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vendredi 14 mars 2025

La pénurie d’œuf est à nos portes – Chronique du 15 mars

Bonjour-bonjour

 

On peut être la première puissance du monde et peiner à trouver l’œuf du petit déjeuner (formule anglo-saxonne). Cet article nous le révèle : aux Etats-Unis le manque d’œuf (résultant de l’abattage massif de poules pondeuses en raison de la grippe aviaire) impacte le marché au point que le prix d’une douzaine d’œufs avoisine les 6 dollars (5,50€). (Lire ici

- Bon tout ça c’est pour les américains : rien à en faire. Pourtant le même article nous révèle que les américains – malgré leur protectionnisme – font appel au Danemark et à l’Europe entière pour importer leur excédent afin de combler leur déficit. Et là : patatras ! On apprend que l’Europe est également en déficit, et cela à l’approche de Pâques saison réputée pour ses œufs, justement.

 


Là, je rigole, mais ce n’est pas drôle. Car si cette pénurie nous préoccupe, elle n’est que l’une des prémices de pénurie futures qui nous attendent. La raison de cette réflexion alarmante tient dans la remarque faite dans l’article cité : les américains ont lancé leur appel à l’importation au Danemark, à l’heure même où la Maison Blanche humilie ouvertement la souveraineté cet État. 

- Mais alors, si le protectionnisme se répand partout et sur tout, que deviendra le commerce international s’il se bloque en raison de la règle de l’intérêt prioritaire des États pour se privilégier quelque soient les besoins des partenaires ? Et comment ferons-nous pour faire vivre les populations qui manqueront de l’essentiel ? On voit déjà chez nous ce que cela donne en matière pharmaceutique, et puis rappelons-nous la pénurie de masques dans les premiers temps du covid.

En face de l’égoïsme assumé des États, la règle de la coopération doit être maintenue. Car si on en croit les anthropologues, au cours de la préhistoire, c’est elle qui a permis la survie des groupes humains.

mercredi 29 mars 2023

Toujours moins ! – Chronique du 30 mars

Bonjour-bonjour

 

En cas de pénurie, deux possibilités : soit vous augmentez la ressource ; soit vous consommez moins.

C’est exactement cette opposition qui divise face aux « grandes bassines ». On peut en effet lire ceci : « Face à la pénurie d’eau douce, les solutions privilégiées par les gouvernements successifs ont été jusqu’à présent d’augmenter la quantité disponible ». En revanche le GIEC considère « qu’agir sur la demande en eau, permet de réduire les conflits » (Lire ici).

- On est dans une situation ridiculement facile à résoudre : ou bien on démontre que la ressource est disponible, le seul problème étant de la mettre à disposition : et Vivent les grandes bassines ! Ou bien on ne les remplit qu’au détriment des nappes phréatiques, et alors Vivent les cultures économes et l’irrigation adaptée.

 

Moi, ce qui m’étonne, c’est que la solution ne soit pas encore évidente et qu’on en soit à s’étriper en se traitant de tous les noms. La science devrait mettre tout le monde d’accord en disant très clairement dans quels cas les bassines sont opportunes et dans quel cas il faut adapter nos méthodes au nouveau climat.

Alors, que font nos gouvernants pour imposer de telles solutions ? Rien ? Mais non ! Ils se rangent du côté des faiseurs de bassines ce qui laisse croire qu’il s’agit d’un choix politique et non scientifique : les dirigeants sont du côté des accapareurs, puisqu’ils veulent privatiser la ressource.

Car voilà le problème : ces bassines seraient propriétés privée et tout le monde n’y aurait pas accès. A ça, le GIEC n’a pas de réponse, car il ne s’agit pas d’une question scientifique.

