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jeudi 20 février 2025

Peut-on imaginer une science sans passion ? – Chronique du 21 février

Bonjour-bonjour

 

Peut-on imaginer une science sans passion ? C’est avec cette interrogation que l’auteur de cet article interpelle ses confrères : ne serait-il pas plus objectif de restaurer le climat subjectif de la recherche, ses élans, ses frustrations, ses échanges amicaux ou non avec les sujets observés et décrits dans l’anthropologie et la sociologie ?

Nous avons là une réflexion qui retrouve les soucis rencontrés par les historiens : faire en sorte de laisser apparent dans l’exposé des recherches le moment où elle a été effectuée afin de délimiter l’influence éventuelle de l'époque où l'étude a été effectuée.

Il est vrai que l’article cité biaise un peu la question : il s’agit pour lui de montrer qu’il ne faut surtout pas chasser les émotions du moment de la recherche parce que c’est elle qui va en faciliter l’avancée : la raison en est que la discipline évoquée est celle de l’ethnographie qui repose sur les révélations obtenues de la part des personnes qui figurent précisément dans l’objet de l’étude. Le contact familier, voire amical avec cette source est essentiel.

Mais si on l’intègre dans la description de l’étude, c’est aussi qu'on cherche à rétablir la condition même de l’exercice de la science expérimentale dont la démarche reste le modèle de toute autre science rigoureuse – à savoir que le lecteur soit en mesure de réeffectuer la totalité de l’observation. Savoir dans quelle condition l’étude a été réalisée ne l’empêche nullement d’être valable.

Penser le contraire c’est imaginer comme en URSS du temps de Staline que le fait pour le savant d’être juif ou payé par l’industrie capitaliste est suffisant pour en dévaloriser le résultat. 

C’est cette passion-là qui est contraire à la science pas celle qui anime le chercheur.

jeudi 27 juillet 2023

De la vérité – Chronique du 28 juillet

Bonjour-bonjour

 

En cette époque de complotisme et des réseaux sociaux qui confondent vérité vérifiée et opinion préférée, l’esprit scientifique devrait être la boussole qui guide nos esprits. Or, comme on le sait il n’en est rien et les travaux des chercheurs sud-coréen sont à cet égard instructifs.

- Voyez plutôt : si l’on en croit cet article, ces chercheurs ont découvert un matériau supraconducteur à température et à pression ambiantes. On mesure l’importance de cette découverte, sauf qu’on attend encore la publication dans des revues scientifiques, qui doit donner tous les éléments pour en vérifier l’exactitude – premier élément. Et aussi pour reproduire ces expériences dans d’autres laboratoires – second élément.

 

--> Pourquoi les vérités du quotidien ne seraient-elles pas soumises aux mêmes critères ?

Un exemple ? Les âneries qu’on a débitées à propos du vaccin contre le covid – supposé transformer nos gènes ou bien nous inoculer un capteur de 5G – sont faciles à vérifier, et au cas où elles ne le seraient pas, leur valeur prédictive ou non peut être constatée : avons-nous des exemple de cas où notre ADN a été modifié par la vaccination ?

Mais il y a aussi d’autres vérités qui, sans être scientifiquement prouvées, peuvent être déterminantes pour notre vie. Supposez qu’un de vos amis vous dise : « J’ai par hasard rencontre ta femme hier : elle était amoureusement enlacée par ton ami Raymond » Ici, on a affaire à ce qu’on appelle une vérité de témoignage : ou bien vous avez une totale confiance en l’ami source de cette observation – et alors, ça va barder ce soir à la maison. Ou bien vous soupçonnez cette source de ne pas être très fiable et vous allez embaucher un détective privé, qui vous fournira des photos du délit (s’il existe) : on suppose alors à tort ou à raison que l’image est le seul témoignage valable.

On l’a compris : les "vérités" qui courent sur les réseaux sont toutes des vérités de témoignages, alors même qu’elles devraient être soit des vérités de démonstration, soit des observations corroborées par de nombreux témoin fiables. Cela, personne ne le cache et il y a même des gens qui se font gloire d’être des « influenceurs »

On en saurait mieux dire. 

jeudi 19 janvier 2023

Une "proto-écriture" dans l'art des grottes : une pseudo-découverte – Chronique du 20 janvier

Bonjour-bonjour

 

On apprend aujourd’hui que des « découvertes » en archéologie sont parfois très douteuses, voire même scandaleusement truquées. 

