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dimanche 7 juin 2026

Humain, trop humain – Chronique du 8 juin

Bonjour-bonjour

 

Quelques expressions humaines glanées dans l’actualité

 

1 – Le sourire de la Joconde

 

Vu ici cette photo de Jordan Bardella en compagnie de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile

 


Étonné de voir ces sourires mécaniques je me suis demandé ce qui caractérise les sourires humains ; je trouve chez Nietzsche cette définition du sourire : « « Rire et sourire. - Plus l'esprit devient joyeux et sûr de lui-même, plus l'homme désapprend le rire bruyant ; en revanche il est pris sans cesse d'un sourire plus intellectuel, signe de son étonnement devant les innombrables charmes cachés de cette bonne existence. » Friedrich Nietzsche – Humain, trop humain.

Ainsi donc le sourire serait plutôt une mystérieuse expression grâce à laquelle l’humain montre sa sensibilité et son raffinement. Mais n’oublions pas que le sourire n’est pas forcement spontané et qu’il peut n’être qu’une singerie, comme le montre la photo affichée ici.

 

2- Le cri du tigre

 

Vu et entendu sur le Cours Philippe Chatrier de Roland Garros ce rugissement d’Alexander Zverev :

 


Rugissement de tigre ou cri du gorille qui exhibe ses crocs ? Peu importe, ce de dont il s’agit c’est de savoir si l’espèce humaine possède un cri qui lui soit propre et qui surgirait de son tréfonds à l’occasion d’émotions intenses (cf. le cri de Tarzan).

- L’idée que l’Homme possède un fonds atavique animal n’est pas récente, tant s’en faut. Mais la voir revenir à l’occasion d’un sport aussi policé que le tennis étonne : pourquoi pas plutôt au rugby ou le judo ? 

Vient la question : puis qu’il s’agit d’un fonds archaïque, il doit être présent en chacun de nous – alors et moi ? Oui, moi : en quelles occasions ai-je pu rugir ainsi ? Sous le coup d’un besoin urgent, par exemple lorsque la faim me tenaille ? Ou au contraire, comme Zverev, pour manifester la puissance qui se développe lors d’un accouplement réussi ? 

– Hum…Non-non, je n'ai rien dit...

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N.B. C'est vrai que Zverev est sous le coup de plaintes pour violence conjugales. Ce serait raccord avec notre interprétation, ne croyez-vous pas ?

samedi 3 août 2024

Le cri de vidange – Chronique du 4 aout

Bonjour-bonjour

 

Vous êtes peut-être comme moi, chers amis, horripilés par les cris poussés à tout moment par les sportifs des J.O. – généralement pour saluer une victoire.

 



Pourquoi ce débordement sans raison apparente ? Le cri est souvent associé à des sensations de douleur ou des manifestations d’émotions : « Chaque tourment possède son cri, la santé seule se tait. » disait Erik Gustaf Geijer

- Ici, rien de semblable, une seule raison parait capable de justifier cette débauche vocale : l’évacuation d’un surplus d’énergie, comme si le sportif qui crie à la fin de son effort devait en quelque sorte « vidanger » ses forces superflues.

Dans ce cas, le cri serait dépourvu de signification, ce qui le ramènerait à sa nature première animale. Occasion de rejouer les débuts de l’humanité, lorsque les premiers hommes dépourvus de langage et incapables de formuler une pensée, trouvaient dans une sorte de "cri primal" un moyen d’expression.

Le cri serait alors dépourvu de signification tout juste exutoire d’émotions ou de souffrances, comme avec le fameux « cri de Tarzan » :

 


Gotlib : « Le premier cri de Tarzan »

 

 Mais, laissons ces gaudrioles de côté : c’est avec Platon et Aristote que le cri apparait comme étant inapte à l’action politique et devant rester cantonné au monde animal « Le cri se voit repoussé dans une sphère de relégation aux côtés du barbare, du sauvage, de la folie et de l’animal. » (Pierre-Henri ORTIZ, dans cet article à lire ici)

L’opposition entre la parole et le cri relègue donc celui-ci hors de la sphère humaine : l’homme qui crie renonce à son humanité et régresse à sa nature animale, soit en révélant ce qu’il était à l’origine, soit en criant les mots qu’il profère.

C'est en effet cette seconde situation qui domine dans le discours politique : 


jeudi 15 avril 2021

Le cri de Tarzan – Chronique du 16 avril

Bonjour-bonjour

 

Une étude récemment publiée dans la revue scientifique PLOS Biology nous apprend que « les humains crient pour exprimer six émotions différentes : la colère, la peur, la douleur, la tristesse, le plaisir et la joie. Certes d’autres espèces expriment la peur ou la souffrance par un cri, mais il semble que seuls les humains crient pour signaler également des émotions positives » (Lu ici)

On apprend également que le cri est universel et que son origine est biologique : nul besoin de traduction pour comprendre les cris de nos semblables, qu’elle que soit leur origine ethnique. Reste que la liste des émotions donnée ci-dessus parait incomplète : où donc situer le cri de Tarzan ?

Certains humoristes ont cru pouvoir en faire un cri de douleur – ou de plaisir ?

 

 

« Le premier cri de Tarzan »


Mais pour qui veut être plus objectif, le fameux cri émis par Johnny Weissmuller (qu’on pourra
écouter ici
), semble bien être un cri de ralliement, un appel lancé aux animaux de la jungle. Non seulement il ne correspond à aucune des émotions listées plus haut, mais il ne répond même pas au caractère essentiel du cri à savoir qu’il exprime un état sans intention de communiquer (le cri du bricoleur maladroit est une « manière d’être » de la douleur du doigt qui a reçu le coup de marteau). On crie donc tout seul alors que le cri de Tarzan est un appel qui s’adresse aux animaux de la jungle ; le cri ne doit pas être adressé à un locuteur mais simplement exprimer l’état du « destinateur » (1) : on veut bien qu’il soit une manifestation de la force mais non qu’il soit là seulement pour intimider l’adversaire – et encore moins pour rassembler sa tribu.

Par contre il peut se propager à travers l’espace et être entendu par accident, sans qu’il ait été émis pour quiconque.  

 

 

Pour exprimer le cri, le célèbre tableau de Munch le montre embrasant le ciel qui retentit de son écho. Mais il montre aussi son effet sur l’homme qui reçoit ce signe qui certes ne lui est pas adressé – mais qui signifie quand même.

Signifier sans parler, voilà le propre du cri ce qui apparente sa force à celle des Dieux :

« Le maître dont l'oracle est à Delphes ne dit rien, ne cache rien – mais il fait signe. » Héraclite

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(1) Nous reprenons la terminologie de Jacobson vulgarisée par Laurent Binet dans son roman « La 7ème fonction du langage »