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samedi 23 novembre 2024

Le français, langue universelle ? – Chronique du 24 novembre

Bonjour-bonjour

 

Défendant la langue française personnifiée par l’Académie française et particulièrement par son Dictionnaire, dont le dernier tome vient juste d’être publié après 40 années de travail , le Président Macron a récemment déclaré que « Les langues régionales étaient un instrument de division de la nation », ajoutant que le français était « La langue /qui/ a été le creuset de l'unité du pays. Elle a été la fabrique d'une nation qui sinon s'échappait entre ces langues vernaculaires, ces patois, ces différentes langues régionales qui pour nombre d'entre elles existent encore mais qui étaient un instrument au fonds de division de la nation »

--> Tollé des défenseurs des langues régionales au nom de la diversité source d’enrichissement culturel.

Qui a tort, qui a raison ? 

- Petite expérience : vous voulez demander à un passant « Comment ça va ? ». Si ce passant est basque, alors vous direz : « Penaos emañ ?… » Si par contre il est breton vous direz : « Zer diozu ? ». Que d’aventure il soit alsacien, alors ce sera « Wie geht's ? ». C’est à l’évidence plus simple d’avoir la même langue pour se parler.

Par contre ne perd-on pas quelque chose dans cette réduction ? Cette interrogation ressemble à s’y méprendre à la critique nietzschéenne de la conceptualisation : l’usage du mot « feuille » nous fait perdre l’essentiel des détails qui font la réalité de la feuille tombée de l’arbre avec ses riches couleurs. Nous savons certes le minimum qui nous permet de comprendre le monde mais pas sa singularité.

Les défenseurs des langues régionales soulignent que, si le français a bien les moyens de faire vibrer certaines de ces singularités, en revanche seules ces langues méprisées comme « patois » par le Président Macron sont capables de donner à entendre cette vie des régions.

La supériorité du français vient probablement de sa domination politique qui lui a permis de faire venir à lui les meilleures plumes des différentes époques. Mais qu’on veuille s’en donner la peine et nous entendrons des œuvres sublimes, comme celles de Frédéric Mistral.

samedi 25 novembre 2023

Fait-il écrire Google ou Gouguel ? – Chronique du 26 novembre

Bonjour-bonjour

 

 

A tous les puristes qui cherchent à purger la France des influences étrangères qui s’installent chez nous sans y avoir été invités, cet article qui s’attelle entre autres à la question des mots d’emprunts d’origine étrangère, souvent anglo-saxonne, apporte des précisions intéressantes : 

« Ces vagues d'emprunts correspondent souvent à des modes ou à des révolutions technologiques. » La vague actuelle d'emprunt à l'anglais américain vient d'Internet et des technologies qui l'entourent, notamment aux États-Unis, dans la Sillicon Valley et ses start-ups. « Les emprunts font partie de la vie normale des langues » précise l’article, « la langue française est faite de ce métissage ». 

En effet, la langue française ne cesse de bouger, d'évoluer : ce n’est pas grande nouveauté de l'observer. Pourtant il ne faudrait pas oublier les anomalies phonétiques liées à la prononciation étrangère maintenues malgré l’usage fréquent qui en est fait. 

Ainsi que « Google » s’orthographie ainsi et se lise « Gouguel » est aberrant et dans le passé les mots d’importation étaient francisés au moins dans leur orthographe, comme le prouvent les exemples suivants (extraits de ce site) : « bogie au lieu de boggie ; drible au lieu de dribble ; dribler au lieu de dribbler ; dribleur, euse, au lieu de dribbleur, plumpouding, au lieu de plum-pudding ; pouding, au lieu de pudding ; shérif au lieu de sheriff ; snif, au lieu de sniff ; youpi, au lieu de youppi ou youppie. » (1)

 

En fait – et c’est là l’essentiel – le monde moderne, saturé de procédés de diffusion des textes, nous submerge de ces mots dans leur version originale, ce qui les rend familiers y compris avec leur prononciation particulière à l’anglais. On voit avec les exemples précédents comment la normalisation de l’autographe s’est effectuée, alors qu’elle ne se fait plus aujourd’hui.

