Affichage des articles dont le libellé est Zola. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Zola. Afficher tous les articles

mercredi 25 septembre 2024

La faute de l’Abbé Pierre – Chronique du 26 septembre

Bonjour-bonjour

 

Émile Zola a écrit « La faute de l’Abbé Mouret » (Livre de Poche), l’un de ses plus beaux romans, pour célébrer l’ouverture d’un jeune abbé à la sensualité de l’amour et à la luxuriance de la nature. Ce roman, bien peu lu aujourd’hui, devrait-il être comparé aux débordements sexuels de l’Abbé Pierre ? J’avoue en avoir eu la tentation, mais si l’œuvre de Zola nous dépeint l’émerveillement d’un homme face à la sensualité, le cas de l’Abbé Pierre nous oriente plutôt vers une grave perversion, qui le mène à la violence infligée aux plus faibles, voire même à celles qu’il était en train de secourir.

Là-dessus l’impossibilité de comprendre confine à une sidération qui paralyse les commentaires qui font suite à la révélation des agressions sexuelles dont s’est rendu coupable l’Abbé Pierre.

--> Etant si bon, comment peut-il avoir été si mauvais ?

--> Ou alors : étant si mauvais, comment peut-il avoir été si bon ?

Les seules observations qui viennent à l’esprit font écho au débat qui a suivi les récompenses attribuées à Roman Polanski : comment les films qu’il a tournés ne seraient-ils pas contaminés par le viol d’une jeune fille qu’il avait droguée ?

- Ces deux affaires ont en effet en commun de soulever la question de la cohérence entre les œuvres et la vie criminelle du créateur qui les a portées. Dans le cas de l’Abbé Pierre il faut « penser ensemble » l’Abbé qui a sauvé de la rue des pauvres qui sans lui y seraient restés, et les violences qu’il leur a parfois infligées.

Le débat resté ouvert à propos de Polanski peut-il être tranché s’agissant de l’Abbé ?

Il se peut qu’on refuse de voir le moindre rapport entre le talent nécessaire au cinéaste et la perversité dont il a fait preuve envers sa jeune victime ; par contre, l’œuvre charitable peut-elle être remise en cause par l’indifférence aux souffrances infligées aux victimes de l’Abbé qui pourtant soulève des montagnes pour les soulager ? Peut-on mettre en balance la commisération pour les SDF et la cruauté des agressions contre certaines femmes ? 

Le principe de la solution à ce dilemme consiste à établir si l’indignité du pervers contamine la charité admirable dont le Curé des pauvres (comme on l’a surnommé) a fait preuve. 

- Emmaüs serait-il donc moins admirable pour être l’œuvre d’un « grand malade » ?

------------------

N.B. Je reprends le titre de l'édito de Raphaël Enthoven qui est visiblement une allusion au roman de Zola.