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vendredi 15 mai 2026

Les USA dans le piège de Thucydide – Chronique du 16 mai (1)

Bonjour-bonjour

 

« La Chine et les États-Unis peuvent-ils surmonter le piège de Thucydide et créer un nouveau paradigme dans les relations entre grandes puissances ?» a déclaré Xi Jinping à l’issue du voyage de Donald Trump en Chine. (Lire ici)

On apprend ainsi que le président chinois est féru de polémologie américaine, science dont il reprend la théorie du « piège de Thucydide » qu’il évoque à propos de la lutte entamée entre la Chine, puissance « montante », et les Etats-Unis, jugés par les chinois comme une puissance « déclinante ».

Précisons que ce concept a été énoncé aux Etats-Unis en 2012 et qu’il est formulé de la façon suivante à l’imitation des propos de Thucydide : « Thucydide jugeait exemplaire la guerre du Péloponnèse parce que pensait-il, si les circonstances se reproduisent, les hommes se conduisent de même manière... »

Saluons la clairvoyance de Thucydide qui formulait cette idée à la fin du 5ème siècle avant J-C, évoquant alors la rivalité entre Athènes et Sparte – idée suffisamment pertinente et générale pour rester d’actualité de nos jours. Ajoutons que si l’avertissement de Thucydide évoque un piège, c’est parce que la guerre du Péloponnèse fut une guerre longue et ruineuse. Ce que l’on observe en effet avec les destructions matérielles sur le sol iranien auxquelles s’ajoutent de désastre économique lié au blocage du détroit d’Ormuz.

- Car voilà l’idée qui s’impose à nous : cet avertissement devrait servir non seulement pour juger les relations américano-chinoises, mais aussi pour la guerre entre les USA et l’Iran. Si Israël poursuit avec cette guerre la destruction d’un ennemi qui a juré sa perte, les américains ont pour but d’empêcher l’Iran de devenir dans l’avenir une puissance nucléaire – ce vers quoi ils avancent de jour en jour. L’argument des américains pour expliquer leur attaque soudaine de l’Iran : « il est hors de question qu’un pays gouverné comme l’Iran puisse détenir l’arme nucléaire ». C’est bien la crainte de l’éventuelle puissance de l’Iran qui a déclenché l’attaque des bombardiers américains.

La guerre est apparue alors comme la seule prévention possible avec les aléas et les pertes que l’on connait. On dira que l’alternative à la guerre n’existe pas et qu’elle est la seule issue possible. Soit. Mais rappelons la formule célèbre de Carl von Clausewitz (1832) : « La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. » : a-t-on épuisé toutes les ressources de la négociation avant d’en venir où nous en sommes aujourd’hui ? 

Autrement dit, c’est en 2015, lorsque Trump a retiré les Etats-Unis des accords de Vienne qu’il fallait penser au piège de Thucydide.

mercredi 19 avril 2023

E. Macron à portée d'engueulade – Chronique du 20 avril

Bonjour-bonjour

 

Suite au « bain de foule » d’Emmanuel Macron en déplacement hier en Alsace, beaucoup se sont interrogés sur l’opportunité pour lui de s’exposer à la colère – voire même à la haine – de la foule. Ses justifications, inopérantes sur des manifestant exaspérés, accompagnent des affrontements qui vont donner une visibilité supplémentaire à la contestation : « Les gens ont quand même envie qu’il y ait des images de contestation. Où qu’il aille, il trouvera des opposants », explique un participant à la réunion » (Lu ici)

 

Parmi les explications, certaines font intervenir le terme de « catharsis », mot qui, venu du grec ancien, véhicule avec lui un contexte qu’il est bon de rappeler. Selon Aristote la catharsis correspond à une purification des passions grâce à la représentation dramatique. Cette définition associant le spectacle à un effet psychologique est liée à une fonction de la tragédie grecque qui n’a plus cours aujourd’hui. Elle a été transposée par Freud de la façon suivante : « Selon Freud, en psychanalyse, la catharsis est tout autant une remémoration affective qu'une libération de la parole, elle peut mener à la sublimation des pulsions. » (Art. Wiki) Ainsi – sans même faire référence à la remémoration – la catharsis psychanalytique a au moins deux effets : l’un de libérer la parole ; l’autre de sublimer les passions.

 

C’est là que la démarche d’Emmanuel Macron prend son sens. Car pour « passer à autre chose » comme il le souhaite, il faut que les conflits aient libéré la totalité de leur potentiel énergétique. Ceci se fait dans la vie quotidien dans le face-à-face avec un adversaire ; mais dans le cas présent, alors que c’est précisément le Président qui est pris pour seul responsable des traumatismes subis, ce face-à-face manque et la parole libératrice ne peut trouver une expression dans les slogans et autres invectives des défilés contestataires. Il faut donc, comme le dit Emmanuel Macron être « à portée d’engueulades »

 

 


Vu ici

 

On le voit il ne s’agit pas seulement de « libérer la parole », mais à coup sûr de la rendre solidaire d’une dépense pulsionnelle du fait de la présence de son destinataire.

- La démarche politique ayant comme on l’a dit, pour objectif de « tourner la page », de « passer à autre chose », la sublimation (1) résultant de cette catharsis est tout à fait souhaitable. 

Admettons en effet que le mécontentement populaire soit chronique : nul ne peut éradiquer la quantité de violence suscitée par la frustration venue de la vie quotidienne. Mais lorsque cette violence sort de sa latence, alors elle cherche un objet sur lequel se fixer : le Président, ou des immigrés, ou les jeunes des banlieues, ou qui on voudra – qu’importe ? On n’aura rien gagné en termes de paix sociale. La sublimation intervient alors pour transformer l’affect de colère ou de violence en énergie active pour transformer le monde, actualiser des idéaux, voire même (pourquoi pas ?) créer des œuvres d’art.