Il y a bien des années Étiemble, un professeur de littérature française était parti en croisade contre ces emprunts excessifs, qui donnaient naissance selon lui à une langue hybride qu’il appelait le franglais.

40 ans plus tard on voit combien sa lutte a été vaine.

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(1) On a aussi le cas de "boumer", parfois écrit ainsi, mais le plus souvent orthographié "boomer" comme en anglais : il semble qu'on soit pour le moment encore dans l'indécision


mardi 31 octobre 2023

A quand un Villers-Cotterêts… corse ? – Chronique du 1er novembre

Bonjour-bonjour 


L’histoire ne se répète jamais : le contexte dans lequel apparaissent les évènements modifie toujours leur contenu.

Ainsi de la langue français qu'on aurait pû croire valorisée par le Président Macron comme langue « universelle » : « C’est une langue de liberté et d’universalisme » disait-il semblant reprendre le propos du concours de l’Académie de Berlin en 1783 « Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ? » – négligeant au passage la réalité du fait, tenu pour évident, pour n’interroger que sur les causes. (1)


Toutefois le propos présidentiel diffère sensiblement de cette affirmation :

            * D’abord il ne s’agit pas de dire que le français est supérieur à toutes les autres langues, mais seulement qu’il est essentiel à quelques pays devenus et restés francophones pour des raisons historiques.

            * Ensuite la langue française – mais on suppose facilement que toutes les langues nationales jouent le même rôle – est conçue comme le ciment de la Nation. 

 

- Plus question donc de prétendre que notre langue soit par son lexique comme par sa syntaxe porteuse exclusive de la vérité, comme on prétendait alors le prouver avec la langue de Descartes. 

Reprenant l’argument de tous les nationalistes, Emmanuel Macron nous rappelle que pour reconnaitre un français il suffit de l’écouter parler : tout français parle français. 

--> C’est précisément ce que disent les corses, qui crient au scandale parce qu’on ne leur reconnait pas ce droit : eux aussi ils pensent à une ordonnance de Villers-Cotterêts… pour la langue corse bien entendu.

C’est que le pouvoir central craint comme la peste les parlers locaux, qui eux-aussi vont cimenter une unité populaire – mais celle fois contre la langue nationale.

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(1) L'intitulé exact du sujet est celui-ci : « Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ? Pourquoi mérite-t-elle cette prérogative ? Est-il à présumer qu’elle la conserve ? »

dimanche 29 mai 2022

Malentendu – Chronique du 30 mai

Bonjour-bonjour

 

On sait combien la communication, principalement quand elle est écrite, prête à confusion. Les mêmes mots, écrits par l’un, lus par l’autre, engendrent parfois des significations différentes. Non pas des incompréhensions, comme lorsque le sens échappe radicalement ; mais des fausses compréhensions, quand on ne soupçonne même pas qu’il puisse y avoir erreur. C’est alors que nait le malentendu, ressort comique de bien des pièces de théâtre de boulevard.

Tout ceci est bien banal et je n’en parlerais pas sans cet exemple qui m’a sauté aux yeux :

 

Vu ici

 

« Sans issue, sauf celle du cimetière » : étrange n’est-ce pas ? D’autant qu’en bon français « issue » signifie « sortie », c’est-à-dire quelque chose derrière laquelle il y autre chose. Si la mort est anéantissement, le cimetière ne peut être une issue, car derrière le néant, il n'y a rien d'autre : en s’éteignant dans la mort, on s’anéantit – et le néant n’est rien d’autre que cet anéantissement. En supposant malgré tout qu'elle soit une issue on évoque ironiquement une porte qui ouvrirait sur le vide.   En revanche si la mort est un passage vers un autre monde – quel que soit ce monde – alors oui, l'indication du panneau « sans issue sauf celle du cimetière » est valide.