Ce qu’il dit simplement c’est : quand on a moins, on dépense moins. Le reste, c’est de l’intendance qui est supposée subalterne : « L’intendance suivra » disait le général de Gaulle.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle traine les pieds.

mardi 14 mars 2023

Pénurie d’eau – Chronique du 15 mars

Bonjour-bonjour

 

Le débat sur le développement des centrales nucléaires en France a rallumé bien des inquiétudes – et pas seulement quant au risque de contamination. Ainsi de la consommation d’eau des centrales accusée d’assécher les fleuves pour refroidir les réacteurs, pendant que les tenants des centrales affirment que l’eau pompée dans les fleuves y retourne après avoir été refroidie – au prix il est vrai d’une certaine évaporation (nuage blanc sur les tour de refroidissement).

 


Tout cela est vrai, sauf que, « du point de vue des ressources naturelles en eau, ces évaporations représentent beaucoup. » (lu ici) : et c’est vrai, l’eau évaporée va bien sûr rejoindre la terre d’une manière ou d’une autre, mais pas nécessairement là où elle a  été pompée, c’est-à-dire pas dans le fleuve.


- « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » disait Lavoisier à la fin du 18ème siècle : c’est l’occasion de revenir sur les craintes de pénurie qui affligent les hommes de ce début de siècle : alors que le pétrole ou le charbon consommés disparaissent à tout jamais sous cette forme, par contre l’eau employée par l’agriculture ou l’industrie reste néanmoins identique à ce qu’elle était avant usage. Les angoisses cultivées par les mouvements écologistes et les précautions préconisées (« Mais fermez donc le robinet quand vous vous lavez les dents ! ») ignorent superbement l’existence du cycle de l’eau : pourtant pas une molécule ne disparaitra de la surface du globe du fait de son utilisation.

Alors ? Nous devrons conclure que ce qui nous importe, ce n’est pas tant ce qui se passe à l’échelle de la planète, mais ce qui arrive à notre porte. Que de l’eau soit plus abondante chez nos voisins, on s’en moque ; par contre qu’elle le soit moins chez nous, ça par contre c’est important.

D’ailleurs on ne s’intéresse pas vraiment à la fonte des glaces au pôle nord. En revanche qu’on n’ait plus de neige à Noël, ça – ça ne passe pas !

mercredi 4 janvier 2023

La baguette à trois euros – Chronique du 5 janvier

Bonjour-bonjour

 

« Attendez-vous à savoir » (comme disait Geneviève Tabouis) que la baguette de pain va passer à 3 euros, seule façon de défendre nos boulangeries, dont l’existence est menacée par l’augmentation du prix de l’énergie.

Cette nouvelle, ce sont les boulangers eux-mêmes qui l’on diffusée, après avoir dénoncé l’augmentation exceptionnelle de leurs fournitures dont l’électricité. Seuls les derniers boulangers utilisant un four à bois sembleraient à l’abris, mais eux, la baguette à 3 euros, ils pratiquent déjà.



 Alors voilà – on nous dit : « Bientôt plus de boulangerie pour acheter vos viennoiseries et votre pain-du-jour » et nous trouvons cela bouleversant. Pourtant les poissonneries ont disparu depuis très longtemps ainsi que les stations-service : on n’en a pas été bouleversé pour autant. Y aurait-il donc quelque chose de spécial que symboliseraient les boulangeries ?

-  On sait que la disparition du boulanger dans nos communes marque souvent la disparition du dernier commerce de détail : la boulangerie est dernier rempart contre la désertification de nos villages. Il même arrive parfois que la mairie dépositaire des locaux de la boulangerie en fasse prêt gratuit à l’artisan qui viendrait s’y installer pour y fabriquer à nouveau le pain frais que réclame la population.

- Mais surtout, derrière la disparition des boulangeries il y a la peur de la raréfaction du pain. Le manque de pain a été jalonné au cours de l’histoire par des émeutes populaires (1). La disparition du pain, principal aliment disponible,  a été au cours de notre histoire synonyme de famine, et cette peur de l’estomac vide a laissé une trace dans notre mémoire collective, quand bien même le pain serait devenu aujourd’hui un aliment moins important.


