dimanche 22 octobre 2023

Une minorité a toujours tort – Chronique du 23 octobre

Bonjour-bonjour

 

Suite à l’opération de police visant à expulser les manifestants de la ZAD qu’espéraient créer les opposants à l’A69, Clément Beaune, Ministre des transports, a déclaré ne pas vouloir d’« un pays où (…) même avec des arguments valables, une minorité imposerait sa loi aux élus et à la majorité élue ». (Lire ici)

Voilà donc définie l’autorité de l’État, comme une force qui impose le silence à tous les opposants, y compris à ceux qui auraient raison. On se croirait revenu en 1633, lorsque Galilée condamné à rétracter sa théorie de l’héliocentrisme, prononçait in petto « Et pourtant, elle tourne »

Refuser d’admettre les arguments de l’opposition, même quand ils sont valables : n’est-ce pas donner dans l’obscurantisme dont on condamne l’existence dans les fanatismes religieux ?

Pire encore : comme il ne s’agit évidemment pas de l’adhésion à un dogme religieux, on ne peut que conclure au fait que l’État, sanctifié par le vote majoritaire, possèderait ce qu’autrefois on n’attribuait qu’aux magistrats : être un maitre de vérité (1).

On voudra peut-être excuser les propos du Ministre, considérant qu’il ne s’agit pas là de sa pensée véritable, mais seulement d’un raccourci, l’idée étant que, puisqu’on ne peut pas satisfaire tout le monde, les intérêts de la majorité l’emportent sur ceux, même valables, de la minorité. Mais d’abord, rien dans le propos rapporté ne signifie une pareille chose, et le contexte invite seulement à y voir l'affirmation que « force doit rester à la loi ».

Dura lex, sed lex….

-----------------------------------

(1) Je fais allusion à l’ouvrage de Pierre Vidal-Naquet, Les maitres de vérité. Voici ce qu’en disait J-P Vernant : « Les Maîtres de vérité… sont trois types de personnages que leurs fonctions qualifient, dans le contexte social et culturel de la Grèce archaïque, comme détenteurs d’un privilège inséparable de leur rôle institutionnel. Ces trois personnages sont l’aède, le devin, le roi de justice ; leur commun privilège est de dispenser la « Vérité »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire