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samedi 19 octobre 2024

L’intention, c’est quoi donc ? – Chronique du 20 octobre

Bonjour-bonjour

 

Le procès-Pélicot permet de revisiter certains concepts du droit pénal, comme celui d’intention.

C’est en effet ainsi qu’un accusé qui a admis avoir « visité » la maison de Dominique Pélicot où sa femme lui fut offerte à 6 occasions différentes, nie l’accusation de viol, disant que, si les faits sont exacts, en revanche il n’a pas eu l’intention de commettre les viols qui lui sont reprochés.

 

- L’intention, c’est quoi donc ? Le dictionnaire distingue entre « intention » et « effectuation ». L’intention désigne la représentation d’un but pour une action à venir, avec la volonté de l’atteindre. Le simple rêve ne porte pas d’intention, de même que l’effectuation manquée est le signal de son échec.

On peut dire que l’ensemble du procès de Mazan porte sur cette difficulté qui consiste à éprouver la distance entre l’intention et l’effectuation. Car aucun des accusés ne nie les faits : filmés sous tous les angles, les actes sexuels infligés à madame Pélicot sont irréfutables. En revanche leur intention est contestée, et en justice on doit en tenir compte : car ce qui est jugé ce n’est pas seulement un fait, mais aussi l’intention qui le porte. Certes on peut être condamné simplement pour avoir causé le mort d’autrui, même s’il n’y avait pas l’intention de la donner ; c’est qu’alors on tombe sous le coup d’un autre délit, tel que les précautions obligatoires pour éviter cet accident (par exemple avoir négligé de réviser les freins de son automobile pour ne pas renverser un piéton).

Il est vrai que l’acte porte toujours une intention mais qu’il peut être rétroactivement éclairé différemment selon ce qu’il produit : « Comprendre, c'est éprouver l'accord entre ce que nous visons et ce qui est donné, entre l'intention et l'effectuation » dit Merleau-Ponty. Le violeur de madame Pélicot peut très bien avoir eu l’intention d’accomplir avec elle un acte sexuel tout à fait licite dans la mesure où elle était consentante. Et si telle était bien l’intention de l’accusé, alors on ne peut le condamner, sauf si cette intention ne pouvait être soutenue au cours de son effectuation – ce que la partie civile ne cesse de marteler.

C’est cela que le procès vient interroger, car l’intention est à la discrétion de l’accusé : il peut dire ce qu’il veut dès lors qu’il s’agit de dire quelle fut son intention. En revanche, c’est l’effectuation de l’acte qui permet de remettre en cause la validité de ses propos. L’acte sexuel sur une personne inconsciente est un délit puisque qu’il ne peut être guidé par l’intention de satisfaire la demande d’une personne consciente. La loi condamne cet acte comme un viol

Et nul n’est censé ignorer la loi.

dimanche 14 juillet 2024

Un homme tout à fait ordinaire – Chronique du 15 juillet

Bonjour-bonjour

 

Le tireur qui a failli tuer Donald Trump a été identifié comme étant Thomas Matthew Crooks. 

 Ses motivations sont toutefois pour l’instant encore inconnues. (Lu ici)

* Les enquêteurs n’ont pour le moment « pas identifié » d’affiliation idéologique, mais ils envisagent la piste d’un « acte potentiel de terrorisme intérieur ».


Le profil du tueur surprend également par sa banalité : 

* Au lycée, Thomas Crooks aurait été régulièrement victime de harcèlement : les moqueries visaient la manière dont il s’habillait, notamment des vêtements de chasse.

* Thomas Crooks a grandi dans un quartier de la classe moyenne, peut-être même de la classe moyenne supérieure

* Il n'a pas de problème de santé mentale

* Il n’a aucun passé militaire. 

      * Voyez plutôt combien son visage respire la plus rassurante banalité

 



- Nous avions peut-être imaginé dans l’instant où la nouvelle nous est parvenue qu’il s’agissait d’un mexicain, ou d’un militant des droits des femmes, ou encore d’un paranoïaque halluciné ?

Éh bien pas du tout. 

Alors, comment comprendre qu’un jeune homme bien sous tout rapport, qui coche toutes des cases de la normalité, prenne le AK 15 de son père qu’il enfile un treillis pour aller ramper sur le toit d’un hangar surplombant le rassemblement de campagne de Donald Trump pour tirer, le blesser et tuer un spectateur ?

Naïvement nous voulons que tout s’explique - en particulier que le comportement des individus soit non seulement déterminé, mais encore que ces motivations soient inscrites dans l’ADN du meurtrier, qu’il soit né comme ça, et que ces gènes maléfiques passent un jour à l’acte, à moins qu’on ne les ait dépistés avant.


- Et qu’est-ce qui nous prouve que ces actes monstrueux sont pré-déterminés ? Un homme tout à fait « normal » le matin au lever, ne pourrait-il donc pas devenir un criminel à l’heure du repas ou de l’apéro ?

Et nous-mêmes, que savons-nous de nos actes ? Parfois certains nous échappent et, même anodins, nous ne pouvons les expliquer. « Coup de folie » disons-nous alors.

Bien commode la folie !