Serait-il possible que nos réactions collectives soient ainsi pilotées par des faits historiques qui auraient creusé un sillon peu visible mais profond aujourd’hui encore ?

… Comme la haine des violences policières rappelant les dragonnades de Louis XIV ? Ou l’obligation de travailler plus longtemps avant le départ en retraite évoquant l’imposition des corvées médiévales ?

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(1) Qu’on se rappelle la « guerre des farines » dont nous parlions il y a peu – ici même.

vendredi 2 décembre 2022

Il est temps de vous angoisser – Chronique du 4 décembre

Bonjour-bonjour

 

Ça y est ! Voilà les « générateurs de peur », ceux qui prospèrent grâce aux mauvaises nouvelles – quitte à ce que ce soient des fakenews – les voilà pris la main dans le sac avec cet article qui appelle à la panique sur fond de pénurie alimentaire.

Il s’agit d’un article que vous lirez ici, sobrement titré : « Les 6 aliments qui vont bientôt manquer dans les rayons » et qui poursuit ainsi : « Attendez-vous à voir la mayonnaise, la pâte à tartiner ou encore le beurre disparaître des rayons. Ce qui sera également le cas du riz, des biscuits et des produits transformés fabriqués à base de tous ces ingrédients. Il est peut-être temps de revoir le menu que vous avez prévu de préparer pour les fêtes de fin d’année en prenant en compte cette pénurie à venir. »

Autrement dit : ce n’est pas parce que tout est normal qu’il faut être insouciant : les pénuries nous guettent et voilà une liste des produits qu’il serait prudent de stocker.

- Bien sûr, aucune preuve, aucun chiffre ni aucune source citée ; simplement l’appel à se ruer sur les rayons en question pour y créer la pénurie évoquée. Il s’agit d’une prévision auto-réalisatrice à l’effet bien connu.

 

- La question ne consiste pas à se demander « comment ça marche ? » mais plutôt « pourquoi ça marche ? » Parce que si le public se souciait d’abord de vérifier les nouvelles en s’enquérant de la source et de la personne qui retransmet, sans aucun doute tout ça n’existerait pas. 

--> Il semble donc que ces mauvaises nouvelles répondent en réalité à une attente du public : s’agit-il d’une attitude morbide qui consiste à se délecter des malheurs qui affligent un peuple innocent ? Plus généralement d’une posture sadique qui se repaît des souffrances des autres ? 

Oui, c’est sans doute vrai. Mais je veux croire que tous les lecteurs de ce genre d’article ne sont pas des pervers pathologiques ; mais plutôt que, tout simplement, pour eux une information est forcément une mauvaise nouvelle. On disait autrefois qu’on ne publiait jamais la liste des trains qui étaient arrivés à l’heure. De même on ne s’intéresse pas aux produits lorsqu’ils remplissent les rayons des supermarchés.

Alors, Charles III, il est encore en bonne santé ? Vous êtes bien sûr ?

lundi 17 octobre 2022

L’histoire ne passe pas – Chronique du 18 octobre

Bonjour-bonjour

 

Les historiens l’observent parfois : il arrive que l’actualité reproduise de façon troublante des évènements du passé, au point qu’on se demande s’il ne s’agirait pas d’une constante des sociétés humaines qui échapperait au devenir historique. Ainsi des émeutes de la famine qu’on pourrait comparer aux troubles occasionnés aujourd’hui par l’augmentation du prix de l’énergie (gaz-électricité-carburants).

