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lundi 17 août 2026

Une psychanalyse du pyromane – Chronique du 18 aout

Bonjour-bonjour

 

Un des travers de notre époque est de trouver dans la pathologie l’origine de tous les comportements jugés répréhensibles. Ainsi de la lutte contre l’Islam transformée en islamophobie – et ces jours-ci des auteurs d’incendies volontaires jugés comme des pyromanes.

Pourtant, entre les motivations utilitaires qui usent du feu pour détruire des preuves ou pour venger une agression, et l’attirance obsessionnelle pour tous les moyens capables de mettre le feu, il y a une large plage de sens qui est négligée ici et qui a été éclairée par Gaston Bachelard avec sa « Psychanalyse du feu ».

Les psychologues estiment que l'acte d'allumer le feu répond à une nécessité interne de décharger une tension ou une angoisse profonde : en fait ils éclairent le « comment » sans évoquer le « pourquoi ». Bachelard, lui, explique par les mythes et les légendes que la fascination du feu répond à une aspiration au renouvellement. Il s'agirait d'aspirer à plus grand que soi, révélant ainsi une connotation spirituelle. On rappelle que le phénix se renouvelle par le feu, et que plus largement celui-ci est un élément sacré qui permet de purifier et régénérer tout ce qui existe.

Bachelard écrit aussi : « Le feu réchauffe et réconforte, il invite l’âme au repos. Il est le symbole du changement et du renouvellement. » ; à côté de l’incendiaire actif il existe aussi l’incendiaire passif, celui qui allume un feu pour le contempler.

La passion pour le feu n'est pas exclusivement une aspiration pour l’autodestruction mais elle a aussi une connotation spirituelle. Loin de l’acte pathologique, ce geste est le symbole la recherche de la lumière qui chasse l’obscurité, comme en témoigne ce tableau de Rembrandt montrant le philosophe en méditation :




vendredi 31 juillet 2026

Résilience - Chronique du 1er aout

Bonjour-bonjour


Alors que l’autorisation a été donnée par la préfecture de Gironde au retour de 84 000 habitants chez eux, après que le mégafeu ait été « stabilisé », la question qui se pose est « et après ? Rester ou partir ? ».

Dessin de Chaunu


Il est vrai que c’est souvent un spectacle de désolation qui attend les habitants :


 

Les ruines de plusieurs maisons du Porge (Gironde) incendiées le 29 juillet 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)


Tout autour des villages sinistrés ce sont des hectares entiers de pinèdes qui sont en miettes et, une semaine plus tard, une odeur âcre continue de prendre la gorge et de piquer le nez. (Lire ici)

Mais le plus important, c’est la réaction des habitants découvrant tout cela : 

- pour les uns pas question d’abandonner leur village : 

« Je n'ai plus rien, mais je vais tout rebâtir, répète en boucle le gaillard d'1m90. Je ne suis pas naïf : ça va être dur, ça va prendre du temps, c'est une bataille qui va être longue, mais que l'on gagnera avec ma famille et mes amis. »

Mais pour d’autre il est impossible de s’imaginer vivre dans un tel milieu : 

« Aujourd'hui, quand je rentre chez moi le soir, c'est comme si j'étais à l'hôtel. Je ne veux plus m'attacher à mon domicile, je ne veux plus mettre d'affect. Car on ne sait jamais… Et si, demain, le feu reprenait ? » (Art. cité)

Et c’est là que l’essentiel affleure : habiter une maison, ça signifie qu’on s’y sente en sécurité, qu’on n’ait pas cette hantise de devoir partir sans avoir le temps rien emporter. Un endroit où l’on puisse retirer ses bottes et s’assoir tranquillement… au coin du feu.

On écrit beaucoup de choses sur « l’habiter » supposé fait des multiples liens que l’on tisse avec le milieu qui nous environne, et c’est juste. Mais on omet le plus souvent de dire que la sécurité est le premier de ces liens, celui sans lequel aucun des autres ne pourrait tenir.

On voit les animaux qui se creusent un terrier pour se sentir en sécurité : c’est sans doute leur premier souci, avant même de savoir si le terroir est riche de nourriture. Notre maison c’est également notre tanière, l’endroit où on peut sans trembler attendre demain.