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dimanche 29 octobre 2023

Tournez le dos à la multitude – Chronique du 30 octobre

Bonjour-bonjour

 

Qu’est-ce qui est pire que la haine ? La foule – ou plus exactement : la haine venue de la foule

--> On voit en ce moment sur Internet des images d’étudiants arabes israéliens enfermés dans leur université face à une foule criant « mort aux Arabes »

Cette scène s’est déroulée sur le campus d’une université privée de Netanya, dans la soirée du samedi 28 octobre. Et plus précisément devant une résidence qui appartient à l’établissement où des centaines d’habitants juifs de Netanya, au nord de Tel-Aviv, auraient « tenté de s’introduire par effraction dans le dortoir » d’une université de la ville, pour lyncher des étudiants arabes. (Lire ici)

 

On sait depuis longtemps que la foule constitue une masse guidée plus par ses passions que la raison. Elle est capable des pires débordements, comme l’a analysé Gustave Le Bon à la fin du 19ème siècle. Mais on connait moins la réflexion d’Antoine Sabatier de Castres publiées en 1794 – on la lira en note ci-dessous.

Si je donne ce texte aujourd’hui, c’est pour répondre à une question très pertinente que pourtant on ne pose guère : se guider sur les réseaux sociaux pour penser l’actualité, est-ce participer à une foule ? A première vue, non : alors que la foule est comme un vol d’étourneau fait d’une multitude d’individus qui, serrés les uns contre les autres, bougent comme s’ils étaient poussés par elle, on imagine plutôt l’internaute dans la solitude de sa chambre, caché par son écran et en tout cas couvert par l’anonymat d’un pseudo. Pourtant relisez le texte de Sabatier de Castres : le premier caractère des individus dans une foule est de se conduire par imitation. Or qu’est-ce qui caractérise les « followers » ? N’est-ce pas justement qu’ils suivent les autres, et que le grand nombre remplace chez eux le raisonnement quand il s’agit de décider quoi faire.

Il y a mieux – ou pire. Lisez encore Sabatier de Castres : « Quand tous marchent vers l'erreur nul ne parait y marcher » : comment mieux expliquer la force du complotisme et celle des « fakenews » ?

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Annexe

« L'erreur fut et sera toujours le partage du très-grand nombre. Peu d'homme agissent par leur volonté et pensent d'après eux-mêmes. Presque tous se conduisent par imitation ; l'exemple est leur premier maître, et l'habitude, leur raison ; ils regardent sans voir, entendent sans écouter, et ne suivent d'autre guide que la multitude qui les précède ou les environne. Quand tous marchent vers l'erreur nul ne parait y marcher ; il n'y a que celui qui sort de la foule et qui s'arrête qui aperçoive le mouvement insensé des autres. On l'a dit ; mais c'est ici le lieu de le répéter : Voulez-vous voir la vérité ? Tournez le dos à la multitude. »

Antoine Sabatier de Castres – Pensées et observations morales et politiques – Ed de Vienne 1794 Livre I Ch.1 p.16

mardi 21 mars 2023

La foule et le peuple– Chronique du 22 mars

Bonjour-bonjour

 

Emmanuel Macron a affirmé hier que "la foule" n'avait pas de "légitimité" face aux élus.

De ce fait, le chef de l'État n'avait l'intention ni de dissoudre l'Assemblée, ni de remanier le gouvernement, ni de convoquer un référendum sur la réforme reculant l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Avant d’ajouter : « La Première ministre est la seule, et notre majorité est la seule, à pouvoir porter aujourd'hui un projet de gouvernement ». (Lu ici)

 

Voilà, c’est dit : vous tous qui manifestez, retournez à vos dictionnaires et vérifiez si nécessaire : faute de mandat populaire, vous n’avez aucune légitimité pour exprimer la volonté populaire, la quelle est déjà engagée pour 5 ans par le scrutin de 2022. Vous pourrez toujours dire que c’est là l’expression de la morgue macronienne, vous n’y ferez rien : vous ne rentrez pas dans le pacte républicain scellé depuis 1958 dans la constitution de la 5ème république.


Depuis les gilets jaunes la rumeur se répandait : la légitimité citoyenne pouvait naitre dans la rue, en fonction du nombre de manifestants et de leur ferveur : « Nous sommes le peuple ! » criaient-ils. Et le Président de la République de leur répondre : « Vous n’êtes que la foule ! »

 

--> Un peu de sémantique pour calmer les passions : la foule, comme le peuple, requiert en effet le grand nombre. En démocratie le peuple s’exprime par un scrutin rassemblant plus de la moitié des citoyens – quant à la foule elle pourrait bien sans qu’on le sache exactement faire la même chose.