L’exemple le plus évident est celui de ces émeutes qui secouèrent la France en 1775 connues sous le nom de la guerre des farines

 


La "Guerre des farines" à Paris  en 1775 

 

« La guerre des farines désigne une vague d'émeutes survenues d'avril à mai 1775 dans les parties nord, est et ouest du royaume de France. Elle fait suite à une hausse des prix des céréales et consécutivement du pain, supposément du fait de la suppression de la police /des prix/ des grains royale, et des mauvaises récoltes des étés 1773 et 1774. » (Lire la suite ici)

 

Les points de ressemblance entre les émeutes de 1775 et les troubles en cours actuellement sont nombreux :

            * Bien qu’aujourd’hui il ne s’agisse plus de nourriture mais de source d’énergie, on voit bien que ce sont les conditions de l’existence même des gens qui sont en cause. A la question « Comment vivre sans manger ? » succède « Comment vivre sans pouvoir aller travailler, sans se chauffer en hiver, sans cuisiner son repas ? ». Le gaz a remplacé le froment, mais l’émotion est la même

            * Et les moyens de la lutte sont également semblables. En 1775 le peuple attaque les spéculateurs pour les contraindre à vendre la farine à un « juste prix » quitte à les piller le cas échéant (cf. l’image ci-dessus et l’art. cité). 

- Faut-il rappeler la revendication la taxation des superprofits de TotalEnergie ? 

            * La sortie de crise est certes encore indécise aujourd’hui. En 1775 après la répression (1) le Roi fit établir et respecter un encadrement des prix qui ramenèrent le calme. 

               * Enfin en 1775 comme aujourd'hui les émeutiers interpellent l'autorité publique, et lui demandent de rétablir le prix juste. En l'absence de réponse, se met en place une pratique de règles d'un ordre intérieur : le pouvoir de régulation.


--> La comparaison entre ces évènements est troublante, d'autant qu'elle inviterait à lire notre avenir à l'aune de la révolution qui suivit ces faits de quelques années .

Peut-être est-ce aller trop loin ? En tous cas, la guerre des farines a laissé des traces : non seulement elle a révélé la faiblesse d'un régime que la révolution allait emporter, mais surtout elle montra les ravages que le libéralisme économique provoquait déjà à sa naissance.

Et c’est sans doute cela qui ne passe pas dans l’histoire contemporaine.

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(1) On ne pendit pourtant que deux émeutiers.


lundi 22 août 2022

L’ère des pénuries : miam ! – Chronique du 23 août

Bonjour-bonjour

 

« Le tourisme bat des records, et les vendanges s’annoncent exceptionnelles en qualité mais aussi en quantité. » Cette nouvelle vous fait bondir de joie ? Non ? C’est que comme tout le monde vous n’êtes intéressé que par les mauvaises nouvelles, et en particulier par celles qui annoncent des pénuries.

Tenez, voyez celle-ci (qui a l’avantage de concerner plus spécialement nos voisins britanniques) : « Le Royaume-Uni souffre comme l'Union européenne de la crise énergétique provoquée par l'invasion russe de l'Ukraine, mais également d'une perturbation des chaînes d'approvisionnements et d'un manque de travailleurs exacerbé par le Brexit. » Toutes ces pénuries réunies expliquent que l’inflation s’accélère, chez eux et bientôt chez nous.

 

- Notre attachement morbide aux mauvaises nouvelles explique-t-il que nous ne soyons pas sensibles aux bonnes tendances de notre économie, qui, selon certains spécialistes, ne se porte pas si mal ? Si nous ne voyons que les échecs et les régressions, est-ce à dire que nous soyons influencés par la propagande des partis d’opposition qui tirent une « rente calamité » des échecs du gouvernement ?

Sans doute, mais la gourmandise avec la quelle nous recherchons et consommons ces mauvaises nouvelles peut avoir une autre source.

--> Manque de gaz (ou d’électricité), pénurie de marchandises, manque de travailleurs… Nous, les enfants de la société de consommation, n’en revenons pas : alors que nous avions appris que grâce à la consommation tout allait bien au point que le mieux que nous ayons à faire était de passer le temps à bâfrer, voilà que la réalité nous impose la vertu de la sobriété. Toutefois, alors même que nous écoutons les (mauvaises) nouvelles de l’économie, nous continuons de consommer tant et plus, comme au bon vieux temps. C'est que la pénurie, nous n'y croyons pas vraiment.