Ainsi de cet article par le quel on apprend que des chercheurs en archéologie prétendent avoir débusqué dans les signes peints sur les parois des cavernes ornées des signes identifiables à des représentations symboliques de concepts ou d’idées – constituant ainsi une proto-écriture.

 

 

Dans les cercles, des signes présentés comme des symboles graphiques

 

L’insuffisance des preuves est largement détaillée dans l’article cité au quel on se reportera. Par contre je relève les questions auxquelles il faut répondre avant de prétendre avoir identifié  une « écriture paléolithique ».

            1° Comment être sûrs que les signes représentés soient associés (par exemple : un animal et une série de points comme sur la photo ci-dessus), et non pas simplement juxtaposés ?

            2° D’ailleurs savons-nous si cette juxtaposition est contemporaine : ces signes n’appartiendraient-ils pas à des périodes éloignées dans le temps ?

            3° « Comment croire à l'utilité pratique de noter au fond d'une grotte, et souvent dans des lieux difficile d'accès, ou très peu visibles, ou accessibles à seulement une ou deux personnes, des informations telles que la période de mise bas des bisons ? » ajoute notre article avant de conclure :

            4° « Ces sociétés n’avaient sans doute pas d'écriture parce qu'elles n'en avaient pas besoin. Nous n’arrêtons pas de plaquer nos désirs sur eux, alors qu’ils avaient une autre vision du monde que la nôtre. »

 

Ce reproche m’intéresse, parce que dans la profusion des publications actuelles sur les premiers sapiens et les derniers Neandertal, on trouve sans cesse évoqués leurs rapports, leurs sociétés, leurs découvertes, comme si ces ancêtres avaient eu systématiquement les mêmes soucis et les mêmes désirs que nous. Nous commettons à leur propos la même erreur « anthropomorphique » qu’avec les animaux. C’est que nous ne parvenons pas à regarder en face notre ignorance et que nous ne voulons pas à admettre que nos hypothèses ne soient pas des certitudes simplement un peu moins bien vérifiées que les vérités démontrées.

samedi 20 août 2022

L’effet papillon – Chronique du 21 août

Bonjour-bonjour

 

« L’imprévu était-il imprévisible ? » : c’est ce sujet de dissertation qu’on a soumis il y a quelques années aux candidats du bac pour l’épreuve de philo (voir le corrigé ici). Et c’est avec cette question qu’on serait tenté d’accueillir les invectives qui tombent sur les prévisionnistes météo après le terrible orage qui a dévasté une partie de la Corse, qui n’était alors qu’en alors en alerte jaune. 

On reproche en effet à Météo-France de ne pas avoir su prévoir ce qui pourtant devait être pour elle prévisible. Et c’est là que la question se pose : un tel orage était-il prévisible, compte tenu des phénomènes atmosphériques observables quelques heures avant ?

 

Orage corse – Voir ici

 

- Alors certes, quand on voit des images comme celles-là, on se dit qu’en ayant les moyens de les visualiser 2 heures à l’avance on pouvait lancer une alerte utile.

Seulement voilà : non seulement ces nuages n’existaient pas 2 heures avant, mais encore les causes qui devaient les fabriquer n’existaient peut-être pas elles non plus. Et c’est ça qu’on refuse : en bons déterministes (1) nous croyons que les causes des phénomènes sont impliquées les unes par les autres, chacune provoquant des effets qui étaient contenus à l’avance dans ses flancs. C’est qu’en effet ils ne viennent pas de rien du tout, ces nuages. Ils résultent de la réunion de phénomènes qui leur préexistaient. Dès lors qu’on pouvait les connaitre, on devait prévoir leurs effets.

