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dimanche 8 juin 2025

Jeu, set et match ! – Chronique du 9 juin

Bonjour-bonjour

 

Hier il y a des gens qui ont sacrifié 6 heures de leur loisir dominical pour regarder le matche de tennis de la finale du tournoi de Roland Garros. 6 heures ! Presque une demi-journée pour voir deux hommes taper dans un petite balle jaune. Et pourquoi ? Il ne s’agit pas comme avec le football de s’identifier à une équipe (sauf en Coupe Davis, celle-ci n’existe pas), ni d’un combat dont le corps à corps pourrait soutenir un fantasme.

- Par contre, le match de tennis matérialise assez bien les aléas de la vie – et cela, la finale d’hier l’a très bien montré. Non pas que le jeu des forces qui s’exercent entre les deux joueurs soit ce qu’il y a de plus passionnant : voir une compétition qui permet progressivement à une domination de s’installer et voir l’un écraser l’autre, c’est quand même quelque chose de bien banal. Mais le tragique d’un tel affrontement est plutôt dans l’espérance qui est présente durant la totalité du matche. Hier le vainqueur a eu contre lui 3 balles de matche ; il s’est battu pour l’emporter et il l’a fait. Il pouvait aussi s’avouer vaincu avant la fin de la partie et laisser la défaite advenir très logiquement.

Ce que cela signifie ? C’est que cette fin n’existe pas sous une forme progressive, par altération graduelle : elle est d’un bloc, tout aussi massive selon qu’elle advienne au 3ème set avec zéro jeu gagné ou au tie-break du 5ème. Le match de tennis est une métaphore des entreprises de notre vie, pour autant que nous considérons les circonstances comme non déterminantes.

- C’est là que la vie quotidienne nous attend. Supposons que nous soyons à passer le concours de la 1ère année de médecine : on pourra nous dire que la réussite ou non du concours est déjà écrite, avant même d’avoir passé les épreuves selon nos résultats de l’année écoulée. Un peu de cette issue fatale s’est infiltrée dans « la vie d’avant » - d’où un certain déterminisme.

Mais il y a aussi ceux qui croient que cette diffusion progressive n’existe pas, et qui veulent croire en leur chances, même au tie-break du 5ème set.

mercredi 30 décembre 2020

C’est la fin – Chronique du 31 décembre

Bonjour-bonjour

 

Que dire un 31 décembre qui ne soit ni convenu ni ennuyeux ? 

On ne spéculera pas ici sur ce que nous réserve 2021 : il y a des palanquées de prévisionnistes, commentateurs et autres chroniqueurs pour ça. On devrait plutôt se demander en quoi consiste la fin, que ce soit celle de l’année, de la vie, de la saison, etc. ? Et est-ce que la fin est en même temps le « début d’un commencement » ? Et s’il faut qu’on fasse quelque chose pour que ça finisse ? Etc…

 

- Commençons par le commencement : on réfléchira à la ressemblance entre la fin et la limite. Quoi de plus identique entre cette fin de l’année et la limite qui sépare deux territoires ? On dira ainsi que, si 2020 doit finir le 31 décembre, c’est parce que 2021 commence le lendemain 1er janvier. Autrement dit, pas de limite sans « limité », mais aussi pas de limité sans « limitant ». C’est comme une frontière : il y a deux côtés à la frontière, et il faut que ces côtés soient reconnus de part et d’autre ; sinon on est dans le conflit – bien sûr il en irait de même avec les frontières naturelles, qu’on se rappelle de la France qui, pour certains, devait aller de Dunkerque jusqu’à Tamanrasset (1).

Bref : la fin, s’il elle doit se comporter comme une frontière, doit être posée et admise par ceux qui en ont la garde, et elle peut fort bien être annulée ou déplacée. Là encore la diplomatie nous servira d’exemple : il n’est que de se rappeler les innombrables deadlines imposées aux négociations sur le brexit ! C’est même l’évènement de cette fin d’année que de voir respectée la date limite des négociations.

Mais alors, pouvons-nous dire : « Pas de réveillon le 31 décembre ? Aucune importance : on va décréter que l’année nouvelle commence comme autrefois le 1er avril ! » Pourquoi pas ?

Mais du coup, pour prendre au sérieux les vœux de nouvel an, il faudrait une fin qui soit absolument radicale ; que le monde du 1er janvier ne soit plus celui du 31 décembre. 

- Et il arrive en effet que la fin soit aussi quelque chose d’irrévocablement différente : elle peut, comme la fin de la vie, être absolument irréversible, sans retour possible : elle est alors une cassure radicale dans le temps. Du coup, elle ne parait pas très adaptée à la situation du 31 décembre : aucun phénomène astronomique ne vient matérialiser l’existence de cette rupture, rien ne dit qu’une révolution de la terre autour du soleil prenne fin à ce moment, ni qu’une nouvelle débute alors. D’ailleurs on ne sait même pas s’il est correct de chercher à matérialiser cet évènement, puisque chaque instant de chaque révolution est parfaitement identique à tous ceux qui l’ont précédé, et que pour qu’un terme soit assigné à ce phénomène il faudrait une fin radicale, quelque chose comme un astéroïde venu percuter la terre et l’éjecter de sa trajectoire.

Cette idée de fin radicale est donc tributaire d’un état nouveau qui soit inscrit dans sa nature, que ce qui finit soit si radicalement transformé qu’on puisse considérer son état antérieur comme anéanti.

Alors, voilà : pour que cette année lamentable s’achève radicalement, il faudrait que quelque chose comme une catastrophe se produise : soit une mort du virus, soit une mort de la civilisation, soit une mort de l’humanité.

Une chance sur trois de s’en tirer : ça fait flipper !

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(1) Le général de Gaulle déclamait en 1958 : « Tous Français, de Dunkerque à Tamanrasset »