Mais la question n’est pas tant celle du nombre que celle de l’unité qui rassemble. Alors que la foule est unie par l’émotion (joie, colère, violence, adulation), le peuple est uni par la volonté. Et pas n’importe quelle volonté ; il s’agit de celle que Rousseau qualifiait de « générale » entendez qu’elle contient l’expression du bien public, ce bien voulu pour tous par chacun – et non seulement pour soi ou pour la communauté dont on exprime l’intérêt.

Alors, qu’est-ce qui empêche la foule de la rue de vouloir ce qui est bon pour tous ? Par exemple, de vouloir que tous partent en retraite à 62 ans, ou bien que tous touchent au moins 1200 euros de pension ? De quel droit limitons-nous l’unité qui cimente la foule à l’émotion, alors que la revendication de la justice peut très bien apparaitre aussi dans la rue ?

- Eh bien c’est là que commence le propos du Président : selon notre constitution, acceptée par référendum populaire il y a 65 ans, il y a un moment pour décider de qui peut porter cette volonté. Et ce moment est celui de l’élections des représentants du peuple. Car, oui : c’est bel et bien notre volonté que nous avons déléguée à nos représentants en 2022. Et pour changer de représentants, il faudra attendre 2027.

 

- Certains plus cohérents que d’autres, tel Jean-Luc Mélenchon, en concluent qu’il faut recourir à l’émeute qui rendra le pouvoir à la rue, avant qu’il ne soit de nouveau repris et enchâssé dans une nouvelle constitution. Mais quoiqu’il en soit, la volonté du peuple n’est jamais (sauf exception prévue par la loi) l’expression du peuple mais celle de ses représentants.

lundi 19 août 2019

À HONGKONG, LA MOBILISATION FACE À PÉKIN NE FAIBLIT PAS

1 – Les participants, portant pour la plupart des T-shirts noirs et formant vu d’en haut une mer ondulante de parapluies, ont massivement convergé en début d’après-midi vers le parc Victoria, d’où partait le défilé, tout près du quartier très commerçant de Causeway Bay (Lire ici)




- Oui, n’est-ce pas, nous n’imaginons même pas que la foule puisse en France faire preuve d'une telle organisation. Déjà que nos Gilets-jaunes ont bien surpris leur monde en revêtant de façon à peu près unanime le gilet fluo. Quelle discipline ! Mais on le voit : les asiatiques sont bien au-delà du costume, puisqu’outre le T-shirt (siglé « We shall never surrender » (citation de Churchill (Nous ne capitulerons jamais)), ils ont le parapluie qui, dans une manifestation n’est pas forcément adapté – sauf s’il pleut, mais on devine que les manifestants de Hong Kong n’attendent pas qu’il pleuve pour le sortir. Signe de ralliement ? Moyen de se dissimuler aux caméras ? Oui, sans doute, mais aussi volonté de fournir une image d’unité aux observateurs et de surcroit créer une « belle » image.

2 –  Confronté à une remise en cause de son autorité, Pékin a qualifié la semaine dernière les manifestants de «terroristes» après l’agression à l’aéroport de deux personnes soupçonnées d’être à la solde de Pékin. Et agite la menace d’une intervention de l’Armée populaire de libération (Même article)
- Et bien sûr on se demande pourquoi Pékin n’a pas déjà envoyé ses tanks refermer les parapluies des rues de Hong Kong. Et du coup on se dit : n’attendons pas des dirigeants chinois une mansuétude plus grande qu’à l’époque de Tian'anmen ça ne serait pas réaliste. 
3 - En revanche il y des éléments qui n’existaient pas à Beijing lors de Tien'anmen : c’est qu’on est là dans une place financière et économique essentielle pour l’économie chinoise, et qui plus est soumise à une concurrence acharnée des pays asiatiques que Pékin ne peut contrôler.

3 - Un enseignant de 53 ans, estime cependant que Pékin ne franchira pas le pas. «Ce serait la preuve que Hongkong a perdu toute autonomie: tous les investisseurs étrangers plieraient bagage, ce qui serait contraire aux intérêts de Pékin», souligne-t-il. «Mais si jamais l’armée chinoise entrait en action, nous resterions tranquillement chez nous en attendant qu’elle s’en aille, puis nous ressortirions».
Voilà qui est bien dit.