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samedi 10 janvier 2026

Choisis ton camp, camarade – Chronique du 11 janvier

Bonjour-bonjour

 

« Souriez demain sera pire » : j’ai chroniqué cette formule de Murphy il y a peu. Pourtant c’est encore elle qui m’est venue à l’esprit hier à l’annonce de la signature du traité du Mercosur par l’Europe malgré l’opposition française. C’est qu’on voit non seulement la perte d’influence de la France en Europe, mais qu’on pèse aussi la dégradation des performances de l’agriculture française. Voici la production agricole française rétrogradée au 5ème rang mondial : bien que restée 1ère en Europe on devine que ce n’est plus pour longtemps – d’où l’injonction « Souriez demain sera pire ».

 

--> Après la désindustrialisation, la France connait une « désagriculturisation » : comment ne pas être pessimiste ? Les politiques de tout bord répètent inlassablement le même message : ils ont l’explication de cette régression et ils savent comment y remédier. Ils ne sont pas les seuls : tout comme les américains ils veulent redonner à leur pays sa grandeur d’autrefois « Make France Great Again ». 

Admettons. Reste à dire à quelle grandeur on voudrait revenir : les 30 Glorieuses ? Louis XIV ? La Deuch ou Versailles ?



Je suppose que la réponse va dépendre de l’engagement politique : si nos réformateurs viennent de la gauche, on va nous promettre de revivre les années 60 et l’évasion en Deuch’ dans nos belles campagnes. Si par contre on se situe à droite, on va nous promettre de retrouver la splendeur du Grand Siècle – après avoir chassé tous les migrants venus du sud.

Choisis ton camp, camarade.

mardi 13 août 2024

Comment « faire société » ? – Chronique du 14 aout

Bonjour-bonjour

 

En Grande-Bretagne, les récentes émeutes qui ont visé les musulmans ont été vécues comme une menace mortelle pour un pays qui a misé sur le communautarisme en espérant établir ainsi les conditions d’une cohabitation pacifique entre les différentes communautés qui composent le pays.

C'est en effet une remise en cause du projet politique de préserver les communautés dans leur statut particulier, impliquant que le poids du collectif ne s’impose jamais à l’individualité.

 

Comme on le sait, en France « pour faire société » on a choisi l’assimilation qui est « le seule mode d’intégration, le seul conforme aux traditions historiques, à ses valeurs, à sa nature » selon Alain Peyrefitte qui ajoute : « En France c’est le citoyen qui est la mesure de toute chose, c’est lui qui détermine la pleine appartenance de l’individu à la seule communauté reconnue, c’est à dire la communauté nationale. »

 

L’échec du multiculturalisme britannique a été dénoncé, il y a longtemps déjà, par David Cameron : « La société britannique est une société où l’on ne partage plus rien qui puisse être une valeur rassemblant le pays. » Les communautés évoluent côte à côte dans l’indifférence et finissent face à face dans le conflit. C’est une société où la tolérance finit par tolérer l’intolérable

 

Seulement, le projet d’assimilation à la française n’a pas réussi non plus.

En France on dénonce l’échec de l’assimilation en raison de la persistance de l’injustice et des inégalités qui maintiennent dans la pauvreté des communautés perçues comme ne pouvant pas faire partie de la nation française en raison de leurs valeurs.

 

 

C’est ainsi que l’impératif « faire société » est devenu le marqueur de la crise sociale que nous traversons. Dès que les fondamentaux sociaux deviennent des impératifs imposés de l’extérieur, on peut être sûr que les mécanismes normaux ne fonctionnent plus, les ressorts qui nous conduisaient à faire spontanément ce qui est aujourd’hui imposé sont cassés.

Inutile donc de vouloir refaire volontairement ce qui s’est passé lors des grands vagues migratoires du début du 20ème siècle. Cherchons autre chose qui puisse soutenir une communauté.  

… N’avons-nous pas récemment observé quelque chose comme cela ?

 


 

Qui ne saute pas n’est pas français !

mardi 30 novembre 2021

France, ta langue fout le camp ! – Chronique du 1er décembre (1)

Bonjour-bonjour

 

Vous avez vu ça :

 

 

BFM-TV mardi soir

Vous n’avez pas l’air de piger ? Lisez mieux le bandeau en bas de l’écran : « les stéréotypes, Joséphine Baker les endossent mais les égratignent ». Ça y est ? La faute est grossière puisqu’il n’y a pas à reconstruire grammaticalement la phrase pour s’apercevoir que le verbe conjugué au pluriel n’est pas accordé avec son sujet qui est au singulier. Pire : cette faute est répétée deux fois, au cas où on aurait un doute. Bis repetita...

