Je lis ici une expérience simple : habituer un chien à guider un humain vers des boites dont il saura que seule l’une d’elle contient de la nourriture et qu’il connait la quelle. En accompagnant l’un de ces humains facilement reconnaissable et qui le privera du contenu de cette boite vers la boite vide il sait qu’il aura ensuite la boite pleine. Le résultat est que le chien guide ces personnes vers la boite vide, se réservant ainsi le bénéfice de la boite pleine – on se demande alors : l’animal a-t-il choisi ce comportement pour tromper l’humain qui lui est défavorable ?
L’article cité conclut ainsi : « En prenant en compte ces résultats, peut-on pour autant parler de « mensonge » ? Pas tout à fait. En effet, l’étude ne permet pas de démontrer que les chiens ont une théorie de l’esprit, ni qu’ils ont consciemment l’intention de tromper comme pourrait le faire un humain. Les chercheurs parlent donc plutôt d’un comportement « ressemblant à de la tromperie ».
A vouloir éviter l’anthropomorphisme, ne va-t-on pas trop loin en parlant à propos de la tromperie d’une « théorie de l’esprit » ? Sans doute. Alors faut-il au moins une intention consciente de tromper ? Certes, mais c’est peut-être le temps d’un éclair, juste comme l’enfant pris les doigts dans le pot de confiture et qui se justifie en affirmant qu’on lui a dit qu’il était permis de le faire - une idée qui lui passe juste par la tête. Il est des cas où la conscience n’a pas le temps de se déployer : n’en irait-il pas de même avec le chien ?
Reste quand même à s’interroger sur la motivation de ces chercheurs ? Le mensonge serait-il pour eux une occasion de vérifier que l’animal est capable de conduite intentionnelle ? Mieux : n’auraient-ils pas défini l’objet de leur étude comme une approche d’une conduite révélant le fond de l’âme humaine ? Adam a commis le péché en désobéissant ; mais un pas de plus, n’aurait-il pas menti si le Seigneur vérifiant l’état de l’arbre lui avait demandé « Qui donc a mangé son fruit défendu ? », il lui avait répondu « Ce n'est pas moi, c’est Eve » ?
Au fond cette expérience nous renseigne plus sur l’homme que sur l’animal : si le mensonge fait l’objet d’expériences répétées (cf. ici le récit de la même expérience avec les singes), c’est bien parce que plus que tout autre sa duplicité révèle l’existence de l’humain.
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