jeudi 19 août 2021

Moins on a de connaissances, plus on a de certitudes. – Chronique du 20 aout

Bonjour-bonjour

 

Faut-il avoir, comme Boris Cyrulnik, un âge canonique et de surcroit s’être fait connaitre par de nombreuses publications pour oser affirmer que l’ignorance est un mal qui – paradoxalement – se traduit par un excès de certitude ? Je ne suis pas loin de le croire tant les « réseaux sociaux » nous ont habitués à courber l’échine devant leurs certitudes assénées à grand coup d’affirmation likées et re-tweetées. On parle beaucoup de la violence de ces échanges et c’est vrai ; mais on devrait aussi remarquer l’absolue certitude dont font état leurs auteurs. 

Je ne doute pas qu’aujourd’hui où seule la force de la conviction compte et où les notions de vérification et de démonstration sont ridiculisées par tous on referait le procès de Socrate, qu’Aristophane lui-même présentait comme une élite prétentieuse. Or, Socrate au cours du procès intenté contre lui par les athéniens récuse cette affirmation puisque, selon lui, il serait le seul à affirmer qu’il ne sait rien et que précisément, c’est cela qui fait de lui un sage. C’est bien cela que pointe aujourd’hui Boris Cyrulnik (1).

 

Oui, je ne doute pas que la haine des élites, popularisée par les Gilets jaunes, et largement entretenue par les susdits réseaux, se serait déchainée contre cet olibrius athénien qui exigeait qu’on lui démontre qu’on affirme la vérité : « Oui, je l’admets : je ne sais rien. Mais toi, l’ami, toi qui sais, dis-moi comment tu peux être certain de ce que tu affirmes – car alors je m’inclinerai devant ton savoir et j’irai le répéter partout. »

Aujourd’hui, vous pouvez tranquillement affirmer que la terre est plate, que le soleil tourne autour d’elle et que les virus sont des inventions des Big Pharma : les opinions les plus cocasses sont révérées parce qu’on cherche en elles un plaisir que la vérité démontrée ne nous apporterait pas nécessairement. 

Cela, c’est bien sûr exact, mais ce n’est pas suffisant : car, ce qu’il faut d’abord admettre selon Cyrulnik, c’est que notre conviction n’est rien d’autre qu’un évitement de l’incertitude où nous serions si nous admettions ne posséder qu’une hypothèse - car alors il faudrait admettre que d’autres hypothèses sont également possibles.

Mais pourquoi refusons-nous cette éventualité ? Y a-t-il là autre chose qu’un peu d’orgueil ?

C’est ce que Boris Cyrulnik nous explique : derrière cette attitude se cache la peur de l’incertitude car pour nous, mieux vaut une croyance même erronée qu’une incertitude qui nous embarrasse. 

« Il faut avoir beaucoup de connaissances et se sentir assez bien dans son âme pour oser envisager plusieurs hypothèses » : tout est dit.

- Mais il est vrai que Pascal l’avait déjà dit (2)

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(1) « L’ignorance provoque un tel état de confusion qu’on s’accroche à n’importe quelle explication afin de se sentir un peu moins embarrassé. C’est pourquoi moins on a de connaissances, plus on a de certitudes.

Il faut avoir beaucoup de connaissances et se sentir assez bien dans son âme pour oser envisager plusieurs hypothèses. » Boris Cyrulnik

(2) « Lorsqu’on ne sait pas la vérité d’une chose, il est bon qu’il y ait une erreur commune qui fixe l’esprit des hommes comme par exemple la lune à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc. Car la maladie principale de l’homme est la curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir et il ne lui est pas si mauvais d’être dans l’erreur que dans cette curiosité inutile. » Pascal – Pensées (Brunschvicg frg. 18)

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