Le malentendu est donc non pas une ratée de la communication mais son enrichissent. Quand deux sens persistent en se superposant, la discussion est possible voire même nécessaire. C’est elle qui met en route la pensée, laquelle est, comme dit Platon, un dialogue de l’âme avec elle-même.

mardi 30 novembre 2021

France, ta langue fout le camp ! – Chronique du 1er décembre (1)

Bonjour-bonjour

 

Vous avez vu ça :

 

 

BFM-TV mardi soir

Vous n’avez pas l’air de piger ? Lisez mieux le bandeau en bas de l’écran : « les stéréotypes, Joséphine Baker les endossent mais les égratignent ». Ça y est ? La faute est grossière puisqu’il n’y a pas à reconstruire grammaticalement la phrase pour s’apercevoir que le verbe conjugué au pluriel n’est pas accordé avec son sujet qui est au singulier. Pire : cette faute est répétée deux fois, au cas où on aurait un doute. Bis repetita...

On dira peut-être que c’est normal avec ces chaines d’info qui produisent à jet continu de l’information : il est inévitable que de temps à autre de telles fautes arrivent.

Mais on peut quand même s’interroger : une chaine comme BFM a les moyens d’avoir des journalistes spécialisés dans la préparation des titres qui vont s’afficher sur l’écran – et même des correcteurs qui les relisent pour éliminer les coquilles. Si ça n’est pas fait, et compte tenu de la fréquence générale (tous médias confondus) de ces fautes, on doit estimer que la correction grammaticale est devenue le cadet des soucis des journalistes et des responsables d’antenne.

Et dans ce cas, l’interrogation devrait se transformer en indignation : « Comment ? Le respect de notre langue ne serait plus un totem de la civilisation française ? Les petits écoliers d’autrefois qui tremblaient le lundi matin en arrivant à l’école dans la perspective de la terrible dictée sur laquelle ils allaient être jugés, ne seraient plus qu’un très lointain souvenir ? » Dans ce cas ce ne serait plus de la négligence mais de la trahison. Oui, de la trahison vis à vis des pays francophones qui sont si attentifs à la langue française qui est leur langue, leur bien civilisationnel. Écoutez parler les québécois (de Québec plutôt que de Montréal) : voyez combien leur respect du français les conduit à exclure le recours aux termes anglo-saxons au profit de néologismes français ; écoutez aussi les migrants venus de pays d’Afrique francophone : leur langue est souvent plus correcte que celle des petits gars de banlieue. Quand on reproche aux étrangers de ne plus parler la langue de Molière, alors dites-vous qu’à BFM on est devenu un peu étranger à la France.

Pas besoin d’être Alain Finkielkraut pour le dire ; pas besoin non plus de courir loin pour trouver l’élément constitutif de notre indentité culturelle.

vendredi 18 octobre 2019

ENTREE A L'ACADEMIE FRANÇAISE, BARBARA CASSIN S'EN EST PRISE AU "GLOBAL ENGLISH"


 Barbara Cassin et son « épée laser »

