, une objet de la vie quotidienne, à portée prophylactique et symbolique"

Pourquoi pas ? Mais quand même : pourquoi l’érotisme serait-il exclu des préoccupations utilitaires ? Pourquoi les romaines n’auraient-elles pas fantasmé en préparant les concombres pour la salade ? Dans cette mise en scène de la jouissance érotique que constitue le fantasme, la réalité n’est là que pour servir de support au rêve de jouissance. Plus généralement aujourd’hui comme il y a 2000 ans, le fantasme est ce qui détourne les objets de la réalité pour en faire les objets du désir. 

- On pourrait d’ailleurs se demander dans quelle mesure la réalité (enfin : ce que nous prenons pour telle) ne suppose pas toujours ce double qui se superpose à elle et la rend désirable ?

vendredi 27 mai 2022

Secundinus l’emm*** – Chronique du 28 mai 2022

Bonjour-bonjour

 

 

Gravée sur une des pierres du site archéologique de Vindolanda (Royaume-Uni), une inscription vieille de 1700 ans a retenu les spécialistes de l'épigraphie romaine. Aussi inattendu qu'amusant, le message, assorti d’une représentation phallique,  mentionne : « Secvndinvs Cacor » qui, traduit en français, donne : « Secundinus, l'emmerdeur », à droite du dessin d’un pénis.

 

 


Vu ici

Un simple graffiti… Est-ce que ça vaut la peine d’en parler ? Certes c’est un fait minuscule, mais venu du fond des siècles (1700 ans) il nous ouvre une petite lucarne sur la vie quotidienne des romains – ou peut-être des légionnaires romains, qui du coup nous paraissent plus authentiques que chez Astérix.

- D’abord, ce graffiti a été gravé dans la pierre par un bon artisan du ciseau. Alors qu’on l’aurait « bombé » à la peinture en 5 secondes il a fallu sans doute plusieurs heures au soldat romain pour faire ça : on suppose une rancœur solide pour s’imposer ce travail. Secundus était donc un véritable emm*** !

- Ensuite, le pénis gravé, profondément avec des détails qui le rendent reconnaissable à tous les coups, ne parait pas être là par hasard. Et pourtant quel rapport entre Secundinus et le phallus ?

J’hésite à vous faire part de mon hypothèse. Pourtant il le faut bien si l’on veut alimenter la réflexion. Voilà la traduction que j’imagine : « Secundinus l’emmerdeur, je t’encule »

 

- Aie ! Ne me tapez pas ! Pas sur la tête ! 

D’ailleurs ce n’est pas moi qui dit ça : c’est le légionnaire romain qui surveillait le mur d’Hadrien il y a 17 siècles. 

mercredi 6 janvier 2021

Le phallocrate et le patriarche – Chronique du 7 janvier

Bonjour-bonjour

 

Non, ce titre n’est pas celui d’une fable, mais une remarque sur le langage vivant.

… Rappelez-vous : c’était durant les années 70, et quand des femmes du MLF parlaient de politique, elles désignaient toujours les hommes par le sobriquet de « phallocrate ». Et ça marchait aussi pour les relations hommes-femmes au travail, dans la famille, et bien sûr pour les relations amoureuses. Or, ce terme aujourd’hui est tombé en désuétude, c’est tout juste si on ne vous demande pas une traduction lorsque vous l’employez. 

On préférera aujourd’hui employer le terme de « patriarcat » - qui n’est pas exactement la traduction qu’on aurait attendue, le phallocrate revendiquant son pouvoir par la nature de son sexe, alors que le patriarche, en-dehors de sa position dans la famille, est aussi celui qui exerce une domination sur les femmes du fait de l’organisation de la société grâce aux mythes qui la soutiennent. 

