mercredi 30 décembre 2020

C’est la fin – Chronique du 31 décembre

Bonjour-bonjour

 

Que dire un 31 décembre qui ne soit ni convenu ni ennuyeux ? 

On ne spéculera pas ici sur ce que nous réserve 2021 : il y a des palanquées de prévisionnistes, commentateurs et autres chroniqueurs pour ça. On devrait plutôt se demander en quoi consiste la fin, que ce soit celle de l’année, de la vie, de la saison, etc. ? Et est-ce que la fin est en même temps le « début d’un commencement » ? Et s’il faut qu’on fasse quelque chose pour que ça finisse ? Etc…

 

- Commençons par le commencement : on réfléchira à la ressemblance entre la fin et la limite. Quoi de plus identique entre cette fin de l’année et la limite qui sépare deux territoires ? On dira ainsi que, si 2020 doit finir le 31 décembre, c’est parce que 2021 commence le lendemain 1er janvier. Autrement dit, pas de limite sans « limité », mais aussi pas de limité sans « limitant ». C’est comme une frontière : il y a deux côtés à la frontière, et il faut que ces côtés soient reconnus de part et d’autre ; sinon on est dans le conflit – bien sûr il en irait de même avec les frontières naturelles, qu’on se rappelle de la France qui, pour certains, devait aller de Dunkerque jusqu’à Tamanrasset (1).

Bref : la fin, s’il elle doit se comporter comme une frontière, doit être posée et admise par ceux qui en ont la garde, et elle peut fort bien être annulée ou déplacée. Là encore la diplomatie nous servira d’exemple : il n’est que de se rappeler les innombrables deadlines imposées aux négociations sur le brexit ! C’est même l’évènement de cette fin d’année que de voir respectée la date limite des négociations.

Mais alors, pouvons-nous dire : « Pas de réveillon le 31 décembre ? Aucune importance : on va décréter que l’année nouvelle commence comme autrefois le 1er avril ! » Pourquoi pas ?

Mais du coup, pour prendre au sérieux les vœux de nouvel an, il faudrait une fin qui soit absolument radicale ; que le monde du 1er janvier ne soit plus celui du 31 décembre. 

- Et il arrive en effet que la fin soit aussi quelque chose d’irrévocablement différente : elle peut, comme la fin de la vie, être absolument irréversible, sans retour possible : elle est alors une cassure radicale dans le temps. Du coup, elle ne parait pas très adaptée à la situation du 31 décembre : aucun phénomène astronomique ne vient matérialiser l’existence de cette rupture, rien ne dit qu’une révolution de la terre autour du soleil prenne fin à ce moment, ni qu’une nouvelle débute alors. D’ailleurs on ne sait même pas s’il est correct de chercher à matérialiser cet évènement, puisque chaque instant de chaque révolution est parfaitement identique à tous ceux qui l’ont précédé, et que pour qu’un terme soit assigné à ce phénomène il faudrait une fin radicale, quelque chose comme un astéroïde venu percuter la terre et l’éjecter de sa trajectoire.

Cette idée de fin radicale est donc tributaire d’un état nouveau qui soit inscrit dans sa nature, que ce qui finit soit si radicalement transformé qu’on puisse considérer son état antérieur comme anéanti.

Alors, voilà : pour que cette année lamentable s’achève radicalement, il faudrait que quelque chose comme une catastrophe se produise : soit une mort du virus, soit une mort de la civilisation, soit une mort de l’humanité.

Une chance sur trois de s’en tirer : ça fait flipper !

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(1) Le général de Gaulle déclamait en 1958 : « Tous Français, de Dunkerque à Tamanrasset »

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