Une preuve ? Avez-vous remarqué comme les conseils pour économiser l’eau ont le vent en poupe ces temps-ci ? Récupération des eaux grises, retraitement de celles-ci pour la consommation humaine, installation de citernes pour récupérer les eaux de pluie (quand il se remettra à pleuvoir), que sais-je encore ? Tous ces conseils et ces publicités nous intéressent comme si la pénurie d’eau était ce qu’il y avait le plus à craindre. Nous tremblons de ne plus avoir d’eau au robinet, et puis l’instant d’après nous allons nous ébrouer sous notre douche.

- Alors ? Je crois comprendre que nous aimons nous faire peur, comme les petits enfants qui adorent les histoires horribles simplement parce que ça leur donne des sensations fortes tout en n’étant que des fictions. Nous jouons à nous faire peur pour mieux jouir de la sécurité ambiante.

dimanche 31 juillet 2022

Ils sont fous, ces allemands ! – Chronique du 1er août

Bonjour-bonjour

 

« L'Allemagne connait un boom des ventes de radiateurs électriques sans précédent. En cause, la crainte de voir l'approvisionnement en gaz réduit, voire arrêté, cet hiver. » (Lu ici)

- Cette information a dû vous faire sursauter, chers amis, vous qui transpirez par 30° à l’ombre. Oui, les allemands ont aussi chaud que nous, et pourtant ils se jettent comme des frustrés sur les radiateurs électriques qu’ils stockent. Sont-ils fous, ces allemands ? Non, ils craignent simplement la pénurie de gaz qui, l’hiver prochain pourrait bloquer leur chauffage domestique.

Et nous ? Devons-nous craindre aussi quelque pénurie qui viendrait obscurcir notre avenir ? Finis l’oubli et l’insouciance ? En plein repos, faut-il désormais renoncer au farniente pour penser aux soucis qui nous attendent pour l’année à venir en ayant l’œil rivé sur un horizon à 6 mois, afin de parer toute éventualité ?

Bien sûr on a déjà quelques pénuries dûes à cette anticipation de… la pénurie : raison pour laquelle on ne parvient toujours pas à regarnir les rayons d’huile ou de moutarde. Mais ce n’est qu’un début. Comme vous le savez, nous sommes moins exposés que nos voisins au manque de gaz, mais c’est principalement en raison de notre aptitude à produire de l’électricité nucléaire. Or, nos centrales sont vieilles et elles rouillent : les passer à la toile émeri pour leur rendre leur lustre, ça va prendre du temps.

 

Donc notre capacité à produire l’électricité dont nous avons besoin étant insuffisante, la solution consiste à importer des pays voisins l’électricité qu’ils produisent mais qu’ils ne consomment pas. Sauf que comme vous l’avez déjà deviné, les allemands avec leurs radiateurs électriques d’appoint vont consommer tout ce qu’ils vont produire…

- Et nous ? Nous allons devoir nous mettre la ceinture énergétique… et pas plus tard qu’aujourd’hui, depuis nos vacances de rêve, nous devrons nous habituer à débrancher tout ce qui peut l’être et à ne plus rebrancher tout ce qui n’est pas vital. Plus de clim ! Plus de télé allumée 24h/24, simplement pour faire un peu de lumière dans le studio, plus de congel poussé à fond rien que pour nos crèmes glacées.

Sinon ? Coupure !

 


Allez, bonnes vacances quand même. Et profitez bien !

lundi 4 avril 2022

Les angoissés du PQ – Chronique du 5 avril 22

Bonjour-bonjour

Je ne sais pas si vous faites partie des angoissés du manque de papier hygiénique, mais il faut l’avouer : la guerre en Ukraine a des conséquences jusque dans nos endroits les plus intimes : je veux parler des lieux d’aisance. C’est du moins ce qu’affirme Michel-Édouard Leclerc : "Le prix du PQ va augmenter considérablement, parce que là il y a un gros déficit de papier", qui entraine un sur-stockage de cet article.

