Bonjour-bonjour
Je reviens sur l’épineuse question du dépistage des robots dans la genèse d’œuvres littéraires ou artistiques. On sait en effet combien les romans sont scrutés à la loupe pour savoir si leur auteur déclaré est bien d’origine humaine, autrement dit si une IA générative n’aurait pas par hasard présidé à leur création. Certains ont joué le jeu en avouant que tel ou tel chapitre avait été écrit avec cette assistance – et on doit avouer qu’on ne l’aurait pas deviné.
Pourtant certains auteurs l’affirment : l’IA ne fonctionne pas du tout comme leur propre cerveau au moment d’écrire : c’est ce que souligne Haruki Murakami : « L'IA prend en compte tout ce qui s'est passé jusqu'à présent et établit des analogies » ; en revanche le rôle d'un romancier consiste « à faire surgir quelque chose de nouveau qui vous traverse soudainement l'esprit ». (Lire ici)
Autrement dit, la machine combine selon des règles connues des éléments déjà énoncés, alors que l’intelligence humaine invente de toute pièce des énoncés nouveaux. Là où le robot récite, l’homme invente.
Deux objections :
* D’abord pouvons-nous faire la différence entre du recyclé et du neuf ? Si notre connaissance n’est pas encyclopédique, il se peut que les IA nous trompent en rafraichissant des énoncés déjà produits par d’autres alors que nous les croyons sortis de cerveaux humains : on l’a vu avec la thèse bidonnée d’Etienne Klein qu’il est possible de faire passer pour du « tout neuf » ce qui a été pompé ailleurs, et le jury de thèse n’y a vu que du feu.
* Ensuite il se pourrait que notre propre cerveau « oublie » qu’il récolte le fruit d’une source contenue dans sa mémoire alors nous dorlotons cette création comme si c’était une véritable invention.
C’est là que la déclaration de Murakami prête à la critique : comment sait-il qu’il vient d’inventer ce qu’il a écrit ? Nous-mêmes qui sommes ses lecteurs en lisant ses livres les plus récents nous nous disons « Tiens ! Il se répète » (1)
-------------------------------------
(1) Je pense en particulier à la Cité aux murs incertains.

