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samedi 15 novembre 2025

En plein dans le buffet – Chronique du 16 novembre (3)


Troisième Post ce matin : on ne peut plus m’arrêter… Il y a des jours comme ça, mais notez quand même que ce post-ci vaut la peine qu’on s’y arrête, justement.

 

Bonjour-bonjour

 

Voyez ce dessin de Coco publié à la une de « Libération » le 25 juin.

  


Cet article de Télérama évoquant le retentissement de ce dessin explique : « La décision de la Cour suprême des États-Unis de revenir sur le droit à l’avortement est devenue virale. Le dessin de Coco, /…/ n’a cessé depuis de circuler dans le monde entier. »

- Vous noterez une coupure dans ma citation. Je restitue la phrase coupée : « un drapeau américain où des cintres remplacent les étoiles et où le sang de femmes blessées par des avortements clandestins s’est substitué aux bandes rouges des États fondateurs »

--> Voyez combien cette description pourtant objective affaiblit le dessin : les trainées de sang qui sortent du sexe de ces femmes effondrées, vous les prenez en plein dans l’estomac en découvrant l’image. C’est de l’émotion pure et aucune description verbale ne pourra la susciter.

Raison pour laquelle les dessins de presse restent indispensables.

Les fôtes d’ortografe : une intolérable corruption. – Chronique du 16 novembre (2)

Bonjour-bonjour

 

C’est sous le titre « Mafia sort de cette Corse » que la rédaction de Corse-matin reprend l’info illustrée par cette image (voir ici). Au premier degré, on constate que les manifestants corses ont une meilleure orthographe que les rédacteurs de Corse-matin pour lesquels l’impératif du verbe « sortir » obéit à une règle… disons exotique. (Je laisse de côté la « maffia » avec 2 « f » qui orne la pancarte sur la photo ; ainsi que la possession diabolique suggérée)

 


Sachant que les bulletins d’information de la presse écrite (c’est bien à cela que correspond ce billet publié sur le net, certes, mais néanmoins dans une version écrite) doivent être contrôlés avant publication, on doit hélas admettre que ce laxisme n’est pas seulement celui d’un jeune rédacteur inexpérimenté, mais bien celui, plus aguerri, d’un rédac’chef.

 

Cette faute est plus qu’un manquement à la langue française ; publiée dans la presse, elle est aussi un indicateur du niveau de corruption des règles grammaticales sans lesquelles on ne saurait plus communiquer entre nous. Et cette corruption-là n’est pas un effet de la mafia, mais  d’une certaine façon elle est plus grave. On peut admettre que si la corruption de la langue est moins visible que celle de la société elle n’en est pas moins délétère : si c’est la Corse entière qui est victime de la mafia, c’est la France toute entière qui est victime de l’indifférence à l’égard de notre langue.

lundi 18 novembre 2024

Parlez-vous franglais ? – Chronique du 19 novembre

Bonjour-bonjour

 

Il fut un temps où on pointait l’invasion du français par les mots ou les tournures anglaises comme une grave faute à corriger au plus vite. René Étiemble, un universitaire défenseur de la langue française, avait même trouvé un vocable pour désigner ces incorrections : il s’agissait du « franglais », mot-valise qu’on identifie facilement. On avait aussi trouvé l’idée de nommer un sous-ministre chargé de faire respecter l’obligation de rédiger en français et non en « sabir nord atlantique » (Etiemble dixit) les billets d’information.