"Ni globish ni nationalisme".
Neuvième femme seulement accueillie à l'Académie française depuis sa création en 1635, la philosophe et philologue Barbara Cassin a profité jeudi 17 octobre de son discours inaugural sous la Coupole pour fustiger le "global English" et plaider pour le plurilinguisme. (lire ici)
Babara Cassin voudrait qu’on parle nos langues nationales, et aussi – pourquoi pas ? – l’anglais de Shakespeare, d'Emily Dickinson ou de Churchill. Voilà une académicienne attachée à la pensée qui peut naitre de chaque langue et des mots qui portent à présent dans leurs flancs des trésors de sens hérités d’une longue histoire des créateurs de pensée : à présent ils ne demandent qu’à nous enrichir l’esprit pour peu qu’on fasse l’effort de les comprendre avant de les utiliser à notre tour.
Seulement voilà : beaucoup de personnes sont nées dans un milieu où les mots ont perdu ces virtualités sémantiques, et on l’a vu récemment quand (pardonnez l’exemple) les supporters de foot ont entendu, éberlués, qu’on leur interdisait le mot « enculé » comme « discriminant homophobe » : eux ils croyaient à une banale insulte du genre de « conard ».
J’ai tout particulièrement apprécié l’interview de Marlène Schiappa par Jean-Jacques Bourdin, éberlué lorsque la ministre lui a fait une explication de texte en analysant l’origine du sens de ce terme. Monsieur Bourdin voulait croire que la banalité de l’usage éliminait le sens des mots, l’usant pour le rabaisser à la simple intention d’humilier. Marlène Schiappa faisait le travail que Barbare Cassin souhaite que chacun fasse : utiliser les mots en se souciant de ce qu’on dit réellement.
Voilà : c’est exactement ça ; et si nous parlons globish nous devrions avoir encore et toujours le même souci – même si ça devient plus difficile avec un pareil langage.

mercredi 14 novembre 2018

EDOUARD PHILIPPE MET EN GARDE CEUX QUI VEULENT "METTRE LE BOLOLO"

Bololo : Selon un magazine militaire cité par le HuffPost, ce mot est un "terme d'argot des Opex [les militaires qui partent en opérations extérieures] en Afrique qui désigne un capharnaüm, une situation confuse et désordonnée. Il tire son origine d'un quartier délabré de N'Djamena, la capitale du Tchad. (Lire ici)

On n’est pas trop surpris de trouver un terme pareil dans un tweet du Premier Ministre. Les communicants le savent, pour se rendre intéressant et attrayant l’usage de mots pittoresques est très recommandé. Edouard Philippe le sait, car il connaît sûrement ses classiques : de Gaule et la « chienlit », Chirac et les accusations « abracadabrantesques » – quant à Emmanuel Macron, il en produit presque un par jour, à commencer par la « poudre de perlimpinpin ». Admettons que le « bololo » tienne le pompon, tant par son obscurité qui stimule l’attention que par son côté exotique. D’ailleurs la preuve de sa qualité est manifestée par la reprise qui en est fait partout, et surtout par ceux qui étaient dénoncés, à savoir les gilets jaunes : « le 17 mettons le bololo sur la A86 ».

Je considère que les hommes politiques ne sont pas les seuls à manifester une tendance à la régression infantile en matière de langage. Il s’agit de ressusciter le plaisir qu’il y a à prononcer des mots qui frétillent sur la langue comme ceux qu’on retrouve dans les comptines (pirouette cacahouète …).
-->   N’y aurait-il pas, caché dans le personnage si sévère d’allure de monsieur Philippe, un enfant espiègle qui prend plaisir à parasiter les propos politiques qu’on attend de lui ?

-  Les gilets jaunes, c’est caca-boudin !

jeudi 25 octobre 2018

ASSASSINAT DU JOURNALISTE SAOUDIEN KHASHOGI : DES MOTS POUR LE DIRE

- Le prince héritier saoudien qualifie « d’incident hideux » le meurtre de Khashoggi
Pourtant soupçonné d’avoir commandité l’assassinat du journaliste saoudien, Mohammed Ben Salman a affirmé que Riyad coopérait avec Ankara et que « la justice prévaudra ».

- Affaire Khashoggi : Macron a fait part au roi saoudien de sa "profonde indignation" après "ce crime"

Je ne relaie pas ici les propos du Président américain, ni ceux de tous les dirigeants européens. On constate que si les mots pouvaient bouger les choses, alors le Prince Salman serait en exil ou pire depuis longtemps. On l’a compris il y a un niveau d’efficacité pour le langage qui ne peut l’emporter sur la force brute : on dit qu’autrefois les bourreaux japonais affectaient une politesse exquise lors des supplices qu’ils infligeaient à leurs victimes. Bien sûr les bourreaux saoudiens n’ont sûrement pas eu ce genre de précaution, mais  ce n’est qu’une question de culture.