--> Engueuler le Président, ça soulage peut-être mais surtout ça libère des forces pour faire autre chose.

Notre Président est donc en l’occurrence plutôt freudien

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(1) « La sublimation en déplaçant l’objet de la pulsion sexuelle met à la disposition du travail culturel des quantités de forces extraordinairement grandes et cela par suite de cette capacité spécialement marquée chez elle de pouvoir déplacer son but sans perdre pour l'essentiel de son intensité. » Lu ici

lundi 27 septembre 2021

Polemos et Philia – Chronique du 28 septembre

Bonjour-bonjour

 

Maintenant que les élections allemandes sont passées, on se plait à comparer la campagne qui vient de finir outre-rhin avec celle qui commence ici même. Alors que chez nous tout n’est que bruit, fureur, haine et plaintes en diffamation – là-bas, ce sont débats feutrés, capacité à s’entendre pour gouverner ensemble qui dominent ; on dit même que le mot « immigré » n’a été prononcé qu’une fois au cours de leurs débats ! On peine à le croire.

 

Mais que l’Allemagne et la France s’opposent sur ce point ne serait pas inquiétant si les philosophes ne venaient à mettre leur grain de sel, déplorant que ces deux tendances soient opposées de part et d’autre du Rhin au lieu d’être présentes, mélangées même, dans chacun de ces deux pays. Car depuis Héraclite, cela est bien connu : il faut que Polemos et Philia soient unis pour que le monde soit.

C'est Héraclite – le « philosophe obscur » – qui le dit cette fois clairement : rien ne serait s’il n’y avait des conflits, des combats, bref, si rien ne s’opposait à rien : pour que le monde soit, il faut au moins deux termes distincts, mis en relation et en opposition par Polemos, le principe du conflit. Mais il faut aussi qu’ils soient réunis par Philia, principe de la concorde et de l’amitié.

D’où l’idée que la guerre est nécessaire entre les peuples, qu’elle répond de leur dynamisme et de leur vitalité ; mais comme en même temps les nations isolées dépériraient il faut qu’une force opposée les réunisse. Ainsi les grecs passaient leur temps à se faire la guerre et aussi à conclure des alliances entre les cités. Jamais aucune troisième tendance, synthèse de ces deux-là n’a été réalisée, elles subsistaient sous l’empire du « En même temps » bien connu de Notre-Président.

Héraclite avait raison : c’est cela qui rend possible la vie politique ; sans jamais se confondre ni se mélanger, les partis politiques doivent savoir conserver leur identité tout en renonçant à une partie de leurs prérogatives pour gouverner en commun - ce qui est leur véritable finalité 

- Mais alors : à quoi conduit la séparation de ces deux principes dans chacun des pays qui bordent le Rhin ? Les français ont choisi une règle électorale telles que l’un des deux protagonistes soit terrassé au soir des élections : Polemos vainqueur ne laisse triompher qu’un seul parti : celui du Président. On a bien l’unité mais pas la diversité. En Allemagne où les résultats de l’affrontement sont moins tranchés, Polemos s’efface devant Philia, cédant le terrain à une coalition... garantie par un engagement des partis concernés de soutenir le gouvernement pendant 4 ans. Toutefois on sent bien que quelque chose cloche : l’amitié soutenue par engagement volontaire, est-ce bien sérieux ? En tout cas, c’est ce qui arrive quand le conflit est éradiqué ... par la force.

lundi 3 décembre 2018

« LE NON TU L'AS DÉJÀ, VA CHERCHER LE OUI ». (CLAUDE LELLOUCHE)

C’est  Gilles Lellouche, le fils du célèbre cinéaste qui triomphe en ce moment avec son film Le grand bain, qui rapporte cette sortie de son père, répondant aux critiques incessantes de son fils. (Lu ici)
On pourrait dire que cette formule n’entre pas dans le cadre de mon blog : il s’agit en effet plutôt d’une citation que d’un évènement d’actualité. Mais aujourd’hui où tout le monde réfléchit à une formule permettant une sortie de crise, on voit bien que si le « non » s’affiche partout, c’est le « oui » qui fait défaut. Et sans dire « oui » à son interlocuteur, comment parvenir à ce qu’il en fasse autant à son tour ?
Et c’est ça qui heurte le plus, car dans ces combats la haine vient se substituer à l’idéologie. Il ne s’agit plus d’avoir raison, il s’agit d’être le plus fort – Le plus fort non pas pour gouverner, mais d’abord le plus fort pour écraser l’adversaire. Ecoutez les slogans des manifestants : il ne s’agit plus de demander de l’argent (comme autrefois du temps du Général, la foule scandait « Charlot, des sous ! ») : c’est maintenant « Macron, démission ! », sans aucune concession possible. D’ailleurs l’opposition parlementaire explicite ce message tout en conservant son caractère radical : « Il faut dissoudre l’Assemblée nationale ». On en dirait de même pour l’exécutif, engoncé dans une posture qui assimile la moindre concession à un changement de cap.


Voilà une période où le « Non » fleurit partout et où jamais un « Oui » n’apparait. Je comprends bien qu’on arrive pour négocier avec un air bravache et en bombant le torse. Mais nos chroniqueurs politiques devraient bien faire un effort d’imagination et nous donner un aperçu de ce que serait une telle négociation, avec concession de part et d’autre.