On dira peut-être que c’est normal avec ces chaines d’info qui produisent à jet continu de l’information : il est inévitable que de temps à autre de telles fautes arrivent.

Mais on peut quand même s’interroger : une chaine comme BFM a les moyens d’avoir des journalistes spécialisés dans la préparation des titres qui vont s’afficher sur l’écran – et même des correcteurs qui les relisent pour éliminer les coquilles. Si ça n’est pas fait, et compte tenu de la fréquence générale (tous médias confondus) de ces fautes, on doit estimer que la correction grammaticale est devenue le cadet des soucis des journalistes et des responsables d’antenne.

Et dans ce cas, l’interrogation devrait se transformer en indignation : « Comment ? Le respect de notre langue ne serait plus un totem de la civilisation française ? Les petits écoliers d’autrefois qui tremblaient le lundi matin en arrivant à l’école dans la perspective de la terrible dictée sur laquelle ils allaient être jugés, ne seraient plus qu’un très lointain souvenir ? » Dans ce cas ce ne serait plus de la négligence mais de la trahison. Oui, de la trahison vis à vis des pays francophones qui sont si attentifs à la langue française qui est leur langue, leur bien civilisationnel. Écoutez parler les québécois (de Québec plutôt que de Montréal) : voyez combien leur respect du français les conduit à exclure le recours aux termes anglo-saxons au profit de néologismes français ; écoutez aussi les migrants venus de pays d’Afrique francophone : leur langue est souvent plus correcte que celle des petits gars de banlieue. Quand on reproche aux étrangers de ne plus parler la langue de Molière, alors dites-vous qu’à BFM on est devenu un peu étranger à la France.

Pas besoin d’être Alain Finkielkraut pour le dire ; pas besoin non plus de courir loin pour trouver l’élément constitutif de notre indentité culturelle.

mardi 3 août 2021

Ça, c’est français monsieur ! – Chronique du 4 aout

Bonjour-bonjour

 

On ne voudrait pas être à la place du Président obligé de faire de la « pédagogie » encore et encore pour convaincre les récalcitrants d’aller se faire vacciner. Faut-il dire que c’est le seul moyen pour être immunisé ? Le seul pour continuer de profiter des terrasses et des cinés sans craindre le reconfinement ? Que se faire vacciner ce n’est pas seulement penser à soi mais aussi penser aux autres, en bon citoyen ?

Tous ces arguments ont été serinés ad nauseam. Il ne reste plus qu'un seul argument : dire que le vaccin anti-covid est français et que se faire vacciner c’est n'est pas seulement faire confiance à la science : c’est le génie français que l’on honore en se faisant inoculer.


Ici, on sursaute : on croyait que la recherche française s'était lamentablement vautrée dans la création du vaccin anti-covid, et que même l'Institut Pasteur avait jeté l'éponge ? 

Mais, vous n'y êtes pas du tout ! La France a inventé le vaccin - une fois pour toutes ! Et maintenant les autres pays ne font qu'appliquer servilement la géniale invention de Louis Pasteur - on ne va quand même pas s'attarder là dessus : laissons les autres appliquer nos recettes ! 


- Vous ne me croyez pas ? Écoutez un peu les propos du Président de la France sur Tik Tok ou Instagram. Pour convaincre notamment les plus jeunes de se faire vacciner, il invoque le scientifique du XIXe siècle Louis Pasteur et son vaccin contre la rage : « Le vaccin, d’abord, c’est français, c’est Louis Pasteur, ça fait un petit moment ». Du coup on comprend qu'en se faisant vacciner on bénéficie du bien fait d'un produit français. Exactement comme si, ouvrant une bouteille de vin on disait « Allez-y ça ne peut pas vous faire de mal, c’est français ». D’ailleurs comment oublier qu’à Arbois, la patrie de Pasteur, on produit également un fameux vin.

 



Et ce n’est pas tout : à ceux qui redoutent que le vaccin à ARN-messager ne trafique leur ADN, Emmanuel Macron lance : « l’ARN messager, technologie utilisée par plusieurs vaccins anti-Covid, c’est à nouveau une découverte française et ce n’est pas d’hier, c’est de 1961 ». Et c’est vrai que lorsque - en 1961 - Jacques Monod, François Jacob et François Gros  tous chercheurs de l’Institut Pasteur avaient démontré l’existence de cet ARN, on n’avait pas été peu fiers !

Au fond, quand on ne peut réfuter avec des arguments rationnels, reste à convaincre en se plaçant dans le même background que les contradicteurs. Le nationalisme cocardier peut-il en faire partie ? Pas sûr, mais qu’est-ce qui nous reste ? 

Attendons les résultats.