Au fond ce qui compte c’est de savoir où nous mène une spéculation sur l’efficacité d’un discours :
- Président Macron est indigné ? Soit. Il demande à être éclairé sur les responsables : passe encore. Mais personne n’est dupe : seule la déclaration de suspension de vente d’armes venant annuler le traité pourrait être efficace, car alors le langage ne construit pas lui-même sur du vent  son efficacité, mais se contente d’énoncer le pouvoir qui se déploie ailleurs. On sait que l’Allemagne exige ce retrait comme réponse au crime saoudien ; on ait aussi quelle réponse la France lui a faite.


De fait ce qui importe pour nous pauvres citoyens, c’est de repérer les chances de réalisation des déclarations – et encore : quand Ben Salman dit qu’il va coopérer avec Ankara dans l’enquête, on se doute bien que ça va servir de tractation à toutes sortes de faits sans rapports avec la justice.

dimanche 16 septembre 2018

"ARRÊTEZ DE ME PÉTER LES COUILLES", HANOUNA TRÈS REMONTÉ CONTRE TF1 QUI INTERDIT À CAMILLE COMBAL DE VENIR SUR SON PLATEAU

Aujourd’hui, cours de sémantique : quels effets produit le passage du style « parlé » au style « écrit » ? En particulier, lorsque cette translation s’opère à partir d’un locuteur engagé dans le niveau d’élocution et de vocabulaire populaires, que se passe-t-il lorsque son allocution devient discours écrit ?
Je prendrai l’exemple de cette déclaration de Cyril Hanouna à la télévision (C8), telle que rapportée par le Huffington Post. (Il s’agit d’une polémique propos d’un ancien animateur de TPMP (= émission de Cyril H.). Celui-ci, passé sur TF1 et chargé de présenter une célèbre émission, se voit interdit par cette chaine de venir sur le plateau d’Hanouna pour en faire la promo.)
« TF1, déjà, c'est idiot de faire ça. C'est complètement bête, c'est vraiment des abrutis... » Amusé par son propre agacement, il continue ensuite face caméra. "Les patrons de TF1, si vous me regardez: vous êtes des abrutis de faire ça, vous ne servez ni Camille ni nous. C'est Camille que vous mettez dans la merde parce qu'il est tiraillé entre nous ses potes, et vous, donc c'est une énorme connerie et vous êtes cons comme la Lune. »

- Sans nous arrêter au recours à un vocabulaire trivial, remarquons tout de suite quel effet « de loupe » opère le passage à l’écrit. On dit parfois « les paroles s’envolent, les écrits restent » ; oui, ils restent mais parce qu’ils sont devenus trop lourds pour s’envoler ! Voyez cette opposition entre les « potes » et les autres, « cons comme la lune » : en lisant cela vous avez le temps de savourer le contraste et l’image de la lune dans sa blancheur blafarde et sa rotondité qui fait penser à un postérieur bien gras…
On pourra, je l’admets, me critiquer en disant que mon analyse risque de passer à coté : dans une circonstance pareille  on ne prend pas la peine de réfléchir au sous-texte même quand on peut prendre le temps de le faire.
Alors lisez la suite (et la fin) de la diatribe de Cyril Hanouna :
« Donc arrêtez de faire les abrutis, arrêtez cette petit guerre! (...) Xavier Gandon et Ara Aprikian, les deux patrons de TF1, ils commencent à me péter les couilles! »

- Oui, « Ils commencent à me péter les couilles » : voilà des mots qui fâchent et leur formulation dans un texte renforce encore leur impacte : « Si les signes vous fâchent, oh combien vous fâcheront les choses signifiées » disait Rabelais.
On pourrait admettre le symétrique : si les choses nous fâchent, les mots qui les signifient nous fâcheront également.

samedi 8 septembre 2018

FAUT-IL MODIFIER LA RÈGLE DE L'ACCORD DES PARTICIPES PASSÉS AVEC L'AUXILIAIRE AVOIR ?

