dimanche 21 août 2022

Souffrir en prison – Chronique du 22 août

Bonjour-bonjour

 

Les compétitions de kart réunissant les prisonniers de Fresnes et leurs gardiens alimentent une polémique que le Garde des sceaux n’a pas dédaigné de reprendre à son compte. Le ton a été donné par l’extrême droite pour laquelle le désordre se serait installé à Fresnes avec ce relâchement jugé coupable : les surveillants sont faits pour surveiller et les prisonniers sont faits pour payer leur crime en croupissant dans leurs cellules en attendant qu’on veuille bien les en laisser sortir une fois leur peine accomplie.

 

Les organisateurs de ces « jeux », dont le directeur de la prison lui-même et le Ministère de la justice qui en avait validé le principe, mettent quant à eux l’accent sur le fait qu’ils sont utiles pour la réinsertion des prisonniers lors de leur sortie, rappelant qu’aujourd’hui 40% des prisonniers récidivent et retournent en prison.

 

Les associations de défense des prisonniers quant à elles déplorent que cette affaire détourne l’attention des conditions de détentions abominables qui prévalent dans certains établissements. Avant de sortir il faut se soucier de ce qu’on fait des prisonniers durant leur incarcération.

Tout cela me rappelle les polémiques qui se sont déchainées durant le ministère Badinter lorsqu’on avait permis l’installation de postes de télé dans les cellules (1). On hurlait contre ces « prisons 3 étoiles », estimant que regarder la télé durant sa peine d’emprisonnement annulait son caractère punitif.

Or, ces jeux organisés à Fresnes ont d’abord le rôle d’effacer autant que faire se peut les différences entre l’intérieur et l’extérieur de la prison, par exemple en normalisant les rapports entre les surveillants et les prisonniers. On parle ici de réinsertion et non de conditions de détentions.

 

Ceux qui protestent contre de tels soucis sont des gens pour qui la prison est là pour faire souffrir les prisonniers. La dette qu’ils ont contractée envers leurs victimes et la société toute entière est une dette de souffrance, qui ne peut se payer que par la souffrance. Quant à les réintégrer dans la société, peu de gens en ont réellement envie. On serait même à souhaiter réactiver la relégation : l’île du Diable n’est pas si loin… 

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(1) On était en 1985 en résonnance avec la coupe du monde football de 86 (voir ici)

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