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dimanche 5 janvier 2025

L’IA, entre orthèse et prothèse – Chronique du 6 janvier

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin cet article qui met en jeu le rôle de l’IA dans l’enseignement supérieur qui ferait selon les auteurs écho à des débats millénaires sur notre rapport aux outils cognitifs.

Millénaire, en effet puisque l’article en question mobilise le Phèdre de Platon, le dialogue où les bienfaits de l’écriture sont mis en cause .

« Dans le Phèdre de Platon, le roi Thamous mettait en garde Theuth, le dieu égyptien de la science, contre les dangers de l’écriture, craignant qu’elle ne conduise à une atrophie de la mémoire et à une illusion du savoir. » dit l’article citant le passage en question. Pour confirmer cette affirmation, l’article poursuit : « Deux millénaires et demi plus tard, alors que l’intelligence artificielle générative bouleverse nos pratiques éducatives, cette mise en garde résonne avec une actualité saisissante /…/ : ne voyons-nous pas aujourd’hui les étudiants recopier des données générées par la machine et dont ils ne possèdent pas le sens ? »

- « Pourtant, /poursuit l’article en question/ les données empiriques récentes suggèrent une voie médiane entre technophilie béate et technophobie systématique : celle de l’intelligence artificielle (IA) comme orthèse cognitive et non comme prothèse de substitution. » 

Orthèse/prothèse : que signifie cette distinction ? Wiki nous renseigne : « Une orthèse est un appareillage qui compense une fonction absente ou déficitaire, assiste une structure articulaire ou musculaire, stabilise un segment corporel pendant une phase de réadaptation ou de repos. Elle diffère donc de la prothèse, qui remplace un élément manquant. »

- Là, je commence à piger : si j’utilise les production de l’IA comme une prothèse se substituant à mes propres production, je vais m’appauvrir et perdre progressivement ces capacités devenues inutilisées. Par contre, si je les utilise comme orthèse, qui soutien ces mêmes facultés pour progresser alors je vais les mettre en œuvre là où je ne l’aurais pas pu sans cet appui.

On peut vérifier que le propos du Pharaon de Platon dit exactement la même chose ; mais il passe à côté de l’écriture comme « orthèse cognitive » - faute de recul ? Sans doute pas : n’oublions pas que Platon est hostile à la diffusion du savoir pour tous, étant partisan d’un ésotérisme rigoureux. Quand bien même un apprentissage raisonné de l’écriture et de ses bons usages serait possible, j’imagine que Platon ne permettrait pas à n’importe qui d’apprendre à lire et à écrire.

dimanche 9 juillet 2023

À vos plumes ! – Chronique du 10 juillet

Bonjour-bonjour

 

Bien des réformes sont encore en cours à l’Éducation nationale, immense chantier dont il ne faut d’ailleurs jamais parler en termes de « réformes » (ça porte malheur) mais auquel il faut toujours œuvrer.

En voici une, reprise sous divers aspects par les médias du jour : « Compte tenu de la baisse du niveau de français des écoliers en CM1 et CM2, l’État a pris la décision de mettre en place le dispositif « plan orthographe » qui a pour objectif d’approfondir les connaissances en langue des écoliers. » (Lu ici)

On se dit : bon – encore une de ces réformes jamais réalisées mais qui fleurent bon l’école d’antan avec ses blouses grises, ses doigts tachés d’encre violette et ses plumes sergent-major. Vous croyez peut-être que j’exagère ? Pas du tout : lisez plutôt la suite : « Une disposition qui marque le grand retour de l’écriture manuscrite désormais partie intégrante du programme des élèves. »

 


Et ce n’est pas tout : « /Ce plan-orthographe/ prévoit deux heures de lecture par jour dans le but de rehausser le niveau des écoliers avant qu’il ne rejoigne la classe secondaire. » (Art. référencé)

 

Écrire à la main, lire à haute voix : impliquer le corps dans toutes ses capacités au service du langage et de sa transmission. Autant dire que nos méthodes hypersophistiquées de communiquer sont des échecs qui aboutissent finalement au contraire de ce qui était espéré : ne plus savoir exprimer nos pensées pour autrui, et ne pas arriver à le faire en dehors de dispositifs fragiles et précaires. et qui, non contentes de cela qui font obstacle à l’acquisition de ces capacités dont l’homme dispose pourtant depuis des millénaires.

 

Ceux qui ont haussé les épaules en lisant de détail de ce « Plan-orthographe » ont eu tort : oublions ce que les vieilles écoles nous ont fait réciter par cœur, mais conservons ce qu’elles nous ont appris à faire