Comment interpréter le glissement d’un terme à un autre ? Comme le fait observer ce site dédié à la question, ces deux termes désignent l’oppression des femmes par les hommes. Toutefois, alors que la phallocratie faisait référence à l’idée de phallus tel que la psychanalyse lacanienne, qui renvoie à un rapport particulier au pouvoir (1), nous l’a présenté, la notion de patriarcat, venue de la sociologie via l’anthropologie désigne cette domination institutionnalisée et venue du fond des âges, via les mythes et les religions. 

--> On pourrait alors estimer que ce glissement d’un terme à l’autre s’explique par une évolution des modes intellectuelles : la psychanalyse a perdu beaucoup  de ses adeptes dans les années 90, alors que l’analyse sociologique du patriarcat permet un décryptage historique tout à fait limpide.

Mais il y a une autre explication encore plus évidente : alors que les femmes ne pouvant jamais posséder le phallus, sont condamnées à une frustration perpétuelle vis à vis des hommes, nos féministes actuelles peuvent ordonner la lutte contre les abus masculins, désigner l’ennemi, qui n’est plus l’homme en général, mais le patriarche ; non plus le compagnon de leur vie, mais la société qui lui donne une place de maitre-dominateur. Au lieu de l’apartheid voulue par le MLF, on ne chasse plus aujourd’hui que les adeptes de la domination qui ont trouvé refuge dans les religions traditionnalistes. 

On trouvera dans cette analyse de la pensée de Lacan des raisons de croire que son analyse de l’amour et du besoin a gardé un rôle efficace pour une révision des rapports amour/désir entre hommes et femmes. Mais pour ce qui est de la domination exercée par les hommes sur les femmes,  la version anthropologique du pouvoir paternaliste donne une prise plus efficace à la lutte féministe – avec en prime l’avertissement de ne pas tomber dans le matriarcat.

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(1) Chez Lacan la notion de phallus est une métaphore (imaginaire) du sexe, du sexe masculin, du pouvoir sexuel, du pouvoir. (voir ici)

vendredi 1 mars 2019

L’ACADÉMIE FRANÇAISE SE RÉSOUT À LA FÉMINISATION DES NOMS DE MÉTIERS

L’institution fondée au XVIIe siècle par Richelieu a tranché un sujet longtemps tabou, estimant qu’il n’existait « aucun obstacle de principe » à la féminisation des métiers.
Pas question de légiférer, rappelle le rapport, l’Académie se contente d’être la gardienne du « bon usage ».
- Féminiser les noms de métier ? Oui, mais sans aller jusqu’à ceux qui désignent une fonction : « contrairement au métier, une fonction est distincte de son titulaire et indifférente à son sexe – elle est impersonnelle car elle ne renvoie pas à une identité singulière, mais à un rôle social, temporaire et transmissible, auquel tout individu peut, en droit, accéder (…). On n’est pas sa fonction, on l’occupe. » Lu ici

On n’est pas sa fonction, on l’occupe : voilà pour ceux qui, considérant que l’on a mieux à faire que de réfléchir sur des mots, dédaignent ce débat ; car on arrive à mettre en lumière la place que chacun occupe par rapport à ce qu’il est dans la société. Ainsi, en 2022 si nous élisons une femme (pourquoi pas Brigitte ?) on devrait dire « Madame le Président de la République »
J’entends d’ici les sarcasmes des tenants de la féminisation des noms de fonctions : « Voilà bien le machisme ordinaire ! On acceptera de féminiser les fonctions subalternes, mais pas les plus élevées dans la société. La perceptrice, mais pas l’inspectrice générale des finances. 
Quand à madame la ministre on sait combien le débat est crispé à son sujet (cf. article cité)
- Là dessus on répondra que le genre n’est pas à confondre avec le sexe : ceci est évident pour le vocabulaire, même si son extension à l’homme a fait problème.

D’ailleurs on se demande quel fantasme alimente cette confusion genre/sexe : au point qu’on s’effarouche à l’idée qu’une chaise pourrait avoir un phallus au lieu d’une matrice.