- Sauf que leur devenir était potentiellement multiple et que devant toutes ces possibilités, la science ne peut être « déterministe » que de façon statistique et établissant des scénarios des différentes possibilités : or parmi ceux qui prévoyaient la venue de cet orage, il n’y en avait que 10% prévoyant qu’il se déclarerait avec cette intensité et en cet endroit.

- Quand même, vous n’allez pas nous dire qu’un pareil orage arrive sans prévenir d’une façon ou d’une autre. Un orage gigantesque, ça veut dire du tonnerre entendu de loin !

- Voilà un autre préjugé. A l’époque de Descartes on croyait encore que les phénomènes étaient provoqués par des causes aussi importantes qu’eux. Il doit y avoir autant d’être dans la cause que dans l’effet disait-on alors. Seulement nous avons appris que les causes peuvent être minimes, du moins comparées à leurs effets et que des phénomènes infimes, agrégés les uns aux autre de façon aléatoire peuvent entrainer des effets cataclysmiques. C’est à cela que fait référence l’effet papillon. (2) 

- A oui ? Le hasard et l’effet papillon ? C’est pour nous apprendre ça qu’on paye les prévisionnistes météo et qu'on leur offre des ordis plus puissant que ceux de la NASA ?

- Il y a peut-être une limite infranchissable à ce que peut prévoir la science. C’est là qu’on touche à la question du chaos déterministe… mais justement, c’est là une autre question. (Voir ici)

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(1) « Il faut admettre comme un axiome expérimental que chez les êtres vivants aussi bien que dans les corps bruts les conditions d’existence de tout phénomène sont déterminées d’une manière absolue. » Tel est le déterminisme défini ici par Claude Bernard (A lire dans cet art. Wiki)

(2) « Prédictibilité : le battement d'ailes d'un papillon au Brésil pourrait provoquer une tornade au Texas » Il s’agit d’une théorie qui distingue entre le déterminé et le déterminable : à lire ici

dimanche 17 avril 2022

Le pourquoi du comment – Chronique du 18 avril (2)

Bonjour-bonjour

 

On ne le sait qu’aujourd’hui, après bien des années d’ignorance : le boson W, une particule connue depuis 1983 s’avère plus lourde que prévu.

Et alors, direz-vous ? Que voulez-vous que ça me fasse ? 

Si les chercheurs sautent de joie, c’est que si on s’est trompé sur la masse du boson W, cela veut dire que la théorie est fausse, qu’elle a un problème. Et ça, c’est une excellente nouvelle !  

Pourquoi une bonne nouvelle ?

« Parce que les physiciens savent que le modèle standard est incomplet. Et ils cherchent depuis des dizaines d’années des indices qui pourraient les amener à la compléter. En particulier, cette théorie n’arrive pas à décrire la gravité – Depuis Newton on ne sait pas décrire, à l’échelle microscopique, la force qui fait tomber les pommes des arbres, et qui nous maintient les pieds sur Terre. C’est donc un grand espoir qui s’ouvre aujourd’hui, grâce au boson W, de trouver une brèche, pour percer ce mystère. » Lire ici.

 

Ainsi donc aujourd’hui encore, comme au 18ème siècle, à l’époque de Newton, on ignore tout des origines de la force gravitationnelle, même si on le recherche de toujours près.

L’essentiel ici c’est que Newton ne s’interdise pas d’expliquer le comment même s’il ne comprend pas le pourquoi : pourquoi les pommes tombent, pourquoi nos pieds restent sur la terre ? On ne le sait pas, mais on sait comment on marche.

On lira ce texte dans le quel Newton indique quelle est sa position, car elle est essentielle, surtout aujourd’hui où la connaissance scientifique a été remise en question par les anti-vax.

On y trouve deux affirmations :

1° « les hypothèses, soit métaphysiques, soit physiques, soit mécaniques, soit celles des qualités occultes, ne doivent pas être reçues dans la philosophie expérimentale (= science expérimentale) ». Autrement dit les connaissances scientifiques n’ont rien à voir avec les opinions.

2° « il suffit que la gravité existe, qu’elle agisse selon les lois que nous avons exposées, & qu’elle puisse expliquer tous les mouvements des corps célestes & ceux de la mer ».

Autrement dit on peut savoir sans tout savoir.