Faut-il modifier la règle de l'accord des participes passés avec l'auxiliaire avoir ? Le débat enflamme les amoureux de la langue française depuis que deux professeurs belges ont proposé une modification de la norme actuelle dans une tribune publiée le 2 septembre.
Jean-Michel Blanquer a pris parti pour conserver cet accord. Pour lui, le fait d'accorder le participe passé avec le verbe avoir seulement quand le COD est placé devant est même constitutif du fait que "la France est un grand pays" car "notre langue a un rôle fondamental dans ce que nous sommes". (A lire ici)

Si je comprends bien le ministre, la nature de chaque français est structurée par la place du COD avec le verbe avoir. Inutile de dire qu’en conséquence, ceux qui prétendent être français tout en ignorant superbement cette règle ne sont pas des vrais français. Et  que, même s’ils prétendent être comme nous, nous devons nous détourner de ces gens-là : la langue française est devenue trop grande pour eux, ils ont rétréci jusqu’à coïncider avec l’idiome barbare qu’ils ont la prétention appeler « français ».
- Bon. Ce qui devait arriver est arrivé et notre article le raconte avec gourmandise : l’interviewer (Renaud Dély, bien connu des téléspectateurs des chaines info) a fourni des accords à orthographier au ministre, le quel s’est planté et re-planté.
Facile ! Prendre en défaut un ministre rien qu’avec des exceptions à la règle, autant lui faire subir la dictée de Mérimée : qu’est-ce que ça prouve ? Qu’il y a des exceptions, ou des subtilités qui demandent des études approfondies pour être dominées ? De plus, vouloir juger la règle à partir de ses exceptions, c’est assez peu cohérent, et vouloir la condamner pour cela, c’est comme on dit, jeter le bébé avec l’eau du bain.

Mais on nous promène avec cette histoire d’accord : laissons-le tomber et pensons à autre chose. Car, à part des cas où cet accord s’entend au féminin, la plupart des cas est tout à fait silencieux et il faudrait que les gens se mettent à écrire pour en vérifier l’usage. Et encore : écrire un langage non-texto.

mardi 4 septembre 2018

J-M BLANQUER RECHERCHE UN NOUVEAU NOM POUR LE « GRAND ORAL » DU BAC.

« Je propose que l’épreuve du bac s’appelle « Grand entretien ». En revanche, la « Maturité », mot qu’on avait envisagé pour la dernière année de lycée, soulève plutôt le scepticisme. On reste donc sur le nom de « Terminale », mais nous allons consulter les lycéens et voir si une meilleure idée émerge. », déclare (ici) Jean-Michel Blanquer.

Allez, les potaches, prenez-vous un peu le chou, et sortez-nous une idée pour qualifier cette dernière année que vous passez au bahut. (On critiquera peut-être mon champ lexical : il date un peu, mais c’est tout ce que j’ai trouvé)
Proposons à titre d’exemple :
- La Dernière (et non la terminale) : image du soulagement éprouvé par ceux qui l’année suivante espèrent bien se la couler douce au fond des amphis, ou – mieux – des bistrots.
- Péchostyle : année où on a pécho un max de meufs (à moins qu’il s’agisse de la daube ou de la coke qu’on a pu dealer : ça, ça n’a pas attendu la terminale de lycée).

STOP !
Moi, je dis : Stop !
Le langage est un élément d’identification et de sélection sociale. Si nos lycéens veulent trouver grâce à leurs études une place dans l’ascenseur social, alors ils doivent impérativement parler autrement !

La terminale doit alors retrouver les si jolis noms qu’elle avait autrefois : classe de rhétorique. Ou de mathématiques élémentaires. Ou de sciences expérimentales. Ou de sciences économiques et sociales.