La future pénurie de pâte à papier occasionnée de façon directe par la guerre d’Ukraine ne suffirait pas à expliquer cette ruée sur cet article si on ne faisait pas appel à la précédente pénurie enregistrée en mars-avril 2020. Rappelez-vous : nous étions en plein dans le Grand Confinement, et on voyait les consommateurs sortir des Hypermarchés le Caddie débordant de rouleaux de PQ. (Lire ici et )

 

 

Vu ici

On rigolait bien alors en imaginant qu’à rester bloqué à la maison on verrait les petits et les gros besoins augmenter de façon exponentielle – « Le covid, ça fait bien ch*** » rigolait-on alors. Seulement voilà : on rit moins aujourd’hui dans cette ambiance de guerre, alors que la pénurie prend des aspects plus dramatiques.  Car ce n’est pas seulement la pénurie de 2020 qui remonte ainsi dans nos mémoires : pour les plus âgés le souvenir de la faim et du froid durant la seconde guerre mondiale y sont restés ancrés – et voilà qu’aujourd’hui, 70 ans plus tard, l’actualité réactive ces souvenirs, allant jusqu’à évoquer l'instauration des tickets de rationnement disparus depuis 1949.

 

- Michel-Édouard a raison de parler des angoissés du PQ : car la pénurie commence dans notre cerveau, dans des circuits neuronaux établis de longue date, peut-être même par notre lointaine filiation avec nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, il y a 15000 ans. 

15000 ans : il y a des souvenirs tenaces. Bien sûr, ce n’était pas alors de PQ qu’on manquait, mais de cuisses de bisons tués à la chasse et d’airelles récoltées alentour. Mais que cela ne nous trouble pas : les besoins sont socio-historiques, tout le monde le sait.

samedi 2 octobre 2021

Y aura-t-il de la dinde à Noël ? – Chronique du 3 octobre

Bonjour-bonjour

 

Cette question, ce sont les consommateurs britanniques qui se la posent, suite à la pénurie de camionneurs qui les privent déjà de carburant. On sait que la pandémie en est la cause, mais ses conséquences ont été aggravées par le Brexit. « Pour tenter de remédier au manque de chauffeurs routiers et de personnel dans les élevages de volailles, et face à la menace de rayons vides à Noël, le gouvernement a assoupli temporairement sa politique d'immigration pour accorder jusqu'à 10500 visas de travail provisoires. » (Lu ici)

 



Voilà une occasion d’observer concrètement en quoi consiste la consommation vitale pour les sociétés contemporaines. On sait que le blé a été une denrée essentielle pour la vie du peuple durant l’ancien régime : la guerre des farines peu avant la Révolution, et puis diverses révoltes frumentaires l’ont montré : ces révoltes sont suscitées par la faim – et la faim résulte (pour l’essentiel) de la pénurie de blé. Aujourd’hui, c’est le carburant qui remplace le blé dans la mesure où la vie matérielle dépend de déplacements en voitures : le mouvement des Gilets jaunes a été à ses débuts l’équivalent d’une révolte frumentaire, raison pour laquelle on l’a comparé à une jacquerie. - Mais alors, pourquoi s’inquiéter de la présence de dindes dans les supermarchés ? Même si ce volatil constitue une pièce de choix dans le processus du réveillon de Noël, elle n’est pas indispensable : on pourrait même sans elle se remplir l’estomac le soir de Noël.

Sauf que Noël, c’est une fête – et que la fête suppose la consommation d’excédents soit sous forme de banquets, soit sous forme de produits de luxe qu’on ne met jamais sur la table le reste de l’année. Rappelons qu’au 19ème siècle le Père Noël apportait une orange, fruit exotique et sans doute très rare et très cher à l’époque : la dinde remplit ce rôle aujourd’hui encore.

Au fond ce que nous voyons, c’est qu’il y a une pluralité de temps sociaux, que l’histoire des échanges n’évolue pas au même rythme que celle des besoins populaires.

Panem et circenses demandaient les romains.

Le plein d’essence et de la dinde de Noël réclament les britanniques.