Cette volonté est bien oubliée aujourd’hui si l’on en croit le vocabulaire des joueurs du XV de France. Écoutez plutôt les discours faits au XV de France tenus samedi dernier par deux joueurs de l’équipe, Antoine Dupont et Gaël Fickou, qui se sont ainsi adressés à leurs camarade de jeu :

- Antoine Dupont à propos des All Blacks « Ils attaquent tous les rucks et ils nous ferment les extérieurs. - Ils nous splittent à chaque fois et on subit toutes les collisions. – Qu’on fasse les efforts de déplacements pour être bien en face et les catcher »

- Et Gaël Fickou d'insister : « Les deux qui sont dans le contact, ils fightent. Les autres, ne regardez pas le ruck, circulez s’il vous plait ! – Le seul problème, c’est du sprint autour des rucks, c’est pas en marchant ... Donc on sprinte à chaque fois autour des rucks »

 

Les progressistes font remarquer que les emprunts d’une langue à l’autre est un phénomène constant et que, s’agissant de l’anglais et du français, les emprunts au voisin sont constants et même plus nombreux du fait des anglais que des français. Mais le problème réside dans le degré d’intégration à la langue d’accueil. Ainsi quand Gaël Fickou demande à ses coéquipier de « sprinter » on n’a même plus conscience de l’origine anglo-saxonne du mot, parce qu’il est devenu un verbe conjugué avec le 1er groupe, de verbes, selon l’ordre voulu par notre propre grammaire. Mais il n’y a pas que cela : car « fighter », soumis à la même règle parait bien étranger et impénétrable au français du 21ème siècle.

Vient alors la difficulté qu’Étiemble avait combattue : les emprunts à la langue anglaise ne se transforment plus en mots de la langue courante parce qu’ils sont relayés par des médias qui en conservent la tournure originale. Alors qu’autrefois ces mots circulant de bouche à oreille dans une prononciation strictement française se déformaient rapidement, ceux qui apparaissent aujourd’hui vont garder leur allure exotique en raison du relai de la presse imprimée. C'est ainsi qu'on prononce « cleub » ce mot qu’on écrit toujours « club ». 

Il y a toutefois quelques exceptions, dues aux phonèmes anglais absents du français, comme le « the », transformé en "ze".

C'est également l'occasion de jeux sur les mots anglo-français comme avec l’amusant « of course » que San Antonio avait déformé en « œuf corse » qu’on prononce d’ailleurs souvent aujourd’hui sans y penser.

 

 

Mais cet oeuf corse n'est qu'une amusante exception : le problème avec le franglais, c’est qu’on prononce l’anglais trop bien. 

dimanche 25 juin 2023

Words, words, words. – Chronique du 26 juin

Bonjour-bonjour

 

La folle randonnée du groupe Wagner a duré une petite journée, plongeant les chaines d’info 24/24 dans l’embarras. N’ayant pas vu venir l’évènement, elles avaient compensé en mettant sur pied à la vitesse de l’éclair des plateau de spécialistes qui ont dû y passer la journée entière (Ah ! Général Trinquant ! Combien d’heures passées à découvrir ce que vous veniez de dire l’instant d’avant…). 

Et puis, après un petit tour de piste, voilà Evgueni Prigogine qui déclare « Finalement nous rentrons dans nos bases. Rien ne s’est passé » Patatras ! Non seulement le programme du lendemain (et même du surlendemain) est par terre mais – comble de l’humiliation – il faut défaire toutes les prévisions annoncées fièrement par les spécialistes comme certaines. 

Que reste-t-il de tout cela ? Pas même des idées : des mots, des phrases, « Words, words, words » comme disait Hamlet en réponse à Polonius qui l’interroge sur la lecture des journaux. 

C’est un signe de sénilité que dénigrer ainsi que je le fais la presse : comme si les journalistes n’avaient pas une responsabilité dans l’information scrupuleuse des citoyens. C’est faux évidemment, mais ce qui me hérisse, c’est la sotte fierté des gens qui se présentent comme détenteurs d’un pouvoir particulier : celui d’estampiller une opinion (la leur en l’occurrence) du sceau de la vérité. « C’est vrai parce que je le pense. »

Pire encore : confondre vérité et certitude, c’est là un défaut très répandu qu’il faut combattre mais qui ne condamne pas forcément l’opinion en question. Par contre, faire du personnage qu’on affecte d’être pour l’écran le critère de la vérité est particulièrement odieux. 

Vous ne voyez pas de qui je veux parler ?


 

Vraiment ?